Vie professionnelle

Publié le 26/11/2018

Dans le Doubs comme partout en France, la météo de la dernière campagne a été catastrophique. Mais dans ce secteur très herbagé, les conséquences ont été dramatiques pour les éleveurs, qui ont dû fortement entamer leur stock de fourrage et sortir de la trésorerie pour acheter du fourrage au prix fort pour pouvoir continuer à nourrir leurs animaux, rapporte Éric Bonnefoy, administrateur à l’AGPM. Au moins cette crise a-t-elle révélé la force de la solidarité paysanne, puisque les céréaliers alsaciens ont récolté 1 000 tonnes de paille de maïs qui a été expédiée dans le Doubs pour servir de litière aux animaux : « Nous avons profité du sang syndical des Alsaciens », remercie Éric Bonnefoy. « Soyons fiers d’être agriculteurs et céréaliers », a lancé Philippe Pinta, président de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB). Les deux associations sœurs défendent un certain nombre de dossiers en commun. Principalement : un premier pilier fort et l’abolition des distorsions de concurrence. Et fustigent de concert les vents contraires, par exemple certaines dispositions prises suite aux États généraux de l’alimentation : « Je les ai d’abord considérés comme un Grenelle bis, mais en fait c’est pire. On nous impose tout un tas de nouvelles charges, de nouvelles contraintes, comme la séparation du conseil et de la vente de produits phytosanitaires… Si encore nous assistions à une amélioration de notre revenu pour compenser ces nouvelles charges, ça passerait, mais ce n’est pas le cas. » Même solidarité face au dossier des néonicotinoïdes, dont Philippe Pinta juge le traitement « inacceptable », et, surtout, contre-productif : « Les achats d’insecticide ont augmenté de 200 % cet automne. Est-ce que c’est vraiment mieux pour l’environnement ? » Et en matière d’irrigation : « L’Espagne capte 20 % de l’eau de pluie qui tombe sur son territoire, la France 10 fois moins. On est dans la doctrine, pas dans l’économie, alors que l’irrigation est un facteur de qualité. »

Plan sécheresse de la Région mis en œuvre dès novembre

6 millions d’euros à l’échelle du Grand Est

Publié le 23/11/2018

Lors de l’inauguration du salon d’élevage Agrimax à Metz, Jean Rottner, président du Conseil régional, avait annoncé la mise en place d’un plan structurel sécheresse à l’échelle du Grand Est, pour répondre aux difficultés marquées des éleveurs, face à une situation de sécheresse exceptionnelle et sans précédent.

