Campements sauvages des gens du voyage
De gros préjudices pour les éleveurs touchés
Campements sauvages des gens du voyage
Publié le 16/08/2017
Depuis le début de l’été, des groupes de gens du voyage composés de 100 à 200 caravanes s’installent sans autorisation sur des prairies exploitées par des agriculteurs. Epfig, Sélestat, Benfeld, Sermersheim, Altorf, Molsheim, Reichstett, Haguenau, Strasbourg, tous les lieux à proximité des grands axes routiers sont concernés. Les agriculteurs sont excédés.
Dans tout le département, les agriculteurs ont à faire face au stationnement illicite de gens du voyage. « Rarement - pour ne pas dire jamais - le consentement, ni du propriétaire, ni de l’agriculteur est demandé, dénonce Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA. En cette période estivale, nombreux sont les vacanciers à faire du camping, mais tous réservent et paient leur emplacement sur des terrains aménagés à cet effet. Deux poids, deux mesures ! » Pour lui, cette situation n’a que trop duré. À chaque fois, les fourrages sont saccagés, les prairies jonchées de bouteilles et de détritus. « Il est grand temps que cette situation cesse car inévitablement des tensions vont naître. » Pascal, Martine et Guillaume Fuchs, éleveurs à Ohlungen, viennent d’en faire la triste expérience. « Le 5 août dernier, 200 caravaniers se sont installés dans un pré situé à la sortie de Rohrwiller. Nous exploitons une quinzaine d’hectares dans ce secteur. Ils ont pris possession de 4 ha. » Aucune demande officielle n’a été faite préalablement auprès des propriétaires des parcelles concernées, et lorsque l’agriculteur s’est rendu sur les lieux pour discuter avec ces occupants, il a été plutôt rudement accueilli… Le maire de la commune de Rohrwiller a déposé plainte, souligne l’éleveur. En conséquence, une trentaine de gendarmes se sont rendus sur place, vendredi dernier, pour distribuer un courrier de la préfecture. Les gens du voyage étaient déjà venus sur la même parcelle il y a trois ans, à la suite de quoi le maire a mis en place un dispositif de chicanes pour les empêcher de réinvestir les lieux. « Mais cela n’a pas servi à grand-chose… » « Pour la deuxième coupe de foin, c’est raté » « La fois précédente, c’était différent. Il faisait sec et le fourrage a repoussé. Cette fois-ci, il a plu 40 mm il y a quelques jours, et le terrain s’est transformé en bourbier. La circulation des voitures a provoqué de profondes ornières. Ils ont même dû trouver un nouveau chemin d’accès, car l’ancien était devenu impraticable. » Les gens du voyage ont repris la route lundi dernier, laissant derrière eux un pré totalement dévasté. « Il ne nous reste plus qu’à ramasser les ordures, pour éviter de retrouver des morceaux de verre dans le fourrage, puis à réensemencer les prairies. » Cette situation est d’autant plus préoccupante que le fourrage se fait rare cette année. La première coupe a donné des rendements médiocres, mais « avec la météo de ces dernières semaines, l’herbe avait bien repoussé et nous espérions faire une bonne coupe », explique Martine Fuchs. « Nous aurions pu faire 8 à 10 rouleaux de regain par hectare, confirme son époux. Ce fourrage va nous manquer, car nous avons un troupeau de 50 vaches laitières et leur suite à nourrir. » « Ce que nous demandons, en tant qu’éleveurs, c’est que l’état prenne ses responsabilités et leur interdise de stationner n’importe où. Pour cela, il doit mettre à leur disposition des terrains adaptés. » En attendant, la famille Fuchs ne touchera aucune indemnité. « Le problème n’est pas d’être indemnisé, mais de pouvoir récolter le fourrage dont nous avons bien besoin. » Chaque département - et le Bas-Rhin ne fait pas exception - est doté d’un schéma départemental d’accueil des gens du voyage, stipulant qu’il faut un certain nombre d’aires de grand passage, explique Gérard Lorber. « La profession agricole a fait des propositions au cours de ces dernières années en privilégiant des terrains inutilisés. Mais à chaque fois un autre prétexte fait qu’il ne convient pas et comme les candidats ne se bousculent pas au portillon, les occupations sauvages continuent… »












