Vie professionnelle

Publié le 02/10/2018

Promue officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, Manou Heitzmann-Massenez a reçu ses insignes le 15 septembre, en présence de nombreuses personnalités et représentants du monde de l’agroalimentaire alsacien.

« Universelle » : c’est ainsi que Stéphane Bouillon, actuel préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes et ancien préfet de la région Alsace, décrivait Manou Heitzmann-Massenez, avant de lui remettre les insignes d’officier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, samedi 15 septembre à Saint-Martin, commune de la vallée de Villé. Car si la récipiendaire est indubitablement alsacienne, il y a chez elle un peu de Marseille, de Lyon, de Paris, de la Corse et du Nord, estime le représentant de l’État, qui associe à chacune de ces régions - qu’il connaît bien pour y avoir été en poste - les qualités propres à Manou Heitzmann-Massenez : sa personnalité chaleureuse, sa vision stratégique de chef d’entreprise et de présidente de l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria), sa facilité à nouer des contacts et à batailler pour défendre ses productions et celles de l’Alsace, son sens de la famille, sa ténacité et son goût de l’effort. Ce qualificatif d’universelle tient aussi à sa propension à parcourir le monde. Manou Heitzmann-Massenez incarne la quatrième génération d’une lignée de distillateurs. Elle a intégré l’entreprise familiale, la distillerie Massenez, en 1983. « Vous auriez pu faire une carrière plus classique, moins internationale, a commenté Stéphane Bouillon, mais vous avez vite compris que ne pas progresser, c’est reculer et qu’il faut être en avance sur son temps. » Directrice commerciale de l’entreprise (aujourd’hui dans le giron de la maison Peureux), elle l’oriente de plus en plus à l’international. Pour promouvoir le savoir-faire et les produits Massenez, elle dispense des formations en eaux-de-vie dans les établissements hôteliers en France et à l’étranger. C’est ainsi que 88 % de la production de l’entreprise familiale est vendue à l’export, alors qu’elle ne bénéficie pas d’une AOC. Devenue directrice générale, elle mise sur l’innovation : la distillerie Massenez investit dans le procédé de « déméthanolisation », qui permet de retirer le méthanol des eaux-de-vie sans perdre en arômes, et ce faisant, de s’affranchir de certaines barrières non-tarifaires à l’export. C’est sous son impulsion aussi que sont noués des partenariats permettant de développer les ventes d’eaux-de-vie sur les marchés étrangers : pour l’élaboration de pâtisseries en Asie, celle de cocktails aux États-Unis notamment. « Des ingrédients pas toujours raccords » En 1997, Manou Heitzmann-Massenez est nommée conseillère du Commerce extérieur de la France. Cette nomination lui permet de s’impliquer dans la promotion des produits français à l’étranger, produits auxquels elle voue une véritable passion. Elle s’implique également à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI), devient présidente de la commission des échanges internationaux à la Maison du commerce international de Strasbourg, membre du jury des trophées de l’export. Elle prend la tête de l’Aria en 2006 où elle monte « une sacrée équipe » : là, « elle met son talent au service de tous les produits alimentaires alsaciens » et pousse à l’émergence de la marque régionale Savourez l’Alsace. Manou Heitzmann-Massenez a notamment jeté des ponts entre la profession agricole et l’industrie agroalimentaire régionales en utilisant « la méthode Massenez » consistant à mélanger « des ingrédients pas toujours raccords », a souligné l’ancien préfet de la Région Alsace. Dans un autre registre, elle a été nommée consul honoraire d’Équateur. Dans cette carrière « particulièrement riche », la récipiendaire a accordé beaucoup d’importance au travail collectif et a toujours veillé à « travailler en bonne intelligence avec tous », a relevé Stéphane Bouillon. « La République a tenu à honorer cette femme si française parce que si alsacienne », a ajouté l’orateur en insistant sur son amour de la vie, son énergie et son dynamisme, qualités qu’elle a mises au service de son territoire. Il ne restait plus qu’à lui épingler la croix d’officier de la Légion d’honneur : celle-ci lui a été offerte par Francine Bord, l’épouse de l’ancien ministre André Bord, proche ami du père de Manou Heitzmann-Massenez. C’est précisément à son père, Gabriel Massenez, que la récipiendaire a d’abord rendu hommage dans son discours : « Un battant, un collectionneur, un amoureux de la vie » qui a développé la marque Massenez en misant sur l’exportation dès les années 1960, en particulier sur l’exportation d’eau-de-vie de framboise sauvage vers le Japon. Ce père, « qui a fait 30 fois le tour du monde sans parler anglais », lui a enseigné « le goût du travail, la ténacité et la conviction que rien n’est impossible, il suffit de le vouloir ». D’autres grands noms lui ont montré la voie : Jean Rougié, le roi du foie gras ; Jean Hugel, l’ambassadeur des vins d’Alsace dans le monde entier ; Hubert Haenel et Adrien Zeller, qui l’ont encouragée, l’un en lui décernant « le poireau à 31 ans », l’autre en l’incitant à créer un pôle de compétitivité sur l’agroalimentaire ; son frère Dominique, qui a remis sur pied un domaine viticole au Chili voici 22 ans. Manou Heitzmann-Massenez n’oublie pas non plus les femmes qui ont compté pour elle : sa grand-mère Joséphine ; sa mère, Marie Guillot ; Nicole Seitz (Grand Marnier), Hélène Heimburger (pâtes Grand’Mère) - avec qui elle fut l’une des deux premières femmes élues de la CCI du Bas-Rhin - et Yolande Haag (brasseries Meteor). Enfin, elle a associé à sa distinction ses enfants Jean-Benoist et Lucile, ainsi que son mari Laurent, qui la soutient dans ses projets depuis quarante ans.

