Vigne

Plan dépérissement, projet Eureka en Alsace

Des résultats et des espoirs

Publié le 16/08/2018

Le projet de recherche alsacienne Eureka sur les maladies du bois soulève des espoirs de solution parmi les vignerons. En 20 ans, la recherche a bien progressé pour comprendre ces maladies, tandis que se dessinent des solutions curatives et préventives.

« Curatif ou préventif, bio ou pas bio : mon propos c’est avant tout de trouver une solution », lance Christophe Bertsch. Il y aurait bien eu l’arséniate de soude, mais « il faut oublier car c’est trop toxique », poursuit le chercheur. En Alsace, c’est le projet Eureka qui a été retenu dans le cadre du plan national dépérissement. Ce projet pilote cinq thématiques. Une première approche curative consiste à trouver une substance phytopharmaceutique, naturelle ou de synthèse qui serait introduite dans le tronc, ayant en quelque sorte un effet de « curetage chimique » de l’amadou, cette matière spongieuse dont la cohorte de champignons cause l’apoplexie de la vigne par embolie des vaisseaux de sève. Cette substance serait injectée par endothérapie dans la tête de saule du plant. L’idée est donc aussi de réduire préventivement cette production potentielle d’amadou. C’est la deuxième thématique du projet Eureka. Et pour cela, l’une des solutions serait de trouver des bois résistants que l’on grefferait en remplacement du tronc qui est le réservoir des champignons pathogènes. L’équipe de Christophe Bertsch a procédé à l’identification de bois résistants, parmi lesquels un Vitis sylvestris de la vallée rhénane, déjà décrit d’ailleurs en son temps par l’ampélographe alsacien Chrétien Oberlin (1813-1916). Les chercheurs du laboratoire ont d’ailleurs commencé à comprendre que la capacité de résistance de ce V. sylvestris se situe - comme souvent dans les plantes - dans la rapidité d’activation de ses gènes de défenses naturelles face à la progression du pathogène : douze heures pour V. sylvestris, contre trois jours pour le gewurztraminer. « Nos vignes, ce sont des formules 1 pour les arômes, mais comme les chiens de race, elles ne savent pas se défendre », illustre Christophe Bertsch. Les pépiniéristes pourraient donc à terme proposer des plants racinés double greffés, mais pour l’heure, les chercheurs font du greffage en place de greffons de nos cépages sur V. sylvestris, lui-même greffé sur porte-greffe classique… Avec autant de greffes, mieux vaut s’assurer d’une bonne continuité vasculaire des vaisseaux de sève. C’est le troisième volet du projet Eureka, piloté par Arthur Froehly. Il compare actuellement quatre greffes : anglaise, oméga, F2-Hébinger et le greffage sur place, avec des parcelles d’essais de riesling clone 49 sur SO4, une combinaison assez répandue… Les coupes et la surface de vascularisation donnent l’avantage à certaines greffes, avantage qu’il faudra confirmer… À la frontière entre le préventif et le curatif, sont apparues grâce notamment aux formations du Sicavac à Sancerre et à son technicien missionnaire François Dal, les techniques de curetage, regreffage… Tel un dentiste sur une dent cariée, le vigneron décape le bois mort, non pas à la roulette mais à la tronçonneuse. Mais si la charpente est morte, souvent la partie porte-greffe est encore vivante. On regreffe dessus un greffon sur place pour profiter du capital temps d’enracinement. Ces travaux sont fastidieux. Arthur Froehly apportera des éléments de réponse technico-économiques à ces nouvelles solutions. Quinze années après sa création, l’observatoire régional des maladies du bois (30 viticulteurs, avec chacun une parcelle de gewurztraminer, une d’auxerrois et une de riesling, et 300 pieds notés dans chaque parcelle) constitue une masse de données. Même si certains paramètres manquent, comme l’effet clonal : « On n’a pas de diversité suffisante ». En l’état, ces données pourraient renseigner sur le rôle des multiples facteurs en cause, parmi les pratiques culturales, les typologies de parcelles, de type d’exploitation… « On observe pour un même cépage et même âge, qu’on a des parcelles à 3 % et d’autres à 30 % de pieds malades. On a donc un effet des pratiques », introduit Céline Abidon de l’IFV. C’est Solène Malblanc, étudiante en dernière année d’ingénieur à l’École supérieure d’agricultures d’Angers, qui effectue ce travail d’analyses statistiques où l’on entrevoit déjà quelques informations : la sensibilité de certains cépages, l’unité de sols avec des terres lourdes moins affectées, le gradient de contrainte hydrique et, plus surprenant, la distance d’interrang. Restera encore à vérifier ces observations statistiques par des mesures sur le terrain. D’ailleurs, ces résultats viennent confirmer ou infirmer certains ressentis sur le terrain. Par exemple, chaque année de rendements élevés engendre l’année suivante de la mortalité. Autre questionnement : pour l’heure, il reste à démontrer l’effet agrégation spatiale de pieds morts dans une parcelle.

