Vie professionnelle

États généraux de l’alimentation

« Pourvu que ce ne soit pas un mirage ! »

Publié le 07/12/2017

Les États généraux de l’alimentation étaient au cœur de la récente session de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pour introduire le débat, trois personnes, venues d’horizons très différents, ont présenté leur position, Marie-Pierre Muller, directrice régionale adjointe de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt, Marie-José Fignier, présidente de la Chambre de consommation d’Alsace, et Philippe Grass, gérant du Super U de Lingolsheim.

Les États généraux de l’alimentation (EGAlim) sont l’occasion d’instaurer un débat objectif sur le modèle agricole et alimentaire français avec l’ensemble des citoyens, a déclaré Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, le 27 novembre à Schiltigheim. « Nous devons redonner du sens et de la valeur à l’agriculture, à l’alimentation de notre pays. » Lancés officiellement le 20 juillet, les EGAlim ont pour objectif de permettre aux agriculteurs et à tous les acteurs de la filière de vivre dignement de leur métier, et aux consommateurs d’avoir une alimentation saine, a résumé Marie-Pierre Muller. Les différents ateliers organisés à cette occasion ont impliqué 250 acteurs… et onze ministères. Rendez-vous mi-décembre Un bilan d’étape a été dressé le 11 octobre à Rungis par Emmanuel Macron. Le président de la République s’est engagé à légiférer pour mieux rémunérer les agriculteurs. Son ambition ? Modifier les règles de fixation des prix, réviser les seuils de vente à perte et encourager le regroupement des producteurs pour peser sur les négociations avec la grande distribution. La charte d’engagement signée le 14 novembre dernier - non sans mal - entre la production, la coopération agricole, l’industrie agroalimentaire et la grande distribution, vise à instaurer de bonnes pratiques pour des négociations commerciales loyales, et permettre une meilleure répartition de la valeur ajoutée au sein de la filière. La restitution finale des travaux est prévue les 14 et 15 décembre. Après la présidente de la Chambre de consommation d’Alsace (lire l’encadré), Philippe Grass a livré des informations sur la consommation des ménages, ainsi que l’évolution de leurs attentes. « Après une période de forte réduction des dépenses des ménages, les denrées alimentaires ne représentent plus que 13 % de leur budget total », a-t-il indiqué. Les réformes commerciales successives avaient pour but de défendre le pouvoir d’achat des consommateurs. « Elles ont pleinement réussi, comme le prouve la guerre des prix destructrice que se livrent les grandes enseignes depuis cinq ans. » « Le discours sur les prix est omniprésent » « Les comparateurs de prix ont grugé le consommateur, en lui laissant croire qu’il y a de fortes disparités de prix entre les enseignes, a expliqué Philippe Grass. Les promotions sont devenues d’une ampleur inégalée, générant la confusion chez les consommateurs. » À la clé, une diminution des marges, une pression accrue sur le maillon le plus éclaté - la production - et une grande volatilité des prix. L’apparition de nouvelles formes de concurrence, comme Costco ou Amazon Prime Now, ne va pas améliorer la situation… « Le constat des participants aux EGAlim est unanime : cela ne peut plus durer ! Nous militons pour une loi qui fixe de nouvelles règles. Le président de la République s’est engagé à la présenter en 2018 », a indiqué Philippe Grass. Mais aujourd’hui, la demande des consommateurs évolue : « Pour la génération actuelle, la qualité sanitaire et environnementale est primordiale ». La réponse passera, selon Philippe Grass, par une segmentation du marché. « On est à la fin d’un système. » « Il faut revoir le système ! » Franck Sander, président de la FDSEA 67, va dans son sens : « Nous perdons de la valeur ajoutée à tous les échelons. Il faut revoir le système, revenir à un fonctionnement normal et transparent. Je crois que les EGAlim peuvent faire bouger les choses. » LA FNSEA revendique le droit de pouvoir négocier les prix au sein des interprofessions, a-t-il indiqué. Paul Fritsch, président de la Coordination rurale Grand Est, l’a affirmé, « il faut changer de modèle agricole, aller d’un modèle linéaire vers un modèle circulaire - produire, consommer et recycler. » En clair, construire une politique agricole basée sur les circuits courts. Daniel Starck, porte-parole de la Confédération paysanne d’Alsace, suggère pour sa part de « développer l’agroforesterie et l’agriculture de conservation pour aller plus vite dans le changement de modèle ». Denis Naas, président de la FDSEA du Haut-Rhin, s’inquiète de l’avenir de la filière lait alsacienne : « Un éleveur sur deux est âgé de 50 ans. Il faut offrir des perspectives sérieuses aux jeunes pour qu’ils aient envie de s’installer et donc d’en vivre. C’est pour cela qu’il faut un contrat d’engagement durable. Les agriculteurs doivent être payés à la juste valeur des efforts effectués au quotidien. » Pour le président de la FDSEA 68, les EGAlim ne régleront rien si on continue à multiplier les traités internationaux, comme le Ceta. Des négociations commerciales qui préoccupent également Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Un élément imprévu, la pénurie de beurre, s’est invité dans les débats, a souligné Michel Debes, président d’Alsace Lait. « Cette problématique est venue à point nommé pour remettre les pendules à l’heure. Les EGAlim sont trop focalisés sur l’actualité, et ne tiennent pas compte de ce qui se passera dans dix ou quinze ans. » Quant à Marc Moser, président du Comptoir agricole, il s’est étonné de l’absence d’un invité de marque, la compétitivité. Il craint que les EGAlim restent un mirage et légitiment les associations de consommateurs dans leur volonté d’imposer de nouvelles réglementations aux agriculteurs. Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, en est persuadé, « les EGA permettront de renforcer le rôle des interprofessions ». Il a salué la démarche de contractualisation, sur les volumes et les prix, engagée avec Système U. « La marque régionale que nous avons développée, Savourez l’Alsace Produit du terroir, est la réponse légitime aux aspirations des agriculteurs de vivre dignement de leur métier », estime Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité. « Espérons que les États généraux de l’alimentation débouchent sur des solutions pérennes pour les agriculteurs sur nos territoires, tout en maintenant la compétitivité au cœur de nos préoccupations », a conclu le président Laurent Wendlinger.

