Technique

Publié le 01/03/2018

Initiés en 2013 par Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, les GIEE (Groupements d’intérêt économique environnementaux) avaient pour objectif de favoriser l’émergence de l’agroécologie, en aidant des groupes d’agriculteurs dans leurs initiatives agronomiques novatrices. L’heure était au bilan, mercredi 21 février.

Ascendants, participatifs, mutualistes : les GIEE présentent l’intérêt de l’action de groupe pour mutualiser les risques inhérents aux expérimentations agronomiques, estime Rémy Mickaël. Les problématiques sont partagées. Mais au-delà, l’innovation ascendante et partagée qu’ils représentent débouche globalement sur des solutions robustes pour les agriculteurs. « Les agriculteurs vont être confrontés à des besoins d’adaptation et le temps va passer très vite », fait observer Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace. « Nos alimentations changent, il va falloir répondre à de nouvelles demandes ». La vice-présidente compte bien s’appuyer sur la capacité des GIEE « à aller plus loin » pour relever ces défis. Cependant, pour Heini Klein, le financement de l’animation est insuffisant. Ce que confirme Francis Humann qui, dans le cadre de sa filière naissante volaille de chair bio, souligne que les besoins d’animation sont très importants au départ pour la mise en place du GIEE. Thomas Blum déplore en outre quelques lourdeurs administratives. Les GIEE comprennent deux axes principaux : ils constituent une forme de label permettant aux groupes d’agriculteurs d’être plus facilement éligibles à différentes aides, et l’État apporte une aide sous forme de financement d’un animateur du groupe. En retour, les groupes doivent expérimenter et communiquer leurs résultats, les échecs comme les succès, auprès de leurs confrères. Qu’en est-il du bilan des huit groupes alsaciens labellisés GIEE au cours de ces cinq dernières années ? La réunion se tenait le 21 février au lycée agricole d’Obernai. « Trois ans c’est un peu court, il y a possibilité de prolonger », informe Christelle Ponsardin, de la Direction régionale de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt. Dans la foulée des GIEE, s’ajoute le label Écophyto, orienté sur la réduction des produits phytosanitaires, par une approche collective ou individuelle, avec comme objectif la réduction de l’IFT (Indice de fréquence des traitements). Une obligation de résultat donc, à la différence des GIEE qui sont plus orientés sur une obligation de moyens. Si globalement on ressent que le gouvernement n’entend pas arrêter les GIEE, on se demande si les moyens consentis par l’État améliorent la dynamique de transition agroécologique.

Armbruster Vignes

Produire bien et mieux

Publié le 19/02/2018

Comment gérer la fertilisation pluriannuelle des vignes ? Alain Kleiber, expert agronome, a apporté son éclairage lors de la réunion technique annuelle Vititour, proposée mercredi 7 février à Saint-Hippolyte par Armbruster Vignes.