Domaine Lorentz à Bergheim

Des vendanges solidaires

Publié le 30/09/2018

La dixième édition des « vendanges solidaires » du groupe Barrière s’est déroulée mardi 25 septembre dans les vignes du grand cru de l’Altenberg à Bergheim du domaine Gustave Lorentz. Transformé en cuvée spéciale, ce millésime sera mis aux enchères au profit de l’association « Comme les autres ».

Le dernier groupe hôtelier français est depuis longtemps réputé pour sa sensibilité envers une cause qui lui est chère, le handicap. Et pour cause. Diane, la fille de Lucien Barrière, épouse du président Dominique Desseigne-Barrière, était devenue tétraplégique à la suite d’un accident d’avion en juillet 1995. Son avion s’était écrasé dans le marais poitevin. Elle est décédée en 2011. Depuis 2009, les « vendanges solidaires » rassemblent tous les collaborateurs motivés et disponibles pour récolter le raisin dans les vignobles partenaires : le varois Château Saint-Maur, en rosé, le bordelais Château La Garde, en rouge et cette année, le domaine Gustave Lorentz pour ses blancs. Une participation logique pour Georges Lorentz, responsable du domaine : « Nous sommes partenaires des établissements Barrière depuis trente ans. Nos vins sont référencés sur les cartes des restaurants du groupe. Et puis, à titre personnel, l’idée de cette vendange solidaire me séduit car elle correspond à l’état d’esprit du domaine. La solidarité, le travail, le partage sont des valeurs communes. » Ces cuvées seront vendues aux enchères en juin prochain au Fouquet’s à Paris, propriété du groupe. Le produit de la vente est destiné à cofinancer les projets de l’association « Comme les autres », des séjours aventure sportifs afin que les participants handicapés reprennent confiance en eux. La trentaine de volontaires a vendangé une parcelle de 80 ares de riesling sur le grand cru de l’Altenberg de Bergheim. « Nous avons des conditions de travail exceptionnelles. Le temps est magnifique. Il a fait frais ce matin. Environ 3 °C. Et là, nous sommes à environ 19-20 °C avec ce vent du Nord qui donne cette impression de sécheresse. L’état sanitaire des vignes est très bon. Nous allons proposer un excellent millésime », se félicite Georges Lorentz. Les salariés du groupe Barrière sont arrivés la veille et ont été logés au casino de Ribeauvillé. Après une matinée de vendange, ils ont été conviés à visiter la cave du domaine Lorentz pour découvrir la vinification mais aussi l’esprit de cette entreprise.

Publié le 28/09/2018

Si les dégâts occasionnés par les sangliers sur les cultures sont en baisse, la tendance est inverse pour les prairies, et notamment en zone de montagne. La FDSEA et les JA ont organisé une rencontre entre agriculteurs, chasseurs, élus et administration pour trouver des solutions.

