Vie professionnelle

Cantons de Haguenau, Brumath, Bischwiller

L’agriculture facteur de dynamisation du territoire

Publié le 09/06/2017

Jeudi 1er juin, la FDSEA, les Jeunes Agriculteurs et la Chambre d’agriculture d’Alsace ont convié les élus locaux, autour du député Claude Sturni, à une rencontre sur le terrain, à la ferme Guth, à Huttendorf, spécialisée dans la production de fraises. L’occasion d’échanger sur les préoccupations du monde agricole, mais aussi sur les projets porteurs d’avenir qui émanent des agriculteurs du territoire.

C’était la dernière visite de ferme de Claude Sturni en tant que député de la 9e circonscription du Bas-Rhin, puisqu’il a récemment annoncé qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat. Claude Sturni restera néanmoins en prise avec le terrain de par ses fonctions de maire de Haguenau et de président de la nouvelle communauté d’agglomération de Haguenau (CAH), qui a d’ores et déjà commencé à élaborer un projet de partenariat avec la Chambre d'agriculture d’Alsace (lire aussi en page 11 de notre n° 17, du 28 avril 2017). « L’agriculture est un secteur économique à part entière, et c’est l’économie qui fait vivre les territoires », a déclaré Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, en guise d’introduction à cette rencontre. Il est donc primordial que les élus de la CAH soient en lien avec le monde agricole pour faire évoluer les dossiers sensibles. Franck Sander en retient trois : l’emprise foncière, la préservation de l’environnement et l’emploi de main-d’œuvre. 35 à 60 saisonniers La gestion de la main-d’œuvre constitue un poste de travail important à la ferme Guth, spécialisée dans la production de petits fruits (lire en encadré) : « Cette année, nous employons 35 saisonniers, ce qui est peu, à cause du gel. Les bonnes années nous en avons 60 », informe Agathe Guth. L’emploi d’une telle masse salariale - et les visites de l’inspection du Travail - a incité les agriculteurs à ériger un bâtiment destiné à loger, blanchir et nourrir les saisonniers. « 80 % de nos saisonniers reviennent d’année en année. C’est le signe que nous en prenons soin. Pourtant, après les visites de l’inspection du Travail, on a le sentiment d’être traités comme des criminels », regrette Agathe. Une emprise foncière inquiétante L’emprise foncière aussi, c’est un sujet que les deux sœurs Guth connaissent bien : « Notre libre cueillette de fraises de Vendenheim marche très bien. Si bien que nous y avons mis d’autres petits fruits. Mais elle se situe en lisière du Grand contournement Ouest de Strasbourg. Nous sommes très inquiètes car nous avons du mal à appréhender l’emprise qu’aura l’ouvrage. Or nous avons besoin de beaucoup de terres pour effectuer les rotations, nécessaires au calibre des fraises », témoigne Rosalie. Un projet d’irrigation collectif à Batzendorf À l’issue de la visite des installations de la famille Guth, les participants se sont réunis pour évoquer deux projets agricoles structurants qui avancent bien sur le territoire. Le premier consiste en un projet collectif d’irrigation dans le secteur de Batzendorf-Wintershouse, caractérisé par des terres sableuses, légères, donc assez filtrantes. Mais la proximité d’une sablière à Batzendorf laisse envisager la possibilité de diffuser l’eau aux agriculteurs grâce à un réseau. « La sécheresse de 2015 a sensibilisé les acteurs et un projet de réseau d’irrigation collectif a vu le jour », indique Régis Huss, chef du service environnement et innovation à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « Sans eau, il devient compliqué d’aller chercher de la valeur ajoutée, car c’est elle qui assure le calibre des fruits, la protection contre le gel… », indique Franck Sander, initiateur du projet avec Matthieu Trautmann. Différentes réunions ont permis de défricher le projet : comment dimensionner l’ouvrage par rapport aux objectifs individuels de chacun, comment faire face à un parcellaire très morcelé encadré par de nombreuses infrastructures, quelles structures juridiques envisager pour le financer et le gérer… Une unité de méthanisation dans le secteur de Berstheim Le second consiste en une unité de méthanisation dans le secteur de Berstheim, dont la société d’exploitation devrait regrouper une quinzaine d’agriculteurs. L’association Biometh’an, qui préfigure le projet, a été créée en janvier 2016. Le premier défi a été de trouver un emplacement pour l’unité de méthanisation. Le second est de faire en sorte que le projet soit accepté par la population locale. Pour ce faire, l’association fait appel une société spécialisée dans la communication : un site internet a été créé, les boîtes aux lettres des communes concernées ont été tractées, des réunions de concertation vont être organisées. « Actuellement, nous en sommes au choix du constructeur », indique Régis Huss. Auparavant, un partenariat avec Engie est mis en place afin de partager les rôles entre les méthaniseurs et leur énergéticien. La mise en route du projet est prévue pour le début de l’année 2019. Pour les agriculteurs, participer à ce projet présente de nombreux avantages. « Mais celui qui est le plus mis en avant est que cette nouvelle source de revenu va permettre à certains jeunes de s’installer, donc de garantir la pérennité des exploitations », avance Franck Sander. Riche de ces informations, Claude Sturni a fait part de sa volonté « d’élaborer une vision à long terme pour le territoire, en sortant des sentiers battus et en levant le nez du guidon pour anticiper les grandes mutations. Il sera intéressant de nous retrouver dans les prochains mois pour préparer l’agriculture des nouvelles générations. »

