Vigne

Publié le 02/10/2018

Renouveler sa clientèle avec un objectif de mieux valoriser leurs vins est le défi commercial qui se pose avec de plus en plus d’acuité aux opérateurs alsaciens. Une étude du marché français commandée par le Civa définit clairement deux groupes d’amateurs de vins qui cadrent dans cet objectif.

Les maisons de vins d’Alsace vivent en partie sur un acquis : leur clientèle française fidèle. Ces gens-là aiment l’hédonisme et le partage. Ils débouchent la plupart de leurs Alsace à domicile et lors des repas. Ils représentent potentiellement plusieurs millions de personnes. Le revers de la médaille est qu’ils se rangent plutôt dans la catégorie des consommateurs occasionnels et ne s’intéressent pas fortement aux vins. Ils présentent enfin une dernière caractéristique à laquelle ils ne peuvent rien : ils sont vieillissants. 38 % d’entre eux ont plus de 65 printemps ! Voilà un des constats que dresse l’étude que l’agence Wine intelligence a rendue au Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace à l’été 2017. « Le défi est de ne pas perdre cette clientèle classique, tout en parvenant à séduire les clients de demain » résume Stéphanie Dumont, responsable du service intelligence économique du Civa. L’étude a identifié et a caractérisé deux groupes de consommateurs français cibles et possibles futurs acheteurs de vins d’Alsace. Les premiers ont été baptisés les « explorateurs ». Ce sont majoritairement des hommes âgés de 25 à 44 ans, bénéficiant d’une situation économique aisée. Ils consomment du vin au moins trois fois par semaine, au restaurant ou en des occasions où ils se trouvent avec des amis. Et l’achat d’un vin d’Alsace les tente. « Le bémol, c’est qu’ils sont sensibles à la notoriété du vin, à l’étiquette, à la bouteille. Le statut du vin est pour eux une valeur importante. Or c’est justement un point faible des Alsace » précise Stéphanie Dumont. Le second groupe cible rassemble les « curieux ». Ils se recrutent dans toutes les tranches d’âge. Ils sont hédonistes et friands de nouveaux vins. Ils s’informent moins que les explorateurs et préfèrent se laisser guider par le bouche-à-oreille. Le statut du vin est moins important pour un « curieux » que pour un « explorateur », son budget par bouteille aussi, mais l’étude lui attribue un bon potentiel de montée en gamme si sa connaissance des Alsace augmente. Dans ce cas, il est prêt à débourser entre 7,50 et 9,99 €/col. En France, le nombre estimé « d’explorateurs » tentés par l’Alsace serait le double de celui des « curieux ». Au total ces deux groupes totaliseraient plus d’un million de personnes, plus présents aux centres qu’en périphérie des villes. Ils fréquentent, plus que la moyenne, les cavistes ou les bars à vins que les allées d’un hypermarché. Rejoindre le statut d’autres vignobles Le Civa est le premier à peaufiner pour 2019 des actions propres à toucher ces deux groupes cibles par circuit de vente et par zone géographique dans l’Hexagone. « Nous savons comment et où ces amateurs achètent leurs vins. Nous en avons une connaissance suffisante pour leur adresser les bons messages au bon endroit. Les tests de la nouvelle campagne de promotion des vins d’Alsace sont en cours d’exploitation » explique Stéphanie Dumont. Mais l’interprofession ne doit pas être le seul levier : chaque opérateur peut télécharger les profils consommateurs identifiés pour les exploiter ou se faire assister par le service intelligence économique pour comprendre qui sont ses consommateurs, quelle est la meilleure manière de les aborder. « Le metteur en marché doit s’interroger sur l’attractivité de son étiquette vis-à-vis des consommateurs qu’il cible, sur la visibilité de son message. Est-il délivré de façon cohérente sur tous les supports de communication de l’entreprise ? Faut-il saisir l’opportunité de modifier des mots et/ou une image pour déclencher un surcroît d’intérêt, mettre une nouveauté en avant sur son site internet ou ailleurs ? Doit-il travailler sur l’hédonisme en organisant des événements qui peuvent séduire ces profils ? » rappelle Stéphanie Dumont. Pour mettre cette stratégie à moyen/long terme en œuvre, le vignoble ne part pas de rien. L’étude montre que l’Alsace réalise la meilleure performance en notoriété assistée des vins blancs. Sur une base de 38 millions de Français adultes, 76 % connaissent le vin d’Alsace, soit cinq points de mieux que Chablis. Cela ne signifie pas automatiquement qu’on en achète ou qu’on en consomme. Car seuls 59 % des consommateurs ont ouvert au moins une bouteille d’Alsace au cours des douze derniers mois. « Le taux de conversion entre connaissance et consommation reste néanmoins très correct » juge Stéphanie Dumont. 33 % des consommateurs ont déclaré acheter des Alsace. « L’étude fait fortement ressortir que la fierté de le servir explique pour beaucoup l’acte ou le non-acte d’achat. Dans l’étude 45 % des personnes interrogées le sont dans le cas d’un Alsace, sept points de moins que pour le Chablis. C’est pourquoi les vins d’Alsace doivent absolument gagner en statut pour rejoindre ceux d’autres vignobles. Le nouveau logo des vins d’Alsace s’inscrit dans cette stratégie. Il importe de soigner davantage l’image générale des Alsace, comme chaque bouteille, chaque étiquette. Ils doivent séduire quand le maître de maison les pose devant la famille, les amis. La marge de progression est énorme. Elle montre un des principaux problèmes de valorisation des Alsace » estime Stéphanie Dumont. Alors, au travail !

