Vigne

Jeunes Viticulteurs du Haut-Rhin

Quentin Blanck, nouveau président

Publié le 26/12/2017

Quentin Blanck, 24 ans, vigneron indépendant au domaine André Blanck à Kientzheim, est le nouveau président des Jeunes Viticulteurs du Haut-Rhin. Il succède à François Schlussel qui a occupé la responsabilité durant six années.

C’est lors de l’assemblée générale du canton des Jeunes Viticulteurs du Haut-Rhin (JA Viti 68), le 14 décembre, qu’a eu lieu le renouvellement du conseil d’administration. Avant l’élection, François Schlussel a expliqué sa décision : « Je viens d’effectuer six années de présidence. Gilles Ehrhart m’avait fait rentrer à l’époque au sein de l’équipe dirigeante. L’expérience a été enrichissante. Mais au bout d’un moment, il faut que ça change. » Prêt à épauler son successeur le temps nécessaire, il a remercié ses pairs pour leur soutien et souhaité bonne chance à la nouvelle équipe et au nouveau président. Un conseil d’administration renouvelé Quentin Blanck a été élu président de ce nouveau conseil d’administration (lire encadré). « J’exerçais déjà des responsabilités au sein du groupe des jeunes des vignerons indépendants. Nous avons beaucoup travaillé sur la communication et sur la formation. Ces deux axes sont très importants. Je compte œuvrer en équipe, de la même façon chez les JA Viti 68. Je suis leurs discussions depuis déjà deux ans car j’avais été coopté au conseil d’administration », précise Quentin Blanck. Parmi les autres pistes de travail, il cite le rapprochement avec les Jeunes Viticulteurs du Bas-Rhin, dans les deux années à venir. « Cela doit se faire naturellement. Nous exerçons toutes et tous le même métier sur le même vignoble. » Pour 2018, les JA Viti 68 comptent poursuivre les actions engagées, comme « l’afterwork » des Jeunes Agriculteurs en mars à Colmar ou le JA’s Day en juin à Mulhouse. Ils seront également actifs sur les opérations Sourire du 19 au 21 mai à Colmar et souhaitent organiser une opération Tellus dans une exploitation viticole. Enfin, il est question de pérenniser la sortie cantonale permettant la découverte d’une région viticole. Une application pour surveiller le vignoble Marie Fagot, de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles en Alsace (Fredon), est venue présenter son institution. La Fredon avec ses quinze salariés répartis sur ses deux sites à Sélestat et à Wiwersheim, est reconnue comme organisme à vocation sanitaire (OVS). Depuis 30 ans, elle assure une surveillance biologique du territoire, fait de la prévention, mais également de la lutte et des expérimentations, sans oublier de l’inspection puisqu’elle est accréditée Cofrac. Marie Fagot a notamment détaillé le plan de lutte contre la flavescence dorée. En Alsace, il n’y a pas de phytoplasme de la flavescence dorée détecté jusqu’à présent, mais plus ponctuellement des cas de jaunisse de l’aulne. « Un premier signalement de cicadelle vectrice a cependant été fait en juillet 2016 à Turckheim. Une soixantaine de pièges ont alors été mis en place pour faire un état des lieux plus efficace que les observations aléatoires et pour définir la présence d’un foyer éventuel dans un rayon géographique très précis de 500 mètres. Par mesure de précaution, un traitement insecticide a été effectué sur cette zone pour limiter la propagation du vecteur ». Marie Fagot a ensuite rendu les jeunes viticulteurs attentifs sur les symptômes communs entre la jaunisse de l’aulne et la maladie du bois noir. Elle a invité les jeunes professionnels à télécharger l’application « Vigi-AvA », disponible sur App Store, dédiée à la surveillance du vignoble alsacien.

Colloque InvaProtect. L’enroulement viral de la vigne

De nombreuses questions en attente de réponse

Publié le 25/12/2017

Mieux cerner, mieux comprendre et mieux faire connaître la maladie de l’enroulement virale de la vigne, et ses vecteurs, les cochenilles, tels étaient les objectifs d’une des interventions du colloque InvaProtect qui se tenait le 9 novembre à Sainte Croix en Plaine.

