Vie professionnelle

Publié le 18/10/2017

Dans un discours qui fera date par la verdeur inédite de l’adresse d’un président de la République au secteur agricole, Emmanuel Macron a annoncé, à Rungis le 11 octobre, les premières mesures qui seront prises au premier semestre 2018, à l’issue du premier chantier des États généraux de l’alimentation.

La rénovation de la contractualisation et le relèvement du seuil de revente à perte sont les principales mesures annoncées. Mais Emmanuel Macron n’est pas près de signer « un chèque en blanc » : il veut en retour que les filières agricoles fassent leur introspection. Il pose un regard extrêmement dur sur certaines d’entre elles, considérant que des « choix absurdes » ont été faits, et qu’une partie de la production agricole et alimentaire est en décalage total avec la demande des consommateurs. Même diagnostic sévère sur les questions environnementales et sanitaires, considérant que si rien n’est fait, « il y aura tôt ou tard des crises sanitaires ». Il leur demande donc « un changement profond » de modèle. Malgré ce ton, le président de la République a réussi le tour de force de satisfaire l’ensemble des syndicats agricoles, et l’ensemble des maillons de la filière alimentaire. Au cours d’une intervention longue de plus d’une heure le 11 octobre au marché de Rungis, devant un auditoire d’environ 500 personnes, le président de la République a fait un « point d’étape des États généraux de l’alimentation ». Comme il l’avait promis, Emmanuel Macron est intervenu juste après la fin du premier chantier sur « la création et la répartition de la valeur » et en amont du second chantier sur « les demandes du consommateur ». Sur un ton d’une verdeur inédite, Emmanuel Macron a dévoilé une batterie de mesures qui devraient être présentées en Conseil des ministres, puis promulguées avant la fin du premier semestre 2018, a-t-il promis. Ces mesures ne pourront donc s’appliquer aux négociations commerciales qui débutent dans quelques semaines, comme le souhaitait la FNSEA cet été. Mais cette loi pourrait être présentée sous la forme d’ordonnances, conformément aux vœux de sa présidente Christiane Lambert. Emmanuel Macron a d’ores et déjà pris rendez-vous avec la profession agricole pour un nouveau point d’étape, à la fin des États généraux, en début d’année prochaine, durant lequel il pourra affiner certaines annonces. Une mission parlementaire est également prévue à mi-mandat pour évaluer les effets de cette future loi. Réforme de la contractualisation, renforcement des OP commerciales Les mesures annoncées sont pour l’essentiel des reprises de propositions émanant des États généraux de l’alimentation. Le premier volet est une « double mesure », explique-t-on au ministère de l’Agriculture, qui consiste à rénover la contractualisation et renforcer les organisations de producteurs. L’ensemble doit permettre de rééquilibrer le rapport de force entre les producteurs et l’aval. Sur la contractualisation, Emmanuel Macron a annoncé « la mise en place d’un contrat qui serait proposé par les agriculteurs et non plus par les acheteurs ». Il mettrait ainsi fin à une exception agricole aux règles du commerce, introduite par Bruno Le Maire en 2011. Cette réforme de la contractualisation « ne sera efficace que si les agriculteurs se regroupent véritablement en organisations de producteurs pour peser plus dans les négociations commerciales », a ajouté Emmanuel Macron. En filière lait, il souhaite « de véritables organisations de producteurs commerciales ». Et il annonce des aides conditionnées à la taille des OP commerciales. Emmanuel Macron a également annoncé que « les prix seront construits à partir des coûts de production ». Au ministère de l’Agriculture, on explique qu’il s’agira probablement d’une obligation de faire référence au coût de production dans les contrats. La loi Sapin 2 permet de faire référence à des indices publics de coûts de production, mais sans obligation. Enfin, le président souhaite que cette contractualisation se fasse désormais le plus souvent possible sur une base pluriannuelle. Il annonce qu’il « encouragera la contractualisation pluriannuelle sur trois à cinq ans ». La filière laitière bénéficie déjà d’une contractualisation obligatoire d’au moins cinq ans. L’ensemble de ces mesures ne pouvant s’appliquer durant les négociations commerciales qui débutent, Emmanuel Macron a plaidé pour que les acteurs appliquent « l’esprit de la loi à venir ». Juste après le discours, Serge Papin (Système U) évoquait la signature d’une charte à signer par l’ensemble des acteurs. Meilleure information sur le droit de la concurrence, « name and shame » Le deuxième volet porte sur le droit de la concurrence et la transparence dans la filière. Emmanuel Macron constate une « incompréhension » et une « incertitude juridique » des acteurs face au droit de la concurrence français et européen. Aussi, veut-il que l’Autorité de la concurrence puisse être saisie par le secteur agricole pour clarification. « À chaque fois qu’une filière la saisira, elle donnera - et nous donnerons toutes les clarifications législatives pour le faire - le cadre d’organisation de la filière. » Il a précisé que le droit de la concurrence européen permet déjà « certaines discussions et certains aménagements lorsqu’ils se justifient par l’objectif recherché ». Il cite l’exemple de la filière comté dont les acteurs « parce qu’ils défendaient une excellence à réguler des volumes sur les marchés, ont pu d’ailleurs défendre et plaider une telle cause ». Et de demander une clarification de cet exemple, en vue d’une généralisation « à droit européen constant ». Le président a aussi annoncé un renforcement du contrôle et des sanctions dans le domaine des relations commerciales, en instaurant par exemple le « name and shame » (publier publiquement les noms des contrevenants) en cas de mauvaise conduite dans les relations commerciales agricoles, comme cela est déjà possible dans le cas des délais de paiement. Le médiateur des relations commerciales agricoles devrait pouvoir agir « plus rapidement, plus efficacement avec un véritable arbitrage dont la décision vaudrait référé ». Relever le seuil de revente à perte sur les produits alimentaires Le président a confirmé qu’il était « favorable » au relèvement du seuil de revente à perte - pour les produits alimentaires - et à l’encadrement des promotions. Pour ne pas donner l’impression de faire « un chèque en blanc » avec cette mesure réputée inflationniste, il a aussi demandé aux acteurs de l’agriculture et l’agroalimentaire qu’ils lui fassent parvenir « d’ici la fin 2017 des plans de filières » qui indiquent les réformes à conduire filière par filière. « Vous avez votre part de responsabilité collective », leur a-t-il lancé. Ces plans par filière ont pour objectif d’expliquer « voilà ce dont nous avons besoin pour regrouper notre offre, investir pour répondre à la demande des concitoyens, monter en gamme, définir des objectifs d’évolution en bio ou en produits sous signes de qualité, et prendre à bras-le-corps les défis internationaux », a-t-il précisé.