Ce n’est plus une prairie, c’est une vaste étendue de mottes de terre. Face à l’ampleur des dégâts, Bertrand Richard, qui cultive cette prairie sur les hauteurs de Steige, est amer, d’autant qu’il affirme avoir signalé les dégâts lorsqu’ils ont commencé. Mais la réponse apportée par les chasseurs locaux n’a, semble-t-il, pas été assez rapide, ou pas assez efficace. « Maintenant, le mal est fait ! » Et le cas de Bertrand Richard n’est pas unique. C’est même plutôt la règle dans le val de Villé. Les élus locaux le confirment : les prairies sont devenues un vaste terrain de jeux pour les sangliers. La FDSEA renchérit : cette progression des dégâts de sangliers sur prairie concernerait même tout le département. « De nombreux agriculteurs nous ont alertés pour signaler des dégâts sur prairie, en montagne comme en plaine », indique Laurent Fischer, responsable du dossier chasse à la FDSEA du Bas-Rhin. Des sangliers avides de protéines Pour les agriculteurs, la cause de cette progression n’est pas compliquée à établir : c’est parce que la population de sangliers est trop importante. Actuellement, quelque 17 000 sangliers sont officiellement abattus chaque année dans le Bas-Rhin. Mais « si les dégâts augmentent, c’est que la population augmente. Et qu’il faut la réduire », plaide Laurent Fischer. Rejoint par Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA : « Ce n’est pas compliqué : si on veut limiter les dégâts, il faut réduire la population. Il n’y a pas 36 solutions. » Les chasseurs, eux, sont plus nuancés : « Les sangliers ont un an de sécheresse derrière eux. Ils sont actuellement à la recherche de protéines qu’ils trouvent dans les prairies sous forme de vers, ce qui les pousse à sortir de la forêt », explique Pascal Perrotey-Doridant, directeur du fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers. Un argumentaire que les agriculteurs balaient d’un revers de main : « Nous ne sommes pas responsables de la sécheresse », lance Bertrand Richard. Au contraire. Les agriculteurs en sont les premières victimes. Et ces dégâts de sangliers ne font qu’alourdir leur peine : le manque de fourrage est déjà problématique. Les prairies saccagées, même si elles sont ressemées, ne pourront pas être récoltées l’an prochain, et les éleveurs ne peuvent même pas compter sur une indemnisation décente : « Comme il n’y a pas de regain à cause de la sécheresse, il n’y a pas de perte de récolte, donc pas d’indemnisation », dénonce Bertrand Richard. Autre effet collatéral : « Nous sommes nombreux à avoir souscrit des MAE pour nos prairies. Dans l’état actuel, elles ne correspondent pas au cahier des charges. Et l’administration peut nous sanctionner pour cela. » En outre, il y a un problème d’estimation des dégâts, poursuit Laurent Fischer. Car si visuellement « seule » une partie d’une prairie est retournée, dans les faits, c’est bien la totalité de la parcelle que l’agriculteur devra broyer, égaliser, ressemer, fertiliser… « Une prairie, ce n’est pas comme une culture de maïs », souligne Gérard Lauler, agriculteur à Breitenbach. Même restaurée, elle va mettre plusieurs années à retrouver son plein niveau de production. Du coup, il estime que « les indemnisations ne compensent pas les pertes. » Ici, les cailloux affleurent et « il y a beaucoup plus de travail de remise en état que ce qui nous est payé. » Sans parler du préjudice moral : « Ces prés, c’est notre outil de travail. Nous n’avons que ça pour nourrir nos bêtes. » Désormais, les agriculteurs touchés s’interrogent. Deux options s’offrent à eux : ressemer les prairies maintenant au risque de voir ces jeunes semis saccagés par les sangliers, ou ne pas le faire, au risque de compromettre toute récolte de fourrage sur ces prairies l’année prochaine. « Les meilleurs dégâts ce sont ceux qui n’existent pas, résume Yohann Lecoustey, directeur adjoint de la FDSEA, Car après, il faut quand même les réparer, et les agriculteurs n’ont pas que ça à faire. » Enfin dernier sujet d’inquiétude : la peste porcine africaine, véhiculée par les sangliers, est potentiellement transmissible aux élevages porcins. Car si la maladie, présente en Belgique, devait atteindre la France, la viande porcine française ne pourra plus être exportée, et les cours pourraient chuter. Tir : « Toutes les vannes sont ouvertes » Pascal Perrotey-Doridant, directeur du fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers, rappelle que des mesures ont déjà été prises pour endiguer le phénomène. Une commission rassemblant les services de l’État, la fédération