Vie professionnelle

Agriculteurs de Bretagne

Le dialogue, droit au but

Publié le 16/01/2021

Créée en juillet 2012, « Agriculteurs de Bretagne » est une association qui entend rassembler tous ceux pour qui l’agriculture est un levier essentiel du développement régional autour d’une démarche de communication positive et collective. Huit ans plus tard, le bilan est très encourageant et démontre que l’agribashing est loin d’être une fatalité.

Entre les agriculteurs et les consommateurs bretons, la relation semblait bien mal engagée. En apparence seulement. Au printemps 2011, un groupe de paysans de cette région riche en élevages se réunit pour redorer l’image d’une agriculture bretonne malmenée. L’épisode très médiatisé des algues vertes était passé par là. Les agriculteurs bretons étaient alors convaincus d’une chose : ils ne sont ni aimés, ni compris. En face, un sondage révèle en réalité le fort attachement des Bretonnes et des Bretons aux paysans qui les entourent. Un paradoxe ? Des interrogations réciproques plutôt, et un besoin profond d’apprendre à mieux connaître l’autre, et ainsi mieux communiquer. L’association Agriculteurs de Bretagne était née avec une idée fixe en tête : redonner la « fierté » aux paysans. Neuf ans plus tard, ce pari ambitieux est devenu une réalité, inspirant d’autres régions. L’agribashing s’est mué progressivement en « agriloving ». Certes, les contradicteurs et les « anti » sont toujours là, un long chemin reste à parcourir. Mais, en Bretagne, peut-être plus qu’ailleurs, l’image du métier d’agriculteur s’est considérablement améliorée. Le secret : faire parler celles et ceux qui le vivent au quotidien. « C’était une évidence à nos yeux que ça soit les agricultrices et agriculteurs qui parlent. Pas des institutions ou des syndicats. Et ça marche », explique la présidente de l’association, Danielle Even. La com', ça s’apprend Montrer ce qu’on fait, le dire, l’expliquer, n’est pas un exercice facile. Danielle Even l’a expérimenté personnellement face un jeune couple vegan. Forcément, quand on est éleveuse de porcs, on part avec un certain handicap. Et pourtant, en prenant le temps de dialoguer, la compréhension peut s’installer à défaut d’acceptation. « En prenant le temps de leur parler, j’ai pu leur rappeler que nos métiers, ce sont avant tout des femmes et des hommes, comme eux. Quand on déshumanise une profession, c’est trop tard. » Elle en est convaincue : cette capacité à parler de son métier, de l’expliquer pour finalement convaincre son auditoire est à la portée de tout un chacun. En étant bien entouré, c’est encore mieux. Là, réside la grande force d’un collectif comme Agriculteurs de Bretagne : accompagner les nouveaux venus dans leur démarche de communication, leur donner les clés essentielles pour bien s’exprimer, en vidéo sur les réseaux sociaux ou en présentiel face à d’autres personnes. La confiance est la clé, tout comme l’exploration d’autres horizons. « Il ne faut pas hésiter à sortir de ses lieux habituels. On peut aller sur un marché, sans produit à vendre, juste pour se mettre en avant et parler avec les gens qui passent. Ce n’est pas la chose la plus facile à faire, c’est vrai. Mais, progressivement, on prend de l’assurance. On se rend compte que les gens nous écoutent et qu’un dialogue est possible », témoigne Danielle Even. Un exemple illustre assez bien cela : la complexité et la diversité de l’agriculture qui tend à être mieux appréhendée par les Bretonnes et les Bretons. « Dans nos animations, on parle de filières longues, de filières courtes, d’animal et de végétal, de bio et de conventionnel. Une diversité de réponses qui correspond à la diversité d’actes d’achats qui existe en face. En présentant les choses de cette manière, le public s’identifie et on finit par mieux se comprendre. Cela leur permet également de mieux appréhender les différences entre un cochon élevé ici, avec le cahier des charges strict qui est le nôtre, et un cochon importé du Brésil. Si au moins ils sont capables de faire cette différence, c’est déjà beaucoup », estime Danielle Even.     Des communes aux stades de foot Dans sa stratégie de communication, Agriculteurs de Bretagne a réussi le tour de force d’impliquer de nombreuses collectivités. Nombre d’entre elles affichent le logo de l’association à l’entrée de leur ville ou village. Ces communes sont toutes adhérentes à l’association, ce qui sous-entend un réel engagement de leur part. « Ce n’est pas juste un soutien verbal à l’égard de notre profession. Les collectivités qui s’engagent à nos côtés doivent réaliser au moins deux actions de promotion par an qui mettent en avant les agriculteurs de leur territoire. » Cela peut être la mise en avant dans le bulletin communal, ou bien encore de proposer un site pour organiser une journée « Tous à la ferme ». « Le maire a l’avantage de connaître tous les agriculteurs de sa commune, ce qui n’est pas notre cas. Il a la capacité de faciliter l’organisation de ce type d’événements », justifie Danielle Even. L’agriculture bretonne a aussi réussi à se faire place… dans les stades de foot. Dans le club phare de la région, le Stade Rennais, la « marque » Agriculteurs de Bretagne est déployée sur d’immenses tifos, visible par des milliers de spectateurs ou téléspectateurs. On la retrouve également au départ de la très médiatique Route du rhum, ou associée au festival musical des Vieilles charrues. Autant d’événements qui ont fait connaître l’association aux agriculteurs bretons et qui les ont incités à la rejoindre. Aussi médiatisée soit-elle, l’association n’a pas encore réussi à rallier tous les paysans bretons à sa cause, ni les acteurs qui gravitent autour. « Notre objectif est d’obtenir la reconnaissance des 3,5 millions de Bretons. On n’y est pas encore, c’est certain. Cependant, nous sommes aujourd’hui bien inscrits et repérés dans le paysage. Et ça, c’est déjà beaucoup. Les choses bougent dans nos campagnes. Mais tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Pour construire une communication efficace, cela prend des années. Le plus dur, c’est de faire le premier pas. »    

