Publié le 10/03/2017
À l’occasion de sa visite en Alsace, la secrétaire d’État chargée de la biodiversité Barbara Pompili a rencontré les principaux acteurs de la protection du grand hamster d’Alsace. Les agriculteurs d’Ernoslheim-sur-Bruche lui ont présenté les actions qu’ils ont mises en place.
« J’ai à cœur de préserver la biodiversité, d’éviter la disparition des espèces végétales et animales. Malgré tout, le grand hamster risque d’être la prochaine à disparaître, je ne peux pas m’y résoudre », a expliqué Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la biodiversité, à l’issue de sa visite à Ernolsheim-sur-Bruche, lundi 27 février. La représentante du gouvernement avait d’abord rencontré les agriculteurs impliqués dans la protection du grand hamster d’Alsace, sur une parcelle bordant la départementale 45 en direction de Breuschwickersheim. Dans le secteur d’Ernolsheim-sur-Bruche, où l’on a recensé 53 terriers en 2016, 18 agriculteurs mettent en œuvre des mesures agri-environnementales (MAE) pour restaurer un habitat favorable au mammifère, a expliqué Francis Humann, agriculteur bio dans la commune. 213 ha sont concernés par la réintroduction de cultures favorables (céréales à paille et luzerne), le maintien du blé sur pied et plus généralement, la modification des pratiques culturales permettant d’offrir le gîte et le couvert au petit animal. Les agriculteurs impliqués ont constitué une Cuma pour acquérir du matériel spécifique - houe rotative, strip-till, matériel de semis direct. L’objectif est de pouvoir faire des essais dans tous les secteurs concernés par la protection du grand hamster, précise Thomas Blum, président de la Cuma de la Plaine. Ces nouvelles pratiques, soutenues dans le cadre du programme européen Life Alister, peuvent également apporter des réponses à d’autres problématiques, telles que les coulées de boue, ou la monoculture du maïs, ajoute Francis Humann. « La situation reste critique » Malgré les efforts déployés, « la situation reste critique car nous sommes loin des 1 500 individus qui seraient nécessaires pour assurer la viabilité de l’espèce », juge Barbara Pompili, lors du tour de table suivant la visite. La secrétaire d’État se réfère au million de hamsters présents dans la région à la fin des années 1970, contre 400 en 2007. Et si les effectifs se situent aujourd’hui autour de 800, elle remarque que cette remontée s’est faite en relâchant près de 2 000 hamsters d’élevage, ce qui ne permet pas de « bien voir quel est l’état des populations sauvages ». Cet écart entre le nombre de lâchers et la population estimée de hamsters pose question. Est-ce le résultat de la prédation ? « Dans certains secteurs, les nuisibles pullulent, remarque Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Quand on fait un lâcher, une partie des hamsters finit dans le terrier du renard ». Barbara Pompili invite à y regarder de plus près. Si des mesures doivent être prises pour limiter l’impact des prédateurs, ce sera en dernier recours, prévient-elle. « Il y a encore un gros travail de recherche et de connaissances à faire sur le sujet », tempère la secrétaire d’État. Un essai de semis de trèfle sous blé va être lancé pour limiter la prédation en été, signale Julien Eidenschenck, responsable de la mission hamster à l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage). « Une démarche collective et volontaire » Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, rappelle que les agriculteurs se sont engagés depuis une dizaine d’années dans la protection du grand hamster d’Alsace. Ils y ont été poussés par le préfet de l’époque. Depuis, ils ont réussi à prouver qu’on pouvait concilier « protection d’une espèce menacée et production agricole dynamique ». Leur démarche est « collective et volontaire » : 158 agriculteurs ont souscrit la MAE hamster, ce qui représente 550 000 € d’aides annuelles. Alors qu’un nouveau programme national d’action en faveur du grand hamster est en cours d’élaboration, Jean-Paul Bastian appelle à « ne pas casser cette dynamique ». La réalisation du COS (Contournement Ouest de Strasbourg) pourrait pourtant y contribuer : tour à tour, Francis Humann, Franck Sander et Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, alertent la secrétaire d’État sur les conséquences de ce projet, que des militants anti-COS postés sur le trajet du cortège officiel dénoncent avec force. Outre l’aire de service, c’est l’acquisition par le concessionnaire de foncier au titre de la compensation environnementale qui ne passe pas. « Nous avons déjà 213 ha en place pour le hamster (NDLR : à Ernolsheim-sur-Bruche). Aujourd’hui, on nous dit : ça ne compte pas. C’est la double peine », s’indigne Francis Humann. Franck Sander renchérit : « Il n’est pas question de perdre des terres pour le COS et des terres supplémentaires pour compenser. » Le président de la FDSEA du Bas-Rhin s’inquiète également des contraintes qui pourraient être mises en place sur ces surfaces. Il réclame une reconduction des mesures à l’identique « puisqu’elles fonctionnent ». Sans se prononcer sur l’opportunité du COS - ce n’est pas dans ses attributions, précise-t-elle - la secrétaire d’État assure que « ce projet, comme tout projet, doit éviter les atteintes à la biodiversité. À défaut, il faut compenser. » Le principe de la loi sur la biodiversité, votée l’an passé, repose sur le principe E-R-C (Éviter les atteintes à la biodiversité, Réduire, Compenser), la compensation n’intervenant qu’« en dernier recours ». « Le respect de cette séquence sera central dans la demande d’autorisation déposée par le concessionnaire », déclare Barbara Pompili. MAE : pour un règlement rapide Laurent Fischer, président de l’Afsal (Agriculteurs et faune sauvage Alsace), dénonce quant à lui les retards de paiement des MAE. Des avances ont certes été accordées pour les paiements 2015, mais rien pour 2016, en dehors des indemnisations pour les blés sur pied, reconnaît Jean-Philippe d’Issernio. Le chef de la Direction départementale des territoires espère que les acomptes pour 2016 ne vont pas tarder, la MAE pour la protection du grand hamster étant « la seule MAE gérée collectivement » sur près de 3 000 ha. « Il faut que les agriculteurs soient réglés très rapidement, insiste Laurent Fischer, sinon ils vont se désengager. »












