Vie professionnelle

Zoom sur une élève méritante

Une apprentie sur deux rives

Publié le 13/07/2017

Léa Geissler vient de terminer son BTS gestion de l'eau en alternance au CFA d'Obernai. Petite particularité, son employeur est basé en Allemagne. 

Sept heures de cours par jour ? Très peu pour Léa Geissler. À sa sortie du lycée, en 2015, cette originaire de Dessenheim ne veut pas suivre un cursus classique. Elle se lance alors à la chasse au contrat d'alternance, dans le domaine de la gestion de l'eau. Un parcours du combattant qui finit par payer. « J'ai envoyé des dizaines de CV autour de chez moi et plus loin, sans résultat », se dépite-t-elle. Son salut viendra d'Allemagne. Un récent partenariat entre le CFA d'Obernai et des entreprises allemandes lui permet d'intégrer la station de traitement des eaux de Breisach-Grezhausen, voisine de Neuf-Brisach. Pénurie d'alternants en Allemagne Car les employeurs allemands ont de grosses difficultés à trouver des prétendants à l'alternance. À l'inverse de leurs homologues français qui croulent sous les demandes de jeunes motivés. La française a donc ôté une épine du pied à Michael Hacker, son patron. « En général on met des mois à trouver un alternant », confirme-t-il. Il se dit « très fier » de voir son apprentie recevoir le prix d'élève méritante. D'autant plus que la jeune fille est la première française à travailler à la station d'épuration. Dans une entreprise composée à presque 100 % d'hommes, « Léa a apporté une certaine diversité et nous a beaucoup appris. »  Une formule bénéfique pour tous Un sentiment partagé par l'intéressée. Quand elle débarque à Breisach, à 18 ans, elle a un bon niveau d'Allemand, mais est « loin de le parler couramment. » Problématique pour travailler ? Pas du tout selon la jeune femme. « Ils m'ont très bien accueillie, et j'ai beaucoup progressé. » Modeste, elle refuse d'assumer son niveau bilingue. Mais une bonne atmosphère de travail ne fait pas tout. Les compétences techniques qu'elle a acquises au cours des deux ans de BTS vont lui servir dans sa vie professionnelle. Et elle garde l'impression d'avoir appris plus de connaissances pratiques que ses camarades en France. À l'inverse, son chef a particulièrement apprécié l'enseignement fourni par le CFA. Des cours « généraux » qui forment les alternants de manière plus complète qu'outre-Rhin. Renouveler l'expérience Seul regret du manager allemand ? Léa a décliné son offre de prolonger pour une troisième année son contrat. Pourtant l'expérience a convaincu. Michael Hacker va embaucher un nouvel alternant dès l'année prochaine. Didier Helmstetter, chargé de développer les programmes transfrontaliers auprès du CFA, confie vouloir multiplier les contrats dans les années à venir. Il vient même de conclure un partenariat avec une école allemande. Désormais, les étudiants français pourront étendre leurs études d'un an et ainsi obtenir l'équivalent du BTS en Allemagne. Léa, quant à elle, va mettre à profit son expérience pour « voir autre chose. » Normal à 20 ans. Retourner en Allemagne ? Pas une priorité. Pourtant, elle s'empresse de préciser qu'elle « ne se ferme aucune porte pour autant. » Après tout, les voyages ne forment-ils pas la jeunesse ?

Publié le 12/07/2017

Victimes d’accidents graves, parfois mortels, les bûcherons alsaciens vivent des fins de carrière difficiles. Ils appellent à une meilleure prise en compte de la pénibilité de leur travail.

