Vie professionnelle

Publié le 28/09/2018

Élève ingénieur dans l’eau et l’environnement et fils d’agriculteur, Alexis Peulson, 22 ans, a décidé de faire une pause d’un an dans ses études pour faire un tour de France un peu spécial : se rendre à vélo dans plusieurs fermes de profils différents pour sensibiliser le grand public sur les réalités de l’agriculture, les difficultés rencontrées et les solutions mises en œuvre au quotidien pour rendre l’agriculture plus respectueuse de l’environnement.

« Ouais, faut supprimer tous les produits phytosanitaires de l’agriculture. Et je ne te parle même pas des élevages qu’il faudrait carrément interdire… » Depuis qu’il a démarré ses études d’ingénieur dans l’eau, l’énergie et l’environnement, Alexis Peulson entend beaucoup d’idées toutes faites sur le monde agricole de la part de ses collègues de classe. En tant que fils, petits-fils et frère d’agriculteur, cet étudiant de 22 ans à l’INP - Ense3 de Grenoble essaie tant bien que mal de leur apporter une vision un peu plus réaliste du métier, loin des clichés, parfois extrêmes, véhiculés par les médias mainstream. « Dans mon école, il y a pas mal d’étudiants avec un profil écolo qui tapent facilement sur l’agriculture. Quand je débats avec eux, cela ne va jamais très loin. Il leur manque pas mal d’informations techniques pour avoir un regard un peu plus objectif sur la situation. Certains me disent que la chimie n’a rien à faire dans l’agriculture sans prendre en compte le bilan carbone qui serait généré par une augmentation de la mécanisation. Il y a pourtant des ingénieurs agronomes qui font cinq ans d’étude et travaillent dans l’agriculture. Ce n’est pas rien. On ne peut pas juste critiquer comme ça. Je pense qu’il faut se renseigner pour pousser le débat un peu plus loin. » Et quoi de mieux que d’aller à la rencontre de celles et ceux qui vivent l’agriculture au quotidien pour apporter des « preuves » de ce que l’on avance ? Quoi de mieux que d’aller recueillir les témoignages de ces paysans qui construisent chaque jour l’agriculture de demain, avec le respect de l’environnement en toile de fond, tout en assurant la viabilité économique de leurs exploitations ? C’est en partant de ces postulats qu’Alexis a décidé de se lancer un défi ambitieux : faire le tour de France à vélo pour aller rencontrer différents types de producteurs, de tous profils, afin de leur donner la parole. Connaître leurs solutions aux enjeux économiques et environnementaux, mais aussi les difficultés auxquelles ils doivent faire face chaque jour. « J’ai donc décidé de prendre une année sabbatique dans mes études pour réaliser ce projet. Je veux montrer au grand public ce qui se fait déjà. Et cela doit permettre aux gens comme moi qui souhaitent faire évoluer les choses de le faire correctement, avec toutes les informations, sans s’appuyer uniquement sur des idéologies », explique-t-il. Un « porte-voix pour les gens qui vivent les problèmes » Parti le 16 septembre de Bourgogne d’où il est originaire, Alexis a démarré son tour de France agricole à la ferme de Benjamin Lammert, à Ensisheim. « Il a un profil intéressant. Il a suivi des études agronomiques assez poussées, c’est quelqu’un qui communique beaucoup sur son métier, et il a un aspect énergétique très développé dans son exploitation », justifie l’étudiant de 22 ans. Lorsqu’il a été contacté par Alexis, Benjamin Lammert a tout de suite accepté de l’accueillir pendant trois jours. « C’est une super initiative qui utilise la bonne approche : donner un porte-voix aux gens qui vivent concrètement les problèmes. Dans mon cas, je vais lui parler des problématiques liées aux changements climatiques d’une part, mais aussi tout ce qu’on fait déjà pour réduire notre consommation d’énergie tout en augmentant la production. » Comme Alexis, Benjamin Lammert ressent aussi au quotidien cette problématique de jugement vis-à-vis des agriculteurs. « C’est un métier qui pose question. Mais dès que je réussis à expliquer tout ce qu’on fait, les avis deviennent bien plus nuancés et favorables. Le problème se situe davantage au niveau politique où les décisions se prennent en ne tenant compte que de l’opinion générale et du vent médiatique. Il n’y a pas assez de profondeur ni de cohérence dans ce qui est véhiculé, alors que nous, agriculteurs, sommes au cœur de la cohérence du système », souligne l’agriculteur d’Ensisheim. C’est bien ce que compte découvrir Alexis dans son périple qui doit durer quatre mois. À chaque étape, il a prévu de publier photos, textes et vidéos sur son blog et les divers réseaux sociaux (voir les liens en encadré). Un documentaire structuré regroupant toutes ses vidéos est également à l’étude à la fin de cette aventure qui doit l’emmener en Normandie, en Bretagne, dans les Landes, la région de Montpellier et la Drôme. Et après ? « Une carrière dans l’agriculture, c’est sûr ! Dans quel domaine exactement, je ne sais pas trop pour le moment. Avec ce tour de France, j’aurai l’occasion de voir plein de choses. Je me laisse des portes ouvertes. Ce qui est certain, c’est que je ferai un métier qui fera bouger les choses : soit les mentalités, soit le modèle agricole pour l’emmener vers quelque chose de plus écologique. »

