Vie professionnelle

Les anciens : Évelyne et Alfred Goos de Hurtigheim

« La ferme s’est agrandie progressivement »

Publié le 30/12/2020

Passionné de chevaux et d’attelage, Alfred Goos, 84 ans, se promène encore en calèche avec son Fjord Aninka, dans les champs, à Hurtigheim. Son épouse Évelyne, 85 ans, ne l’accompagne pas mais ils n’en sont pas moins complices. Retraités depuis 1996, Évelyne et Alfred racontent l’évolution de leur exploitation.

Dans la stub traditionnelle toute de bois parée, datant de 1800 et quelques, Évelyne, Alfred et Jean-Michel, leur fils, sortent les albums photos. Rares sont celles en noir et blanc mais ils ont trouvé quelques pépites. Alfred, qui vient de se prêter au jeu des photos avec son cheval, dans la cour de la ferme, où trône une vieille auge en grès fleurie, est heureux. « La succession est assurée », lance-t-il. Jean-Michel Goos travaille aujourd’hui en EARL (EARL de la Musau), associé à son gendre Thomas Litt, et épaulé de sa conjointe, salariée. Issu d’une famille d’agriculteurs de Blaesheim, Alfred a épousé Évelyne, en 1961. Ils ont repris, la même année, la ferme des parents d’Évelyne à Hurtigheim, où ils vivent toujours aujourd’hui avec Jean-Michel et sa famille. Tous deux ont travaillé dès leurs 14 ans. Le père d’Évelyne est mort quand elle en avait 13. « Depuis le début du XIXe siècle, il y a toujours eu une exploitation dans cette cour. Les Wick (son nom de jeune fille, NDLR) sont ici depuis 1616 ! », s’exclame Évelyne, fière de cet héritage. Le grand-père d’Alfred, lui, était forgeron mais « chaque artisan était aussi agriculteur », pointe l’ancien exploitant. C’est un frère d’Alfred qui a pris la suite à Blaesheim. Évelyne et Alfred se sont installés à Hurtigheim. « On a commencé par 9 ha », se souvient Alfred Goos. « Ma maman et moi, on travaillait avec un ouvrier. On ne pouvait pas faire plus. Tout était fait à la main », précise Évelyne. Quand Alfred devient chef d’exploitation, exit l’ouvrier. Il y a cinq vaches, deux chevaux et six truies. Dans les champs, ils cultivent du blé, de la luzerne, du houblon, bien rémunérateur à l’époque - « tout le monde en avait », glisse Évelyne - et des betteraves fourragères pour les animaux. En 1962, poussés par la sucrerie d’Erstein, ils récoltent 40 ares de betteraves. Seules 9 tonnes sont livrées. « La récolte était trop bonne, cette année-là », explique-t-il. Le reste des betteraves a très certainement été distribué aux bêtes. Un gros tracteur pour l’époque Jean-Michel naît en 1962, sa sœur Marylène, en 1964. « On pouvait vivre, souligne Évelyne. On ne dépensait pas plus que ce que l’on avait. » Alfred ajoute : « Il y avait peu de production mais les prix étaient là. » Pourtant, les années 1960 voient les débuts de la mécanisation. Alfred achète son premier tracteur en 1961, un Massey Ferguson de 60 chevaux. Une marque à laquelle les Goos sont restés fidèles. « On avait un gros tracteur, pour l’époque », dit Évelyne, en rigolant. « On a fait un prêt, confie Alfred. Puis, on a vendu un cheval sur les deux, pour acheter une herse et un cultivateur (un vibroculteur, NDLR). Quand on vendait des porcelets et des vaches, on achetait des machines », développe Évelyne. Au fur et à mesure, les époux acquièrent plus de terres. En 1964, ils cultivent 16 ha, augmentent la production de betteraves. En 1968, ils prennent soin de 2 ha de betteraves et sont passés de 30 à 87 ares de houblon. Jean-Michel aidait à la ferme. Ses souvenirs sont vifs. Au début des années 1970, une soixantaine de bovins emplissent la nouvelle étable : vingt vaches et la suite. Les Goos livrent à Alsace Lait