Vie professionnelle

Publié le 11/01/2021

La communauté d’agglomération de Haguenau (CAH) et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) ont signé une convention de partenariat. L’objectif : promouvoir une agriculture durable et performante sur les 36 communes de la CAH, et garantir une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire.

Signée le 10 décembre dernier à l’EARL du Vieux Pré à Schirrhein, la convention de partenariat liant la communauté d’agglomération de Haguenau et la Chambre d’agriculture d’Alsace court jusqu’en 2026. Elle consacre l’intérêt déjà ancien porté à l’agriculture par les 36 communes qui composent la collectivité du nord de l’Alsace : en témoignent la concertation avec la profession agricole lors des opérations d’aménagement, l’engagement en faveur de la préservation des espaces agricoles ou le soutien à l’abattoir intercommunal de Haguenau. Dans son projet de territoire 2030 adopté en février 2018, la CAH avait prévu de fédérer les acteurs du territoire œuvrant au service des entreprises et de l’emploi, en particulier ceux du domaine agricole, via une démarche de partenariat. La convention signée le 10 décembre avec la CAA vise à conforter la place des entreprises et filières agricoles dans le tissu économique local et d’en renforcer la compétitivité afin « de garantir aux agriculteurs une juste rémunération ». Elle a également pour objectifs d’assurer une offre de produits locaux de qualité accessible à l’ensemble de la population de l’agglomération et de promouvoir une agriculture répondant à de multiples enjeux : celui d’un développement « durable et équilibré » du territoire, la préservation de la qualité des paysages, de la nappe phréatique et de la biodiversité. Enfin, elle vise à garantir « une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire ». Les actions développées dans le cadre de la convention viendront en complémentarité des dispositifs existants, en particuliers ceux soutenus par l’Europe, l’État, la Région Grand Est et le département (le texte a été signé avant la création officielle de la Collectivité européenne d’Alsace). Plusieurs axes de collaboration ont été définis : le premier porte sur la connaissance du territoire et de ses acteurs. Il s’agit de connaître plus finement les 322 exploitations du territoire, leur typologie, leur mode de production, et les filières dans lesquelles elles s’inscrivent, mais aussi de les localiser précisément grâce à une cartographie. La collaboration entre la CAH et la CAA permettra d’identifier leurs forces et leurs faiblesses, ainsi que les enjeux fonciers et environnementaux liés à leur activité. Des visites trimestrielles d’entreprises agricoles sont prévues associant les représentants des deux partenaires. Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs Le deuxième axe consiste à soutenir et développer l’économie agricole. À la fois en préservant le foncier agricole (près de 14 000 ha à ce jour), en intégrant les contraintes propres à cette activité dans l’aménagement de la voirie et en facilitant l’accès à la ressource en eau pour les cultures spéciales. La convention prévoit également de promouvoir les démarches d’innovation, de soutenir les opportunités liées à la transition énergétique et d’encourager la mutualisation des moyens en matière de production-transformation-commercialisation. L’appui à la constitution de filières et la mobilisation de la commande publique au profit des productions locales font partie des moyens envisagés. Le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs figure en bonne place dans ce chapitre. La CAH et ses membres prévoient ainsi d’orienter les terres encore libres dont elles sont propriétaires vers des jeunes en phase d’installation. Le développement d’une agriculture durable et en phase avec les attentes de la société constitue le troisième axe de cette convention. Les deux signataires se fixent pour objectif d’encourager les pratiques respectueuses de l’environnement (respect de la biodiversité, préservation de l’eau, lutte contre les coulées de boue, respect du bien-être animal). Les leviers utilisables sont nombreux : promotion des mesures agro-environnementales, soutien à la conversion à l’agriculture biologique et au développement des aires de lavage et de remplissage collectives. Pour encourager le développement des circuits courts, la CAH et la CAA étudieront notamment la faisabilité d’un dispositif d’accompagnement à la mise en place de points de vente collectifs et assureront la visibilité des productions locales sur les marchés. La convention liant les deux partenaires prévoit - c’est là son dernier axe - de mettre en valeur l’excellence agricole sur le territoire de l’agglomération de Haguenau. Cela passera notamment par l’organisation d’événements rapprochant les agriculteurs et les habitants, en particulier les scolaires, par la mise en place de parcours découverte et par une signalétique permettant de rendre visible l’engagement des agriculteurs dans la préservation de l’environnement.