Association Agriculteurs d’Alsace

Une nouvelle boîte à outils pour mieux communiquer

Publié le 15/01/2021

Désireuse de retrouver ses lettres de noblesse, l’agriculture alsacienne entend prendre en main sa communication en s’inspirant des expériences réussies en la matière en Bretagne, Suisse et dans le Nord. Une volonté forte qui doit se traduire, d’ici quelques mois, par la création d’une nouvelle association apolitique et asyndicale : Agriculteurs d’Alsace.

L’association Agriculteurs d’Alsace qui est en cours de création, doit permettre, sur le long terme, de mettre en œuvre une communication positive autour de l’agriculture alsacienne, en rassemblant toutes les « bonnes volontés ». Une association qui s’appuiera sur l’expérience éprouvée et réussie des homologues bretons et suisses en la matière. « Cela fait plusieurs années qu’ils se sont lancés dans des démarches de communication positive. Il y a beaucoup d’enseignements à en retirer », explique Julien Koegler, coprésident de la commission Communication de la Chambre d'agriculture Alsace aux côtés de son collègue haut-rhinois, Ange Loing. Le premier est un constat simple. Ces deux associations ont commencé par lancer une vaste enquête d’opinion chez les consommateurs et chez les agriculteurs : comment les uns perçoivent les agriculteurs et l’agriculture dans son ensemble, comment les autres évaluent leur place et leur métier dans la société. « Ces études sont indispensables si on veut avoir une vision précise de la situation actuelle. Il fallait donc qu’on passe aussi par là », poursuit-il. C’est la première fois qu’une telle enquête est menée en Alsace : par téléphone, pour les consommateurs, et sur Internet, pour les agriculteurs. Les résultats seront connus en ce début d’année, mais les premiers retours des consommateurs semblent « encourageants », révèle Julien Koegler.       ?‍?????‍? [AGRICULTEURS D'ALSACE] "Nous, agriculteurs, femmes et hommes fier(e)s de notre travail, nous avons à cœur de... Publiée par Agriculteurs d'Alsace sur Mercredi 22 avril 2020     De nombreux partenariats étudiés Une fois cette première étape réalisée, il va falloir structurer cette future association qui se veut « complémentaire » des organisations professionnelles déjà très actives en matière de communication comme les Jeunes Agriculteurs. « Ce n’est pas une instance en plus. L’idée est de sortir de l’aspect politique et syndical pour établir une communication de construction plutôt qu’une communication de réaction sur des sujets d’actualité. Toutes les forces sont donc les bienvenues pour peu qu’elles partagent cette vision », poursuit Julien Koegler. Différents collèges sont envisagés au sein de cette association : les agriculteurs tout d’abord, le « cœur » de cette association ; les lycées agricoles ; les organisations professionnelles qui gravitent autour de l’agriculture comme les banques ou les assurances ; ou encore la grande distribution. Comme en Bretagne, Agriculteurs d’Alsace souhaiterait impliquer les communes dans cette vaste démarche de communication positive : l’idée serait de mettre un panneau relatif à Agriculteurs d’Alsace à l’entrée de chaque ville ou village qui soutiendrait l’agriculture par des actions concrètes. « C’est une chose essentielle qui permettrait de responsabiliser tout le monde sur nos territoires », justifie Julien Koegler. Concrètement, toutes les pistes de partenariat sont aujourd’hui étudiées pour développer l’action et la visibilité de cette future association. Tous les grands évènements publics sont notamment visés. La Ligue 1 de football est une éventualité. « En Bretagne, ils ont réussi à s’associer avec le Stade Rennais. Pourquoi pas la même chose chez nous avec le Racing Club de Strasbourg ? », s’interroge Julien Koegler. En attendant de, peut-être, investir les travées de la Meinau, il faut déjà concrétiser la création de cette nouvelle association. Pour l’instant, aucune date précise n’est avancée. Il va falloir, dans un premier temps, analyser les résultats des enquêtes en cours. « On veut prendre le temps de faire les choses correctement. La communication positive se construit sur le long terme, il nous faut donc une base solide. On pourra ensuite unir nos forces pour redonner à notre agriculture alsacienne les lettres de noblesse qu’elle mérite. »       ?‍????‍? [PORTRAIT D'AGRI] Rencontre avec Joffrey Jost producteur pour la Ferme Vogelgesang à Dorlisheim. La ferme est... Publiée par Agriculteurs d'Alsace sur Jeudi 3 décembre 2020    

Le Savoir Vert des Agriculteurs d’Alsace

Parler aux enfants comme des pros

Publié le 14/01/2021

Le 26 novembre, l’association Savoir Vert des Agriculteurs d’Alsace terminait sa première formation destinée à professionnaliser l’accueil des écoliers dans les fermes. Une journée de mise en pratique, malheureusement sans enfant, à cause de la crise sanitaire, qui a apporté aux participants les clés pour bien communiquer avec le jeune public.