Coopérative Tabac Feuilles de France

2016, l’année de la fusion avec le Poitou

Publié le 07/12/2017

Après Niort et Reims, la coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F) a tenu sa troisième - et dernière - assemblée de section à Schiltigheim, le mercredi 29 novembre sous la présidence de Rémy Losser. Cette séance de travail très dense a permis de tourner définitivement la page de la campagne 2016. Une campagne marquée par la fusion avec la coopérative du Poitou, actée il y a tout juste un an.

Ces derniers mois, plusieurs événements se sont produits au sein de la coopérative, comme la mise en place du site internet grand public, la réorganisation du service technique et la reprise de Tritab, un atelier de triage à façon qui appartenait à la coopérative du Poitou. Sans oublier le lancement d’un plan de communication sur la filière pour attirer de nouveaux producteurs dans les régions à fort potentiel de développement. 2016 a été marquée par l’arrêt de 14 producteurs (- 6 %). Leur nombre s’élevait à 200, pour une superficie de 1 787 ha, dont 1 700 ha de virginie et 87 ha de burley. En 2015, la superficie totale s’élevait à 1 937 ha, dont 1 824 ha de virginie et 113 ha de burley. « Nous avons perdu un quart des surfaces de burley, suite à l’arrêt annoncé d’un acheteur », a déclaré le directeur, Olivier Riedinger. Les planteurs de virginie bio sont eux aussi confrontés à la défection de leur acheteur. Les planteurs de virginie ont une pléthore de variétés à leur disposition, mais l’ITB 683 occupe une position hégémonique. « Nous avons un très intéressant panel de variétés, dont certaines ont des caractéristiques spécifiques, comme la résistance à différentes maladies, et qui donnent satisfaction aux acheteurs. » Les surfaces de burley se répartissent, elles aussi, en différentes variétés, mais dans des proportions très voisines. « Un gros effort de sélection variétale a été fait ces dernières années sur le burley, car l’institut de recherche de Bergerac était propriété d’Imperial Tobacco. Aujourd’hui, la filière a repris en main la recherche et les efforts portent essentiellement sur le virginie pour avoir des variétés adaptées. » Un rendement moyen assez faible La coopérative a vendu près de 4 200 tonnes de tabac en 2016, dont 212 t de burley, 3 723 t de virginie conventionnel et 256 t de virginie bio. Le rendement moyen était relativement faible, de l’ordre de 2 345 t/ha. Les pertes totales se sont élevées à 780 t. En burley, le prix net payé aux producteurs non sinistrés a légèrement augmenté, la différence de prix s’expliquant par la qualité des tabacs récoltés. En virginie, il est resté pratiquement stable. Le total des actifs de la coopérative se monte à 7,40 millions d’euros (M€). « L’actif circulant s’élève à 6 M€. Il constitue les ressources dont dispose la coopérative pour injecter dans les comptes des coopérateurs. » Les capitaux propres atteignent 6,30 M€, les dettes 1 M€. Quant à la production vendue, elle se chiffre à 15,80 M€. L’exercice se solde par un résultat net comptable de 184 000 €. Un taux de perte de 6 % De son côté, la Caisse d’assurance mutuelle agricole Tabac Feuilles de France (Cama T2F) a engrangé l’an dernier 1,20 M€ de cotisations, pour un capital assuré de 16,30 M€. En 2015, les cotisations avaient dépassé 1,30 M€. « La différence provient de la baisse des surfaces et de l’ajustement des rendements », indique le directeur, Olivier Riedinger. Le montant des indemnités versées aux planteurs s’élève à 1 M€, contre 732 000 € en 2015. 