La formule résume bien l’état d’esprit du conseil départemental de la FDSEA qui s’est tenu mercredi 14 novembre et au cours duquel le prix des productions et le dossier phytosanitaire ont occupé la majeure partie des débats.
La campagne d’hiver a commencé, les premières tournées cantonales ont eu lieu et se poursuivront tout le mois de novembre. Parmi les sujets évoqués, revient souvent celui du prix des productions, le lait chez Alsace Lait, la betterave et le prix de la viande. Les prix de ces productions ne sont pas bons et la sécheresse est une double peine pour de nombreuses exploitations. « Même si tout n’est pas à jeter, les promesses des États généraux de l’alimentation sont quand même loin d’être tenues. Depuis 30 ans, nous nous battons sur les prix, cela ne pouvait pas être réglé en un an, mais de là à se dégrader. Il faut tirer la sonnette d’alarme à quelques jours des prochaines négociations commerciales », a souligné Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.
Se réapproprier le débat du prix
Les présidents cantonaux ont fait remarquer une différence entre l’attitude des agriculteurs, qui s’insurgent des prix, en réunions syndicales et un certain attentisme dans les réunions de section des entreprises. Pour Franck Sander, « la réunion syndicale est et restera un lieu d’échange et d’écoute. Il est important que nous restions proches de nos adhérents et de leurs problèmes. Pour le reste, il appartient au syndicat de faire remonter les difficultés. » Suite à plusieurs réformes (disparition du prix Criel dans le lait par exemple), la profession agricole a été un peu exclue des discussions autour des prix. Au syndicat de se réapproprier cette problématique et de demander des comptes. « Revendiquer un prix rémunérateur, c’est une évidence et nous le portons au niveau national, mais il faut aussi être force de propositions pour aider les filières. »
Autre sujet de discussions dans les réunions cantonales, l’agribashing, notamment sur la question des phytosanitaires. Le sujet est particulièrement délicat, car les médias ont choisi leur camp et la FNSEA porte une image d’agrobusiness. Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, souligne l’isolement du réseau FNSEA sur le sujet : « On n’entend ni les organismes stockeurs, ni les fabricants. Il n’y a que nous qui défendons nos moyens de production. Ce n’est pas populaire, mais il faut le faire. Notre autre ligne de défense consiste à dire : n’importons pas ce qu’on nous interdit de produire. Ce message, lui, est bien repris par les médias, mais les élus n’ont pas le courage de remettre en cause des accords commerciaux. »
Soutien à la sécheresse
La sécheresse reste un des sujets de préoccupation des agriculteurs. Joseph Behr, directeur de la FDSEA, a fait le point sur les mesures obtenues. Le Conseil régional a débloqué une enveloppe pour une aide d’achat de fourrages (lire ci-dessus). Les formulaires seront bientôt disponibles. Et le Conseil départemental pourrait abonder l’aide. La FDSEA et les JA ont rencontré les services fiscaux pour obtenir un dégrèvement sur les prairies mais aussi sur les terres. La procédure calamité est en cours pour les zones herbagères. Au total, c’est près de 4 millions d’euros (M€) qui seront injectés pour faire face à cet épisode exceptionnel. Pour Franck Sander, « ces aides vont donner un coup de pouce à ceux qui en ont le plus besoin, mais ne sauveront pas l’année ». C’est pourquoi, il faut être en mesure de se protéger au mieux de ces phénomènes, c’est dans ce sens que le Conseil régional a prévu l’ouverture du Plan bâtiment aux investissements de stockage et a réaffirmé sa volonté d’aider à l’irrigation.
Des avancées syndicales
Parmi les autres sujets d’actualité, les négociations sur le dispositif TODE ont progressé, résultat de l’action syndicale partout en France. Le projet du gouvernement prévoyait une perte de 144 M€ pour la branche agricole. Un premier pas a été fait lors de l’examen en séance publique du PLFSS 2019 à travers le relèvement du seuil de dégressivité de l’allégement général (lire aussi en page 4-5). Le ministère indique qu’il reste 39 M€ de pertes non compensées pour les filières qui bénéficiaient des allégements TODE en 2019. La FDSEA a continué sa mobilisation en rencontrant le conseiller politique du ministre de l’Économie et des Finances à Bercy pour obtenir une compensation totale (lire aussi en page 5 de notre n° 46 du 16 novembre 2018).
Franck Sander et Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, ont fait remarquer que les dossiers sont de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes. Et les moyens d’action du syndicalisme ont changé : « Pour cela, nous avons besoin de femmes et d’hommes qui s’engagent ».