Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F)
« Un outil envié par les autres régions »
Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F)
Publié le 25/12/2017
La coopérative Tabac Feuilles de France vient de vivre sa première assemblée générale depuis la fusion avec Poitou Tabac. Elle regroupe 187 producteurs, pour une superficie de près de 1 700 ha. « Nous représentons 80 % de la production française de virginie et 60 % du tabac français, souligne le président Rémy Losser. Il s’agit de conforter cette position pour pouvoir affronter l’avenir, alors que nous sommes soumis de plein fouet au marché. »
« Après plusieurs années très moyennes en termes de poids, de qualité et de rendement par hectare, l’année 2017 est plutôt satisfaisante, voire excellente pour certains planteurs », explique Rémy Losser. Les volumes de production sont en nette hausse, parce que le potentiel de production est supérieur et que les surfaces sinistrées sont très faibles. « C’est bienvenu pour les producteurs, pour la coopérative et pour les marchés qui s’interrogeaient sur le devenir de l’origine France. » Une qualité globalement meilleure Près de 4 500 tonnes de virginie ont été livrées en 2017, soit 700 t de plus que l’année précédente. La qualité est globalement bonne, confirme le directeur, Olivier Riedinger. Le rendement du virginie conventionnel s’élève à 3 000 kg/ha, contre 2 426 kg/ha pour le virginie bio et 2 677 kg/ha pour le virginie en conversion. Les livraisons de burley sont en cours mais les premières constatations font état d’une bonne récolte en matière de poids et de qualité. L’occasion, pour Olivier Riedinger, d’annoncer que les attentes en termes de coloration des feuilles évoluent : « On passe du chamois clair au marron chocolat pour occuper un nouveau marché qui s’offre à nous ». Cependant, les marchés et les prix sont tendus, ce qui explique que le prix d’acompte est en diminution de 10 cts par rapport à l’an dernier pour le virginie. Pour le burley, les prix d’acompte restent stables. « Le paradoxe, explique Rémy Losser, c’est que France Tabac n’a pas assez de tabac pour satisfaire tous les acheteurs. Mais le prix ne va pas augmenter pour autant… » Il faut maintenir, voire améliorer encore la qualité, car les acheteurs sont de plus en plus exigeants. « La problématique, ce n’est pas de vendre le tabac, mais de le valoriser pour générer une plus-value dégageant un revenu acceptable pour les producteurs, poursuit le président. Tous les marchés ne sont pas porteurs. » La coopérative cherche à se positionner sur les marchés de niche, à haute plus-value. « Nous avons une chance énorme. Certains marchés ont émergé, comme le tabac à chicha ou le PPID (tabac à faibles résidus), sur lesquels nous sommes bien placés. » Le tabac à chicha, un marché très convoité Même s’il est en constante augmentation, le marché du tabac à chicha soulève quelques inquiétudes. « Au début, il y avait un seul opérateur, Alliance One. Aujourd’hui, de nombreux acteurs se sont engouffrés dans la brèche. Mais seule la qualité des tabacs français et allemands est reconnue. Il faut assainir ce marché en mettant en place une garantie de traçabilité. » Le tabac PPID rémunère mieux que le tabac conventionnel, souligne Rémy Losser. Ce tabac bénéficie d’une traçabilité qui garantit l’absence de certains produits phytosanitaires et un faible taux de nicotine. « Nous avons deux clients, pour un volume de 1 000 tonnes. Mais nous ne sommes pas sûrs de pouvoir livrer, du fait de la pression de l’orobanche. » Le marché du burley est un paradoxe total. Alors que la coopérative a poussé les planteurs à se reconvertir dans le virginie, elle peine aujourd’hui à fournir les quantités demandées. « La situation s’est retournée et nous cherchons à limiter la baisse du burley. » Concernant le tabac bio, « nous sommes très déstabilisés par l’arrêt de ce marché de niche. Nous avons encouragé certains producteurs à se lancer dans cette filière, car un acheteur était très intéressé par un développement rapide de cette production en France. » Mais du jour au lendemain, ce débouché s’est fermé, du fait des restructurations en cours dans l’industrie tabacole et, surtout, du lancement de la cigarette électronique Iqos par Philip Morris. Un dispositif révolutionnaire qui chauffe le tabac sans le brûler. C’est la combustion du tabac qui entraîne la production de certains agents toxiques pour l’organisme. Pour éviter cette combustion, les chercheurs de Philip Morris International ont développé un nouveau système qui permet de dégager un aérosol nicotiné à une température relativement basse, réduisant ainsi la production de monoxyde de carbone ou de goudrons… Le groupe américain a construit une usine à Bologne, en Italie, qui emploie 500 personnes. Cette cigarette électronique nouvelle génération est en cours de lancement aux États-Unis et au Japon, sonnant le glas de la filière tabac bio. « Nous devons trouver la meilleure manière de sortir de cette impasse. » Anticiper le réchauffement climatique Surtout, il ne faut pas oublier que le tabac est une production agricole très fragile, très sensible aux aléas - grêle, gel, vent, inondation, sans oublier l’excès de chaleur et le rayonnement solaire. « La sélection variétale doit prendre en compte les changements climatiques. » Mais pas seulement : seule la mise au point de variétés résistantes à l’orobanche permettra de venir à bout de ce fléau qui atteint des proportions inquiétantes dans certaines régions. Le centre de recherche de Bergerac a été repris par France Tabac. « Une équipe jeune et compétente y travaille. Une nouvelle dynamique se fait jour, qui prend en compte les attentes de la profession. Nous avons besoin de variétés adaptées à la demande des marchés, notamment en virginie, mais aussi aux préoccupations des planteurs - verse, orobanche, etc. De nouvelles variétés devraient être commercialisées d’ici quelques années. » La filière a encore d’autres préoccupations. « La convergence des aides est très douloureuse pour le secteur tabacole, qui bénéficiait historiquement de droits à produire plus importants. La nouvelle Pac est en cours d’élaboration. Nous restons à l’affût pour faire entendre notre voix auprès du ministère de l’Agriculture. Nous craignons notamment des excès de zèle, dans le cadre de la renationalisation de la Pac. Qu’il s’agisse de produits phytosanitaires ou de traçabilité, nous n’accepterons pas qu’on nous impose des normes disproportionnées ! » Enfin, Rémy Losser insiste sur le fait que la réduction des charges est une priorité de la profession, qu’il s’agisse des charges liées aux exploitations ou aux structures - coopératives, usine de transformation, institut de recherche, etc. « Il faut optimiser tous les maillons de la filière. »