52 % de ces indemnités ont été versées par la mutuelle, le reste par la caisse de réassurance qui, en contrepartie, perçoit 40 % des cotisations versées par les adhérents. Malgré le montant des indemnités versées, la caisse dégage un résultat total de 272 000 €, grâce notamment à la rémunération des placements. « Ce résultat est important, car nous pourrons renflouer nos réserves, mises à mal par plusieurs campagnes fortement sinistrées. » Celles-ci atteignent désormais 4,80 M€. « Pour combler toutes les réserves, il manque encore 400 000 €, mais nous sommes sur la bonne voie. » Comme les années précédentes, le conseil d’administration a pris la décision d’attribuer des subventions de prévention pour l’achat de butteuses et d’enjambeurs, ainsi que des aides pour pieds relevés dans le Poitou. Il a également prolongé la date d’arrêt de la campagne, fixée officiellement au 8 octobre, pour permettre l’indemnisation des sinistres de gel survenus en Alsace les 10 et 12 octobre 2016. Un nouveau président pour la Caisse d’assurance Daniel Mérigot a succédé à Bruno Paulus à la présidence de la Cama T2F. Agriculteur dans le Poitou, il cultive 44 hectares de tabac, auxquels s’ajoutent 7 ha en prestation, élève des porcs et produit de l’électricité. Il a rappelé les aléas climatiques qui ont frappé la campagne tabacole écoulée. « Cela a commencé par des pluies importantes dans l’Est, entraînant stagnation des eaux et inondations. L’ouest de la France a ensuite été touché par des attaques de mildiou conséquentes. Puis le sclérotinia s’est développé dans toutes les zones. En fin de campagne, deux épisodes de gel ont été déplorés en Alsace. Autre fait important relevé par le président, l’augmentation de l’orobanche, une plante herbacée envahissante. L’ouest de la France est particulièrement touché. C’est un fléau majeur de la production tabacole. Les rares solutions techniques existantes viennent en contradiction avec la commercialisation. » Tous les espoirs se tournent vers la recherche : « La meilleure solution, c’est la résistance à l’orobanche. Quelques variétés tolérantes apparaissent sur le marché. » 2017 est la première année de fonctionnement de la coopérative élargie. « Malgré les défis, c’est une belle réussite », a affirmé le président, Rémy Losser. La nouvelle configuration est très satisfaisante, sur le plan du fonctionnement comme de l’équilibre bilanciel. « C’est un atout de pouvoir payer des avances parce que nous avons les fonds propres nécessaires. Cela nous permet d’avoir une politique de rémunération sans tensions, tout en optimisant les charges. Il faut maintenir et conforter ces équilibres, c’est ce qui nous permettra d’affronter l’avenir. À l’heure où nous sommes confrontés de plein fouet au marché, il faut être solide. La fusion nous permet d’avoir un outil envié par les autres régions. Il faut continuer à consolider nos fonds propres », a déclaré Rémy Losser.

