Vie professionnelle

CARTE INTERACTIVE

La colère envahit le Bas-Rhin

Publié le 05/12/2018

Lundi 3 décembre, 500 tracteurs ont manifesté dans le département. Retrouvez le récit des principaux événements de la journée sur notre carte interactive. Cliquez sur les logos pour visionner nos vidéos et lire nos articles.

 

À l’hypermarché Leclerc de Marmoutier

Dialogue de sourds

Publié le 05/12/2018

L’inflation est repartie à la hausse, mais les prix payés aux producteurs, eux, ne cessent de baisser. Charges, taxes, tout augmente. À la veille de l’ouverture des négociations commerciales, une délégation d’agriculteurs est allée à la rencontre du responsable de l’hypermarché Leclerc.

Ils ont dit « prix rémunérateurs ». Il a répondu « maintien du pouvoir d’achat et baisse des marges ». Dialogue de sourds dans la cafétéria de l’hypermarché Leclerc de Marmoutier. Il suffirait pourtant de quelques centimes de plus au litre de lait ou au kg de viande pour que les paysans puissent vivre dignement de leur métier. « Nous ne cherchons pas à gagner des fortunes indécentes », confiait quelques heures plus tôt un responsable syndical. Ce sont pourtant ces familles aux fortunes colossales, comme Leclerc et Mulliez (Auchan) qui se livrent une concurrence impitoyable par enseignes interposées… « Cerise sur le gâteau », pendant que les responsables FDSEA et JA interpellaient le responsable du magasin, à l’extérieur un huissier de justice relevait les plaques d’immatriculation des tracteurs, pour une éventuelle assignation en justice. De quoi jeter des braises incandescentes sur une manifestation somme toute très pacifique !

Rassemblement à la ferme Guth de Littenheim

Pour installer, il faut de la visibilité

Publié le 05/12/2018

Plus de 150 tracteurs ont convergé vers la ferme Guth de Littenheim, un village de 300 habitants. Autour de l’éleveur, les responsables syndicaux des cantons de Saverne, de Bouxwiller et d’Alsace Bossue. Le député Patrick Hetzel, le conseiller régional Patrick Bastian et le conseiller départemental Thierry Carbiener ont échangé avec les manifestants, sous le regard attentif des gendarmes.

« Nous sommes ici sur une ferme laitière importante, et pourtant elle ne permet pas de faire vivre deux personnes », explique Nicolas Rusch, président cantonal de la FDSEA de Saverne. La faute au prix du lait trop bas. « Nous touchons 28 cts/l actuellement. C’est insuffisant pour embaucher un salarié, et surtout pour envisager l’installation de mon fils. » C’est avec l’aide bénévole de son épouse et de ses parents qu’il arrive à faire tourner l’exploitation. « Le nerf de la guerre, pour nous, c’est le prix, reprend Nicolas Rusch. Or nous n’arrivons pas à répercuter la hausse des coûts de production sur les prix qui nous sont payés. Au contraire, alors que s’ouvrent les négociations commerciales avec la grande distribution, on nous annonce une baisse de 5 % pendant trois ans. » La loi Egalim, qui avait pourtant suscité tant d’espoirs, n’a finalement rien changé… « Notre moteur, c’est l’installation », Anthony Carbiener, président des JA du canton de Bouxwiller. Les Jeunes Agriculteurs militent pour des exploitations viables, vivables et transmissibles. Mais comment motiver les jeunes générations à sauter le pas lorsqu’ils ne disposent d’aucune visibilité ? Et lorsque les aléas climatiques et les crises conjoncturelles se multiplient, les plans prévisionnels d’installation sont mis à mal, au point que certains jeunes, qui ont bénéficié de prêts aidés, sont contraints de rembourser les aides qu’ils ont perçues parce qu’ils ne remplissent pas les critères de revenu. C’est ce qu’on appelle la déchéance de DJA.   Sécheresse : le déni de l’État Dérapage de la taxe sur le foncier non bâti, suppression du glyphosate, contraintes réglementaires et environnementales, sans oublier les récentes attaques de Greenpeace… Jamais la détresse du monde agricole n’a été aussi palpable. Et la sécheresse estivale a encore accentué le mal-être des éleveurs. Les étables se vident pour résister à la pénurie de fourrages et les trésoreries sont à sec. « Mais ce qui nous a le plus affectés, c’est le déni de l’État qui n’a pas reconnu l’ampleur de la catastrophe », souligne Patrick Dietrich, président intercantonal d’Alsace Bossue de la FDSEA. Car de nombreuses exploitations ont perdu jusqu’à 40 % de leurs récoltes. Pire encore, les agents de l’État sont venus effectuer des contrôles dans les fermes concernant l’implantation des cultures intermédiaires (Cipan). « Certains éleveurs, confrontés à la sécheresse, n’ont pas été en mesure de les semer, malgré l’obligation légale. » Conséquences, les services de l’État ont suspendu le versement de l’avance sur les primes Pac, laissant ces agriculteurs encore plus démunis. « La pénalité ne peut pas dépasser 30 % de la prime. Or l’acompte versé correspond à 70 % de la prime », explique Patrick Dietrich. Maladresse ou acharnement thérapeutique ? Pour autant, les agriculteurs ne se laissent pas abattre. « Aujourd’hui, le désespoir est réel. Mais nous sommes des gens passionnés, décidés à nous adapter à la société de demain. C’est cela notre message d’espoir », conclut Nicolas Rusch.

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