La maladie de l’enroulement viral de la vigne affecte tous les cépages, mais les symptômes sont beaucoup plus visibles sur cépages rouges que sur blancs, introduit Étienne Herrbach, de l’Inra de Colmar. Les conséquences sont une réduction de croissance, une sensibilité accrue aux stress environnementaux et, ce qui est bien observable, les feuilles recourbées sur leur face inférieure, ce qui donne le nom aux virus « Grapevine Leafroll – associated virus »… Trois espèces de ce virus sont identifiées dans nos régions : GLRaV 1, 2 et 3. Et quatre espèces de vecteurs que sont deux cochenilles dites farineuses à cause de leur aspect, la bohémienne Heliococcus bohemicus, et celle du platane ou du pommier, Phenacoccus aceris ; ainsi que deux cochenilles à coques, la lécanine du cornouiller, Parthenolecanium corni, et la cochenille floconneuse de la vigne, Pulvinaria vitis. Une progression en ordre dispersé Des études spatio-temporelles de l’évolution de la maladie sur des parcelles permettent de visualiser différents cas de progression, plus ou moins dispersée, contenue pendant six années, progressive, mais aussi invasive en quelques années. Ce qui interroge les scientifiques… De quelques pourcents de pieds virosés, une parcelle de Bonzon en Bourgogne présente plus de 70 % de pieds atteints la cinquième année, en présence de la cochenille du platane. Dans une autre parcelle bourguignonne étudiée, la maladie ne s’est pas propagée pendant plusieurs années, sans doute faute du bon vecteur. Quant aux études en Allemagne dans le Palatinat et dans la région de la Nahe, ce qui frappe, c’est la dispersion spatiale diverse de la maladie. À partir d’un seul pied virosé en 2015, on retrouve 25 pieds en 2017, totalement aléatoirement répartis dans une parcelle de 735 pieds… Dans le cadre d’InvaProtect, les scientifiques et les conseillers remplissent d’abord un rôle d’avertissement et de pédagogie auprès du public vigneron sur la symptomatologie de cette maladie. Un dépliant a donc été édité à cette fin. Il est disponible sur le site de la Fredon*. Selon un questionnaire diffusé en Alsace (avec 75 réponses), 89 % des vignerons savent de quoi il s’agit quand on leur parle de cochenille et disent l’avoir déjà observée. Et 62 % disent connaître la maladie de l’enroulement. Globalement, s’ils identifient bien les cochenilles, la maladie induite de l’enroulement l’est en réalité beaucoup moins et, surtout, le lien entre les deux est méconnu. Il ressort également que la profession est demandeuse de plus amples informations. Attention à l’effet insecticide des fongicides Les enquêtes de terrain indiquent qu’il y a nécessité de mieux cerner cette maladie. Et qu’elle pose de réels problèmes de production aux dires des vignerons sondés. Une autre enquête repose sur des analyses de bois dans les différents vignobles des vallées rhénane et mosellane. Sur 305 échantillons de bois issus de 29 vignobles, 24 vignobles se sont avérés positifs à un des virus, soit une maladie présente dans 82 % des vignobles rhénans et mosellans. Mais il y a lieu également pour les scientifiques de mieux comprendre les mécanismes de propagation, d’affiner davantage la répartition spatiale des différentes cochenilles vectrices, de mieux cerner la biologie de la transmission, et enfin de comprendre les paramètres de l’évolution de la maladie. Christoph Hoffmann, du Julius Kühn Institut à Siebeldingen, s’interroge sur les facteurs de recrudescence de l’enroulement. Par exemple, l’évolution des usages de produits phytosanitaires sous l’effet de la réglementation ne serait-elle pas en cause ? Ou encore l’effet insecticide induit par des fongicides sur la faune auxiliaire régulatrice des cochenilles ? « La régulation naturelle des populations de cochenilles s’effectue normalement bien. Où l’équilibre du système est-il perturbé ? », questionne Christoph Hoffmann. On connaît pas moins de neuf ennemis naturels de la lécanine du cornouiller, à tous les stades de son développement, œuf, larve ou adulte. Les études en cours préciseront l’efficacité des insecticides ainsi que les désordres qu’ils peuvent causer sur la faune auxiliaire, susceptible de réguler les populations de cochenilles.

Publié le 21/12/2017

Depuis ses débuts en cave en 1988, Sylvie Spielmann a l’habitude de mettre des bouteilles de l’année de côté. Son œnothèque est un éloge aux vieux vins d’Alsace.