encore aujourd’hui. Jean-Michel a appris beaucoup de son papa. « Je savais déjà petit que je voulais faire ce métier », dit l’homme de 58 ans, qui s’est installé, après des études à Obernai, en 1984 en partie, puis a repris l’intégralité de l’exploitation en 1996. « À la fin de la construction du nouveau bâtiment, le prix du ciment avait doublé », remarque Évelyne. La crise pétrolière a marqué les esprits. Autant que le service militaire d’Alfred, dix ans auparavant. L’agriculteur a toujours vécu avec son temps. Il a suivi les évolutions de l’agriculture. Mais les 28 mois d’armée, en grande partie en Afrique, dans les années 1960, l’avaient déphasé. « C’était dur de suivre quand je suis rentré. Ça évoluait vite à l’époque. Pendant plus d’un an, en Algérie, on n’avait été au courant de rien », souligne-t-il. Il rend hommage aux « bons techniciens » de la sucrerie, notamment feu Pierre Mehl. « On lui doit beaucoup », insiste Alfred Goos. À partir de 1963, les Goos misent sur la betterave, avec l’appui du technicien. Pendant 30 ans, ensuite, ils enchaînent les essais variétaux, de désherbage. « Il a fait évoluer la culture de la betterave », tranche Alfred. Quand les animaux rapportaient plus En 1968, sonne l’heure des premiers traitements sur la betterave. « Avant, on semait en ligne, puis il fallait démarier pour qu’il ne reste qu’une betterave tous les 20 cm, tout ça à la binette. En 1968, le premier semoir de précision monograine Tank est arrivé. Les premiers traitements dataient déjà de 1964. On a eu plus de rendement. Et, surtout, il fallait moins de main-d’œuvre. Ça évoluait vite », se rappelle Alfred. En 1980, le rythme des améliorations ralentit. Dès 1990, les prix baissent. Du moins, ils ont stagné jusqu’à aujourd’hui, alors que les frais augmentent, constate le retraité. « Pour gagner autant, il faut faire plus », conclut-il. « Ils ont connu l’intensification de l’agriculture, observe Jean-Michel. On leur demandait de produire toujours plus. Il fallait avancer dans ce sens-là ou arrêter. Ils n’avaient pas de grandes surfaces non plus. » Jusqu’au milieu des années 1990, les animaux et leurs produits rapportaient d’ailleurs plus que la terre. En 1996, juste avant leur retraite, le couple Goos compte 45 ha de cultures et une soixantaine de bovins. « Les porcs, il n’y en avait plus depuis la fin des années 1970 », relève Jean-Michel. « Dès que les exploitations industrielles sont apparues, ça n’a plus fonctionné pour les petits », développe Évelyne. Alfred et elle terminent leur carrière avec 10 ha de maïs, 8 à 10 ha de blé, 7 ha de betteraves, un peu d’orge et une dizaine d’hectares de prés. « Notre devise, encore aujourd’hui, est d’acheter le moins d’aliments possible », pointe Jean-Michel Goos. « Ce n’est pas 8 heures par jour de travail, ce métier. En été, c’est jusqu’à 12 heures ! », répond Alfred, quand on lui demande si son affaire était rentable. « C’est le travail qui fait tout », cadre-t-il. Le vieil homme a donc attendu la fin de sa vie active, puis sa retraite, pour s’adonner à son dada : les chevaux. Évelyne n’en a cure. Est-ce qu’à la maison, ce ne serait pas elle qui tient les rênes ? « Ma compagne m’a toujours secondé. Sinon, ça n’aurait pas marché. On travaillait toujours ensemble. Elle était dehors du matin au soir. Elle conduisait la remorque pendant les moissons, et heureusement », s’épanche Alfred. Évelyne acquiesce. Quand ils étaient jeunes, ils étaient à la ferme et c’est sa maman qui cuisinait. Évelyne a l’air d’en avoir tout à fait pris son parti.

Publié le 27/12/2020

Par Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin.