Nicolas, lecteur passionné

Vivre l’agriculture à travers la lecture

Publié le 09/01/2021

Pour Nicolas Eckert, 10 ans, l’école relève plus de la corvée qu’autre chose. Alors dès que la cloche sonne, il ne rêve que d’une chose : aller dans les champs, sur un tracteur. Et quand il ne peut pas le faire, il découvre l’univers rural à travers les publications agricoles.

Christelle et Philippe Eckert s’en souviennent comme si c’était hier : leurs deux enfants, Élodie et Nicolas, étaient « sur un tracteur avant de savoir marcher ». Aujourd’hui, Élodie est en 1re agricole au CFA de Rouffach et se voit à la tête d’un élevage bovin. Nicolas est en CM2 à Habsheim. Pour lui, être agriculteur c’est « aller dans le champ avec des tracteurs. On laboure, on sème… J’aide papa au bois, aux asperges, pour faire les foins et les petites bottes en été », vendues au zoo de Mulhouse et à l’écurie de Blodelsheim. Dans sa classe, un autre camarade veut devenir agriculteur, l’autre boucher. Mais cela reste entre eux, les autres ne comprendraient pas. Frère et sœur aux (futures) commandes Son rêve, il le vit sur les deux exploitations familiales. Celle que ses parents partagent à Habsheim et l’autre à Illzach, reprise il y seize ans par son père ; mais aussi lorsqu’il rend visite à un élevage laitier de 45 têtes à Habsheim. Son imaginaire se prolonge au fil des pages de la France agricole et du Paysan du Haut-Rhin. Ce qu’il préfère, « les pages avec des machines ». Élodie confirme : « Quand il y a des beaux tracteurs, il lit ce qu’il y a écrit en dessous ! ». Nicolas se rend compte que l’agriculture est un travail prenant. Sa maman travaille à la cantine de l’hôpital de Rixheim, le matin, et rejoint son mari sur l’exploitation, l’après-midi. Pourtant, le labeur ne l’effraie pas. « Si je suis avec ma sœur ça va aller », répond-il simplement. « C’est vrai qu’il dit souvent que lui s’occupera des travaux manuels et que sa sœur s’occupera de la paperasse », sourit la maman. Lorsqu’il sera aux rênes de la ferme, il continuera à faire du bois de chauffage, comme son père actuellement, mais il voudra plus de vaches (seulement deux aujourd’hui pour le plaisir de la famille) et des moutons. Et surtout, il changera les tracteurs pour des « plus modernes avec plus de manettes ». Christelle souligne : « On ne les a pas poussés, mais c’est vrai que depuis petits, ils nous accompagnent et participent à la vie de l’exploitation. Je crois qu’ils sont fiers de nous, de ce que l’on fait. Et on est fiers d’eux ».

Théo, futur arboriculteur

Amateur de tracteur et de liberté

Publié le 08/01/2021

Depuis quatorze ans, Théo Tuchscherer grandit au milieu des quetsches, des pommes et des champs de Roppenheim, au nord de l’Alsace. Pour rien au monde, il ne voudrait quitter ce village entouré de vert, sa couleur préférée. Simple mais très déterminé, il compte reprendre l’exploitation de son père, telle qu’il la connaît.