« Étonnez-moi ! ». C’est sans doute la plus belle invitation qu’on puisse adresser à Sylvie Spielmann. Elle n’hésite pas alors à vous entraîner devant un impressionnant mur de bouteilles. Trente ans qu’elle vinifie. Trente ans qu’elle met soigneusement en réserve la mémoire de chaque millésime. Son argument, c’est cette œnothèque personnelle. Très exactement quatre-cent-vingt-trois casiers pour le moment, en attendant les deux rangées supplémentaires qui doivent être montées pour accueillir les cols qui dorment encore en caisses. Il n’y a que des vins du domaine dans ces niches numérotées. Il faut un escabeau pour atteindre ceux qui logent le plus haut. Sylvie s’est donné une règle : 100 bouteilles pour ses gewurztraminers et rieslings grand cru, de 48 à 60 cols pour ses lieux-dits, 24 pour ses sylvaners et pinots blancs, parfois plus si le millésime en impose. Les plus anciens remontent aux années soixante-dix, l’époque de Marie-Antoinette et Jean-Martin, les parents de Sylvie. Tous les cépages du vignoble y ont leurs témoins. Les crémants, y compris des magnums, s’y sont ajoutés en 2008, l’année où Sylvie s’est mise à en élaborer. « Depuis mes vingt ans, je suis une fanatique des vieux vins. Lors des fêtes de famille, mes parents en ouvraient fréquemment ». Sylvie a son idée sur le potentiel de garde des Alsace. « La lecture des menus servis à l’Académie française il y a un siècle, nous apprend que les plats étaient toujours accompagnés par des vins d’au moins vingt ans d’âge, y compris par un edelzwicker de Riquewihr. Dans l’Ami Fritz, Erckmann-Chatrian écrit bien que le vin du grand-père sert à faire découvrir le vin d’Alsace au petit-fils. J’ai goûté des Alsace exceptionnels. Un pinot gris 1959 à propos duquel je ne comprenais pas comme il pouvait être aussi vieux et autant exhaler les fruits exotiques. Un riesling 1971 m’a surpris avec ses arômes de fruits rouges ». Les grandes années de garde ne sont pas celles que l’on qualifie de « meilleures ». « Ce sont les plus équilibrées, avec une belle acidité. Il est faux de dire que les vins d’années chaudes n’ont pas de potentiel de garde. La nature trouve simplement son équilibre autrement. 1991 a été un millésime décrié. Je ne l’aimais pas non plus. Pourtant il m’a donné un riesling magnifique. Le riesling Kanzlerberg 2009 ne m’a pas convaincue l’année de sa naissance. Mais aujourd’hui, il associe un bel équilibre à de la finesse et à du fruité. Et 2010 sera un monstre de millésime, supérieur à 2015 ». Le beau potentiel de garde des Alsace Tout un chacun n’a pas accès à l’œnothèque de Sylvie. « Les vins vieux ne plaisent pas à tout le monde. J’y amène les personnes qui comprennent cette culture ». Ces vins témoins d’une carrière ne sont pas seulement des trésors qui dorment. Sylvie puise dans cette mémoire pour organiser des dégustations verticales, des soirées œnologiques, des dîners d’accords mets-vins qui réunissent 130 convives sur deux soirées. Cette année, elle avait choisi en dégustation à l’aveugle un sylvaner 1994, un muscat 1997, un pinot gris vendanges tardives 2000 et, pour corser le tout, un riesling lieu-dit actuellement en vente sur sa carte. « Ces vins me servent à montrer que les Alsace sont des vins de garde, plus accomplis au bout de dix ans, voire souvent davantage. Chaque viticulteur peut faire sa réserve. C’est son rôle de montrer sa passion pour ses vins en ne vendant pas toute la production de son année ». Présenter de tels vins aide aussi à écouler les millésimes en vente. « Cela inspire confiance ». Il arrive que Sylvie vende quelques-unes de ces bouteilles. Elle en offre parfois l’une ou l’autre. « C’est ma B.A. de la journée ! » glisse-t-elle, un sourire en coin. Sylvie a la possibilité de servir le vin de l’année de naissance de plus en plus d’amateurs qui viennent au domaine. « Les vieux vins font partie de ma personnalité » estime-t-elle. « Et mon œnothèque est une source d’émotions ». Sylvie s’incline devant le riesling et le gewurztraminer que lui donne le Kanzlerberg, un terroir de garde qui « l’étonne à chaque millésime ». Mais ne lui demandez surtout pas de classer ces années et ces crus par ordre de mérite. « Le meilleur vin n’existe pas en soi. Le meilleur, c’est le vin que l’on peut faire partager, qui procure paix et harmonie ». Et quand arrive la dernière bouteille d’une série ? « Je l’ouvre ! Ce n’est pas grave. Elle fera un souvenir. J’aurai été avec le groupe qui l’a bue. Il faut aussi se faire plaisir à soi. C’est un peu un crève-cœur, mais c’est la vie ! ».

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