La Politique agricole commune de l’après 2020 inquiète. Lors de la dernière session de la Chambre d'agriculture à Sainte-Croix-en-Plaine, les responsables des filières ont demandé plus de réactivité de leurs interlocuteurs pour soulager la profession.
Les difficultés d’approvisionnement en eau et les attentes des versements des aides, notamment en production bio, des trois dernières années, constituent deux sujets de tension. Celui des prix en est un autre, comme l’a rappelé le président de la FDSEA du Bas-Rhin, Franck Sander. « Ils ne sont pas au rendez-vous. C’est d’autant plus pénible qu’à cela s’ajoute cette sécheresse persistante. Il n’y a pas eu de « vraie » pluie dans certaines régions depuis le 1er juin. Ce qui entraîne des difficultés pour effectuer les semis et les labours dans de bonnes conditions. Il faut donc s’adapter en fonction de la réalité du terrain. Réalité qui n’est pas forcément prise en compte dans les discussions concernant la Politique agricole commune. Cela nous inquiète. Il nous faut davantage de réactivité à l’avenir. » Les aléas climatiques risquent de se répéter. L’administration de l’État doit être un facilitateur dans l’avancée des dossiers.
Cette réactivité est également demandée par le secrétaire général de la Chambre d'agriculture, Claude Gebhard, concernant la navigabilité du Rhin pour les échanges commerciaux. Durant cette période compliquée, la filière « maïs » a été présente dans la région pour aider au mieux l’élevage, se félicite le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « Nous devons préserver toutes nos filières et ne pas opposer les unes aux autres. Mais, sans l’élevage, quel aménagement possible pour le territoire ? Il faut des projets partagés. La transition de l’agriculture se fera avec les acteurs du terrain que sont les agriculteurs. Elle passera aussi par l’innovation et des avancées au niveau des énergies renouvelables. L’avenir de la ruralité appartient d’abord à ses acteurs qui doivent être écoutés. » L’agriculture fait face à trois inquiétudes majeures : le Brexit en Grande-Bretagne et ses conséquences sur les échanges commerciaux, le changement climatique que la Pac doit intégrer, la gestion des risques et les moyens pour y faire face.
Dialogue constructif
Dans la filière des volailles, Jean-Michel Schaeffer a salué le travail réalisé avec les distributeurs sur les hausses du coût des matières premières et sur les échanges entre acteurs de la filière. « Nous devons développer de nouvelles « niches » de consommation comme les produits transformés pour les foyers. Cela doit se faire dans la vigilance collective, le dialogue, la confiance avec cette nécessité de sécuriser nos apports locaux. Pour la volaille, c’est le cas même si les charges augmentent à l’image du gaz où les taxes ont été multipliées par trois ces dernières années ». Pour Paul Fritsch de la Coordination Rurale, la solution passe par une régulation des échanges et une Europe forte et solidaire. Christian Schneider, vice-président de la Mutualité sociale agricole d’Alsace, demande une harmonisation du traitement des dossiers par les services de l’État, constatant de grosses différences selon départements.
Dans ce monde en mouvement, il est nécessaire d’anticiper. C’est ce qu’a fait la filière des fruits et légumes, a rappelé le président de l’interprofession, Pierre Lammert. « L’année a été bonne, hormis pour le chou à choucroute et les pommes de terre. Les producteurs ont su se structurer, ensemble, dans le Grand Est. Un contrat de filière les engage avec la Région et des investissements ont été réalisés pour lutter contre les aléas climatiques. » Les élus de la Chambre d'agriculture représentants des syndicats et les salariés ont tous souligné l’importance du dialogue constructif pour favoriser les échanges économiques.
Protéger l’agriculteur, favoriser la production
L’évolution de la Pac et ses premières orientations annoncées, ont fait réagir Dominique Springinsfeld, éleveur à Durmenach. « La première question à se poser est : L’Europe veut-elle encore une agriculture demain ? Ces orientations sont contraires à l’esprit du Traité de Rome de 1957. Cette évolution est logique dans la mesure où ce ne sont pas des décisions politiques qui sont prises, mais administratives. Dans ces conditions, il faut absolument que le politique reprenne le cours de l’évolution de notre vie. » Le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, Gérard Lorber, enfonce le clou : « À la base, l’Europe est là pour protéger l’agriculteur et favoriser la production. Aujourd’hui, on est loin de tout cela. On demande une politique unifiée, avec les mêmes règles pour tous. »
Les mesures agroenvironnementales (MAE) signées dès 1993 et 1995 ont été précurseurs, a rappelé Claude Schoeffel. Ces contrats arrivent à échéance en 2020. Il faut donc rapidement négocier les suivants. Enfin, Paul-André Keller s’est inquiété des profonds changements de la filière horticole : « La nouvelle configuration de la Chambre régionale avec 30 % d’élus en moins, risque de poser un problème de représentativité pour les petites filières comme l’horticulture et une perte de proximité des élus face aux agriculteurs. »
En conclusion des débats, le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Wendlinger, a constaté que quelles que soient les appartenances syndicales, les élus agricoles vont dans le même sens. « Il faut continuer de peser. Il y a une réalité, une nécessité : le budget de la Pac doit être maintenu. Il faut sortir de cette technocratie européenne. Demain, il faudra se prendre en main pour éviter pléthore de dispositifs. Et mettre en place une Pac avec des règles partagées au niveau environnemental et sanitaire. Cette politique doit tenir compte des spécificités de notre métier. » Un argumentaire qui a ensuite été voté à l’unanimité sous forme de motion. Une autre a été approuvée. Elle concernait l’impérieuse nécessité d’engager une réflexion pour assurer la navigation sur le Rhin ; les basses eaux récurrentes actuelles ayant de lourdes conséquences économiques pour la filière céréalière.