Vie professionnelle

Publié le 15/06/2017

Les participants aux premières assises de la vente directe, tenues jeudi 8 juin à Strasbourg, ont prédit un avenir prometteur aux circuits courts. Les changements dans les modes de consommation portent ce modèle de distribution. Mais les producteurs vont devoir continuer à s’adapter aux nouvelles pratiques.

Tous les voyants sont au vert pour la vente directe. Les assises régionales organisées le 8 juin à Strasbourg ont décortiqué les changements dans les modes de consommation et les moyens d’y répondre au mieux. Bertrand Oudin, consultant lyonnais et animateur de la séance d’introduction, explique le besoin de proximité des clients. L’urbanisation galopante « a éloigné le consommateur du monde rural, expose-t-il. Les gens souhaitent recréer un lien avec la campagne. » La perte de repères et de cohésion sociale ravive la nécessité de nouer des relations fortes. « Les gens veulent une proximité géographique et relationnelle », déduit l’expert en insistant sur ce dernier mot. Une crise économique bénéfique ? Paradoxalement, la crise économique aurait des conséquences positives sur la vente directe. Elle a ravivé une certaine forme de solidarité. Ou du moins, une conscience collective. Selon une enquête de l’institut Ipsos (2014), 97 % des Français estimaient qu’acheter local favorisait l’économie de leur région. Une manière d’acheter responsable. Autre point positif, le concept de décroissance perd en popularité. Une étude très récente de Greenflex montre que seulement 14 % des Français souhaitent réduire leur consommation en général. Un pourcentage en forte diminution puisqu’ils étaient 21,5 % en 2012. Dans le même temps, toujours plus de sondés estiment que les produits locaux ou labellisés sont synonymes de consommation responsable. Le local, cette valeur sûre De la même manière, les clients tiennent de plus en plus compte du respect de l’environnement dans leurs achats. Cette valeur dite « culturelle » ou « écologique » devient d’ailleurs un élément essentiel de la communication, dans tous les secteurs. Voitures moins polluantes, écotourisme et bien entendu produits alimentaires de qualité. Sans colorants ni conservateurs évidemment ! Là dessus, les producteurs partent avec un avantage certain sur la concurrence. Dans l’étude Ipsos, 46 % des sondés se déclaraient rassurés de la qualité d’un produit quand celui-ci est vendu directement par le producteur. Selon une enquête du Credoc (2015), les termes « proximité, » « local » et « producteur » deviennent des qualificatifs récurrents pour désigner un bon produit. Pas de doute, les paysans sont dans le cœur des consommateurs. Aller vers le consommateur Cependant, cela ne suffit pas. « Les gens cherchent une relation authentique, mais ils n’oublient pas les aspects pratiques », prévient le spécialiste du jour. Autrement dit, simplifier la vie du client devient primordial. Les courses sont de plus en plus vécues comme des corvées. D’après l’Insee, entre 1986 et 2010, la part des Français considérant le shopping alimentaire comme une tâche ingrate a doublé. Passant de 10 à 20 %. Pour que l’idylle perdure, il faut donc s’adapter aux nouvelles pratiques. Par exemple, l’essor du m-commerce (achats sur smartphone) implique le développement de nouvelles offres digitales. Vente directe et terroir riment désormais avec technologie. Le modèle click & collect, mode de distribution qui permet de commander sur internet avant de retirer en magasin, a le vent en poupe. En témoignent les nombreux drives fermiers sortis de terre depuis cinq ans. Mais ce n’est pas tout. Les livraisons en point de retrait se multiplient un peu partout en France. De même que les paniers à retirer en gare. Fruits de partenariats entre des producteurs et la SNCF, ils mettent littéralement les produits sur le chemin des voyageurs. Dernière innovation en date ? Les casiers urbains. Ces boîtes fonctionnent comme des distributeurs automatiques. À ceci près qu’au lieu d’acheter des snacks ou des sodas, on retire des produits fermiers. Pour la relation authentique on repassera, mais niveau pratique le système est imparable.

Publié le 14/06/2017

Au cours de son congrès annuel qui s’est tenu du 6 au 8 juin derniers, Jeunes Agriculteurs (JA) a fait un bilan de ses travaux à mi-mandat. JA a souhaité aborder des sujets complexes tels que la gestion des risques, la communication sur l’agriculture ou encore la Politique agricole commune.