Après le matériel végétal et la gestion foliaire, puis les maladies du bois, ce troisième thème a attiré de nombreux viticulteurs. Ingénieur agronome chez Aurea, laboratoire d’analyse et de conseil agro-environnemental, Alain Kleiber a insisté sur la différence à faire entre nutrition et fertilisation. Pour lui, la quasi-totalité des interventions sur une parcelle sont des opérations de nutrition « organique, hydrique et minérale. Elle est totalement gérée par les équilibres hormonaux avec trois centres d’attraction : les grappes, les racines et les organes végétatifs en croissance. Ils émettent des hormones. C’est la nutrition », explique Alain Kleiber. En revanche, on ne peut pas parler de nutrition azotée sans rapport C/N. « Avoir une teneur correcte en azote est inutile si les réserves glucidiques sont faibles. De même, avoir des réserves correctes en glucides est inutile si les réserves en azote sont faibles. Il faut donc un équilibre entre les deux. C’est cela la nutrition », ajoute l’expert agronome. Selon Alain Kleiber, la teneur en glucides du sarment explique 54 %, un peu plus de la moitié donc, de la variabilité de l’intensité de pousse le premier mois après débourrement. L’intensité est liée à la fois à des teneurs cohérentes en azote et glucides dans les bois, les deux critères cumulés expliquant 92 % de l’intensité de pousse (à volume de cep identique). Quatre phases de développement « Les racines d’un cep ont plusieurs fonctions. La première permet un ancrage et une stabilisation de la structure aérienne. La seconde concerne l’absorption de l’eau et des éléments minéraux. La troisième, la diffusion. La quatrième, la production d’hormones de croissance par le chevelu. La cinquième, le stockage des réserves, essentiellement glucidiques et, en moindre proportion pondérale, 75 % des réserves azotées. Il faut faire attention car les racines sont également des organes de consommation concurrentiels », précise Alain Kleiber. La vigne a quatre phases de développement. Les deux premières, appelées phases juvénile et adulescente, concernent les quatre à dix premières années. Les deux suivantes sont la phase adulte et de sénescence. « Le rythme de développement racinaire est très important. Lors de la phase adulescente, on peut commencer à produire. Mais, le système racinaire a encore une capacité à se développer. Et, plus je vais produire ou surproduire, plus cela va bloquer le développement racinaire. Si l’on produit trop par rapport au potentiel du sol, les racines arrêtent alors de se développer. Cela se peut se produire dès la quatrième année. Les conditions climatiques défavorables peuvent être la seconde raison provoquant ce blocage de développement racinaire. On passe alors directement à la phase adulte », souligne Alain Kleiber. Pour l’expert, chaque viticulteur peut faire selon sa propre façon de travailler, sa propre philosophie. Tout dépend de son objectif de production sachant que la phase adulescente peut débuter dès la troisième année de la vigne et jusqu’à la huitième ou même dixième année si tout va bien. La phase de sénescence, la dernière, est consacrée à de l’entretien. On perd alors en rentabilité. « La phase juvénile permet d’installer le plus rapidement possible le potentiel de production (bois et racines). C’est lors de la phase adulescente que l’on peut commencer à produire et à valoriser le potentiel de croissance racinaire. Lors de la phase adulte, on produit selon ses objectifs et on tente de maintenir le potentiel des ceps. Il faut faire attention à ne pas dégrader le potentiel racinaire. Enfin, lors de la phase de sénescence, on soutient les ceps tant qu’ils sont rentables. » Confort racinaire Alain Kleiber s’est ensuite intéressé au pH de l’eau du sol en insistant sur les notions de confort racinaire. Il a invité les professionnels à raisonner leur travail et donc leur sol avant toute plantation. Il a également fait des rappels sur la mise en réserve. En nutrition, il y a trois types de besoin : la production de l’année, les besoins végétatifs, la préparation de l’année suivante. « La production de l’année concerne 15 % de l’azote. C’est le rendement. Les besoins en azote de la vigne ne sont pas proportionnels au rendement. C’est spécifique aux plantes pérennes et surtout à la vigne. Les besoins végétatifs de l’année, c’est 35 % de l’azote. C’est la croissance de l’année. La préparation de l’année suivante, c’est 50 % de l’azote. La moitié de la consommation d’azote en 2018 prépare donc 2019. Pour le potassium, c’est différent. 10 % vont pour le besoin végétatif de l’année. Il y a peu de potassium à mettre, par exemple, sur les jeunes vignes. 35 % vont à la préparation de l’année suivante, 55 % à la production de l’année. Là, par contre, c’est impacté par le rendement », précise Alain Kleiber. Des propos qui ont suscité de nombreuses questions des professionnels. Il faut dire que les derniers millésimes ont été complexes et atypiques. Aymé Dumas, du service technique d’Armbruster Vignes, est ainsi revenu sur le bilan de la saison viticole 2017. « Toute la France a été impactée par le gel, qui a entraîné des pertes de rendement, de l’ordre de - 21 % en Alsace. Le déficit hydrique a été d’environ 100 à 150 mm. Ce mois de janvier 2018, c’est le contraire, avec 180 à 220 mm selon les endroits. 250 parcelles sont suivies chaque année pour l’esca. La situation était normale l’année écoulée, contrairement à 2016 où c’était l’hécatombe. » Aymé Dumas a insisté sur la nécessité de bien contrôler les pulvérisateurs en présentant Qualidrop : « Ce système permet de vérifier le bon réglage de votre pulvérisateur, de limiter la perte directe de produits phytosanitaires dans l’air ou au sol. Le but est de cibler la végétation et d’optimiser la protection de vos vignes. »

