Sécheresse et manque de fourrages
Les céréaliers alsaciens au chevet des éleveurs du Doubs
Sécheresse et manque de fourrages
Publié le 26/10/2018
Pour aider les éleveurs du Doubs en manque de fourrage à cause de la sécheresse, des céréaliers alsaciens ont accepté de donner gracieusement près de 1 200 tonnes de paille de maïs qui serviront au confort des animaux. Une action de solidarité déjà expérimentée avec succès dans le courant de l’été avec des éleveurs du Sundgau, de l’Alsace Bossue et de la montagne vosgienne.
« Quand il le faut, l’agriculture sait répondre présente. Elle le démontre aujourd’hui. » Face à la presse, le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, résume en quelques mots l’action de solidarité réalisée aux côtés de la FDSEA du Bas-Rhin pour venir en aide à des éleveurs du Doubs victimes d’une sécheresse qui n’en finit plus. Tout part d’une discussion il y a quinze jours, à Paris, entre le vice-président de la FDSEA du Doubs, Christophe Chambon, et le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, Gérard Lorber. « Il m’a fait part des difficultés extrêmes que rencontraient leurs éleveurs, liées au manque de fourrage. De là est née l’idée de monter une action pour leur venir en aide », explique le responsable syndical bas-rhinois. En à peine dix jours, tout se met en place, le temps d’identifier les fermes les plus en détresse et de prendre contact avec des céréaliers alsaciens prêts à mettre à disposition gracieusement leurs cannes de maïs. « Ce n’est pas facile de demander aux gens de donner gratuitement leur matière organique. Pourtant, ils l’ont fait », se félicite Denis Nass. Au total, près de 1 200 tonnes de paille de maïs ont été pressées, mises en meule et chargées par 150 céréaliers alsaciens à destination d’une soixantaine d’éleveurs doubistes. Ces ballotins de paille de maïs serviront au confort des animaux et remplaceront la paille de blé qui sera recyclée dans l'alimentation après avoir été mélangée avec de la mélasse. L’inquiétante décapitalisation des éleveurs La situation est d’autant plus critique dans le Doubs que 97 % des agriculteurs de ce département sont des éleveurs, dont 70 % en AOP Comté où les pâturages sont obligatoires et le maïs ensilage proscrit pour l’alimentation des animaux. « Ce qui dingue, c’est que, habituellement, il y a des secteurs de notre département où l’on doit gérer les problèmes liés aux excès d’eau. Cette année, on n’a pas eu une goutte de pluie depuis début juillet. Et ça continue. C’est du jamais vu », souligne le vice-président de la FDSEA du Doubs, Éric Morel. En effet, même en 1976 et 2013, deux années de grande sécheresse, les précipitations avaient fini par arriver à l’automne. Cette année, toujours rien, alors que le mois de novembre approche à grands pas. Une situation qui inquiète grandement les responsables des FDSEA bas-rhinoises et haut-rhinoises, l’Alsace étant elle aussi touchée de plein fouet par ces problèmes de sécheresse. « Il y a des éleveurs qui décapitalisent. Mais pour vendre les animaux à qui ? Les autres éleveurs rencontrent les mêmes difficultés. Les vendre à l’abattoir ? Le marché de la viande commence à être saturé, sans compter qu’on vend là des animaux qui ne sont pas finis », déplore Denis Nass. Il fait également remarquer « qu’on parle tout le temps de bien-être animal. Encore faut-il pouvoir l’assurer. Aujourd’hui, ce sont les éleveurs en système herbager qui souffrent le plus. Il n’est pas normal que notre ministère de l’Agriculture n’apporte aucune réponse face à cette situation. On ne demande pas l’aumône, on souhaite juste que l’État soit là dans les moments difficiles. » Gérard Lorber enfonce le clou. « Le commissaire européen a mis en place un certain nombre de mesures pour permettre aux États membres de venir en aide aux agriculteurs les plus touchés par la sécheresse. En Allemagne, cela a été fait au début du mois d’août. En France, ça traîne. C’est inadmissible. » 400 tonnes pour les éleveurs d’Alsace Bossue Mais le monde agricole alsacien n’a pas attendu le réveil des autorités pour faire face à cette situation inédite. Même si elles n’ont pas été médiatisées comme l’opération de solidarité avec le Doubs, des actions ont déjà été réalisées à destination d’éleveurs du Sundgau et de la montagne dans le Haut-Rhin. Dans le Bas-Rhin, les éleveurs d’Alsace Bossue, dont un tiers est en mode de production biologique, ont déjà pu récupérer des pailles de maïs venant de céréaliers du secteur de Brumath. « Ceux qui n’en ont pas eu assez vont pouvoir bénéficier de cette nouvelle action de solidarité », indique Véronique Klein, agricultrice bio à Ottwiller et vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ainsi, 400 tonnes supplémentaires de cannes de maïs vont être données gracieusement à plusieurs éleveurs de ce secteur. Aussi efficaces soient-elles, ces actions de solidarité paysannes ne règlent pas la situation à long terme. Les dérèglements climatiques étant de plus en plus fréquents, il est probable qu’une telle situation de déficit hydrique se reproduise dans les années à venir. « Avec un prix de paille qu’on nous annonce à plus de 100 euros la tonne, cela ne va pas être possible. Il va falloir réfléchir à des solutions plus pérennes », estime Véronique Klein. L’une d’elles passera par une politique d’investissement « plus adaptée à la situation actuelle », considère Denis Nass. « Il faut permettre un stockage plus long de fourrage sans fiscalité. Ce serait déjà un bon début. »