Le 51e congrès de Jeunes Agriculteurs, qui s’est déroulé du 6 au 8 juin à Dunkerque dans le Nord-Pas-de-Calais, a été riche en émotions. Dégustations de produits locaux, soirée de gala sur le thème du carnaval, ambiance digne du film Bienvenue chez les Ch’tis, mais aussi débats sur l’actualité et l’avenir de l’agriculture étaient au programme du 51e congrès des JA. Du côté syndical, l’ambiance était plutôt morose au regard du contexte de crise qui sévit toujours, des retards insoutenables dans le versement des aides et des normes toujours plus nombreuses. Les sujets n’ont pas manqué pour nourrir les échanges prévus lors des deuxième et troisième journées du congrès, avec notamment la venue très attendue du nouveau ministre de l'Agriculture ! Une délégation bas-rhinoise de neuf JA a fait le déplacement pour suivre les trois journées d’échanges. L’équipe a mis un point d’honneur à soutenir Sébastien Richard pour son travail sur le rapport moral « Communiquer pour promouvoir notre métier » notamment. Sur les terres du Nord-Pas-de-Calais C’est avec brio que les JA Nord-Pas-de-Calais ont accueilli les 800 congressistes venus de France et d’Outre-Mer. Pour les organisateurs, cet événement est une véritable opportunité de mettre en avant la diversité et les initiatives du département, mais également de parvenir à fédérer son réseau autour de l’organisation de l’événement. Le Nord-Pas-de-Calais compte 817 000 hectares de SAU et est le premier territoire producteur de pommes de terre et de légumes. La ville d’accueil, Dunkerque, portuaire, compte cinq capitales européennes à moins de 300 km. La gestion des risques au cœur de débats La gestion des risques en agriculture a été au centre des débats de ce 51e congrès, dont le rapport d’orientation « Anticipons aujourd’hui pour gérer les risques demain » a été débattu à huis clos par l’ensemble du réseau de JA. Les débats furent denses et animés pour que ce rapport soit à la fois ambitieux et adapté à l’ensemble des régions. En effet, face à la diversité et à la multiplication des risques (aléas climatiques, sanitaires, environnementaux, volatilité des prix, etc.), les systèmes actuels de prévention et de gestion sont insuffisants, en particulier pour les jeunes agriculteurs qui sont particulièrement touchés. Pour construire son rapport d’orientation, Jeunes Agriculteurs a auditionné des personnalités extérieures et sollicité son réseau lors d’une tournée régionale de plusieurs semaines. Il s’agit d’enrichir la réflexion avec des points de vue différents et l’expérience de jeunes installés sur l’ensemble des territoires français. Les débats lors du congrès et le vote final du rapport sont les dernières étapes de la construction du rapport d’orientation de JA. L’objectif est surtout de construire des solutions durables pour accompagner les jeunes dans leur carrière. Une quinzaine de propositions y sont faites : sur la rénovation du système assurantiel, sur une gouvernance européenne rénovée, en passant par la gestion des risques humains et sociétaux, etc. Première rencontre du nouveau ministre de l'Agriculture Jacques Mézard a souhaité rappeler en préambule de son intervention qu’en France un jeune sur deux s’installe avec les aides et que l’on compte au niveau national environ 500 installations par an, alors que seuls 6 % des agriculteurs européens ont moins de 35 ans. Jacques Mézard s’est adressé à l’ensemble des congressistes et à tous les JA de France pour rappeler qu’Emmanuel Macron, président de la République, s’était engagé sur un programme d’investissement de 5 milliards d’euros sur 5 ans dédiés à l’agriculture. Il a souhaité exprimer son attachement au monde agricole et a déclaré que « la France a besoin d’une agriculture forte et d’agriculteurs rémunérés à la hauteur de leurs travaux ». Il a évoqué les différentes problématiques actuelles du monde agricole : retards de paiement, excès de normes, prix des productions, aléas climatiques… Il a conclu en déclarant que « les agriculteurs savent mieux que quiconque ce dont ils ont besoin pour leur agriculture ». JA attend des réponses concrètes des fameux États généraux de l’alimentation organisés par le ministre cet été. Malgré tout le discours du ministre a été en demi-teinte : dans le sens de l’agriculture devant les congressistes, mais sans aucun engagement face aux élus JA lors du huis clos. Le tour des Régions Comme tout commence à l’Est, c’est à la région Grand Est qu’est revenu, cette année, l’honneur de commencer les discours des régions. C’est Thomas Gillig, secrétaire général des JA du Grand-Est, qui a pris la parole en ouverture. Il est revenu sur le thème du rapport d’orientation, la gestion des risques, qui représente pour lui « un sujet vaste, vraiment dans l’air du temps, notamment dans cette conjoncture plus que compliquée ». Il a rappelé au réseau JA « qu’il est nécessaire d’apporter aujourd’hui des réponses concrètes aux agriculteurs. Le Grenelle de l’alimentation changera peut-être ce rapport de force. À nous de nous assurer que les propositions faites seront suffisamment fortes pour changer notre modèle. Aujourd’hui, il est anormal que, nous, agriculteurs, qui nourrissons le monde, ne puissions vivre de notre travail ! » Le tour des régions s’est poursuivi, chacune s’exprimant sur les sujets d’actualité. Les Terres de Jim 2017 Le comité d’organisation des terres de Jim 2017 a présenté son projet aux congressistes et a invité tous les JA de France à y participer. Cette année les Terres de Jim seront organisées dans l’Oise à Margny-lès-Compiègne du 8 au 10 septembre. Jérémy Decercle, président des JA, a conclu ce congrès en rappelant que JA fête cette année ses 60 ans : « Nous sommes un syndicat de construction et nous serons force de proposition pour une politique agricole et alimentaire européenne forte capable de fournir à tous ses concitoyens des denrées saines et en quantité suffisante ».

