Publié le 09/01/2018
Les rencontres dans les fermes Dephy du Grand Est ont permis à plus de 700 participants de discuter de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. Douze fermes aux profils différents ont ouvert leurs portes durant le mois de novembre. Focus sur trois d’entre elles.
Il est 10 h à l’EARL de Santignon à Baslieux (54) où une vingtaine de personnes sont assemblées sous le hangar. Ce n’est pas uniquement la convivialité d’un bon café en cette fraîche matinée du 15 novembre qui réunit ce groupe. Aujourd’hui, c’est la porte ouverte du groupe d’agriculteurs Dephy animé par la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle. C’est l’occasion pour la famille Pierçon d’expliquer sa démarche et surtout de témoigner des premiers résultats obtenus dans leur quête de réduction des produits phytosanitaires. Selon Laurent Pierçon, la présence de son atelier de 70 vaches allaitantes est un atout qui lui permet de réduire sa consommation de produits phytosanitaires. C’est en particulier l’opportunité de valoriser directement ses cultures de printemps sur la ferme et d’introduire des prairies dans la rotation. Le soja est également testé depuis peu avec succès sur l’exploitation. La culture présente de multiples avantages, parmi lesquels la faible nécessité d’intrants, pas de mécanisation supplémentaire et une bonne rentabilité. Sur les deux dernières années, la famille Pierçon a réduit son IFT (indice de fréquence de traitement) de plus de 40 % par rapport à la référence régionale. L’allongement de la rotation contre les résistances La réduction des phytos est aussi accessible dans les systèmes céréaliers. C’est le constat qui a été mené durant la porte ouverte Dephy du 23 novembre chez Antoine Ferté à Montsuzain dans l’Aube. Sur ses 380 ha de SAU, en plus du colza, du blé et de l’orge de printemps, cet exploitant cultive du pois (printemps et hiver), du sainfoin et de la betterave. La rotation longue est un des leviers pour limiter les graminées résistantes mais Antoine Ferté ne s’arrête pas là et ses techniques sont nombreuses pour limiter le recours aux intrants. Motivé par sa conscience environnementale et sociétale, il a investi dans une herse étrille et une bineuse équipée de caméras (pour apporter de la précision dans ses interventions) notamment grâce aux subventions du PCAE. Il privilégie également les auxiliaires grâce à l’aménagement de 10 % de sa surface en Surface en éléments topographiques et couple l’observation de ses cultures à des modèles prévisionnels de maladies (blé et betterave). Sans compter la dynamique de son groupe Dephy animé par le Ceta de Romilly qui est un moteur dans la mise en œuvre de ces solutions. Le collectif est une vraie force pour changer son système Les personnes qui se sont rendues à la porte ouverte du 17 novembre à Feuges dans l’Aube ont pu rencontrer les exploitants aubois à l’origine du collectif de la SEP (Société en participation) du Signal. Ce collectif leur a permis de mettre en commun, l’outil de production (parcelles, matériel), les investissements, les connaissances mais aussi les prises de risque. Parmi les six fermes de la SEP, deux d’entre elles ont intégré le réseau Dephy animé par le Civam de l’Oasis afin de participer à des réunions techniques et surtout de valoriser leurs efforts dans la réduction des phytosanitaires. Pour atteindre leurs objectifs de réduction d’IFT, la SEP du Signal privilégie un assolement diversifié, la couverture du sol, l’implantation de variétés résistantes et de cultures peu consommatrices en intrants comme le chanvre. Déchaumage et TCS sont pratiqués (sans toutefois exclure le labour en cas de fort salissement), dans un environnement où les aménagements agroécologiques (haies, bandes enherbées, jachères) sont initialement peu présents. Cependant, dans un souci d’aménagement du territoire et désormais de protection des parcelles bio ou en conversion, les fermes de la SEP maillent peu à peu leur parcellaire de haies et bandes enherbées. Après avoir atteint un équilibre technique et financier, trois fermes de la SEP ont décidé de convertir en agriculture biologique tout ou partie de leur parcellaire, ce qui donnera naissance à la SEP Terobio dès 2018. Elle coexistera avec la SEP du Signal. Le Dephy Tour a été l’occasion de faire découvrir à un large public agricole les multiples profils des exploitations engagées, leurs sources de motivations ainsi que les leviers spécifiques à chaque contexte local. Un succès qui ne demande qu’à être reproduit pour la saison suivante.












