La confrérie Saint-Étienne au chevet des grands crus
Constats sans concession et espoirs
La confrérie Saint-Étienne au chevet des grands crus
Publié le 05/12/2017
Un consensus global émerge parmi les échanges courtois mais vifs tenus à propos des grands crus d’Alsace lors de la conférence-débat de la confrérie Saint-Étienne.
Depuis 1975, date de leur création, et depuis 2001, date de la création des gestions locales pour leur émancipation, les grands crus d’Alsace n’ont pas réussi à accéder à une notoriété digne des contraintes naturelles de production qui leur sont imposées : des pentes souvent raides, des sols squelettiques et cependant très marqués par leur génétique géologique. Depuis 40 ans, les grands metteurs en marché alsaciens ont surtout préféré utiliser ces vins pour constituer de belles cuvées. Et, si les petits metteurs en marché ont bien revendiqué le lieu, ils ont aussi veillé à utiliser leurs grands crus pour s’assurer d’une offre complète sur leur carte en cépages autorisés par l’appellation. De surcroît, certains ténors du vignoble jugent les grands crus d’Alsace mal délimités : « Dans le classement on a vu trop grand », a-t-on entendu à la conférence-débat proposée par Christian Beyer et son équipe de la confrérie Saint-Étienne. Beaucoup de constats ont été établis : « On trouve des grands crus à 5,95 €, fait remarquer Christophe Ehrhart. Encore s’ils étaient mauvais, le marché ferait le tri ! Mais le vin est généralement correct ! Et l’idée de ce prix s’impose dans l’inconscient collectif. Il faudrait se fixer un seuil à 15 €. » Jean-Robert Pitte n’est pas d’accord avec cette assertion : « Des vignerons se sont saignés aux quatre veines ! Admirez et imitez-les plutôt que de dire : on va d’abord augmenter les prix et ensuite on verra… Ça ne marchera jamais. D’abord on investit dans la qualité, puis on se fait connaître par la qualité » et seulement ensuite, le marché vient consacrer et reconnaître cette qualité, explique l’académicien du vin. Un super label ? Marc Rinaldi, du domaine Kirrenbourg, fait une analyse sans concession et propose une solution radicale : « On a un certain nombre de grands crus sans notoriété parce qu’il n’y a pas de vignerons connus sur ce grand cru, constate-t-il. Ensuite, il y a le problème qualitatif de l’homologation. Ça se passe trop tôt, au mois de juillet, et le vigneron choisit généralement sa meilleure cuve. » Le bouillant homme d’affaires a annoncé qu’il est en train de fonder, avec Serge Destouches, la future académie internationale du vin, une école avec 120 élèves. Et qu’il envisage de créer un label pour les grands terroirs avec une dégustation à l’aveugle du vin à 18 mois. Objectif : labelliser 3 % des meilleurs vins et 1 % pour des super grands crus. Marcel Blanck, qui a mis en place les gestions locales en 2001, lui rétorque : « Il y a deux façons de promouvoir : soit je suis le meilleur, soit ensemble on est meilleur ». Pour l’ancien président des vins d’Alsace, la solution passe par le collectif et le lien humain. Il appelle à stimuler la personnalité des viticulteurs et des vins, que ce soit d’ailleurs en coopérative ou chez les indépendants. Mais, Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace, rappelle qu’il ne veut pas « d’individualisme dans les gestions locales car il y en a qui fonctionnent un peu moins bien. Et c’est toujours le collectif qui a permis de faire avancer les choses. Cela dit, je suis positif sur l’avenir des grands crus. On est sur une dynamique en marche. » Le vignoble s’accorde sur trois axes de communication Caroline Furstoss confirme : « Il se passe quelque chose. Ça bouge en Alsace ». Notamment avec « la nouvelle génération qui a une mentalité différente », juge Christophe Ehrhart, pour qui il n’est plus question « de s’arranger pour être un petit peu moins cher que le voisin », ce qui a souvent posé problème au vignoble, explique Seppi Landmann. Pour la sommelière, « il y a des cartes à jouer et de la place pour tout le monde : les vins naturels avec leurs moyens de communication modernes, des vins plutôt cool sympas, dans l’air du temps, et il y a de la place pour les grands vins ». « J’ai envie d’être optimiste, ajoute Thierry Fritsch, conférencier du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace. Mais, il nous faut trouver une ambition commune, ce qui est parfois difficile avec des entreprises qui ont des objectifs différents. » Cependant, parmi les notes d’optimisme, une enquête interprofessionnelle auprès de 140 entreprises alsaciennes révèle que le vignoble semble s’accorder sur trois axes de communication : les terroirs, la personne ou le groupe de personnes, et l’ambition de faire des vins d’Alsace la référence en vins blancs, explique Thierry Fritsch. « Le progrès naît de l’échange et de la confrontation des idées, résume Pascal Schultz, chancelier-receveur de la confrérie Saint-Étienne. Des échanges vifs et intenses, mais je note une volonté manifeste d’aller de l’avant. » Le chancelier croit en la force des mots « propres à magnifier les productions. Pensez à des slogans forts, car c’est à travers les mots qui seraient retenus dans l’esprit des uns et des autres que le vin d’Alsace pourrait prendre tout ce qu’il mérite d’ampleur dans le monde. »












