À l’heure de dévoiler les résultats de la finale départementale de labour, dix intervenants se sont succédés sur le podium. Pas de doute, l’heure de la rentrée politique a sonné ! Même les problèmes de sono n’ont pas réussi à doucher l’enthousiasme des responsables syndicaux et des élus politiques…
Jonathan Karcher a souligné le dynamisme et l’engagement des Jeunes Agriculteurs du canton « agricole » de Niederbronn-les- Bains, dont il est le président. « Sur nos 23 membres, 14 se sont installés ces cinq dernières années. Nous croyons encore en l’avenir de notre métier, et pourtant, nous sommes soumis à rude épreuve ! » Il s’est insurgé contre les attaques incessantes des militants anti-viande.
Capitale du raifort, Mietesheim a connu dimanche son heure de gloire, ce qui ravit Jean-Marie Ott, le maire du village. Une paisible commune rurale de 660 habitants qui compte cinq exploitations agricoles, dont trois ont ouvert leurs portes pour l’opération « Fermes en folie au pays du raifort ». « Quelle fierté de voir ce que les Jeunes Agriculteurs sont capables de faire, à force de passion et d’investissement », a souligné Thomas Gillig, président des JA du Bas-Rhin. Il a adressé un message aux consommateurs : « Derrière chaque produit que vous consommez, il y a des hommes qui aimeraient vivre de leur métier. Prenez le temps d’y réfléchir ! »
Trouver des solutions durables
Il faut trouver des solutions durables pour assurer l’avenir des jeunes, a-t-il affirmé. « Nous voulons obtenir une juste rémunération de notre travail, mettre fin aux incertitudes pour continuer à faire vivre nos territoires et vous nourrir. » Les États généraux de l’alimentation constituent un premier pas pour répondre à la problématique des marges, mais les avancées obtenues devront être formalisées par une loi. « Il faut mettre en place une politique ambitieuse et sur le long terme. »
Concernant la réforme des prêts bonifiés, les efforts des Jeunes Agriculteurs ont porté leurs fruits. La nouvelle grille élaborée par la Région Grand Est, répond à leurs attentes. « Un bilan devra être dressé au bout des six premiers mois pour voir si les nouveaux critères doivent être modifiés. » Mais un problème demeure : comment parvenir à évaluer la rentabilité d’une exploitation avec des prix aussi volatils ? « Seriez-vous prêts à investir dans une entreprise sans savoir si vous pourrez en vivre ? » À cela s’ajoutent les constantes remises en cause sociétales. « À peine le jeune est-il installé que la tendance change, rendant obsolètes ses pratiques. » Thomas Gillig a cité pour exemple le lait garanti sans OGM : les contraintes supplémentaires entraînent une hausse des coûts de production, sans aucune rémunération supplémentaire… Parmi les sujets qui fâchent, le président de JA67 a évoqué le retard du paiement des MAE, le stationnement illicite des gens du voyage, la gestion de l’eau, etc.
« Cette année, nous avons choisi de mettre à l’honneur une culture peu connue, exigeante en main-d’œuvre et offrant des perspectives grâce à Alélor-Raifalsa. » Pour Thomas Gillig, c’est l’exemple parfait d’une filière organisée qui permet au consommateur d’identifier l’origine des produits. Mais les différents scandales sont là pour le prouver, « les efforts en termes de rigueur, de professionnalisme, de traçabilité peuvent être mis à mal par des personnes peu scrupuleuses ».
Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, précise : « Les scandales viennent souvent d’éléments extérieurs à la profession agricole, comme le montrent l’affaire de la viande de cheval ou celle des œufs au fipronil. » Ce qui le scandalise, c’est que le fipronil continue à être homologué sur les animaux de compagnie, en contact direct avec les enfants… « Il faut introduire de la cohérence dans la législation nationale et européenne. Nous avons besoin de plus d’Europe pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité. » Les agriculteurs fondent de grands espoirs sur les États généraux de l’alimentation. Ils doivent permettre de retrouver un équilibre dans la répartition des marges au sein de la filière, de chercher cette valeur ajoutée tous ensemble. Nous, on y croit encore ! »
« Je suis fier que cette finale départementale se déroule dans le canton de Reichshoffen », a déclaré Rémi Bertrand, conseiller départemental. L’agriculture demande à être mieux connue, plus respectée, et des manifestations comme celle-ci y contribuent. Le Département du Bas-Rhin a toujours soutenu l’agriculture, mais les conditions ont changé et une nouvelle convention sera signée d’ici la fin de l’année, a-t-il annoncé.
Patrick Bastian, conseiller régional, a rappelé les grands axes de la politique agricole de la Région Grand Est. Compétitivité, marchés, innovation, installation des jeunes… Les grandes lignes sont actées, mais il reste à rédiger les fiches-action, en partenariat avec la Chambre d'agriculture d’Alsace. « La plus belle sera signée lors du salon Saveurs et Soleil d’automne, organisé par les producteurs de fruits et légumes fin septembre à Sélestat. » La Région Grand Est entend également soutenir les arboriculteurs victimes de dégâts de gel de ce printemps, a annoncé le conseiller régional.
« J’ai bien entendu les différents messages », a indiqué Vincent Thiébaut, député La République En Marche. L’agriculture est un point essentiel du programme de la nouvelle majorité présidentielle, a-t-il poursuivi. « Nous allons investir dans l’agriculture, c’est un vœu du président Emmanuel Macron, ce sera inscrit dans la loi de finances 2018. » L’agriculture est un vecteur important de croissance et d’emplois, dans notre pays. Dans cette optique, le gouvernement entend soutenir le développement des circuits courts et de l’agriculture biologique. « Un grand débat a été lancé avec les États généraux de l’alimentation, je fais moi-même partie d’une commission sur l’alimentation durable. »
Opposer les politiques nationales et européennes est contre-productif, a souligné la députée européenne, Anne Sander. Parlementaires nationaux et européens travaillent ensemble pour élaborer la prochaine PAC, seule politique européenne commune. « Nous nous investissons au quotidien pour faire entendre la voix de la France. »
« Investir sans savoir de quoi sera fait le lendemain est un défi que vous relevez avec détermination et passion, a affirmé Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin. Tout doit être mis en œuvre pour que chacun puisse vivre le mieux possible de son travail et s’y épanouir. Mais aussi produire une alimentation de qualité accessible au plus grand nombre. » Les États généraux de l’agriculture sont un rendez-vous économique et sociétal majeur, a-t-il souligné avant de reprendre les dossiers d’actualité, comme les agriculteurs en difficulté, les aléas climatiques, la politique de qualité, le contrôle des structures, le contournement ouest de Strasbourg et le grand hamster… Et bien sûr le paiement des aides du deuxième pilier. « Le paiement des aides du second pilier interviendra en novembre. Toute demande d’avance faite avant le 20 septembre sera honorée en octobre », a-t-il annoncé.