Paroles de jeune
Y’a pas d’âge pour s’installer
Paroles de jeune
Publié le 24/01/2021
Victor Brumpter et son père Jean-Philippe cultivent la vigne, des céréales et des asperges, à Furdenheim. À 19 ans, Victor a saisi l’opportunité de s’installer, grâce à la reprise de 4 ha de vignes. Brillant, le jeune homme a arrêté ses études : sans regret !
« C’est ce que je voulais faire, alors pourquoi attendre ? », s’exclame Victor Brumpter. Ses premières siestes, il les a savourées sur le tracteur de son père, bébé. À 4 ans et demi, il reçoit un quad. Deux ans plus tard, il attelle des outils traînés à son tracteur à pédales : pour égaliser le gravier. Il a son propre carré de verger, qu’il nettoie. Il apporte l’herbe aux lapins de l’arrière-grand-père. Avec les pommes, les Brumpter pressent un délicieux jus et vont même jusqu’à créer une belle étiquette « Au verger de Victor ». « Il avait l’impression d’avoir une terre et une production à lui », remarque son père. Victor adapte ensuite des machines à son quad pour ramasser les pieds noirs, dans les vignes, et les cailloux, dans les champs. « C’était pour jouer mais je l’ai laissé faire, ça lui a permis d’apprendre, constate Jean-Philippe. Et c’était du boulot ! Le travail était fait, intégralement. Il est si méticuleux, perfectionniste, et impliqué ! Chaque soir, quand je le couchais, enfant, il me demandait ce qu’on allait faire le lendemain. Il se réveillait à 6 h 30, avec moi, pour chercher le pain. Et, quand je sortais, après le petit-déjeuner, le matériel était prêt. » Victor est reconnaissant de la liberté qu’il a eue. Il rosit sous son masque, ravi et un peu gêné de tant de compliments. « On a toujours été très complices, on a toujours travaillé ensemble et on va continuer. C’est une belle aventure humaine. On en est conscient », reconnaît Jean-Philippe, qui a seulement 44 ans. Jean-Philippe a perdu son père très jeune et a été autorisé à reprendre la ferme familiale à 17 ans. Victor a 19 ans. Il s’est installé juste après son bac, à sa majorité. Pour de meilleures raisons, bien heureusement, puisque son installation a eu lieu à la faveur d’une reprise de 4 ha de vignes. « On a un meilleur rendement ensemble » « On s’entend très bien, acquiesce Victor. Depuis que je suis petit, Papa m’explique tout, avec passion, le bon comme le mauvais. On savait depuis longtemps qu’on voulait travailler ensemble. Dès que j’avais fini les cours, j’étais dehors. Mais ce que j’ai appris, en un an, sur l’exploitation, à y être sept jours sur sept, c’est énorme. Aucun jour ne se ressemble. Mon métier, c’est un plaisir. Je ne sais même pas quoi faire d’autre, je n’ai même pas envie d’autre chose ! Quand on aime, on ne compte pas ! » Le radieux jeune homme avait les moyens de continuer ses études et d’enchaîner sur un BTS. De toute évidence, il ne regrette pas son choix. Il a saisi une opportunité. Sans forcer ! Il confie, d’ailleurs, une préférence pour la vigne, une culture « technique ». « Dans les vignes, on est chacun dans sa ligne et on se motive. On a un meilleur rendement ensemble. C’est le moment où on parle de tout, où on récapitule, où on fait des projets », raconte Victor. Le jeune homme a une idée originale. « Une nouvelle machine à vendanger va arriver. L’ancienne, je vais la démonter entièrement et en faire un porte-outil pour travailler le sol, sur un rang complet. Aller à l’atelier, c’est ma passion. J’aime fabriquer des machines », s’enthousiasme Victor. « Il soude mieux que moi », lâche son père, fier. Mais, c’est le plus âgé des deux qui a la meilleure oreille : Jean-Philippe reconnaît le bruit du moteur de tous les tracteurs du village. Il sait même qui conduit ! « Il faut être transparent » Sur la conduite des vignes, le père lâche aussi la bride au fils. « Il est super ouvert », apprécie Victor. Alors, il ne se prive pas pour tester différents engrais verts : un à sa sauce sur 2 ha (mélange de seigle, de moutarde, de trèfle incarnat et de phacélie), un autre du Comptoir agricole (VitiVina). Le but est de prévenir le court noué qui touche 40 ares de leurs vignes. Les Brumpter ont aussi mis à disposition de leur coopérative une parcelle de 60 ares pour essayer sept modalités d’engrais verts. Ils ont semé 15 ares de fleurs (50 % de fleurs sauvages et 50 % de graminées) sur un grand cru, à Marlenheim, grâce à la coop. « C’est magnifique, avec les murs en pierre, la vieille cave. Si elles se développent, un amateur y posera une ruche. Le fleurissement améliore notre image aussi », relève Victor. Jean-Philippe a la réputation d’être avant-gardiste. Apparemment, c’est héréditaire. Le comptable des Brumpter l’a tout de suite saisi. Denis Fritsch a poussé pour que l’installation ait lieu, et en Gaec. Le Crédit agricole a suivi. Victor est engagé syndicalement, auprès des Jeunes agriculteurs et des jeunes de la Cave du Roi Dagobert. De sa maman, il a hérité l’éloquence, d’après Jean-Philippe. Victor aime le contact avec les clients. Durant le confinement, il a livré les asperges à domicile. « Il faut être transparent, répondre à leurs questions sur notre empreinte écologique », estime-t-il.












