Publié le 21/12/2018
En cette fin d’année 2018, l’heure est au bilan et à la prospective. La réduction de l’usage des produits phytosanitaires, la séparation du conseil et de la vente, le dérèglement climatique, les élections à la Chambre d'agriculture se sont invités aux discours…
Christophe Chabeau préside depuis un an l’union régionale d’approvisionnement Aréa, dont le Comptoir agricole est un membre fondateur. Cette union régionale regroupe une vingtaine de coopératives de l’Est de la France, de la frontière luxembourgeoise au couloir rhodanien. Elle négocie le prix des engrais, de l’agropharmacie, des semences, etc. Son président est donc au premier rang lors des discussions sur la réduction de l’usage des produits phytosanitaires ou l’abandon de molécules controversées. Un débat biaisé dès le départ : « La réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires est une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron. » Il y a donc peu de chances qu’il revoie sa copie… « La RPD a été votée cette nuit » Certains points sont déjà actés, comme la prohibition, à partir du 1er janvier 2019, des trois « R » - remises, ristournes et rabais - ou la séparation du conseil et de la vente des produits phytosanitaires. Le gouvernement a aussi annoncé sa volonté de modifier l’assiette de la redevance pollution diffuse (RPD) en 2019. Il a d’ailleurs inscrit l’augmentation de certains taux dans le projet de loi de finances 2019 et préparé le projet d’arrêté qui fixe la liste des substances soumises à la redevance. « Ce projet a été adopté cette nuit, à 4 h 30, par l’Assemblée nationale. » Avec, à la clé, une augmentation des taux pour les substances soumises à l’exclusion ou candidates à la substitution, et une réactualisation de la liste des produits soumis à la redevance. « On parle d’un surcoût de 100 M€ ! » L’objectif est sociétal, explique Christophe Chabeau : « Il faut réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de 50 % d'ici 2025. Tous les moyens sont bons pour y parvenir. » Pendant ce temps, le projet de séparation du conseil et de la vente poursuit son chemin. « Nous en sommes à la version IV de l’ordonnance. Des précisions ont été obtenues sur le montage capitalistique, le choix des entités. Mais beaucoup de modalités sont ouvertes. » Les coopératives devront faire un choix au 1er janvier 2020 pour une mise en application en 2022. « L’ordonnance devrait sortir début janvier. » Le conseil annuel stratégique devra être fait par un organisme indépendant - sans doute la Chambre d’agriculture -, à la charge des agriculteurs. Cette dépense supplémentaire impactera forcément les exploitations, en termes d’agronomie et de compétitivité, souligne Christophe Chabeau. « La coopération a toujours su évoluer. Demain, nous saurons nous adapter pour permettre à l’agriculture de poursuivre son développement. » Jouer collectif Le Comptoir agricole affiche un résultat relativement faible pour l’exercice écoulé, indique Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. « Cela traduit la volonté de la coopérative de redistribuer le maximum de revenu à ses adhérents. » Déplorant le décrochage entre les cours du maïs et du blé, il espère que les deux courbes se rejoindront rapidement. La récolte 2018 a été marquée par la sécheresse. « La profession travaille sur le dossier des calamités agricoles, qui concerne surtout l’élevage. Le dispositif assurantiel a lui aussi été activé. » L’irrigation, qui bénéficie désormais du soutien de la Région Grand Est est un autre moyen de garantir le revenu des agriculteurs, souligne-t-il. Une autre problématique se fait jour : le changement climatique entraîne de fortes pluies, provoquant coulées de boues et inondations. « Nous réfléchissons, avec les collectivités locales, aux solutions à mettre en œuvre, comme le stockage des eaux pluviales. » À l’inverse, ce dérèglement climatique entraîne un autre phénomène récurrent, les basses eaux du Rhin. « Avec tous les partenaires concernés, nous devons demander des aménagements sur ce fleuve, vital pour l’économie alsacienne, et en particulier pour son agriculture. » Après avoir évoqué le budget de la Politique agricole commune et les espoirs déçus des États généraux de l’alimentation, Denis Ramspacher se penche à son tour sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, plaçant beaucoup d’espoirs sur le contrat de solutions proposé par la FNSEA. Le rôle de la Chambre d'agriculture, souligne-t-il, est d’être en proximité des exploitations, de les accompagner, d’aider les agriculteurs en difficulté, de surveiller les aménagements fonciers pour permettre aux agriculteurs de continuer à investir, de soutenir les filières porteuses de plus-value pour assurer la valeur ajoutée des exploitations alsaciennes. Pour finir, il appelle l’ensemble des agriculteurs et des organisations professionnelles à jouer collectif dans la perspective des élections à la Chambre d'agriculture. Procurer du revenu aux agriculteurs « C’est le rôle et la mission de toutes les organisations professionnelles agricoles de jouer collectif dans l’intérêt commun de notre agriculture, souligne Marc Moser, en écho à l’intervention de Denis Ramspacher. Notre coopérative se retrouve pleinement dans cet état d’esprit collectif. » L’objectif premier du Comptoir agricole est de procurer du revenu aux agriculteurs, rappelle-t-il. « Aujourd’hui, le législateur se permet de le remettre en cause. Cela témoigne de l’ignorance des parlementaires concernant les missions de la coopération. Grâce à la recherche de productivité, nous avons réussi, en quelques décennies, à baisser de 30 à 13 % le poids de l’alimentation dans le budget de nos concitoyens. Entre-temps, une partie est allée aux intermédiaires, ce qui fait que la production agricole brute ne représente finalement que 3 % des dépenses de nos concitoyens. » Les nouvelles contraintes qu’on impose à l’agriculture sont intolérables, estime-t-il. « Ces lois produiront surtout des charges supplémentaires. On nous demande de monter en gamme et de réduire drastiquement l’emploi de produits phytosanitaires. Faut-il produire uniquement du bio et du label en France, quitte à importer le reste ? Prenons le maïs, notre culture préférée. L’Europe en importe aujourd’hui 20 millions de tonnes, avec tous les moyens de productions qu’on nous interdit à nous, agriculteurs européens. Allons-nous subir le même sort que la sidérurgie ou le textile ? L’agriculture est en pleine mutation pour répondre à l’attente sociétale. Mais elle a besoin de temps pour permettre à la recherche de trouver des solutions alternatives et d’aller plus loin dans la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, le bien-être animal, l’alimentation de qualité. » Fort de son expérience, de son ancrage territorial, le Comptoir agricole est prêt à relever les défis de demain, affirme Marc Moser.












