Gastronomie
L’Alsace, terre d’innovation
Gastronomie
Publié le 30/11/2018
La brasserie Heineken a organisé une table ronde sur l’innovation dans l’agroalimentaire, vendredi 23 novembre à Schiltigheim. Un secteur dans lequel l’industrie alsacienne excelle.
Quinze bouteilles Desperados montent la garde sur un meuble bas de la salle de réception de la brasserie Heineken. Comme un symbole de cette matinée dédiée à l’innovation. La bière aromatisée à la tequila fête ses 23 ans. « Cette bière a été inventée ici, route de Bischwiller, et aujourd’hui on la trouve partout dans le monde », vante Pascal Sabrié, président d’Heineken France, propriétaire de la « Despé ». À ses côtés, quatre entrepreneurs. Tous ont chamboulé le paysage agroalimentaire alsacien avec leurs recherches. Marianne Fritz a inventé et commercialisé le Ketch’Oh ! légumes, une sorte de ketchup à base de carottes, potirons ou céleris. Manou Massenez a créé des eaux-de-vie en spray, étudiées pour la cuisine. Avec la promesse de relever ses plats à coups de liqueur de concombre, thym ou romarin. Anthony Thirion a fondé la start-up Pousse-légume. Il vend un potager d’intérieur de la taille d’un lave-vaisselle. Andreas Redl, dernier intervenant, a développé un sauté végétal pour l’entreprise Tereos. Son steak à base de protéines de blé et de farine de pois chiche présente les mêmes propriétés qu’une pièce de viande. Une pluie de récompenses La plupart de ces inventions ont raflé des prix de prestige. Idhéa, société productrice de la sauce Ketch’Oh, a remporté le trophée Alsace innovation en 2015. Les sprays Massenez lui ont succédé l’année suivante. Le sauté végétal de Tereos cumule les prix « protéines du futur » de Business France et « ambition » du concours mondial de l’innovation en 2015. Une coupe reçue des mains du président de la République d’alors, François Hollande. S’il vous plaît ! L’an dernier enfin, Pousse-légume a décroché l’oscar régional Créativ’est. Ces médailles entraînent de vraies retombées économiques. « Un grand groupe suisse s’est intéressé à notre produit après le trophée Alsace innovation, illustre Marianne Fritz. Grâce à ça, on a pu vendre Idhéa. » Pour Andreas Redl, père du sauté végétal, les bénéfices sont apparus en interne. La direction de Tereos a pris son invention très au sérieux. « Dans un premier temps, nous allons produire huit millions de portions de 100g par an », caracole le chercheur. Pas mal pour un début. « Ceux qui n’évoluent pas auront disparu dans dix ans » Beaucoup ont reçu une aide directe ou indirecte de la Région pour décrocher les étoiles. Prix régionaux, subventions, créations de pépinières d’entreprises… la collectivité a déboursé 67 M€ en 2018 dans la « recherche et développement », tous domaines confondus. Preuve de l’engagement des politiques, Lilla Merabet, vice-présidente de la Région en charge de la compétitivité et de l’innovation, a assuré le service après-vente de son programme lors de la table ronde. « L’argent public doit dérisquer (sic) les investissements », soutient-elle. En clair, les subventions et services publics doivent servir de parachute de sécurité aux entrepreneurs. Car tout le monde ne dispose pas des millions d’Heineken, Tereos ou Mars. La majorité des Géo Trouvetout de l’alimentaire partent de zéro. Pour cela, l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria) épaule les petites entreprises. En 2015, l’Aria a ainsi lancé son Food Studio. « Cette boîte à outils aide les PME sans département « recherche et développement » à innover », détaille Manou Massenez, présidente d’honneur de l’organisme. Toujours en 2015, elle a inauguré le programme Noviaa, un cycle de conseils stratégiques sur-mesure. L’innovation est aussi devenue une question de vie ou de mort. « Beaucoup de PME obéissent à de grands donneurs d’ordres qui sont déjà passés à l’industrie 4.0, explique Lilla Merabet. Si on n’accompagne pas nos PME, elles ne pourront même plus répondre aux appels d’offres. » Le constat s’étend au-delà de l’industrie. L’agriculture a déjà amorcé son passage à la ferme connectée. Et l’élue d’ajouter : « Ceux qui n’évoluent pas auront disparu dans dix ans ».