Publié le 27/09/2018

par Denis Digel, président de la section fruits et légumes de la FRSEA

Le Premier ministre a annoncé la semaine dernière, la suppression pure et simple du dispositif d’allégement des charges des employeurs de saisonniers (TODE), pourtant nécessaire à un grand nombre d’exploitations bas-rhinoises. La conséquence sera un renchérissement du coût pour l’employeur de 189 € par saisonnier et par mois pour un salaire de 110 % du Smic (Smic + ICCP) ! Sur cette base, la perte globale pour les agriculteurs de la région Grand Est qui comptait 154 655 contrats TODE en 2016 s’élèverait à 29 millions d’euros (M€), dont 3,50 M€ pour le seul département du Bas-Rhin ! Cette décision est inacceptable dans la mesure où l’allégement des charges envisagé par le gouvernement dans le cadre de la suppression du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ne compensera pas la remise en cause du dispositif TODE. Cette mesure vient donc dégrader encore davantage la compétitivité de nos exploitations alors même que nous devons faire face à une concurrence de plus en plus féroce des pays voisins. En effet, le gouvernement assume ce choix après des mois de discussions au cours desquels la FNSEA et son réseau ont alerté sur les conséquences dramatiques de ce choix. Alors que le coût du travail saisonnier est déjà 27 % plus cher qu’en Allemagne et 37 % plus cher qu’en Italie, on ajoute une charge supplémentaire de plus de 144 M€ pour les employeurs de saisonniers français ! Cette décision est incohérente et contraire aux engagements du président de la République de compenser intégralement la suppression du CICE. Elle va à l’encontre des conclusions des États généraux de l’alimentation que nous pensions partagées, en favorisant des importations qui s’appuient sur le dumping social, fiscal ou environnemental. Avec l’appui de la FNSEA, nous demandons une compensation totale et durable du coût supplémentaire engendré par la réforme envisagée par le gouvernement, sans quoi la délocalisation de nos productions agricoles et la décroissance rapide d’un secteur d’activité qui emploie 14 % des actifs français seront certaines.

Accord de production filière bovine

Système U veut de la génisse alsacienne

Publié le 26/09/2018

Les enseignes U et l’union de coopératives Cloé ont signé un accord de production de génisses de boucherie en Alsace, en marge du salon Passion de nos terroirs. Cette nouvelle production représente une opportunité de développer la filière, mais les éleveurs doivent confirmer la phase de test.

Le début d’une histoire d’amour entre éleveurs alsaciens et génisses de boucherie. L’accord signé mardi dernier entre Système U et l’union de coopératives Cloé, dont font partie le Comptoir agricole et la Coopérative agricole de céréales, offre un débouché juteux aux éleveurs locaux. À condition de satisfaire les exigences du distributeur. Le texte prévoit la livraison de dix animaux par semaine aux magasins U en Alsace. Avec la possibilité de passer à 25 ou 30 bovins d’ici deux ans. Surtout, cette viande haut de gamme représente une manne financière non négligeable. Avec un kilo payé 4,68 €, soit « 0,50 € de plus que les productions actuelles », selon Romain Gerussi, responsable de la filière élevage au Comptoir agricole. Les pièces seront vendues sous la marque Burehof, propriété des enseignes U d’Alsace. Deux fermes participent aux tests depuis l’an dernier, avec livraisons régulières de bêtes. Mais si l’expérience s’avère concluante, d’autres éleveurs pourraient rejoindre l’aventure. Six producteurs se sont déjà manifestés. Cette année d’essai est nécessaire car « on n’a pas l’habitude de travailler sur ce type de bêtes », explique le responsable de la coopérative. Aujourd’hui, éleveurs et techniciens avancent encore à tâtons. Ils tablaient sur une période d’engraissement de quatre mois. Il en faudra au moins six. « Il faut aller doucement sur l’alimentation, sinon les bêtes engraissent trop vite. » Cela pourrait affecter la qualité de la viande. Et mettre en péril l’accord. Les représentants de Système U ont bien insisté : le cahier des charges doit être respecté à 100 %. Pas une mince affaire. Traçabilité, carcasses de classe « R + », poids entre 380 et 420 kg… Le client est exigeant. « Si ça flanche, la base ne nous suivra pas » Mais mardi, tout le monde a prôné la patience. « On est sur une démarche à long terme, clarifie Philippe Grass, administrateur national chez Système U. Il ne faut pas qu’après six mois on dise que ça ne marche pas et qu’on arrête. » Sa sortie s’adresse autant à ses collègues qu’aux éleveurs, souvent impatients quant aux retombées économiques d’une nouvelle activité. « Si ça flanche, la base ne nous suivra pas », prévient tout de même Dominique Daul, président de la section bovine à la FDSEA du Bas-Rhin. Logique. Alors pour éviter les mauvaises surprises, toutes les parties ont prévu de se rencontrer une fois par mois pour faire le point sur l’avancée des livraisons. Du côté du distributeur on évoque un premier bilan d’ici deux ans. L’accord implique aussi Bigard, propriétaire de l’abattoir d’Holtzheim. « Les animaux seront donc élevés et abattus en Alsace », se félicite le responsable syndical. Les producteurs lorrains, déjà rodés sur ce type de bétail, ont également signé l’accord. Mais circuits de proximité obligent, leur viande ne devrait pas traverser les Vosges. Les travaux sur cette nouvelle production trouvent leur origine dans l’accord passé entre Système U et la Fédération nationale bovine en 2016. Le traité a fixé une grille de prix en fonction de la qualité de la viande. Il a aussi répondu au besoin des enseignes U de promouvoir leur cœur de gamme. « Nos clients demandent une meilleure qualité et traçabilité des produits », illustre ainsi Philippe Grass, également propriétaire du Super U Lingolsheim. Désormais, aux éleveurs de prouver leur savoir-faire.

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