Vigne

Maturité du millésime

La re-concentration à l’œuvre

Publié le 20/09/2018

Les services techniques du vignoble, coordonnés par le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ont publié les résultats d’analyse de maturité du 13 septembre, 5e contrôle. Ils portent sur un peu plus d’une centaine de parcelles, dont 27 de riesling, 25 de gewurztraminer et 12 de pinot gris. Et seulement 4 de pinot noir, car à ce stade des vendanges, beaucoup ont été vendangées. Mais l’analyse de ces quatre parcelles apporte un enseignement notoire : à 13,6° de TAP (titre alcoolique potentiel), la teneur en anthocyanes augmente singulièrement à près de 900 mg/kg, contre par exemple 650 mg/kg en 2017. Cette teneur élevée traduit le phénomène de re-concentration des baies actuellement à l’œuvre dans le vignoble à la faveur des journées anormalement chaudes de cette arrière-saison. Conséquence, ce sont les degrés de tous les cépages qui atteignent des sommets : 13,5° pour le pinot gris, 13,3° pour le gewurztraminer, 13,6° pour le pinot noir, 12,9° pour le muscat et l’auxerrois. La concentration s’exerce également sur les acides. Si l’acidité est supérieure à 2003, avec des pH également bien plus faibles et donc bien plus de fraîcheur, l’Union des œnologues a néanmoins demandé au Crinao une dérogation d’acidification, car l’acidité des jus « sous le pressoir apparaît plus faible que celle au contrôle maturité ». En cause l’extraction du potassium qui fait chuter l’acidité et qui se remarque cette année au débourbage avec beaucoup de dépôts de tartre. Conséquence : les fermentations présentent une fragilité sanitaire avec une propension aux fermentations bactériennes, les piqûres lactiques notamment. Mais l’état sanitaire excellent a incité les grands opérateurs du vignoble à repousser quelque peu les vendanges des cépages nobles, au risque de devoir gérer des excès d’alcool/sucres.

Publié le 20/09/2018

Pour faire face à une augmentation des volumes de ses apporteurs, en crémant notamment, la maison Cattin à Vœgtlinshoffen a fait installer deux nouveaux pressoirs, portant leur nombre à six. Les vendanges 2018 vont maintenant se poursuivre jusqu’à mi-octobre.

Comme ailleurs en Alsace, les vendanges de crémant ont débuté le lundi 27 août. Et encore, des demandes avaient été faites pour démarrer la semaine précédente. La maison Cattin a choisi de ne pas précipiter cette ouverture, voulant accueillir ses apporteurs dans de bonnes conditions et dans le calme. « Nous avons augmenté la capacité de travail ici à Vœgtlinshoffen avec ces deux nouveaux pressoirs destinés à augmenter le volume de pressurage et, éventuellement, à faire du tri pour respecter nos gammes. Nous avions déjà ici trois pressoirs et un autre sur le site de Steinbach. Ces deux nouveaux ont une plus grosse capacité de pressurage et permettent de mieux travailler », explique Corinne Perez, œnologue depuis un an et demi chez Cattin et pour qui il s’agit donc de la seconde vendange. Les premiers apports sont très intéressants. Les raisins sont mûrs. L’état sanitaire est bon. Il n’y a pas de faux goût. Seul bémol, le manque d’acidité. « L’acide malique a fondu avec la chaleur. Comme l’année passée, nous allons certainement acidifier. Le dernier millésime acide était 2016. C’est difficile pour les consommateurs de s’y retrouver. L’acidification permet de maintenir un niveau de fraîcheur. La richesse est actuellement entre 10,5 et 10,8. L’an dernier, c’était plus compliqué avec des lots qui dépassaient les 12 », ajoute Corinne Perez. Cette année, pour le crémant, la maison Cattin a fait le choix de ne pas vendanger les rieslings et de les réserver pour les vins tranquilles. En augmentation de 10 % Les volumes sont très importants. C’est même une année pleine avec de nouveaux apporteurs. Qui peut s’expliquer par l’absence de vin en vrac l’an passé et les difficultés que rencontrent certaines entreprises du vignoble. « Pour notre part, nous sommes en augmentation de 10 %. Et nous refusons du monde, tant pour les raisins que pour les moûts. Nous devons en effet faire attention car il faut trouver de nouveaux marchés pour tous ces apports et répondre à des appels d’offres. C’est nécessaire pour éviter de faire chuter les prix. Une des solutions passe par le développement de l’export. Nous nous tournons vers les pays nordiques et la Chine », précise Corinne Perez. Pour la seconde fois, après de bons débuts l’an passé, la maison Cattin développe du crémant bio en achat de moût. Une cuvée sortira cet automne. Sur ce créneau, pour le moment, l’entreprise n’achète pas encore de raisin. Un étalement des vendanges La maison Cattin reçoit maintenant les vins tranquilles. « Sans nous précipiter une nouvelle fois. Nous demandons à nos apporteurs de venir avec des raisins mûrs. Nous avons fait une note, avec des données précises. Nous demandons 12° pour l’auxerrois, 13° pour les pinots noirs et pinots gris. Dans certains secteurs il ne faut pas attendre, dans d’autres, il ne faut pas se précipiter », ajoute Corinne Perez. L’étalement des vendanges est d’autant plus nécessaire que les apporteurs sont plus nombreux et le millésime précoce. « Il va falloir s’adapter à l’avenir, car des vendanges en août risquent de se reproduire. Nos apporteurs ne se sont pas encore rendu compte que l’Alsace fait désormais partie des vignobles méridionaux. Depuis 2003, quatre à cinq millésimes ont débuté en août. Il faut donc être là », poursuit l’œnologue. Après le pressurage, les différentes mesures, le débourbage, place à la fermentation. « Avec une petite innovation cette année. On a décidé de faire la malo », se félicite Corinne Perez. À noter également que la maison Cattin est labellisée vin végan, c’est-à-dire sans intrant d’origine animal. Après un premier test l’an passé où ont été éliminés les colles d’origine animale, la pratique se généralise cette année. Cela n’a aucune incidence sur les raisins, mais plutôt sur la vinification. Ces vins sont très demandés dans des pays d’Europe du Nord.