Duo Œnologie à Châtenois

Le choix de la non-ingérence technique

Publié le 02/10/2018

Dix ans déjà ! Cela fait dix ans que le laboratoire Duo Œnologie à Châtenois propose ses services au vignoble, avec une équipe soudée de conseillers, pour qui l’accompagnement humain prime sur l’approche technique.

Arrivé en 2015 au laboratoire Duo Œnologie, après avoir officié à l’Adar du vignoble, Marc Schmitt propose ses services de conseil sur le secteur de Colmar et alentours. « J’y ai appris beaucoup, notamment en viticulture », confie-t-il. Mais en 2015, l’occasion se présente à lui d’intégrer Duo Œnologie. L’équipe était alors constituée de Pierre Sanchez, Xavier Couturier et Maya Sallé, aujourd’hui vigneronne à Cahors. Marc Schmitt « accompagne » une trentaine de domaines. « Notre métier, c’est 80 % d’humain. Il faut comprendre les vignerons, savoir ce qu’ils aiment, comprendre où ils veulent aller, explique-t-il. Certains sont peut-être un peu plus indécis, mais nous les accompagnons sans chercher à orienter leurs choix. » Il revendique un minimum d’ingérence dans la personnalité et le style des vins que les vignerons élaborent. Cependant « nous mettons parfois des freins pour éviter qu’ils prennent des risques inconsidérés ». Et pour respecter les personnalités, l’accent est mis sur des approches œnologiques « plus neutres » : « Les techniques additives et de pilotage des fermentations dirigent le style des vins. Tout comme les débourbages serrés et le sulfitage intense, qui décharnent le moût et neutralisent la flore. Ça a un impact certain sur le profil des vins. Chez Duo Œnologie, nous sommes partagés. Je considère que si on doit sulfiter, c’est sur moût qu’il faut le faire, afin d’éliminer des micro-organismes indésirables. Mais nous optons plutôt pour des débourbages rapides de manière à éliminer seulement les plus gros sédiments. » Cultiver la personnalité des vins, vignerons et terroirs Pour sa part, Delphine Jacquat est arrivée en 2011 au laboratoire. Elle accompagne une quarantaine de domaines sur un secteur allant de Soultz à Riquewihr : « Je privilégie le lien humain sur le long terme, basé sur la confiance. Je connais leurs attentes, je sais où ils veulent aller, s’ils peuvent ou pas prendre des risques. Notre rôle est de leur proposer les choix œnologiques, mais ce sont eux qui prennent les décisions. » Le vignoble est actuellement confronté à d’importantes « remises en cause, car des vignerons constatent qu’ils n’arrivent plus à vendre certaines cuvées », témoigne Delphine Jacquat. Comme ses confrères, Delphine revendique peu d’ingérence dans le profil des vins et dans le choix des vignerons : « On n’impose rien, j’explique les avantages et les inconvénients de telle ou telle méthode et c’est le vigneron qui choisit. » Toutefois, « la demande principale est évidemment tournée vers moins de sucres résiduels, ce qui signifie d’avoir plus d’alcool à gérer. Et donc nous proposons des macérations et des infusions pour élaborer des vins différents, permettant aussi de se démarquer », explique l’œnologue, dont le travail ne se limite certainement pas à du conseil technique. « Ce vignoble traverse une période de crise aiguë, occasionnant beaucoup de doute chez les vignerons. Il nous faut les accompagner. La donne peut être changée sur telle ou telle cuvée, et donc ça implique de changer de clientèle ou de la convaincre. Souvent c’est le vigneron qui vient vers nous pour dire : « Je ne vends plus mon vin ». » Là aussi, les itinéraires classiques sont abandonnés, quitte d’ailleurs à s’écarter du cahier des charges d’appellation et des typicités alsace-cépage : « Ça peut passer par des assemblages de terroirs, des macérations, des infusions », explique Delphine Jacquat. Méthodes par lesquelles le laboratoire Duo Œnologie s’est notamment fait connaître. Au-delà de l’approche « nature » qui n’a aucune signification juridique, c’est surtout la personnalité des vins, des vignerons et des terroirs, que l’équipe de Châtenois cherche à cultiver avec un certain succès.