51e congrès de Jeunes Agriculteurs

La force d’un réseau jeune !

Publié le 08/06/2017

C’est le cœur serré mais la tête pleine de projets qu’a débuté le 51e congrès du 6 au 8 juin à Dunkerque pour les congressistes Jeunes Agriculteurs.

« Travaillons ensemble à notre avenir », a lancé le secrétaire général de Jeunes Agriculteurs (JA), Samuel Vandaele, dans son discours d’ouverture. Pour lui, « il est essentiel que le réseau JA se retrouve ». Le rapport d’activité a d’ailleurs présenté lors de la première après-midi de travail les différentes actions entreprises par JA et son réseau. « Vivre dignement de nos produits ! » Jérémy Decercle, président des JA, absent pour raison de santé lors de l’ouverture du 51e congrès national de JA, a laissé son secrétaire général, Samuel Vandaele, prononcer le discours d’ouverture. Celui-ci a rappelé, qu’il « faut travailler ensemble à notre avenir ». Le congrès national est un événement important du réseau qui « nous permet de nous retrouver, de discuter sans pour autant occulter la crise ». Samuel Vandaele a souhaité rappeler que « JA se battra toujours pour que les choses avancent ». Il a insisté sur le fait d’être « fiers de représenter la jeunesse agricole française ». « Défendons et représentons ce métier qui en a tant besoin. » Il a terminé son discours par les paroles de son prédécesseur Florent Dornier : « Restons fiers, forts et debout ! » Fiers de représenter la jeunesse agricole ! Fidèle à ses habitudes, le syndicat Jeunes Agriculteurs a su une nouvelle fois faire entendre sa voix de manière non conventionnelle. L’année dernière, Florent Dornier, secrétaire général de l’époque, avait interpellé l’ensemble des élus et de la société française sur les maux de l’agriculture à travers un clip musical. Cette année, certains membres du bureau ont mis en scène un court-métrage comique, « Le ministre de l’Agriculture est dans le pré ». Dans cette saynète, les différents membres du bureau national JA étaient candidats au poste de ministre de l’Agriculture et devaient argumenter leur candidature. L’engagement du réseau ! Cette première partie de congrès a laissé une grande place au débat et à la voix des régions. L’inquiétude s’est fait sentir sur les nombreuses thématiques d’actualité évoquées. Le rapport d’orientation sur le thème de la gestion des risques, laissera certainement place à de nombreuses interventions. Malgré la morosité, plusieurs responsables JA ont voulu rappeler que le travail du réseau paye et que « nous devons plus que jamais aujourd’hui rester confiants et unis ». Les 800 congressistes présents et impliqués dans les débats sont la preuve de la force du réseau JA. La délégation bas-rhinoise de neuf personnes s’est d’ailleurs déplacée, afin d’associer aux débats ses nouveaux administrateurs départementaux.

Rencontres Made in Viande

Une communication offensive sur la viande

Publié le 01/06/2017

Haut lieu de la génétique laitière, le festival de l’élevage de Brumath a fait la part belle à la viande. L’opération Made in Viande a permis d’expliquer au grand public les spécificités des différents maillons de la filière.