Publié le 05/12/2017

Près de 700 personnes se sont réunies à Toulouse les 22 et 23 novembre pour le congrès du maïs 2017. Ce rassemblement de la filière maïs qui regroupe six assemblées - Irrigants de France, Association générale des producteurs de maïs, AGPM Maïs semences, section maïs de l’Union française des semenciers (UFS), et Fédération nationale de la production des semences de maïs et de sorgho (FNPSMS) - s’est résolument engagé vers l’innovation, pour un maïs compétitif et citoyen.

C’est dans une salle comble que s’est déroulée l’assemblée générale de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM) qui clôturait le premier jour du congrès du maïs. Outre l’occasion de revivre en vidéo les derniers mois de travaux de l’AGPM, cette assemblée a tourné son regard vers l’avenir. D’abord, l’avenir de la maïsiculture, grâce aux éclairages de Gilles Espagnol, responsable du maïs chez Arvalis, et de Bruno Bertheloz, directeur général de Pioneer Semences : les maïs sont de plus en plus adaptés aux terroirs sur lesquels ils sont produits. « L’innovation c’est faire un maïs dry (sec) compétitif dans les coteaux du Gers pour diversifier une rotation basique blé dur tournesol et c’est rentable », explique Bruno Bertheloz. Mais l’acceptabilité de la culture reste un enjeu majeur et la présence de Jean-Claude Bévillard, vice-président de FNE en charge de l’agriculture, rappelle les sujets sensibles comme l’irrigation et la monoculture. Les résultats sont là (efficience de l’eau et durabilité de la monoculture), mais l’acceptabilité ne l’est pas encore, et il faudra dialoguer pour construire l’avenir du maïs citoyen. Les congressistes n’ont pu d’ailleurs que déplorer l’attitude d’un groupuscule de faucheurs venus saccager et perturber leurs travaux. Pour Luc Ferry, écrivain et philosophe, qu’elle soit décriée ou encensée, l’innovation est le cœur du problème et la solution, et nos filières devront être capables d’inverser la logique de la peur et de démontrer que le plus grand danger reste l’immobilisme. L’économiste Robin Rivaton incite à aller plus loin avec le développement d’innovations « made in Europe » responsables et éthiques. C’est bien la conviction de Daniel Peyraube, président de l’AGPM et de Maiz’Europ’, qui reste optimiste : « Le maïs c’est un potentiel de rendement, des qualités nutritives et une énergie propre. Mais les attentes des producteurs sont grandes : accès à l’eau, aux produits phytosanitaires, aux biotechnologies, biocontrôle, Pac… et le ministre de l’Agriculture n’est pas là pour les écouter. Je le déplore ! » Des préoccupations partagées par la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui en appelle à dédiaboliser les produits phytosanitaires et à passer un contrat de solutions en la matière. « Nous pouvons diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, à mesure que nous aurons des solutions alternatives et compétitives. Sur cette question, il faut faire autant preuve de pragmatisme que ce qui a été fait pour la sortie du nucléaire. » Production de semences : conjoncture et rémunération L’assemblée générale de l’AGPM Maïs semences a réuni près de 400 participants parmi lesquels des représentants de l’ensemble des syndicats de producteurs français. Un nouveau succès sur le plan de la participation et une assemblée dynamique qui a nourri un débat riche avec les divers intervenants. Si les thèmes abordés ont été variés, il ressort des interventions de l’assemblée que les producteurs s’interrogent en priorité sur la conjoncture actuelle en ce qui concerne l’évolution des surfaces et de la rémunération. Si après trois années de prix du maïs grain bas et de chute des surfaces, il semble que les stocks se soient assainis, il n’en demeure pas moins que la situation économique des exploitations reste préoccupante. Il conviendra donc de tenir compte de ce contexte dans les prochaines discussions contractuelles pour offrir des perspectives aux multiplicateurs de maïs semences. La question du partage de la valeur ajoutée, thème central de la première partie des États généraux de l’alimentation, est également une réflexion primordiale que doit avoir l’interprofession, comme l’a souligné Pierre Blanc, président de l’AGPM Maïs semences, dans son discours de clôture.

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