L’annonce du plan structurel sécheresse à l’échelle du Grand Est s’était tenue en présence d’élus régionaux, parmi lesquels Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’agriculture et de la ruralité, Philippe Mangin, vice-président en charge de la bioéconomie, de l’agroalimentaire et de la bioénergie, et Patrick Bastian, président de la commission agriculture et forêt. Agir au plus vite et avec pragmatisme est la priorité de la Région Grand Est dans son accompagnement aux éleveurs fortement touchés par la sécheresse de cet été. La mobilisation de la profession agricole - en particulier la FRSEA, les JA, les Chambres et les CER - permet à la Région Grand Est de financer dès cet hiver aux éleveurs les plus touchés une part des achats exceptionnels de fourrages ou coproduits. Ce dispositif d’urgence est complété par une adaptation du Plan de compétitivité des exploitations agricoles (PCAE) et un nouveau soutien aux besoins en petits investissements liés aux aléas climatiques et sanitaires, ainsi qu’à l’autonomie alimentaire. Ainsi la Région Grand Est proposera à une prochaine session plénière du Conseil régional de voter un plan d’investissement en deux volets. Une aide à la reconstitution des stocks de fourrages pour les exploitations spécialisées en élevage Tous les éleveurs, spécialisés à plus de 50 % du chiffre d’affaires en élevage, selon les critères retenus par la Région Grand Est, qui subissent un déficit fourrager significatif dans leur exploitation pourront solliciter une aide auprès de la Région pour financer leurs achats exceptionnels de fourrages ou coproduits. Ce dispositif se veut simple et efficace : un guichet unique départemental porté par les Chambres d’agriculture assurera en proximité l’information sur le dispositif d’aide, le dépôt des dossiers jusqu’au 31 janvier 2019 et la pré-instruction des demandes d’aide. Les services EDE des Chambres d’agriculture fourniront le nombre d’UGB à retenir et les cabinets comptables transmettront le taux de spécialisation de l’éleveur. Chaque guichet unique transmettra à la Région la liste des bénéficiaires éligibles, ce qui permettra aux élus de statuer. Les paiements des dossiers auront lieu entre janvier et mars 2019. Ainsi les éleveurs potentiellement éligibles pourront télécharger sur le site de la Région Grand Est ou de leurs partenaires (Chambres d’agriculture, cabinet comptable, FDSEA) un formulaire de demande d’aide. Il leur sera demandé la déclaration du taux de spécialisation calculé par leur comptable (> à 50 %). Par ailleurs, ils devront fournir un bilan fourrager évaluant le déficit à l’entrée de l’hiver, ou à défaut, renseigner sur le formulaire de demande d’aide leurs stocks et besoins en fourrages démontrant le déficit à partir des effectifs calculés par les services EDE des Chambres d’agriculture. Au vu de la déclaration de l’éleveur, des aliments achetés au-delà des quantités habituelles ainsi que de la fourniture des factures acquittées, la Région Grand Est accompagnera à hauteur de 25 % les dépenses supplémentaires liées à l’impact sécheresse sur la production fourragère. Le prix unitaire de l’aliment acheté sera plafonné pour ne pas encourager la spéculation sur les marchés. Une majoration de 10 % pourra être appliquée en cas d’installation ou d’appartenance au zonage montagne. L’aide sera comprise entre 500 € et 3 000 € (6 000 € pour les Gaec). La Région Grand Est a souhaité conduire ce soutien régional en partenariat élargi avec la profession, ainsi que les Conseils départementaux qui ont la possibilité de participer au financement, pour renforcer une ambition commune pour l’élevage régional. Un nouveau programme de soutien aux équipements, pour adapter l’accompagnement à l’effort d’investissement des éleveurs Ce nouveau programme d’accompagnement est en construction, il visera à couvrir les besoins plus modestes d’investissements (moins de 15 000 €) portant sur les volets sécurité sanitaire (notamment biosécurité pour le secteur porcin), bien-être animal et autonomie alimentaire. Après délibération du Conseil régional, la liste des équipements sera communiquée. De plus, sur le PCAE, la limitation du nombre de dossiers et le délai de carence par bénéficiaire seront levés en 2019, permettant ainsi d’accompagner les nouveaux investissements, notamment de stockage et de « surstockage ». Les appels à projets seront publiés début 2019, avec deux périodes de dépôt possibles (février et juillet). Enfin, la Région souhaite s’inscrire dans la durée en menant une large réflexion sur les réserves en eau dans le Grand Est afin de trouver des solutions concrètes, en encourageant les projets favorisant la résilience des systèmes au changement climatique et en engageant les filières animales et végétales dans un débat sur l’alimentation animale, l’autonomie alimentaire des élevages.

Conseil départemental de la FDSEA du Bas-Rhin

S’engager et revendiquer

Publié le 23/11/2018

La formule résume bien l’état d’esprit du conseil départemental de la FDSEA qui s’est tenu mercredi 14 novembre et au cours duquel le prix des productions et le dossier phytosanitaire ont occupé la majeure partie des débats.