Publié le 16/08/2018

Parmi les conférences techniques de la foire aux vins d’Alsace, celle proposée par le groupe AEB ouvre régulièrement de nouvelles perspectives œnologiques face aux multiples défis posés à la viticulture alsacienne. Ici la cofermentation levures-bactéries maîtrisée pour éviter des déviations bactériennes.

Pour la fermentation malo-lactique, on connaissait la co-inoculation, voici désormais la co-fermentation. En co-inoculation, les souches sélectionnées de bactéries lactiques sont introduites en début de fermentation alcoolique, elles se mettent en « stand-by » le temps que les levures accomplissent leur œuvre, puis prennent le relais pour métaboliser l’acide malique en acide lactique. Mais voici donc la cofermentation, un phénomène souvent observé naturellement chez les vignerons où la fermentation lactique se déroule en même temps que la fermentation. Ce que propose désormais le groupe AEB avec son levain Armonia, c’est de maîtriser ce phénomène. La conférence était assurée par Arnaud Immélé, l’œnologue qui avait mis au point Primaflora, une technique de protection des jus avec un complexe de levures non-saccharomycès et de saccharomyces en remplacement du sulfitage, directement sur la vendange. Là, on va plus loin avec aussi une protection de bactéries sélectionnées de souche oenococcus oeni, toujours donc dans un schéma de vinification sans adjonction de sulfites à la vendange et sous le pressoir et avec « bioprotection des jus ». Parce que le sulfitage des jus est aujourd’hui bien identifié par une frange toujours plus importante de consommateurs, et affecte la buvabilité des vins par les amertumes extraites et solubilisées, de plus en plus de vinificateurs cherchent à trouver des alternatives aux sulfites ajoutés à la vendange ou au moût. Or, avec les températures élevées des vendanges de plus en plus précoces - en cela, 2018 sera un cas d’école -, « l’on s’achemine vers de plus en plus de problèmes bactériens », fait remarquer Arnaud Immélé. Mais en général, là où prolifèrent les bactéries, les levures ont du mal à s’implanter, que ce soit d’ailleurs des souches sélectionnées ou pas. La conséquence, c’est des fermentations levuriennes difficiles, des piqûres… Il fallait donc trouver aussi une solution à cette question bactérienne. D’autant que si les souches naturelles de levures, exceptées les brettanomycès, causent globalement « peu de dégâts aromatiques » souligne Arnaud Immélé, les bactéries peuvent en revanche conférer des goûts marqués, la piqûre acétique, la tourne, la graisse, avec des substances à forte empreinte gustative : diacétyles, acides butyriques, les acides de la série acétique. Et aussi des amines biogènes, substances allergisantes. Notons cependant qu’une étude financée par l’Europe a davantage incriminé dans ce dossier l’azote assimilable que les souches de bactéries. La souche cofermentaire sélectionnée présente la particularité de produire peu de diacétyle, peu d’amines biogènes même en présence d’azote assimilable ajouté ou endogène, et peu de cétones qui combinent le soufre. Dans ce schéma, il faut donc prévoir de diminuer le sulfitage à la mise en bouteille. L’Armonia s’intègre donc dans un process bien défini où le vin peut séjourner sur des lies, sans risques de déviation.