des chasseurs, la FDSEA et les lieutenants de louveterie (NDLR : des agents bénévoles de l’État ayant une mission de service public) a été créée et « passe à la moulinette les dégâts de gibier constatés pour chaque locataire de chasse ». S’ils sont trop élevés et persistent à l’être après en avoir été avertis, les locataires de chasse peuvent être mis en demeure. Et, après deux mises en demeure, le propriétaire de la chasse peut se séparer de son locataire. « Jamais aucun maire n’a osé résilier de contrat de chasse avec un chasseur », nuance Laurent Fischer. Et la méthode engendre d’autres problèmes. En effet : qui tire si le contrat de chasse est résilié ? « Ici, nous avons affaire à des dégâts lourds », estime Philippe Wolff, responsable de l’unité chasse et pêche à la Direction départementale des territoires (DDT). En matière de tirs « toutes les vannes sont ouvertes », indique-t-il. Les sangliers peuvent être tirés du 15 avril 2018 au 1er février 2019, y compris la nuit (hormis en bois, forêt, et bosquet, sauf exception, lire ci-dessous) et sous toutes les formes : mâles, laies, marcassins. Un arrêté complémentaire a été pris pour autoriser le tir de nuit avec une source lumineuse jusqu’au 31 octobre. Le tir de nuit est également autorisé en forêt du 15 octobre au mois de mai, même si cette pratique prête à contestation puisque si elle permet de prélever quelques individus, elle risque aussi d’en inciter d’autres à quitter la forêt. L’extension de cette pratique pourra être étudiée en Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDFS). Mais, pour Philippe Wolff, il s’agit d’un palliatif non indispensable. La solution la plus efficace pour réduire les populations reste les battues, si possible coordonnées. Ce que confirme le lieutenant de louveterie local qui rappelle que les maires peuvent imposer des battues à leurs adjudicataires. Dans un secteur où prairies et forêts se touchent, Gérard Lorber propose de « tirer les sangliers aux points d’agrainage et, s’ils sortent de la forêt, les tirer aussi en prairies. » Trop de sangliers, et pas assez de chasseurs En 2017, le FIDS a indemnisé 971 929,32 € de dégâts pour 913 ha de cultures détruites, contre 559 686,25 € pour 522 ha en 2018. Pour Pascal Perrotey-Doridant, c’est bien la preuve qu’on peut arriver à inverser la tendance. Mais aux incitations à tirer davantage, il oppose le vieillissement de la population de chasseurs. En effet, ce « hobby » ne fait plus rêver les foules. La FDSEA s’est approchée de la fédération des chasseurs pour faire passer leur permis de chasse à des agriculteurs. « Ça aurait permis de rajeunir la population de chasseurs, mais on nous a répondu qu’il n’y avait pas assez de formateurs », déplore Laurent Fischer. Réponse de Christian Muller, de la fédération départementale des chasseurs du Bas-Rhin : « Nous avons lancé un appel aux candidats pour passer le permis de chasse : nous avons eu trois réponses. » Il précise : « C’est vrai qu’il manque des inspecteurs, mais nous sommes en train de régler ce problème ». Il affirme : « Des battues concertées ont été organisées au mois de juillet dans les secteurs de Fouchy et de Neuve-Église ». « Il faut avancer sur l’estimation des dégâts et l’indemnisation de la remise en état », estime Laurent Fischer. Les agriculteurs souhaitent que les dégâts en zone de montagne fassent l’objet d’un traitement particulier, tant pour l’estimation que pour l’indemnisation. Tandis que Jean-Marc Riebel, président de la communauté de communes de la vallée de Villé, pointe un écueil : « Comme par le passé, les indemnisations des dégâts subis par les agriculteurs ne suivaient pas, ils ont arrêté de les déclarer. Or il faut le faire. Cela permettra de coordonner les battues, un sujet que nous avons à travailler avec les chasseurs. » Philippe Wolff a annoncé que des battues vont être organisées à partir du mois de novembre sur une quarantaine de lots. Le bilan sera dressé en hiver. En outre, il s’est exprimé en faveur de l’élaboration d’une méthode d’estimation et d’indemnisation des dégâts propres aux zones de montagne. Les différentes parties ont décidé qu’après qu’un estimateur est venu évaluer les dégâts, les travaux de restauration de la prairie visitée seront confiés à une ETA qui enverra la facture directement au FIDS. Une expérience qui doit permettre de comparer le coût réel des travaux à l’indemnisation touchée par les agriculteurs. Et de réajuster le tir en cas de déséquilibre manifeste…

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