Développement forestier

Forestiers d’Alsace dans la tempête

Publié le 11/06/2017

Privée de subventions, Forestiers d’Alsace a dû licencier ses quatre techniciens, ce qui remet en cause de nombreuses actions de développement forestier. La fédération réclame le retour en Alsace de la taxe additionnelle sur le foncier non bâti.

Cette année, Forestiers d’Alsace aurait dû fêter 50 ans de développement forestier. Pourtant, le cœur n’est pas à la fête. La fédération, née en 2015 de la fusion de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68, a dû licencier ses quatre techniciens suite à une baisse importante de ses financements, a confirmé Jean-Marie Batot, son président, à l’assemblée générale de la fédération, le 13 mai dernier à Steige. En avril 2016 déjà, Jean-Marie Batot avait tiré la sonnette d’alarme, estimant que les annonces sur la gestion future du Fonds stratégique de la forêt et du bois et la réorganisation territoriale menaçaient « l’équipe de techniciens compétents et dévoués » qui œuvrent au service du développement forestier en Alsace. Vote d’une résolution, lettre d’information aux élus, interpellation des représentants de l’État et du Conseil régional, adoption d’une motion diffusée aux parlementaires alsaciens, courrier au ministre de l’Agriculture… Les démarches entreprises n’ont pas eu l’effet escompté. 800 jours d’activité perdus La réforme territoriale a privé Forestiers d’Alsace des subventions versées jusqu’alors par la Région Alsace et par les deux Départements alsaciens - respectivement 147 000 € et près de 60 000 € en 2016. Face à cette situation, « les membres du bureau n’ont pas eu d’autres solutions que de cesser les activités subventionnées et de procéder à contrecœur au licenciement économique ». Si les quatre salariés concernés ont pu retrouver un emploi dans le secteur forestier, les conséquences de leur départ vont se faire sentir durablement : « Nous avons perdu annuellement plus de 800 jours d’activité de conseil et de services suite au départ forcé de techniciens cumulant plus de 80 années d’expérience, déplore Jean-Marie Batot. Nous découvrons progressivement l’impact irrémédiable dans les domaines de l’amélioration foncière et des visites-conseil ». Dans ce contexte, une réorganisation s’impose. Celle-ci devra se faire « en cohérence avec les impératifs du service forêt de la Chambre d’agriculture et du Centre régional de la propriété forestière, à présent installé à l’échelle du Grand Est », estime le président de Forestiers d’Alsace, soulagé malgré tout que les quatre conseillers forestiers de la Chambre d’agriculture aient été maintenus. « Une mutualisation inacceptable » Reste qu’une menace plane toujours sur le développement forestier en Alsace : la création d’un service « Valorisation du bois et du territoire » au sein des Chambres d’agriculture, confirmée par un décret daté du 3 mai dernier, va entraîner la remontée des contributions des forestiers alsaciens (les « centimes forestiers ») dans un fonds national dit « de solidarité et de péréquation ». Ces contributions, collectées par le biais de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB), sont actuellement conservées par la Chambre d’agriculture. Pour Jean-Marie Batot, une mutualisation, « qu’elle soit nationale ou régionale est tout simplement inacceptable au regard des différences invraisemblables de contribution ». En Alsace, la fiscalité foncière par hectare de forêt est la plus élevée de France : elle est neuf fois plus élevée que la moyenne nationale, et 20 fois plus qu’en Champagne-Ardenne, selon Forestiers d’Alsace. En vertu de cette situation, l’assemblée générale de la fédération adopte une résolution demandant « l’affectation au territoire alsacien à partir de 2018 de la totalité de la part de la TATFNB versée par la Chambre d’agriculture d’Alsace au Fonds stratégique forêt-bois (297 056 € en 2017) pour la mise en œuvre d’actions locales dans le cadre du Programme régional forêt-bois. » Cette demande est légitime et soutenue par la Chambre d’agriculture Alsace, précise André Jacob, son directeur, regrettant que la stratégie nationale ne prenne pas en compte la réalité territoriale. « En Alsace, il y a toujours eu une politique partagée entre tous les acteurs de la forêt : le CRPF, la Chambre d’agriculture, les communes forestières, l’interprofession… On s’en félicite. Notre volonté, c’est que l’agriculture et la forêt continuent à travailler ensemble. » La Chambre d’agriculture étudie par ailleurs la possibilité d’un recours juridique contre ce décret, qui concerne aussi d’autres régions, comme la Savoie. La chalarose menace Antoine Herth, député, considère que la résolution adoptée par Forestiers d’Alsace constitue « une première étape qui permet de poser le débat et participe à construire un rapport de force ». Il fait état d’une autre catastrophe, sanitaire celle-là : les dégâts liés à la chalarose du frêne, qu’il a pu observer récemment en forêt de Sélestat, mais qui touchent de nombreuses forêts du Grand Est. La Région est alertée sur le sujet. Puisqu’elle est en train de remettre à plat l’ensemble de ses politiques, il serait bon que les forestiers y fassent inclure un volet chalarose afin de récolter au plus vite les frênes atteints et de substituer à cette essence d’autres moins sensibles, recommande le député.

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