Moins de 500 bûcherons communaux et domaniaux travaillent dans les forêts d’Alsace en 2017. Ils étaient 1 700 au début des années 1980. « Au fur et à mesure des années, les départs à la retraite n’ont pas été compensés par de nouvelles embauches », expose Patrick Bangert. La baisse des effectifs va de pair avec un vieillissement des bûcherons : selon la pyramide des âges de la profession, la classe d’âge la plus représentée en Alsace est celle des bûcherons âgés de 51 à 60 ans. Le délégué syndical CFDT des bûcherons ONF d’Alsace, par ailleurs administrateur à la MSA et à la CAAA, souligne que les bûcherons sont durement affectés par les problèmes de santé liés au travail : le mal de dos, les douleurs aux genoux, aux épaules, aux cervicales sont le lot des ouvriers forestiers, qui sont exposés durant toute l’année aux intempéries et aux tiques véhiculant la maladie de Lyme. « 40 ans de ce régime, et on finit tout rouillé », résume Didier Zerr, délégué du personnel CFDT, membre du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) et bûcheron communal à Obernai-Bernardswiller. Un autre danger guette les travailleurs forestiers : l’accident, dont les conséquences sont souvent dramatiques. « Trois bûcherons sont morts par écrasement ces six derniers mois », mentionne Patrick Bangert. À lire la liste des accidents mortels enregistrés ces dernières années en forêt d’Alsace, on s’aperçoit que toutes les tranches d’âge sont concernées : le dernier, survenu dans le Nord de l’Alsace, a causé la mort d’un jeune ouvrier de 20 ans. La dangerosité et la pénibilité du métier se traduisent dans les chiffres : alors que les bûcherons ne représentent que 2 % de la population active agricole, ils comptent pour 11,3 % des accidents mortels et pour 8 % dans le nombre des incapacités de travail, relève le délégué syndical. L’âge moyen pour inaptitude, dans leur profession, est de 52,5 ans et l’espérance de vie moyenne de 62,5 ans, ce qui leur laisse peu d’espoir de pouvoir profiter de leur retraite. Pas de reclassement pour les bûcherons communaux Face à cette situation, ils espèrent une meilleure prise en compte de leur fin de carrière. Si les bûcherons domaniaux (relevant de l’ONF) peuvent parfois bénéficier d’un reclassement, les bûcherons communaux déclarés inaptes suite à un accident du travail ou à des problèmes de santé graves sont généralement licenciés, quel que soit leur âge. « C’est très difficile à vivre quand on se donne à 100 % pour son métier », expliquent Patrick Bangert et Didier Zerr. Les bûcherons domaniaux ont également obtenu des avancées en matière de retraite : depuis la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014, ils peuvent bénéficier d’une retraite anticipée pour pénibilité, dès lors qu’ils atteignent 55 ans et justifient de 20 années de travail en forêt. Les bûcherons communaux, qui effectuent un travail similaire, aimeraient bénéficier du même dispositif. David Herrscher, président de la MSA d’Alsace, a adressé un courrier en ce sens au président de l’association des communes forestières d’Alsace, Pierre Grandadam. Un courrier resté à ce jour sans réponse. « Le conseil d’administration de la MSA d’Alsace est conscient que toute avancée sociale en faveur des bûcherons aura un coût pour les employeurs. Néanmoins, l’État et la Sécurité sociale ont pour mission d’adapter la couverture sociale pour protéger les assurés les plus fragiles », écrit David Herrscher. La MSA d’Alsace « pourrait s’engager aux côtés des communes employeurs si elles sollicitaient un financement auprès de l’État et/ou de la Sécurité sociale pour mettre en œuvre cette couverture », ajoute-t-il, estimant que celle-ci devrait relever, au moins en partie, de la solidarité nationale. Au-delà de cette revendication, les bûcherons d’Alsace plaident pour un renouvellement des équipes forestières et pour une politique de prévention renforcée. « Il faut préserver les jeunes », insistent Didier Zerr et Patrick Bangert. Le recours à une main-d’œuvre formée, locale, leur semble le meilleur gage de sécurité.

Contrat de partenariat entre Carrefour et l’exploitation maraîchère ID3A

Des volumes et des prix garantis

Publié le 12/07/2017

Le 5 juillet, l’enseigne de grande distribution Carrefour et l’exploitation maraîchère de Balgau ID3A-Fraîcheur d’Alsace ont signé un contrat de partenariat assurant l’approvisionnement en salades de plus de 500 magasins du Grand Est. De quoi garantir des volumes et des prix pour les deux parties.

« S’engager sur des volumes et des prix, c’est une première. » Le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) s’enthousiasme pour le contrat de partenariat signé le 5 juillet entre l’enseigne de grande distribution Carrefour et l’exploitation maraîchère ID3A-Fraîcheur d’Alsace située à Balgau. Valable jusqu’à la fin de l’année 2017, ce contrat engage les deux partenaires sur un volume de commande de production de 900 000 salades (350 000 batavias blondes, 150 000 feuilles de chêne rouges, 220 000 feuilles de chêne blondes, et 150 000 laitues) ainsi que des prix « objectifs » garantis. De quoi sécuriser 15 % du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise gérée par Claude Keller. « De notre côté, on s’engage chaque semaine à livrer les volumes prévus. Cela nous permet d’optimiser notre taux de récolte et ainsi améliorer notre coût de revient », témoigne l’exploitant. Cela fait trois ans que sa société est partenaire de l’enseigne Carrefour. Progressivement, une relation de confiance s’est établie entre les parties, toutes deux présentes au conseil d’administration de l’Ifla. « C’est cette relation de confiance qui nous amène ici », souligne Fabrice Grandjean, responsable achats Pool Est fruits et légumes chez Carrefour. « Cela prouve qu’on peut aussi vivre avec la grande distribution et, de ce fait, toute l’importance de l’interprofession », complète Claude Keller. Concrètement, ID3A-Fraîcheur d’Alsace livre tous les matins le volume de salade demandé. La production est ensuite acheminée à la centrale de distribution de Lunéville. À partir de là, ce sont plus de 500 magasins de la région Grand Est qui sont approvisionnés dans les heures qui suivent. « Nous sommes ainsi en mesure de garantir le volume, mais aussi la fraîcheur et la proximité du produit. Cela répond à la demande croissante des consommateurs pour des produits locaux », explique Fabrice Grandjean. Ce contrat de partenariat s’inscrit dans la politique soutenue par la Région Grand Est en matière d’agriculture et de consommation. Outre les enjeux environnementaux, il y a un enjeu économique fort ; les entreprises agricoles étant de grandes pourvoyeuses de main-d’œuvre. ID3A-Fraîcheur d’Alsace s’appuie par exemple sur 48 salariés à temps plein tout au long de l’année, et plus de 70 dans les périodes plus intensives.

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