Chères lectrices, lecteurs, amis… L’année 2020 se termine et nous sommes tentés de dire : enfin ! Les années difficiles s’enchaînent pour nos exploitations et celle-ci fut particulièrement éprouvante. Nous souhaitons tous ne plus avoir à revivre une crise comme celle-ci. L’année a été bien sûr marquée par la crise de la Covid-19 mais également par ses conséquences économiques dont nous n’avons qu’un aperçu pour le moment. Le coronavirus a mis la France au ralenti durant le premier semestre de l’année. Il a fallu rapidement se réinventer. Le télétravail s’est généralisé, laissant la place à nos engins agricoles perdus sur des routes désertes. Les visioconférences ont remplacé les traditionnelles réunions, compliquant fortement l’ensemble des négociations en cours. Ces réunions virtuelles ne permettent pas de passer l’ensemble des messages notamment les plus virulents. Dans notre combat, le contact humain est essentiel pour échanger nos idées. Ce qui s’est fait sentir en premier pour nous, agriculteurs, c’est la mise en arrêt du secteur de la restauration. Il a fallu réorganiser l’ensemble de nos débouchés en très peu de temps afin de maintenir l’économie déjà fragile de nos filières. Cette année également, comme tout le monde, nous avons dû faire une croix sur nos manifestations phares : l’Opération sourire devant le Parlement européen, la tournée cantonale, les finales de labour… Ces actions qui, chaque année, ont pour objectif de montrer le vrai visage de l’agriculture, n’ont pas eu lieu. Tandis que l’agribashing, lui, n’a pas stoppé en 2020. Les médias et associations n’ont pas cessé de diaboliser notre métier. Aujourd’hui, plus que jamais nous devons poursuivre ce combat, montrer au grand public que l’agriculture ce sont des hommes et des femmes passionnés par le métier, soucieux du bien-être animal et des attentes des consommateurs. Il y a encore trop d’idées reçues sur l’agriculture, à nous d’aller plus loin. Pour compléter ce bilan déjà lourd, nous avons dû faire face à une année particulièrement difficile sur le plan climatique. Cette année encore, la sécheresse a eu des conséquences catastrophiques pour bon nombre d’entre nous. Néanmoins, et fort heureusement, il n’y a pas eu que du négatif, je retiens que la Covid-19 nous a permis de replacer l’agriculture comme un maillon essentiel à nos vies. Bon nombre de Français ont repensé leur consommation en se tournant vers un commerce de proximité. À nous de faire en sorte que cet élan de solidarité perdure dans le temps. Il a fallu continuer à se nourrir, en gardant la proximité avec nos consommateurs et trouver pour certains une raison valable de sortir de chez eux pour prendre un grand bol d’air frais en venant travailler sur nos exploitations. Au passage, il y en a beaucoup qui ont découvert la pénibilité du travail aux champs. Et quelle fierté de terminer cette année 2020 avec un record absolu en nombre d’installations dans notre département. Nous avons maintenu coûte que coûte nos opérations liées à l’installation car il est essentiel d’assurer le renouvellement des exploitations. Alors oui, parler de 2020 pourrait encore être long, mais apprenons du passé pour aller de l’avant ! C’est pour cela que notre assemblée générale qui aura lieu le 19 février prochain à Oberhausbergen aura pour thème les filières agricoles alsaciennes, en invitant à notre table ronde les coopératives. Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de gens qui s’engagent pour défendre le métier qui est le nôtre. Parce que nous croyons en l’avenir de l’agriculture française, continuons à nous mobiliser ! C’est ensemble que nous relèverons les défis de demain. L’agriculture est en mutation, c’est certain. À nous de nous adapter. Chez les Jeunes Agriculteurs, nous sommes certains que nos exploitations agricoles auront bien toute leur place dans le paysage agricole de demain. Au nom de l’ensemble des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, je vous souhaite pour 2021 une pluviométrie adaptée, une juste rémunération et une terre fertile. Ne cessez jamais d’être fier de votre métier : vous nourrissez les Hommes !   ?Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin prend des vacances. Nos bureaux seront fermés du 24 décembre au 4 janvier inclus.... Publiée par Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin sur Mercredi 23 décembre 2020  

Publié le 26/12/2020

Par Paul Schiellein, président Section des anciens exploitants du Bas-Rhin (SDAE 67).

