Sergey Tsoller, réalisateur d’un film-documentaire dans le vignoble alsacien
L’invisible, tout un paradoxe
Sergey Tsoller, réalisateur d’un film-documentaire dans le vignoble alsacien
Publié le 13/10/2017
« L’Invisible » est un film-documentaire sur le vignoble alsacien, « intuitif, contemplatif », authentique, réalisé « au feeling », mais paradoxalement d’une esthétique précise.
Originaire d’Orenbourg en Oural du Sud, aux confins des steppes du Kazakhstan, Sergey Tsoller est arrivé en France il y a 12 ans, à l’âge de 21 ans. « J’étais réalisateur radio, et j’étudiais le français. » Il s’installe en Alsace, étudie à la faculté de Mulhouse et rapidement se consacre à l’image. Il y a quatre ans, Olivier Pépin, de l’agence de communication Greencub, lui confie la réalisation d’un film promotionnel pour l’interprofession sur les grands crus d’Alsace*. On perçoit alors la patte esthétique du jeune réalisateur, qui propose des images dynamiques, où les quatre éléments en mouvement - l’air, l’eau, le feu, la roche mère -, sont le fil conducteur des grands crus d’Alsace : « J’avais fait des rencontres, pris des repères, j’avais de la matière ». Saisi par la majesté des grands crus, il laisse mûrir en lui l’idée d’approfondir le sujet et de revenir sur les lieux de ses premiers tournages, guidé en cela par Vincent Bullière « qui inspire le film par sa sensibilité », indique Sergey : « Depuis des siècles, les gens se sont échinés à construire des monastères, des chapelles, à planter des vignes en certains lieux. Pourquoi ces lieux ? Il se passe des choses au-delà du perceptible et du sensible. Je voulais exprimer une vision des choses par des rencontres, et dans un décor exceptionnel. » Toujours avec Greencub, Sergey met « un an pour préparer, écrire, trouver les financements », puis pour filmer le vignoble et ses vignerons, en plusieurs sessions au cours du printemps, de l’été et de l’automne 2016. Projection gratuite le 18 octobre Le thème de l’invisible a de quoi surprendre. Il est commenté par les vignerons et visionné sous trois angles : le lieu, l’âme du vin et la personnalité de l’auteur des vins. « Je ne voulais pas faire un film militant, engagé », souligne Sergey. « L’opinion ferme des portes de la compréhension et de l’écoute », estime-t-il. Ce film, plutôt « contemplatif », a été réalisé de façon intuitive tant pour le casting des vignerons que pour l’image. Avec un choix assumé de « flou en mouvement de caméra, de son qui sature, d’imperfection de l’image : le vigneron qui se gratte, le fil du micro qui se balade… Techniquement, ça ne se garderait pas ! » Une façon pour lui d’exprimer « l’humilité devant le caractère de ce que tu captes ». Comme « le vigneron qui cherche à conserver l’authenticité de son vin », Sergey assume ses choix mais cultive un paradoxe. Car on le décrit comme étant observateur, très méticuleux sur la lumière, minutieux lors de ses prises de vues. D’Hubert Haussherr à Séverine Schlumberger, d’André Ostertag à Catherine Faller, chaque vigneron exprime cependant un propos commun : « Sur des paramètres industriels, on oublie l’âme du vin, et la connexion au lieu, résume Sergey. Le travail familial sur un terroir, c’est une réalité tangible. Et ce n’est que dans ces conditions de dimension humaine qu’on peut cultiver quelque chose de vivant qui fait rêver, qui exprime la force du lieu et la personnalité du vigneron ». « L’Invisible » n’a pas pour l’heure de distributeur en salle. Une projection gratuite au festival 7 jours pour le 7e art de Colmar, est programmée le 18 octobre au Méga CGR. « On va organiser des projections-dégustations au cas pas cas, exploitant de salle par exploitant, et participer à des festivals. » Le film est téléchargeable sur le site http://www.linvisible-lefilm.com. Sergey formule le vœu que les vignerons sauront se projeter au-delà du propos des figurants ou de ceux qui n’ont pas figuré faute de temps (la VO dure 2 h 30). D’ailleurs, il travaille à la réalisation d’une version en alsacien.












