Rencontre avec les parlementaires européens
Ne pas brader l’agriculture
Rencontre avec les parlementaires européens
Publié le 21/12/2017
Suite à l’appel de la FNSEA à se mobiliser contre les accords de libre-échange la semaine du 11 décembre, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont profité de la tenue d’une session parlementaire à Strasbourg pour faire part de leurs inquiétudes quant à l’avenir de l’agriculture française.
La délégation, composée de Fabien Metz, Laurent Fischer et Philippe Boehmler pour la FDSEA, et de Thomas Gillig et Julien Jacob pour les JA, a pu échanger avec les eurodéputés Anne Sander, Michel Dantin, spécialiste des questions agricoles, et Franck Proust, en charge des questions de commerce international. Les accords Ceta et Mercosur ont concentré la grande partie des discussions. Philippe Boehmler a expliqué que « le choix a été fait de ne pas venir avec des tracteurs devant le Parlement, afin de privilégier le dialogue. Mais sur le terrain, la tension est palpable. » En effet, les agriculteurs français sont déboussolés. D’un côté, dans le cadre des États généraux de l’alimentation, ils sont encouragés à une montée en gamme des produits agricoles pour répondre à la demande des concitoyens. D’un autre, l’Union européenne voudrait ouvrir les frontières et mettre en concurrence les agriculteurs européens avec ceux de pays où les règles sont beaucoup moins strictes ! Près de 130 000 t de viande bovine pourraient atterrir sur le marché européen. « Il s’agit d’une filière en difficulté où le renouvellement des générations est déjà problématique. Un accord comme celui-ci pourrait anéantir les efforts des agriculteurs », a souligné Julien Jacob. Mercosur : un risque de déséquilibrer des filières Fabien Metz et Laurent Fischer ont détaillé les conséquences que pourrait avoir l’ouverture de contingents non taxés respectivement pour les filières sucre-éthanol et volailles. « La proposition de contingent éthanol dans le texte actuel représente 40 % des volumes produits en Europe, c’est incompréhensible. Le Brésil est le premier pays exportateur d’éthanol, on risque de déstabiliser toute une filière, du planteur de betteraves aux usines de distillation », a expliqué Fabien Metz. Pour Laurent Fischer, « le constat est identique en volaille, le Brésil est un grand pays producteur qui risque de perturber le marché ». D’autant plus que la France importe déjà plus de 40 % de sa consommation, notamment en restauration hors domicile (60 %). On risque d’ailleurs de retrouver ce poulet dans les cantines et la restauration où la traçabilité est la moins bonne. « Est-ce vraiment ce qu’attendent les consommateurs ? C’est une remise en cause du modèle agricole à la française », a conclu Thomas Gillig. Une vigilance française Franck Proust, originaire du Gard, en charge de ces questions au Parlement européen, a tenu à rassurer les représentants agricoles. « Cette question de l’exception agricole est particulièrement importante à nos yeux, nous ne voulons pas d’un accord déséquilibré. Il y a un enjeu à trouver des accords avec des pays où la croissance est importante, car en Europe elle stagne entre 0 et 2 %. Avec le désengagement des États-Unis, l’Europe a des marchés à conquérir, mais l’agriculture ne doit pas être la variable d’ajustement de ces accords. » Les députés français en sont conscients mais sont globalement isolés sur le sujet selon le député. Dans le cadre du Mercosur, la France et l’Irlande ont pris la tête d’un groupe de onze pays attentifs sur les questions agricoles, mais il s’agit principalement de petits pays de l’Est, moins influents. Toutefois, des leviers d’action existent. D’abord dans le cadre du Mercosur, la lettre de mission de négociation date de 1999. Depuis, les pays - le Brésil notamment - ont beaucoup évolué économiquement. « Les conditions de l’accord doivent donc être revues, c’est en tout cas notre position », a indiqué Franck Proust. Autre moyen d’action, vérifier la capacité des pays à produire et à contrôler la qualité des productions. « Sur ce point, les pays du Mercosur sont fragiles », a ajouté Michel Dantin, qui a depuis obtenu la mise en place d’une mission d’enquête parlementaire suite aux scandales de la viande avariée au Brésil. Attention au Brexit Michel Dantin a attiré l’attention des responsables agricoles sur le Brexit. « Les accords Ceta et Mercosur sont évidemment importants, mais les enjeux du Brexit sont colossaux. » Par exemple, le contingent de viande bovine discuté dans l’accord Mercosur représente 100 000 tonnes équivalent carcasse (teq), ce qui est déjà beaucoup. Mais, à titre de comparaison, le Royaume-Uni importe à ce jour 2 Mteq en provenance des pays de l’Union européenne. Si, après le Brexit, le Royaume-Uni préfère s’approvisionner hors UE, ces 2 Mt ricocheraient sur le marché communautaire avec des conséquences désastreuses. Par ailleurs, qu’adviendra-t-il des parts des contingents réservés aux Anglais dans les accords commerciaux actuels ? Par exemple, 50 % du contingent d’ovins néo-zélandais étaient destinés au Royaume-Uni. Après le Brexit, il ne faudrait pas que le Royaume-Uni discute un nouvel accord bilatéral avec la Nouvelle-Zélande sans que celui avec l’UE soit revu à la baisse. D’importantes discussions auront lieu dans les prochains mois sur le sujet et la vigilance est de mise. Avant de conclure, Philippe Boehmler a insisté sur les problématiques de surtransposition des normes en France. « L’exemple récent du glyphosate est parlant. L’Europe annonce une interdiction dans cinq ans, trois heures plus tard le président de la République, Emmanuel Macron s’empresse de dire que la France le fera dans trois ans. C’est incompréhensible ! »












