Vie professionnelle

Assemblée générale des Jeunes Agriculteurs

Des filières malmenées

Publié le 16/03/2017

Les porte-parole des différentes filières ont insisté sur la gravité de la situation.

Filières viande Pour Julien Jacob, trésorier de JA 67, la faillite de Copvial est un échec pour la profession agricole, et surtout un immense gâchis. « Après avoir survécu à cela, plus rien ne nous fait peur et nous sommes prêts à relever tous les défis. Nous avons pu sauver les meubles en gardant un outil de proximité. Grâce au soutien de bon nombre d’acteurs, économiques et politiques, nous avons pu réduire le montant des dettes des éleveurs. » L’avenir est en marche, grâce notamment au Comptoir agricole que Julien Jacob a remercié pour son engagement auprès des éleveurs alsaciens. « À présent, nous devons tourner la page… et en tirer les leçons. » Julien Jacob s’interroge : « Face aux attaques des associations animalistes, devrons-nous une nouvelle fois nous justifier ? À ceux qui nous traitent de bourreaux, je réponds : venez faire un tour dans nos fermes pour découvrir la réalité. Nous, éleveurs, nous prenons notre métier à cœur. Attention aux amalgames, à une généralisation hâtive. Heureusement, nous pouvons compter sur les consommateurs, en recherche d’une viande de qualité. Mais comment pouvons-nous accepter l’importation de viande canadienne ? À quand une véritable ambition pour l’élevage français ? » Filière fruits et légumes Les prix ont permis aux producteurs de fruits et légumes de garder la tête hors de l’eau, même s’ils ne compensent pas les pertes liées au climat, souligne Anthony Carbiener, vice-président de JA67. Les réunions organisées au niveau du Grand Est ont mis l’accent sur le manque d’organisation de la filière. « Les exploitations sont trop peu spécialisées, mais leur diversification est un atout pour lisser le revenu. Le problème, c’est que tout passe par les centrales d’achat qui ne communiquent ni sur les volumes ni sur les prix qui permettraient de planifier la production. Nous ne sommes pas compétitifs par rapport aux pays voisins qui bénéficient d’un coût de la main-d’œuvre plus bas et de normes phytosanitaires moins drastiques. Nous constatons en outre qu’il n’existe pas de formation diplômante spécifique pour le maraîchage dans notre région. Nous avons créé, avec Planète Légumes, un groupe de JA appelé Jeunes Pousses pour découvrir les techniques de chacun. Concernant la contractualisation avec les GMS, le volume n’est pas garant de rentabilité. Nous demandons la fixation d’un seuil minimum et maximum pour sécuriser l’installation des jeunes, avoir une lisibilité auprès des banques. » Un groupe Univers légumes a été créé dans le Grand Est pour travailler sur la compétitivité de la filière, en partenariat avec la Région, afin de débloquer des fonds et faciliter l’accès à l’investissement. « Nous comptons sur la Région pour dynamiser ces subventions et nous aider à négocier avec les GMS. » Filière lait Les producteurs de lait traversent une crise sans précédent, affirme Nicolas Urban, vice-président de JA67. « En 2016, ils ont subi 25 € de baisse, soit une baisse de rémunération de 65 € sur deux ans (20 %). Ajoutez à cela un surcoût lié à l’excès de réglementation française. » Toutes les solutions ont été utilisées pour survivre à cette crise, mais si la situation perdure, les exploitations vont mourir à petit feu, prévient-il. Sur les derniers mois, on constate une reprise sur le marché due aux éleveurs qui ont baissé leur production. « C’est ce moment qu’a choisi la grande distribution pour faire des promotions éhontées sur les produits laitiers, avec des rabais allant jusqu’à 70 % ! Pire encore, pendant les négociations en cours, elle a exigé des transformateurs des baisses de prix de 2 à 8 % sur les produits laitiers. Ils s’engraissent sur notre dos, acculant de nombreux