Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin
« Ensemble relevons les défis »
Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin
Publié le 11/01/2019
L’agriculture est face à un tournant, tant au niveau économique, climatique que social. Pour répondre à ces défis la FDSEA du Bas-Rhin propose un projet, qui sera présenté lors de son assemblée générale, le vendredi 18 janvier au centre culturel et sportif de Kurtzenhouse. Elle accueillera Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA, et de Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs.
Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA : un combat juste au service de l’économie et de l’emploi Suite à la décision du gouvernement de supprimer le dispositif TODE, le réseau FNSEA-JA, avec ses associations spécialisées, s’est mobilisé pour montrer l’importance d’accompagner l’emploi de travailleurs occasionnels et saisonniers en agriculture. Le 29 novembre, l’Assemblée nationale a finalement voté une exonération de charges pour les employeurs de saisonniers agricoles, avec un seuil de 1,20 SMIC pour 2019 et 2020. Jérôme Volle est viticulteur à Valvignères en Ardèche. Âgé de 45 ans, cet ancien président de la FDSEA de l’Ardèche a été élu au poste de vice-président de la FNSEA lors des dernières élections. En tant que président de la commission emploi, il est particulièrement impliqué dans ces dossiers au côté de Joseph Lechner notamment. Invité de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, il livre ses impressions sur la négociation autour du TODE, véritable victoire syndicale. Quel est aujourd’hui le contexte concernant les exonérations de charges pour l’emploi en agriculture ? Jérôme Volle : Le contexte aujourd’hui, c’est que l’agriculture sera le seul secteur à bénéficier d’une exonération de charges renforcée à partir du 1er janvier 2019, alors que les autres secteurs d’activité n’y auront droit qu’au 1er octobre. Pour l’ensemble de nos salariés, c’est un bon combat qui a été mené, avec une réelle prise en compte de la spécificité agricole. Nous avons en effet besoin d’un dispositif spécifique d’allégement de charges patronales, pour supporter la concurrence européenne en matière de coût du travail, concurrence qui porte principalement sur des productions saisonnières agricoles. Quelles ont été les étapes de ce combat ? JV : En juin 2018, dès que nous avons appris que le gouvernement voulait mettre fin au dispositif TODE, nous avons structuré notre combat syndical. Nous avons d’abord travaillé avec le ministère de l’Agriculture, puis nous avons sensibilisé le Premier ministre et le président de la République. Dans un deuxième temps, nous avons montré, à partir de chiffres, de données sur l’emploi, territoire par territoire, l’importance du dispositif et l’impact négatif de sa suppression pour le résultat des entreprises et pour la capacité des territoires à avoir une activité saisonnière. Ensuite, quand le Premier ministre a réaffirmé qu’il n’y aurait pas de dispositif particulier et annoncé l’avancement de cette suppression au 1er janvier 2019, nous avons mené un travail de fond avec les syndicats départementaux, les associations spécialisées, la FNSEA et JA, auprès des députés sur l’impact de la mesure, territoire par territoire. Les députés se sont montrés à notre écoute, et ils ont proposé un nouveau dispositif, accepté à l’Assemblée nationale par Didier Guillaume, qui venait d’être nommé ministre de l'Agriculture. Le dispositif, proposé par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, fixait le seuil à 1,10, avec une dégressivité. L’Assemblée nationale a voté en augmentant le seuil à 1,15, toujours avec une dégressivité et une sortie au bout de deux ans. La sensibilisation a ensuite été menée auprès du Sénat qui, lui, a proposé un seuil à 1,25 et la pérennité. Le gouvernement s’est prononcé de son côté pour un seuil à 1,15, mais suite à l’amendement d’un député LREM, ce seuil a été porté à 1,20 et a voté de justesse, à 61 voix pour et 60. Concrètement, que va-t-il se passer ? JV : Le dispositif TODE, cumulé avec le CICE tel que nous le connaissions, disparaît. Mais les anciens bénéficiaires du TODE ont droit dans les mêmes conditions que TODE à une application spécifique de l’abattement général qui leur font retrouver, quasiment le même niveau d’exonération de charges sociales pour les salariés saisonniers. C’est la mobilisation des réseaux JA et FNSEA qui a permis de faire reculer le gouvernement. C’est une victoire ? JV : Oui c’est une belle victoire collective des réseaux FNSEA, AS et JA, car elle n’a pas été facile à emporter. Nous devons apprécier ce moment, tout en restant vigilants pour pouvoir garder ce dispositif au-delà des deux ans envisagés par le gouvernement. Ceci étant, il faut envisager l’avenir de l’emploi agricole dans une perspective basée sur trois axes forts : la compétitivité : maîtriser les charges ; les compétences : former et anticiper l’évolution des emplois agricoles ; l’attractivité : attirer des nouveaux talents. Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs national : « Ce dont je suis le plus fier, c’est de notre capacité à rester solides et mobilisés » Avec l’aide d’un salarié, Jérémy élève aujourd’hui une cinquantaine de vaches charolaises en Saône et Loire. Il n’y a pas de culture sur l’exploitation. Engagé dans le syndicalisme depuis ses 16 ans. Jérémy a été élu en 2016 à la présidence de la structure nationale de Jeunes Agriculteurs, après quatre ans en tant que vice-président du syndicat. « J’ai toujours pensé que l’engagement était indispensable au maintien d’une profession » explique Jérémy. Au-delà de l’engagement et de sa conviction, la fonction de président représente pour Jérémy « une reconnaissance vis-à-vis de ses collègues agriculteurs et des générations à venir ». Sur quels sujets êtes-vous et allez-vous vous mobiliser dans les prochains jours, les prochaines semaines ? Jérémy Decerle : Le premier sujet sur lequel nous sommes mobilisés c’est la continuité de la mise en place des mesures issues des États généraux de l’alimentation. À la fois sur le titre 1, qui impacte directement les revenus des paysans, et sur le titre 2, avec l’aspect sociétal et tout ce qui tourne autour des nouvelles pratiques d’élevage et de culture. La Pac va aussi faire partie des débats, le sujet devrait être remis sur la table dans les prochaines semaines. Enfin, il y a aussi la question de la considération des paysans, ce qu’on appelle l’agribashing. Ces deux derniers mois, de trop nombreuses initiatives remettant en cause les paysans se sont développées. Nous allons donc devoir accélérer la cadence de réponse et apporter un positionnement clair et tranché, sans faire preuve de trop d’états d’âme, car ceux qui nous attaquent n’en ont pas. De quelle victoire syndicale êtes-vous le plus fier ? JD : J’ai le sentiment que nous n’avons pas le temps d’être fiers de tout ce que nous gagnons, ou de ce que nous ne perdons pas. Il faut pourtant le dire : nous sommes sur tous les fronts et nous allons peut-être devoir mener à nouveau des combats que nous avons déjà gagnés. Mais ce dont je suis le plus fier, c’est de la capacité de notre réseau à rester solide dans l’adversité, dans la complexité, dans les moments de doutes et de non-perspectives. Pourtant les décideurs, ceux qui devraient compter sur nous pour faire avancer le pays, ne nous écoutent que trop partiellement. Nous réussissons, malgré tout, à proposer, à nous former, à défendre la profession, à mener les combats, et c’est pour moi la plus grande fierté que l’on puisse avoir.