Théo enfile son gilet bleu sans manches, sa paire de chaussures de marche. C’est parti pour un samedi après-midi de travail. Il monte à l’avant de la fourgonnette, à côté de son papa. Le duo sort du village de Roppenheim. Direction une parcelle de 1,8 ha de quetschiers, située le long de l’autoroute A35. À destination, pas besoin de donner d’instructions, chacun sait ce qu’il doit faire. Avec sa tronçonneuse, Charles Tuchscherer coupe la cime d’un premier arbre. Théo, lui, regroupe les bois tombés sur le côté de la rangée. « Ce sera plus simple pour passer le broyeur pour ensuite replanter des pruniers », explique ce jeune de 14 ans, avec une assurance timide, propre à son âge. Le matin, Théo était en train de labourer une parcelle de maïs, non loin de là, tout seul, comme un grand. « C’est normal, il y a tellement de choses à faire pour préparer l’hiver qu’il faut être efficace », poursuit ce garçon aux cheveux bruns qui, s’il le pouvait, raterait bien ses cours de 4e pour rester dehors à aider son papa et ne rien rater de la vie de l’exploitation. « Nous avons essayé de l’inscrire à des activités sportives mais ça n’a pas marché », avoue le papa, arboriculteur et céréalier, un brin résigné mais pas si dérangé que cela par la situation car, au fil des années, son fils est devenu son bras droit. « Il sait tout faire. Et si je lui demande de se lever à 6 heures du matin pour venir irriguer avec moi, pas de souci, il est toujours prêt. » Charles n’a pas forcé son enfant dans la passion pour le métier. Tout s’est fait naturellement, dans l’environnement familial. « Je me souviens encore de ce jour où mon fils est resté seul au volant d’un tracteur, à l’âge de 2 ans, raconte Sonia, remplie d’émotions alors qu’elle sort un petit album photo qui retrace les débuts de Théo et de sa sœur aînée, Emma. Quand on a voulu l’en descendre, il s’est mis à pleurer si fort. » À 6 ans sur le Kubota Théo a eu gain de cause. À 6 ans, sous la surveillance de ses parents, il a même appris à conduire son premier tracteur de verger, autour de la maison : un Kubota M8540. « C’est devenu mon préféré », confie le garçon. D’abord sans outil, puis avec une petite remorque, maintenant avec n’importe quelle machine, sauf le pulvérisateur « par précaution pour sa santé », préfère son papa. « Ce n’est pas si facile de conduire, comme les cabines ont plein de boutons. Il faut apprendre à accélérer le moteur, à allumer la coupe, mais ça va », admet Théo, qui roule dans les champs avec son papa, mais jamais sur la route. Des tracteurs, Théo en a rempli la maison. En Légos, dans le salon, ou agencés avec des pièces en bois, dans la petite mezzanine qui dessert les chambres. Il ne joue plus avec mais chaque objet conserve sa place. « Cela fait partie de la décoration », commente sa maman, amusée. Même les grains de maïs que Théo utilisait pour sa petite moissonneuse sont restés bien en vue, dans un bac, à côté du garage en carton. Maintenant, Théo collectionne plutôt les posters de tracteurs dont il tapisse les murs de sa chambre. À droite de son lit, il a déjà accroché le calendrier 2021 de la maison John Deere que lui a commandé sa maman, complice de sa passion. « Parfois, la nuit, je rêve de conduire une machine avec une charrue à 12 socs », partage Théo, conscient que cela ne lui arrivera sûrement pas. Sauf s’il part aux États-Unis, mais ce n’est pas son intention. Lui veut succéder à son papa, sur sa soixantaine d’hectares de céréales et de verger de pommes, poires et prunes. L’espoir de la natti Devant la motivation de son fils, Charles Tuchscherer, 55 ans, s’est lancé dans la culture de la nouvelle pomme alsacienne natti sur 3,5 ha. Il estime que cette activité durera au moins vingt ans, de quoi faciliter l’entrée de son garçon dans le métier. Théo, lui, a fait son premier plant en mars 2018, et récolté ses premiers fruits l’année suivante. « Il y en avait déjà beaucoup, alors j’ai l’espoir que ça continue », déclare l’enfant. Les chiffres lui donnent pour l’instant raison. En 2019, Charles Tuchscherer a obtenu 30 t/ha de natti ; en 2020, 52 t. Reste à découvrir et comprendre les coulisses du métier. « Souvent, il vient me trouver après avoir regardé des vidéos sur Youtube, pour me dire qu’il faudrait acheter telle ou telle machine. Je lui réponds qu’il faut d’abord avoir les sous », témoigne Charles Tuchscherer qui essaie de distiller à son fils autant de conseils que possible pour « avoir une exploitation viable, réfléchir avant de se lancer mais pas trop longtemps ». Même si elle a souvent « la frousse » quand elle voit son fils monter sur des machines, comme bien des mamans, Sonia encourage Théo dans son parcours. Elle a déjà contacté le lycée agricole d’Obernai pour qu’il y parfasse ses connaissances, directement après la fin de sa scolarité au collège de Seltz, ou après une année de 3e au lycée de Wintzenheim. Une pareille formation lui permettra d’explorer davantage encore son désir de protéger la nature et les animaux. En attendant, ces jours où la nuit tombe plus vite qu’il ne le voudrait, Théo finit par s’entraîner à moissonner le blé sur le jeu vidéo Farming Simulator. En cinq minutes, il parvient à accumuler 8 061 € en revenu de récolte. « Si c’était comme ça en réalité, on n’aurait pas besoin de planter des pommes », lâche Charles, en interpellant son fils. Théo acquiesce par un rire franc.

Pages

Les vidéos