agriculteurs au suicide. » Pour la production laitière, 2017 est une année charnière. « Si vous ne prenez pas en compte la situation actuelle, nous prendrons les mesures qui s’imposent. Ce n’est pas un cri de désespoir, mais un instinct de survie qui va guider nos actes. » Dossier chasse « Les sangliers retournent allégrement nos prairies et on nous prend trop souvent pour des blaireaux », s’écrie, excédé, Julien Jacob. Faute d’avoir été une bonne année agricole, 2016 a été une année favorable aux sangliers. Les dégâts se sont concentrés sur les prairies, en particulier dans la région de Wissembourg et en Alsace Bossue. Plusieurs battues ont été organisées pour éviter une explosion des ravages au printemps. Parallèlement, des dégâts de corbeaux se multiplient, un plan de lutte a été mis en place sur 60 communes et, en collaboration avec la Fredon et la FDSEA, des formations au piégeage ont été organisées. Julien Jacob rappelle que tout agriculteur détenteur d’un permis de chasse a le droit de chasser les corbeaux, à condition de le signaler à la DDT. Les dégâts de blaireaux tendent à se développer, notamment dans les cultures de maïs, mais ils ne sont pas indemnisés, Le seul moyen de lutte autorisé est de faire appel à un organisme qui utilise des répulsifs et des clapets antiretour sur les terriers, une mesure que Julien Jacob juge inefficace. « Messieurs les élus, seriez-vous atteints de schizophrénie ? Sinon, comment expliquer l’absurdité de la directive Nitrates ? Comment expliquer le fait que certains maires se prononcent pour une alimentation locale tout en interdisant la construction de bâtiments agricoles ? Comment expliquer l’attrait de notre administration pour les haies et les hamsters, alors que dans le même temps elle s’engage pour le goudronnage de plusieurs centaines d’hectares de terres agricoles pour le GCO ? Au vu de toutes ces contradictions, les JA du Bas-Rhin ont décidé de vous offrir une psychothérapie de longue durée. » L’agriculture est en perpétuelle évolution, les agriculteurs ne cessent de s’adapter. « Chez JA, nous sommes persuadés qu’il faudra encore évoluer. Mais il nous faut de la reconnaissance, une vision à long terme et un prix rémunérateur. » Point Pac « Le dossier des aides Pac semble s’arrêter en 2015, souligne Julien Koegler, secrétaire général de JA67. Toutes les excuses sont bonnes, la complexité de la réforme, les problèmes de logiciel. Jamais l’administration ne s’est remise en cause, jamais elle n’a présenté d’excuse, pour ces retards prolongés. Notre administration n’arrive pas à écrire 4 200 chèques par an. Tout a été payé à 95 %, nous dit-on, mais avec combien de retard ? » Il faut passer à l’action, estime le secrétaire général. Manger local Tous les producteurs doivent s’approprier la marque Savourez l’Alsace Produit du terroir, créée conjointement par la profession agricole, l’industrie agroalimentaire et la Région, explique Philippe Boehmler, secrétaire général adjoint de JA67. « C’est un outil qui permet de redonner confiance au consommateur. » Avec toutes les émissions à charge, il a besoin de retrouver des produits locaux, faits avec des matières premières alsaciennes. « Nous travaillons avec les restaurateurs, en particulier les Étoiles d’Alsace, pour voir comment nous pouvons les approvisionner. Nous allons faire la même démarche avec la grande distribution. » Cette marque peut aussi devenir un liant entre producteurs, entre différents modes de production et de commercialisation. « C’est un joli projet pour fédérer l’agriculture alsacienne. Tout le monde doit pousser dans le même sens. » La page JA se tourne pour Philippe Boehmler « Une nouvelle page s’ouvre. » Une très belle équipe est en place, ajoute-t-il, avant de remercier le staff administratif : « Quand vous vous lancez dans l’aventure JA, il est essentiel de pouvoir compter sur une équipe rodée. »