Publié le 17/10/2017

Les acteurs de la filière Fruits et légumes bios d’Alsace se sont retrouvés à la ferme du Heidenstein à Dangolsheim, mardi 10 octobre, pour une matinée de rencontre et d’échange. Une invitation lancée par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, fortes du succès rencontré par la première édition qui avait réuni plus de 50 professionnels de tous horizons en 2016.

Sous la conduite d’Emmanuel Zerr, l’un des deux associés du Gaec du Heidenstein, la matinée a commencé par une visite de cette exploitation où, sur une superficie de 110 hectares, se côtoient viticulture, arboriculture et élevage. Un tour de ferme fort instructif qui a permis de mieux cerner la philosophie des producteurs bios, leurs préoccupations. « Vous avez pu découvrir ce qu’est l’agriculture biologique », a souligné Julien Scharch, président de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), à l’issue de cette visite. Un mode de production en plein essor, du fait de l’engouement croissant des consommateurs. Mais comment les producteurs bios alsaciens imaginent-ils leur métier ? Julien Scharch a exploré trois pistes. « C’est une agriculture qui respecte l’environnement et protège les ressources naturelles. Elle cherche à instaurer des pratiques commerciales aussi équitables que possible, afin que les producteurs puissent vivre de leur métier. D’où l’idée de se réunir régulièrement pour se connaître et mettre en place un système économique qui satisfasse tous les maillons de la filière. » Enfin, elle prône l’approvisionnement local, fière de son slogan, « Bio et local, c’est l’idéal ! » « En créant un écosystème de proximité, nous entretiendrons une dynamique des territoires et créerons de l’emploi local. » L’Opaba participe actuellement à la création d’une fédération régionale de l’agriculture biologique, qui s’appellera « Bio dans le Grand Est », a annoncé Julien Scharch. Les producteurs bios travaillent en partenariat avec la Chambre d'agriculture d’Alsace, avec le soutien financier de la Région et de l’État. L’État, justement, a annoncé son intention de ne plus financer le maintien de l’agriculture biologique. « Nous sommes dans l’attente de la position du gouvernement vis-à-vis de la bio, mais aussi d’une ambition régionale forte. Car nous comptons bien continuer à développer les surfaces bios. » Travailler ensemble L’agriculture bio est présente au sein du conseil d’administration de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) depuis sa création, a rappelé Pierre Lammert, son président. Il y a quelques années, l’Ifla a même lancé une version bio de sa marque « Fruits et légumes d’Alsace » pour que le consommateur puisse facilement l’identifier dans les différents circuits de commercialisation. « Il ne s’agit pas d’opposer agriculture biologique et conventionnelle, mais de donner le choix au consommateur. » L’interprofession se compose de trois collèges, producteurs, grossistes et grande distribution. Nombre de ces enseignes étaient représentées à cette journée d’information et d’échange, a constaté avec satisfaction Pierre Lammert. « L’objectif de l’interprofession est de défendre la filière fruits et légumes d’Alsace, de travailler ensemble pour faire la promotion des produits alsaciens. » Le mois de septembre a été très dense, à ce niveau. Le concours d’étalage du plus beau rayon de fruits et légumes d’Alsace a vu la participation de plus de 60 magasins. Côté salons, il y a eu BiObernai, puis Saveurs et soleil d’automne à Sélestat qui a réuni 35 000 visiteurs. « Un très grand succès ! » Son inauguration a été précédée par la signature du contrat de filière avec la Région Grand Est, une première ! Compétitivité, communication, innovation, installation… Vu la taille des enjeux, « il était important de réussir à fédérer les acteurs de la filière fruits et légumes du Grand Est », estime le président de l’Ifla. Cerise sur le gâteau, « la Région a compris que la communication devait se faire à l’échelon des territoires, et pas de la grande région ». Des joyaux cachés « Topaz, opal… Il y a des joyaux cachés dans nos chambres froides », a déclaré Thomas Burger. Ce producteur bio de pommes et de poires, installé à Steinseltz, représente les producteurs de fruits à l’Opaba. « Nous regroupons des exploitations très différentes, petites ou grandes, spécialisées dans la production de fruits ou diversifiées. » 24 % des surfaces de fruits sont conduites en agriculture biologique, explique-t-il. Cela représente 300 ha, un chiffre qui devrait continuer à grimper, vu le nombre de conversions