Pour les enfants, l’agribashing, ce mot de « grand », ça ne veut pas dire grand-chose. Quand on a cinq, six ou neuf ans, on a encore cette dose d’insouciance et de curiosité qui fait voir le monde avec plus de légèreté que les parents. La ferme, les animaux, les tracteurs, les jardins remplis de légumes ou les fraises à cueillir soi-même, c’est quand même vachement cool. Pour les agriculteurs, c’est un public idéal. Avec les bons mots, la bonne méthode, la bonne attitude, il est possible de les sensibiliser durablement pour, qu’une fois adultes, ils se souviennent d’où vient le contenu de leur assiette, qui l’a produit et comment. Mais comme avec les adultes, la communication positive avec les enfants, ça ne s’improvise pas. Il existe des méthodes, un vocabulaire, et autant de petits trucs qui permettent de capter l’attention et graver les messages. Et ça aussi, ça s’apprend. C’est ce qu’ont pu constater les participants à la première session de formation organisée par l’association Savoir Vert des Agriculteurs d’Alsace le 26 novembre à la ferme des Schalandos, à Hachimette. Une journée de « mise en pratique », coorganisée avec l’Ariena (Association régionale d’initiation à l’environnement et à la nature en Alsace), qui a clôturé neuf jours de formation.       ? Dernier jour de formation pour notre première promotion de fermes pédagogiques ! ➡️ Mise en situation avec les... Publiée par Le Savoir Vert des Agriculteurs d'Alsace sur Jeudi 26 novembre 2020     Apprendre les « clés » de la pédagogie Il a fallu néanmoins adapter cette étape finale. « À la base, on devait accueillir une classe de primaire pour tester en conditions réelles les ateliers qu’on avait créés. Malheureusement, on a dû faire sans et composer autrement », explique Ange Loing, responsable de la ferme et président de l’association. Dans la mesure où cette formation avait été financée par Vivea, les participants ont tenu à aller au bout. Ils ont donc, tour à tour, pris le rôle des enfants au cours de cette mise en pratique. Une expérience très enrichissante qui a démontré la pertinence de professionnaliser l’accueil de scolaires dans une ferme. « On accueillait déjà des enfants avec les Jeunes Agriculteurs. Mais, avec cette formation, on a pu s’apercevoir que ce n’est pas quelque chose qu’on peut improviser. On connaît tous nos métiers. La pédagogie, un peu moins voire pas du tout. Et si le but c’est d’instruire correctement les enfants, il faut utiliser les bons outils », souligne Ange Loing. Dans des conditions normales, chaque visite est planifiée en amont avec l’instituteur ou l’institutrice ; l’idée étant que cela réponde aux attendus pédagogiques de fin de cycle. Et, comme en classe, il y a une méthode à appliquer avec des enfants pour qu’une information devienne une connaissance pérenne : la répétition. « C’est la base de toute éducation. En appliquant ce principe, on met davantage de chances de notre côté », fait remarquer Ange Loing. Une diversification de plus Marie Cazenave-Péré, de la ferme Lammert, à Ensisheim, confirme : malgré une expérience éprouvée avec les écoliers, elle constate que cette formation lui a apporté de nouvelles clés de compréhension. « Cela m’a forcée à m’intéresser à la problématique des programmes scolaires. Et puis on avait deux points de vue : ceux d’agriculteurs déjà rodés à l’accueil du public, et celui d’une personne qui a l’habitude d’accueillir des enfants dans un cadre plus ludique. » Pour capter leur attention, pas de miracle, mais du « bon sens » adapté à leurs âges : utiliser les sens, faire appel à l’imagination, l’émotion, le jeu, la construction… Ici, pas d’argumentaire rationnel et posé comme on le ferait devant un adulte ; pour communiquer positivement, il faut s’adapter à son public. Outre le fait de diffuser une meilleure image de l’agriculture, l’accueil des écoliers sous l’égide du réseau Savoir Vert représente une nouvelle possibilité de diversification pour l’exploitant. Contrairement à des portes ouvertes classiques, ces visites de fermes « professionnalisées » sont payantes, tout comme l’est finalement une sortie au théâtre ou au cinéma pour une classe. Reste maintenant à faire grandir et développer la branche alsacienne du réseau Savoir Vert. Une deuxième session de formation est prévue dans le courant de l’année 2021, voire au tout début si le recrutement en cours s’avère concluant.    

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