Publié le 15/03/2017

Visionnaires, en résonance avec leur temps, les jeunes agriculteurs veulent être maîtres de leur avenir. Une fois ce constat dressé, deux questions se posent. Qu’est ce que l’engagement chez JA ? Comment créer de nouvelles vocations ? Les responsables JA se sont coupés en quatre pour y répondre.

Il y a près de 60 ans, la JAC a créé le CNJA pour défendre la cause des jeunes, indique Mathieu Schneider. Ce syndicat est à l’origine de nombreuses avancées pour les agriculteurs, et plus particulièrement pour les jeunes. Sa première motivation est de garantir le renouvellement des générations à travers des installations sur des fermes vivables, viables et transmissibles. « Nous nous battons pour une agriculture aux mains des paysans, une agriculture nourricière, diversifiée et novatrice, éthique et ouverte au dialogue. Pour cela, nous pouvons compter sur nos structures nationales, départementales et cantonales. » Le Bas-Rhin compte près de 700 adhérents. « Nous sommes le premier département de France en nombre d’adhérents. La diversité de nos productions, de nos modes de commercialisation est une richesse. » Acteur de son propre destin, le syndicalisme jeune veut continuer à être force de proposition pour façonner l’agriculture de demain. Il existe différents types d’engagement. L’adhésion, c’est s’engager à faire partie d’une organisation, adhérer à un projet collectif ; la participation, c’est s’engager dans l’organisation de manifestations ; la prise de responsabilités, c’est la fonction des élus mandatés, au sein et en dehors du milieu agricole. « C’est être acteur au service d’une cause. » Mais les freins à l’engagement sont réels : « Les responsabilités prises s’ajoutent aux contraintes du métier d’agriculteur. C’est un métier prenant, qui laisse peu de temps aux activités extérieures. » Prendre davantage de responsabilités peut faire peur, ou faire surgir un besoin de formation. « Paradoxalement, la notion de compétences apparaît comme un frein à la prise de responsabilités », indique Nicolas Urban. La prise de responsabilité va de pair avec un besoin de reconnaissance. « Les critiques sont source de stress, voire démoralisantes. » Cependant, l’engagement des agriculteurs est une véritable richesse, pour l’agriculture et pour celui qui s’engage. S’impliquer est le meilleur moyen de faire entendre la voix de la jeunesse agricole, les revendications de la profession. Les JA sont la structure de première responsabilité au sein des organisations professionnelles agricoles, la première étape vers la prise de responsabilités au sein d’autres organisations, voire d’autres collectivités. « L’engagement bénévole correspond à un projet d’activité où le plaisir est synonyme de réalisation de soi. » On glisse d’une logique de militant à celle d’épanouissement personnel. Le bénévolat permet d’enrichir ses compétences, de faire preuve d’esprit d’initiative, d’apprendre à déléguer des responsabilités à d’autres, d’acquérir plus de confiance en soi, d’augmenter son ouverture d’esprit. Si l’engagement est, pour le jeune adhérent, l’occasion d’accéder à diverses sources d’information, c’est également le moyen de créer du lien social, d’appartenir à un groupe. C’est d’autant plus vrai en agriculture où le chef d’exploitation travaille souvent seul. « Trouver la formule de la manifestation de demain » « Qui mieux que vous peut défendre le monde agricole ? Encore faut-il vous engager… » Le challenge est double, explique Étienne Losser : conforter les responsables actuels et réussir l’intégration de nouvelles personnes motivées. « Notre ambition est de développer la dynamique réseau. » JA67 formule trois propositions pour améliorer la communication dans le réseau. La première est d’apporter de la plus-value dans la diffusion de l’information, - c’est l’objectif de la « newsletter » mise en place en janvier 2017. La seconde est d’améliorer la communication entre les cantons, notamment sur l’état d’avancement des dossiers problématiques, souvent communs à plusieurs cantons, ou les manifestations locales. La troisième est de susciter la curiosité, en invitant des intervenants extérieurs (coopératives, banques, élus régionaux et départementaux, OPA) en abordant des thèmes différents de ceux traités au niveau syndical. « Nous souhaitons renforcer la convivialité en instaurant des moments d’échange. » L’idée est d’organiser, plusieurs fois par an, des conseils départementaux décentralisés, avec un temps de convivialité qui se concrétise par la visite de l’exploitation, pour prendre conscience des difficultés rencontrées sur les exploitations et construire un plan d’action syndicale sur le département. Mais aussi de promouvoir le mouvement JA auprès du grand public, pour mettre en évidence son dynamisme et retrouver une proximité avec les citoyens. « Et lorsque les choses ne vont pas, nous manifestons notre colère. Manifester, c’est s’engager ! À nous de trouver la formule de la manifestation de demain. » Les Jeunes Agriculteurs proposent de créer un groupe de réflexion sur ce sujet. Créer de la valorisation et de la reconnaissance Les présidents cantonaux sont la pierre angulaire du réseau, ils sont en première ligne pour transmettre un message syndical fort, inciter les jeunes à s’impliquer. JA67 propose de mettre en avant les actions de chaque canton, lors des conseils départementaux. La formation est indispensable pour progresser et prendre confiance en soi. « Nous aurons à cœur de former les responsables cantonaux. » JA67 veut mettre en place un certain nombre d’actions pour encadrer les nouveaux présidents, les aider à entrer en contact avec leurs membres, les rendre plus efficients dès le début de leur mandat. Les responsables en place se verront proposer des formations sur des sujets comme la prise de parole, l’animation d’une réunion, l’organisation d’une manifestation grand public. JA67 veut aller plus loin en proposant des formations à l’ensemble de ses adhérents sur la communication, la gestion de projets, la résolution des conflits, etc. Motiver les jeunes à s’engager Pour motiver de nouveaux adhérents à s’engager, différents leviers existent. Pour Anthony Carbiener, les présidents cantonaux ont un rôle clé dans la détection de nouveaux talents. « Les tournées cantonales sont des lieux clés de recrutement. » Afin de trouver les représentants de la jeunesse agricole de demain, il faut ouvrir les conseils départementaux au réseau JA. D’où l’idée d’inviter systématiquement les adhérents à y participer. « Cela nous permettra de découvrir des jeunes qui ont du potentiel. » JA67 veut aussi dynamiser les groupes filières. « Dans ces réunions spécifiques à une production, tout le monde parle le même langage. Davantage de visites d’exploitations et d’usines de transformation seront organisées pour attirer un public plus vaste et détecter les jeunes qui veulent s’engager. » Une autre idée consiste à désigner des responsables locaux, à l’échelle de trois ou quatre communes. Ils auront pour rôle de renforcer la proximité avec les adhérents, de faire passer plus facilement les informations, de faire remonter les problèmes et de prospecter de nouveaux adhérents. « Cela permettra d’organiser plus facilement des opérations coup de poing dans les cantons, démontrant ainsi que chacun peut être acteur du changement. »

Assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin

« Fondamentalement engagés pour notre avenir »

Publié le 14/03/2017

L’engagement était le thème de l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, le lundi 6 mars à Rittershoffen. « L’engagement, on en a fort besoin », a souligné Thomas Gillig, président des JA du Bas-Rhin.

« Ensemble, engageons-nous pour l’avenir ». Si les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont choisi ce thème, c’est pour prendre de la hauteur et replacer l’homme au cœur du dispositif, affirme Thomas Gillig. « L’agriculture est faite d’hommes et de femmes passionnés, malgré les critiques. Oui, il en faut, de la passion, en cette période d’incertitude. La volatilité des prix est devenue habituelle et prévoir notre revenu sur quatre ans dans le cadre du parcours à l’installation est difficile. Nous voulons des engagements de la part de nos partenaires : nous proposons la négociation d’un prix plancher garanti sur les quatre premières années d’installation pour avoir de la visibilité et redynamiser les filières. » Le renouvellement des générations est un enjeu de taille pour l’avenir de l’agriculture, poursuit le président. « Nous avons besoin de l’engagement de la Région Grand Est. « Les délais de versement des DJA sont restés dans des limites acceptables », souligne-t-il. « L’engagement, nous l’exigeons aussi pour la quatrième modulation des aides JA qui remplace les prêts JA, obsolètes. La Draaf doit accélérer le mouvement. Pourquoi cela tarde-t-il tant, alors qu’ailleurs le dispositif est déjà opérationnel, comme dans les Pays de Loire. L’Union européenne a déjà validé le cadre de ces aides. Du côté de l’administration française, on ne peut pas en dire autant. » Le travail sur la quatrième modulation n’empêche pas une harmonisation des aides au niveau du Grand Est. « Nous demandons une Pac ambitieuse » « Nous avons aussi besoin d’engagement sur la défense de l’agriculture française. Pour cela, nous demandons une Pac ambitieuse, avec davantage d’outils pour sécuriser le revenu, davantage de protection pour l’agriculture afin qu’elle ne soit pas considérée comme un bien marchand », explique Thomas Gillig. Évoquant la contribution de l’agriculture dans le domaine de l’environnement, le président insiste sur la nécessité de préserver les outils de production, d’éviter la surconsommation de terres agricoles dans le cadre des compensations environnementales, de mettre en place une politique fiscale adaptée. Les mois à venir seront marqués par les décisions politiques importantes, poursuit-il. « Sachons réfléchir nos choix pour que l’agriculture bas-rhinoise perdure. » Tous les candidats se bousculent au portillon du salon international de l’agriculture, mais ils restent peu diserts sur leur programme agricole. « Nous avons besoin de retrouver de l’ambition pour que le secteur soit dynamique, tourné vers l’avenir, qu’il reste le socle des territoires. » 2016 était éprouvante à bien des égards, conclut Thomas Gillig. « Je préfère me tourner vers 2017, annonciatrice d’espoirs et de projets. Soyons fiers de nourrir les hommes. La défense de nos intérêts, à tous les niveaux, reste notre première motivation. Nous restons fondamentalement engagés pour notre avenir. »

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