L’année 2020 nous laisse le souvenir d’une période particulièrement compliquée, marquée par des contraintes difficilement supportables à nos âges. Cependant, l’entraide, la solidarité, la fraternité ont permis de nous soutenir mutuellement, de renforcer notre unité, de maintenir le lien social et de conforter l’amitié entre nous, tout en préservant notre santé. À l’occasion de ce message de fin d’année, permettez-moi de soumettre à votre méditation une belle citation du Général de Gaulle, adaptée à notre période de crise, tirée de ses mémoires : « Mais soudain, le chant d’un oiseau, le soleil sur le feuillage ou les bourgeons d’un taillis me rappellent que la vie, depuis qu’elle parut sur terre, livre un combat qu’elle n’a jamais perdu ». Malheureusement, au cours des mois écoulés, la maladie a emporté plusieurs de nos proches, et notamment un militant syndical que nous avons côtoyé et apprécié, André Wicker, homme de conviction et d’engagement, défenseur de la cause paysanne, président de la section des retraités de la FDSEA de 1996 à 2012. Heureusement, 2020 nous a aussi apporté une bonne surprise. Grâce à l’action syndicale conjuguée de la SDAE, de la FDSEA et de la FNSEA, l’État a enfin reconnu les mérites de nos retraités en accordant, à compter du 1er janvier 2022 une retraite équivalente à 85 % du SMIC pour les pensionnés ayant une carrière complète. Certes, il reste des efforts à déployer, notamment pour les aides familiaux, les conjoint (e) s et les doubles actifs, mais les premières mesures sont amorcées. À nous de poursuivre nos efforts dans ce sens. L’année qui s’achève nous a aussi permis de pérenniser nos partenariats avec les assurances et les banques en vue de baisser les charges et de bénéficier d’autres services grâce à la carte Moisson. Par ailleurs, nous avons intensifié nos revendications prioritaires en faveur du maintien à domicile, de l’adaptation des maisons pour personnes âgées et du soutien des aidants bénévoles auprès des collectivités territoriales. Pour 2021, nous resterons engagés et vigilants pour informer et accompagner nos adhérents, en accord avec nos partenaires historiques (MSA, Caisse d’assurance accidents agricole, Chambre d’agriculture, et l’ensemble des organisations professionnelles), concernant les transmissions d’exploitation, mais aussi par rapport à la nouvelle loi « grand âge et autonomie ». En outre, nous observons de près la fusion des deux Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, pour préserver les conseils et les services à nos anciennes agricultrices et anciens agriculteurs par le biais des actions du CDCA (Conseil départemental de la citoyenneté et de l’autonomie) et de la Conférence des financeurs, dont les prérogatives seront aussi transférées à la future Collectivité européenne d’Alsace. Bien entendu, nous veillerons au maintien des bonnes relations entre les élus territoriaux et les acteurs retraités du monde agricole. Enfin, durant cet hiver, nous allons nous efforcer d’étoffer nos rangs. En effet, lors de nos récentes réunions qui ont fait preuve d’innovation, d’originalité et qui ont connu un beau succès, nous avons constaté que certains de nos membres n’ont pas encore bénéficié de nos acquis en termes de baisse de charges, et que d’autres anciens exploitants n’ont pas eu connaissance de nos avantages pour limiter leurs frais. Voilà pourquoi nos délégués cantonaux, qui font un travail exemplaire, ainsi que les membres du bureau SDAE, Adeline Baur, Christiane Bernard, Benoît Daul, Daniel Saenger, Philippe Wolff, et notre animatrice Léa, très actifs et engagés, vont effectuer une campagne d’information et d’adhésion afin de sensibiliser tous nos anciens exploitants. Plus nous serons nombreux, plus nous serons efficaces, et plus nous pourrons renforcer notre solidarité et nous consacrer à l’art du partage. En 2021, restons curieux, mobilisés, passionnés, confiants, mais surtout soyons motivés pour préserver nos valeurs humanistes en cultivant la proximité avec nos adhérents. Joyeux Noël, bonne année, et surtout préservez votre santé !

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