Il y a trois ans, Interbev a mis en place les Rencontres Made in Viande, un événement d’envergure nationale. « Pour cette troisième édition, nous avons décidé de faire les choses en grand, en nous invitant au festival de l’élevage de Brumath », explique Lucien Simler, président d’Interbev Alsace pour quelques jours encore. « L’idée est de s’inscrire dans un événement grand public pour inciter le consommateur à manger de la viande et à garder la confiance dans tous les maillons de la chaîne, du producteur au boucher, en passant par l’abatteur, poursuit Philippe Boehmler. Le message que nous voulons faire passer est clair : ne vous détournez pas de la viande ! » De nombreux emplois sont en jeu, à tous les niveaux, explique Philippe Boehmler. « Nous devons trouver le moyen de travailler ensemble pour élaborer une communication offensive avec tous les partenaires qui valorisent la viande pour construire la filière de demain. » Pour ce faire, Interbev a invité plusieurs acteurs de la filière à témoigner des spécificités de leur métier : Thomas Urban pour la production, David Bloch pour l’abattage, Bruno Colin pour la mise en marché, Hervé Wollbrett et Charles Balzer pour la boucherie artisanale. Thomas Urban est producteur de viande bovine à l’EARL du Zornthal à Schwindratzheim. Organiser cette rencontre lors du festival de l’élevage est une évidence : 50 % de la viande bovine consommée en France est issue des races laitières, souligne-t-il. Pour lui, il est important de pérenniser la filière élevage pour continuer à valoriser l’herbe. « Nous sommes le premier maillon de la chaîne, rappelle-t-il. Le métier d’agriculteur est d’une grande complexité. On nous apprend à produire, mais nous devons maîtriser une multitude de tâches sur notre exploitation. » Produire ce que veut le marché Deuxième maillon de la filière, la mise en marché. Bruno Colin est le président de Cloé, union de coopératives qui gère la logistique et la commercialisation des animaux sur trois départements lorrains et deux départements alsaciens. Il insiste sur l’importance de la contractualisation et de l’appui technique pour garantir l’adéquation entre la production et la demande du marché. « Il faut changer de braquet, aller sur un flux poussé pour répondre aux attentes du consommateur. » David Bloch est le directeur de la société Marcel Muller, gérant de l’abattoir de Haguenau. « C’est le maillon le plus chahuté, mais il est indispensable. C’est un métier très difficile, très surveillé - les vétérinaires de l’État sont présents en permanence dans les abattoirs. » C’est un métier noble, mais très physique. « C’est pourquoi nous avons du mal à recruter. » La tâche de l’abatteur est de valoriser le travail de l’éleveur, poursuit David Bloch. « Un abattoir, c’est comme la salle d’opération d’un hôpital. Une carcasse bien abattue, bien refroidie, bien présentée, bien préparée, fera le bonheur du boucher. » Hervé Wollbrett, boucher charcutier à Saint-Jean-les-Saverne, prend le relais. « Notre métier consiste à valoriser au mieux la viande, mais ce n’est pas simple : nous avons besoin de gens très qualifiés. » Il prévient : « Les consommateurs vont sans doute manger moins de viande, mais de qualité. » Deuxième témoignage, celui de Charles Balzer, de la boucherie Riedinger-Balzer à Vendenheim. « Nous nous approvisionnons localement : nous cherchons des génisses dans les Vosges du nord et des veaux de lait à Oberbronn. Et pour la viande ovine, nous travaillons avec Agneau Terroir d’Alsace. » Avec, à la clé, une belle augmentation des ventes. Contrer les attaques anti-viande « À travers cette démarche interprofessionnelle, la viande prend enfin toute sa place au festival de l’élevage, déclare Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Je suis heureux que tous les partenaires de la filière travaillent main dans la main pour promouvoir la viande. » Pour contrer les attaques anti-viande, de plus en plus virulentes, il faut se positionner sur le plan de la qualité, donner envie aux consommateurs de continuer à acheter de la viande. La filière alsacienne revient de loin, rappelle-t-il. « Après une année tumultueuse, avec la faillite de l’abattoir Copvial, nous avons réussi, grâce à tous les partenaires qui sont autour de nous, à reconstruire une filière viable. »

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