Aides à la conversion bio
Les promesses, les intentions et la réalité des budgets
Aides à la conversion bio
Publié le 30/04/2017
L’insuffisance des enveloppes Feader allouées à l’aide à la conversion bio pourrait freiner le développement de l’agriculture bio. Avec une croissance de la consommation à deux chiffres, la conséquence serait des importations massives de produits bios d'ici 2020.
Il revenait cette année à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) d’accueillir le congrès national de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Il se tenait dans l’enceinte de l’école de management de Strasbourg, mardi 4 avril. Avec en préliminaire un point presse des représentants professionnels de l’agriculture bio du Grand Est : Julien Scharsch pour l’Alsace, Jean Boyé pour la Lorraine et Sylvie Corpart pour la Champagne-Ardenne. Avec ses 2 000 fermes, pour 120 000 ha, soit 4 % de sa SAU en bio, la grande région Grand Est accuse un certain retard sur les autres régions. La dynamique de conversions a doublé entre 2008 et 2016 et va doubler d'ici 2020. Le marché des produits bios connaît une croissance annuelle de 15 à 20 %, or les pouvoirs publics et politiques ne donnent pas les moyens budgétaires en face des discours, dénoncent à l’unisson les représentants de la bio. « L’enveloppe Feader 2014-2020, sous copilotage État-Région, allouée aux conversions a déjà été consommée aux trois quarts. » « Sur 15 millions d’euros (M€) en Champagne-Ardenne, il reste 3 M€ pour aller jusqu’en 2020 », explique Sylvie Corpart. Pareil en Lorraine, 4 M€ sur 23 M€, et en Alsace à un degré moindre : 6 M€ sur 12 M€. Pour les structures d’aides et de conseil, c’est le même régime : « On vit à crédit », expliquent les responsables des structures professionnelles bios, « parce que les choix politiques n’ont pas été clairement faits », et que les enveloppes des Régions ont clairement été sous-dimensionnées au départ, malgré les discours d’intention, et malgré la réussite annoncée des filières de la bio. « Tout ceci créé des inquiétudes. On a un souci de cohérence entre les discours politiques lors des campagnes des régionales et la réalité aujourd’hui », renchérit Julien Scharsch. En Lorraine c’est flagrant, explique Jean Boyé : « Quand le ministre Le Foll a annoncé un doublement des surfaces, au CGA (Confédération des agrobiologistes de Lorraine), on a abaissé nos objectifs à 1,5 au lieu du doublement, car l’enveloppe était sous-dimensionnée ». « Clairement, ils n’ont pas vu arriver les crises profondes de l’agriculture conventionnelle », estime Sylvie Corpart. « Injecter des aides plan bâtiment pour aider les filières de l’agriculture conventionnelle, nous sommes d’accord, mais cela ne résout pas les problèmes structurels. Nous pensons que les aides injectées en bio stabilisent l’agriculture sur un plus long terme. » « Or il nous faut du monde pour accompagner les agriculteurs en conversion », car les crises agricoles motivent des agriculteurs à se convertir voyant le succès de la bio. « Pour ces agriculteurs, nous faisons face à des conversions pas spécialement bien préparées et précipitées. D’où les besoins d’accompagnement. Or la pérennité de financements des structures de conseil est remise en cause. » La conséquence, pour les représentants, est qu’on s’achemine vers un frein des conversions, lié aux insuffisances budgétaires, alors qu’en aval, la consommation va continuer de croître. Pour répondre à la demande, « la France va donc procéder à des importations massives de produits bios », avec toutes les problématiques de distorsion liées aux différences de cahiers des charges entre les pays que cela comporte, et les risques de discrédits induits sur les labels. Pourtant, « nos filières sont organisées et prêtes à accueillir de nouveaux exploitants », affirme Sylvie Corpart. Quand les représentants professionnels demandent d’ouvrir le débat, « on est confronté à un refus », affirme Jean Boyé. « Ce qu’on défend pourrait pourtant apporter de la valeur ajoutée au monde paysan dans son ensemble », soutient-il.