La campagne d’hiver a commencé, les premières tournées cantonales ont eu lieu et se poursuivront tout le mois de novembre. Parmi les sujets évoqués, revient souvent celui du prix des productions, le lait chez Alsace Lait, la betterave et le prix de la viande. Les prix de ces productions ne sont pas bons et la sécheresse est une double peine pour de nombreuses exploitations. « Même si tout n’est pas à jeter, les promesses des États généraux de l’alimentation sont quand même loin d’être tenues. Depuis 30 ans, nous nous battons sur les prix, cela ne pouvait pas être réglé en un an, mais de là à se dégrader. Il faut tirer la sonnette d’alarme à quelques jours des prochaines négociations commerciales », a souligné Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Se réapproprier le débat du prix Les présidents cantonaux ont fait remarquer une différence entre l’attitude des agriculteurs, qui s’insurgent des prix, en réunions syndicales et un certain attentisme dans les réunions de section des entreprises. Pour Franck Sander, « la réunion syndicale est et restera un lieu d’échange et d’écoute. Il est important que nous restions proches de nos adhérents et de leurs problèmes. Pour le reste, il appartient au syndicat de faire remonter les difficultés. » Suite à plusieurs réformes (disparition du prix Criel dans le lait par exemple), la profession agricole a été un peu exclue des discussions autour des prix. Au syndicat de se réapproprier cette problématique et de demander des comptes. « Revendiquer un prix rémunérateur, c’est une évidence et nous le portons au niveau national, mais il faut aussi être force de propositions pour aider les filières. » Autre sujet de discussions dans les réunions cantonales, l’agribashing, notamment sur la question des phytosanitaires. Le sujet est particulièrement délicat, car les médias ont choisi leur camp et la FNSEA porte une image d’agrobusiness. Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, souligne l’isolement du réseau FNSEA sur le sujet : « On n’entend ni les organismes stockeurs, ni les fabricants. Il n’y a que nous qui défendons nos moyens de production. Ce n’est pas populaire, mais il faut le faire. Notre autre ligne de défense consiste à dire : n’importons pas ce qu’on nous interdit de produire. Ce message, lui, est bien repris par les médias, mais les élus n’ont pas le courage de remettre en cause des accords commerciaux. » Soutien à la sécheresse La sécheresse reste un des sujets de préoccupation des agriculteurs. Joseph Behr, directeur de la FDSEA, a fait le point sur les mesures obtenues. Le Conseil régional a débloqué une enveloppe pour une aide d’achat de fourrages (lire ci-dessus). Les formulaires seront bientôt disponibles. Et le Conseil départemental pourrait abonder l’aide. La FDSEA et les JA ont rencontré les services fiscaux pour obtenir un dégrèvement sur les prairies mais aussi sur les terres. La procédure calamité est en cours pour les zones herbagères. Au total, c’est près de 4 millions d’euros (M€) qui seront injectés pour faire face à cet épisode exceptionnel. Pour Franck Sander, « ces aides vont donner un coup de pouce à ceux qui en ont le plus besoin, mais ne sauveront pas l’année ». C’est pourquoi, il faut être en mesure de se protéger au mieux de ces phénomènes, c’est dans ce sens que le Conseil régional a prévu l’ouverture du Plan bâtiment aux investissements de stockage et a réaffirmé sa volonté d’aider à l’irrigation. Des avancées syndicales Parmi les autres sujets d’actualité, les négociations sur le dispositif TODE ont progressé, résultat de l’action syndicale partout en France. Le projet du gouvernement prévoyait une perte de 144 M€ pour la branche agricole. Un premier pas a été fait lors de l’examen en séance publique du PLFSS 2019 à travers le relèvement du seuil de dégressivité de l’allégement général (lire aussi en page 4-5). Le ministère indique qu’il reste 39 M€ de pertes non compensées pour les filières qui bénéficiaient des allégements TODE en 2019. La FDSEA a continué sa mobilisation en rencontrant le conseiller politique du ministre de l’Économie et des Finances à Bercy pour obtenir une compensation totale (lire aussi en page 5 de notre n° 46 du 16 novembre 2018). Franck Sander et Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, ont fait remarquer que les dossiers sont de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes. Et les moyens d’action du syndicalisme ont changé : « Pour cela, nous avons besoin de femmes et d’hommes qui s’engagent ».

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