Publié le 18/09/2018

Depuis deux ans, le domaine Charles Muller et fils à Traenheim délègue l’effeuillage et la tonte d’une partie de ses vignes à des équipes de cinquante moutons. Du travail remarquablement bien fait !

La remontée à pied d’un interrang fournit un premier indice. On y découvre de ça, de là, des crottes caractéristiques. En tournant au bout du rang, un filet mobile à mailles jaunes, faiblement électrifié, qui entoure plusieurs rangées de vignes, permet de localiser les producteurs. Les Mérinos croisés Ile-de-France sont là, par petits lots de trois, quatre ou six, à avancer quasi simultanément dans cette parcelle de 70 ares de pinot gris. Ils se déplacent groupés et lentement. Ils broutent ! « Ils vont un peu partout » précise Nathan Muller, vigneron indépendant en bio à Traenheim. Les animaux restent à distance. « Ils sont craintifs vis-à-vis d’à peu près tout le monde, sauf de leur berger » remarque le viticulteur. Les ovins s’intéressent à tout ce qui est bien vert, y compris les feuilles de vignes les plus basses jusqu’à environ un mètre de hauteur. Après leur passage, le résultat est bluffant. Les grappes sont bien dégagées. Dans chaque rang travaillé où la dernière intervention mécanique a été pratiquée fin avril, la première impression est qu’une tondeuse à gazon a été passée. Les ovins ont mangé l’herbe plus tendre ayant poussé là, parfois jusqu’à ras de terre. Ils ont moins touché les hautes herbes, trop sèches à leur goût, du rang enherbé. « Il faudra faucher avant les vendanges » conclut Nathan. Effeuiller ses vignes avec des moutons se pratique en Nouvelle-Zélande. Nathan y a découvert la technique en 2014 sur le domaine où il a participé aux vendanges. L’idée de se servir d’animaux à la place du tracteur lui plaît. Son collègue océanien lui fait parvenir des notes. Trouver les moutons n’est pas un souci. À Traenheim, un berger en élève 300. Nathan teste ce mode d’effeuillage en 2017 sur 2 ha. Cinquante moutons sont lâchés sur 50 ares. Il aide le berger à déplacer le parc dans la même parcelle tous les trois jours. L’opération leur prend trois quarts d’heure. En 2018, Nathan passe la surface à 5 ha en lâchant trois « équipes » de cinquante moutons. Les animaux ont d’abord pâturé plusieurs vergers des alentours avant de rejoindre les vignes du domaine Muller le 20 juin au stade début nouaison. « Les branches sont solides pour ne pas casser. Les lianes ont suffisamment poussé et les raisins sont encore assez durs pour ne pas être tentants » décrit Nathan. Le mouton démarre par les feuilles du bas qu’il préfère et finit par se dresser sur ses pattes pour monter au plus haut. « Je dois les sortir avant qu’ils n’en arrivent là. Je surveille quotidiennement les différentes équipes » précise Nathan. Un effeuillage sévère La vision de moutons dans les vignes interpelle non seulement le quidam, mais également les collègues. Beaucoup ont fait remarquer à Nathan que l’effeuillage ovin est sévère. Il reste serein. « Le soleil ne m’inquiète pas. Des grappes effeuillées tôt s’habituent à la chaleur. Les brûlures sur raisin vert sèchent. Ce n’est pas un handicap. Une comparaison entre une vigne non effeuillée et une modalité effeuillée haut et rognée bas donne l’avantage organoleptique à la seconde option ». Aux vendanges, Nathan a remarqué que le gain de temps est conséquent. « Les coupeurs vont jusqu’à deux fois plus vite que dans une parcelle ayant conservé ses feuilles ». Enfin, le cépage ne joue pas de rôle dans l’action des moutons. Toutefois, Nathan évite de les mettre dans du riesling, plus sensible au soleil. Cet été, les moutons ont été retirés des vignes le 26 juillet. Aux yeux du viticulteur, les bénéfices sont certains. « L’effeuillage diminue considérablement le risque maladies. Il n’y aura plus de mildiou, ni d’oïdium. Je gagne de un à deux traitements. J’ai des sols très argileux qui aiment se crevasser quand il fait sec. Il se forme des cheminées qui accélèrent l’évaporation. Le passage des moutons équivaut à des petits tassements qui évitent ce phénomène ». Les dégâts sont minimes. « Il peut y avoir quelques grappes à terre. Mais rien de sérieux. Il m’arrive aussi d’en arracher l’une ou l’autre avec l’effeuilleuse » constate Nathan. Le viticulteur a de son côté préparé le terrain à l’intervention de la troupe avec un purin d’ortie, une infusion de reine-des-prés et une décoction de prêle. Cette stratégie de prévention lui a permis de mieux doser cuivre et soufre. Il s’est contenté de trois traitements pour un total de 600 g/ha de cuivre sous forme d’hydroxyde. Il y a mélangé 15 kg/ha de soufre et a effectué un poudrage à raison de 25 kg/ha. En effet, le cuivre devient toxique pour un ovin à partir de 20 mg/kg par kilo de poids vif. « Dans une année à forte pression comme 2016 qui a nécessité 3 kg de cuivre à l’hectare, je m’abstiendrais de faire appel aux moutons » dit-il.  

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