Publié le 16/08/2018

Les maladies du bois impactent sérieusement les vignobles, mais la recherche - alsacienne notamment - attaque le sujet par tous les axes possibles. Venus nombreux à la conférence technique de la foire aux vins, les vignerons sont repartis plutôt rassurés par l’activisme passionné des chercheurs et des techniciens conseils du vignoble.

Excepté l’arséniate de soude, interdit, il n’existe pas encore de solutions tangibles contre les maladies du bois. Mais on s’en approche très sérieusement. Réunies dans un comité technique, toutes les forces R&D agronomique du vignoble - du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, de l’Association des viticulteurs d’Alsace, de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et de la Chambre d’agriculture - travaillent activement de concert pour comprendre ce dépérissement des ceps et trouver des solutions. Ainsi se met en place une recherche d’un nouveau genre, dans une approche plus sociologique, co-constructive, transversale, et moins compartimentée. Les structures formant ce comité technique sont désormais rassemblées au Biopôle Adrien Zeller. « En 1980, les maladies du bois n’existaient pas, aujourd’hui, on replante par milliers », explique Yvan Engel, vigneron et président de cette commission. Il rappelle que les pertes d’exploitation liées aux dépérissements seraient évaluées au plan national à 1 milliard d’euros, « soit deux fois le chiffre d’affaires du vignoble alsacien, voire plus », précise-t-il. Et 30 millions d’euros de perte pour le vignoble d’Alsace, précise Christophe Bertsch, directeur du Laboratoire vigne biotechnologies et environnement du Biopôle. C’est ce chercheur qui dirigera le comité qui concentre les forces vives de la recherche alsacienne. Le tronc, « un bioréacteur à champignons » Les vignobles ont déjà connu bien des crises sanitaires : l’oïdium, le mildiou, le phylloxera… Pour chacune, des solutions « phytopharmaceutiques » ou biologiques ont été trouvées, rappelle Christophe Bertsch. Face au phylloxera notamment, le greffage sur porte-greffe ne constitue-t-il pas une parade biologique ? Christophe Bertsch appelle les vignerons à « enlever [leurs] œillères » pour aborder les maladies du bois. Car elles n’ont pas le comportement classique des autres maladies cryptogamiques. Les agents pathogènes étant situés dans le tronc du cep, « véritable bioréacteur à champignons lignicoles », toutes les approches de traitement classiques sont inefficaces. Déjà au début du XXe siècle, Pierre Viala (1859-1936) décrit l’esca avec des dessins tout à fait caractéristiques d’Henri Boisgontier. Vers 1921, René Lafon, un ingénieur agricole, dresse une monographie sur les maladies du bois, particulièrement avant-gardiste. C’est François Dal qui exhume au début des années 2000 toutes les préconisations de tailles non mutilantes et de respect des flux de sève, déjà décrites par René Lafon à propos d’une taille charentaise proposée par le vigneron charentais Eugène Poussard. Mais la taille n’est pas le seul moyen de lutte. Frédéric Schwaerzler, conseiller technique de la Chambre d’agriculture d’Alsace, dresse un inventaire des pratiques visant à limiter l’expression de l’apoplexie (lire en encadré). Le plan national dépérissement Avec une gouvernance inédite État-FranceAgriMer-interprofessions, le plan national dépérissement se penche beaucoup sur les maladies du bois. Il regroupe les acteurs concernés : Chambres d’agriculture, IFV, filière pépinière, Inra, universités, État. Ce plan s’appuie sur quatre fondamentaux : « Il remet le viticulteur au cœur de la lutte, il vise à relancer la production d’un matériel végétal de qualité et en quantité, il centralise au plan national l’observatoire des maladies du bois, et il promeut une R&D co-construite. » Quatre facteurs de dépérissement sont observés : biologique, stress environnementaux, stress culturaux et l’environnement sociotechnique, afin d’étudier s’il n’existe pas de fracture technique en viticulture, coresponsable des dépérissements, énumère Héloïse Mahé, chargée de mission pour le plan national dépérissement. Elle rappelle que chaque vigneron peut consulter le site www.plan-deperissement-vigne.fr. Particulièrement interactif, c’est une mine d’informations pour le viticulteur.

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