Le retraitement des résidus et des dépassements

Une question d’image pour la filière

Publié le 28/09/2018

Le millésime est globalement généreux en raisins à quelques exceptions, en Alsace comme pour l’ensemble des vignobles français. Se pose dès lors la question de la gestion des surplus, de la manière la plus vertueuse qui soit…

Le vignoble alsacien s’est pour l’heure réservé à émettre des pronostics de volumes, étant donné l’amplitude des aléas climatiques et leur imprévisibilité croissante. Des vignerons ont été surpris cette année par l’abondance en raisins, une générosité de la nature qui n’avait plus été remarquée depuis bien longtemps. Que faire de ces excédents de raisins, les DPLC (dépassement de plafond limite de classement en appellation) ? Le vignoble s’est doté d’outils de régulation pour faire face à ces aléas de volumes : les rendements butoirs qui permettent de compenser les pertes sur une parcelle par les excédents d’une autre parcelle dans une limite de 20 hl/ha supplémentaires. En outre, l’exploitation viticole peut désormais stocker des VCI (volumes complémentaires individuels), ce qui permet d’augmenter le volume réglementaire maximal moyen vendangé d’une exploitation, mais il ne concerne pas les cépages nobles. À l’heure où les questions environnementales peuvent largement interférer dans l’acte de consommation du vin, la question du retraitement le plus vertueux possible des excédents de raisins à la parcelle est posée. Et ce d’autant que l’interprofession investit massivement dans l’image « verte » des vins d’Alsace. Outre, les outils réglementaires, la profession dispose à proximité de la distillerie Romann à Sigolsheim. Entrée dans le giron du groupe coopératif GrapSud (60 M€ de chiffres d’affaires, 220 salariés), la distillerie « s’est mise en capacité d’absorber la totalité des coproduits de la viticulture et donc les DPLC », indique le responsable de site Erwin Brouard. Depuis 2009, « nous avons massivement investi de sorte que rien ne se perd, tout se transforme ». Les marcs sont valorisés en biocarburant, acide tartrique, pulpes de raisins séchées broyées pour l’alimentation animale ; de l’huile est extraite des pépins ainsi que des polyphénols pour les marchés de la « nutraceutique ». Quant aux lies, « on en extrait des huiles essentielles comme fixateurs d’arômes ». Enfin, les DPLC sont quant à eux distillés pour en extraire de l’eau-de-vie à destination du marché des brandy et des extraits de vins utilisés comme fond de sauce. En bout de chaîne, les vinasses, résidus liquides de cette chaîne de valorisation, constituent une matière organique à méthaniser ou à épandre comme amendement des cultures. Autant de valorisations qui font des coproduits de la viticulture une ressource importante en biosourcing des industries. Rien ne se perd, tout se transforme « Nous fonctionnons en 5-8, 7 jours sur 7. À plein, nous avons une capacité de distillation liquide de 1 500 hl/jour. Et nous disposons de 40 000 hl de stockage liquide », indique Erwin Brouard. Globalement ces dernières années, ce sont plutôt entre 13 000 et 18 000 t de marcs qui ont été traitées, « alors que la distillerie est capable d’en absorber jusqu’à 30 000 t, soit la totalité du vignoble alsacien ». Cette surcapacité du site industriel pose à la question de sa rentabilité, ce qui avait occasionné des tensions avec la profession. Mais la distillerie a consenti ces dernières années des millions d’euros d’investissements pour valoriser tout ce qui peut l’être. « Notre vision est que la distillerie doit s’équilibrer avec l’ensemble de ses valorisations. C’est un outil au service de la viticulture », résume Erwin Brouard. Reste que la distillerie, tout comme d’ailleurs les méthaniseurs, n’est réglementairement pas habilitée à retraiter les raisins entiers. Ils doivent donc être préalablement vendangés, pressés et fermentés. Se pose donc la question pour le vigneron ou l’opérateur vinicole de la rentabilité de ces opérations pour des excédents de raisin qui n’ont pas de finalité sous vins d’appellation. La distillerie propose pour cette campagne de payer 50 € le degré par hl d’alcool pur, « soit 500 € pour 100 hl de DPLC, c’est ce que nous pouvons proposer afin d’atteindre cet équilibre global attendu de nos valorisations », indique Erwin Brouard. S’ajoute la question du coût de la logistique de collecte : « Pour les marcs de raisin, on ne fait plus payer la transformation. Le viticulteur perçoit une aide France AgriMer au transport, aide dont nous avons la charge de rétrocession. » Quant aux lies, et autres DPLC, la distillerie assure à ses frais la collecte selon un système de regroupement géré en bonne intelligence avec les présidents de syndicats viticoles. « C’est un service gratuit. »

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