en cours. « C’est un créneau porteur en Alsace. Nous avons la chance d’avoir une recherche dynamique pour trouver des variétés résistantes aux maladies et des relations commerciales intéressantes. » Mais tout n’est pas rose : 75 % du potentiel alsacien de production de fruits a été détruit par le gel de ce printemps. « C’est une année difficile. Espérons que les volumes seront au rendez-vous l’an prochain ! » Pour les producteurs de légumes bios, 2017 est une bonne année, a enchaîné Dany Schmidt. Maraîcher bio à Volgelsheim, il défend les intérêts des producteurs de légumes au sein de l’Opaba. La quantité et la qualité sont satisfaisantes. Du coup, les prix sont à la traîne. Et pour certains produits, la mise en marché a été très compliquée. « Nous n’attendons pas de miracle ! » La filière légumes bios sort de sa niche et devient une filière à part entière, a souligné Dany Schmidt. « Mais sa structuration reste chaotique. En vente directe et dans les magasins spécialisés, cela se passe plutôt bien. Dans la grande distribution, nous apprenons à travailler ensemble. En période de forte production, nous avons du mal à le faire correctement, comme ce fut le cas pour la tomate cet été. Le problème, c’est que nous n’organisons pas les mises en marché suffisamment en amont. » Or les surfaces sont en augmentation constante - plusieurs hectares de serres ont été installés cette année, ce qui risque de provoquer une saturation du marché. « Il n’y a pas d’échappatoire : nous devons aller vers une structuration de la filière, et pour cela nous avons besoin d’un coup de main de la grande distribution. » Dany Schmidt propose d’organiser chaque printemps une rencontre avec les metteurs en marché pour étudier leurs attentes et mettre la production en adéquation avec les débouchés. Avec à la clé des engagements de volume. « Ça fonctionne, et ça permet de privilégier les fruits et légumes alsaciens. » Pour autant, Dany Schmidt reste lucide : « Nous n’attendons pas de miracle ! » D’autant qu’en bio, tous les produits ne sont pas disponibles tout le temps. C’est un message qu’il faudra faire passer auprès des consommateurs… Directeur de la plateforme d’achat Scofel Auchan, Boris Wendling préside l’association de la distribution des fruits et légumes d’Alsace au sein de l’interprofession. Le marché des fruits et légumes bios est en pleine expansion, a-t-il confirmé. La croissance est à deux chiffres, ce qui crée des perturbations. La grande distribution est le premier vecteur de produits bios, devant les magasins spécialisés. « Nous ne sommes pas forcément préparés à une évolution aussi rapide. Les fruits et légumes bios sont passés d’une niche à un rayon à part entière, ce qui n’est pas simple à gérer dans les magasins. » Pour lui, la grande distribution a un rôle à jouer dans l’accompagnement des producteurs, à travers l’engagement sur le planning de production et les volumes. Objectif : assurer la pérennisation de l’offre.

Publié le 13/10/2017

Le 11 octobre, alors que le président de la République devait annoncer des premières mesures issues du premier chantier des États généraux de l’alimentation, près de 300 agriculteurs se sont installés place de la République à Paris, selon la FNSEA et Jeunes Agriculteurs. Toutes les régions, sauf la Corse, étaient représentées avec comme message commun à porter aux Parisiens : « Votre alimentation a un prix. La même exigence pour les produits importés que pour les produits français ». Les 12 régions au rendez-vous ont présenté la diversité de l’agriculture et la qualité des produits français. Et ont offert aux Parisiens la possibilité d’acheter un certain nombre de produits issus de l’agriculture française, tout les sensibilisant, grâce à des illustrations, à ce qui revient au final au producteur. Les interprofessions aussi étaient représentées, ainsi que les filières et les associations spécialisées. La mobilisation était aussi l’occasion de souligner les externalités positives de l’agriculture : impact sur la vie des territoires, rôle économique, maintien de la biodiversité, etc. Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a pris la parole dans la matinée : « Emmanuel Macron doit donner un signal et venir à la rencontre des agriculteurs présents ici aujourd’hui. » Le chef de l’État devait prononcer un discours depuis le marché de Rungis en fin d’après-midi pour clôturer le chantier 1 des États généraux de l’alimentation. Pour les deux syndicats, son discours va conditionner la tenue du chantier 2 des EGAlim.

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