Publié le 02/02/2018

Après une première édition l’année dernière sur le matériel de pulvérisation, le constructeur Kuhn a organisé une nouvelle rencontre Experts Kuhn, cette fois consacrée à la thématique des Techniques culturales simplifiées. Plus de 300 agriculteurs d’Alsace et de Lorraine ont répondu présent, signe de l’évolution des pratiques agricoles.

Au Kuhn Center for Progress de Monswiller, les experts parlent aux experts. Dès l’arrivée sur le site, le ton est donné : sur le parvis trônent d’imposantes machines d’un rouge rutilant. Passé les portes d’entrée, le spectacle continu, et le public est invité à flâner parmi une large sélection d’outils conçus et fabriqués par Kuhn. Et du public, il y en avait ce soir-là : « Nous avons organisé cette journée avec nos partenaires revendeurs, et nous avons eu de très nombreux retours, nous attendons près de 300 agriculteurs. Cela va au-delà de nos espérances et prouve l’intérêt des professionnels pour ces techniques », se félicite Christian Fischer, responsable commercial du groupe. Pour Kuhn, ces événements sont évidemment l’occasion de présenter ses produits, sa démarche, mais aussi de se rapprocher des clients. En effet, c’est l’occasion de faire se rencontrer ceux qui utilisent le matériel et ceux qui l’élaborent, soit chez Kuhn, une trentaine de responsables produits rien que pour la gamme d’outils de travail du sol, « des experts qui élaborent des solutions adaptées aux besoins des clients », décrit Christian Fischer. Des produits et des services Une formule qui a du succès. Si bien que l’affluence a obligé les organisateurs à procéder en deux passages, la capacité d’accueil des gradins étant dépassée. Christian Fischer a rapidement présenté l’entreprise, qui fête cette année ses 190 ans puisqu’elle a vu le jour en 1828, à Saverne. La fabrication de machines agricoles dans ses ateliers débute quelques années plus tard, en 1864. Puis, Kuhn traverse les siècles en réalisant régulièrement de nouvelles acquisitions, qui lui permettent de se positionner aussi bien sur le marché des charrues que des semoirs ou encore des outils de pulvérisation. « Nous sommes sans cesse en train d’innover. 4 % du chiffre d’affaires est réinvesti en recherche et développement. C’est ce qui nous permet d’être précurseurs en semis direct, en nouvelles technologies… » En ce qui concerne le sujet du jour, Kuhn propose une gamme complète d’outils de déchaumage, à disques ou à dents, des semoirs, et notamment l’Espro, un outil qui a été consacré Machine de l’année lors du Sima en 2015, et qui a depuis été décliné en plusieurs versions. Des outils c’est bien, avec des services c’est mieux. Kuhn propose donc aussi des extensions de garantie, des solutions de financement, un service de livraison de pièces de rechange réactif, un service de diagnostic de pannes… Faux semis et couverts végétaux Après ces présentations d’usage, Mathieu Meyer, responsable formation produits chez Kuhn, est entré dans le vif du sujet : « La gestion chimique des adventices va devenir de plus en plus problématique. Il s’agit donc de trouver des alternatives mécaniques afin d’éviter leur développement. » Il n’y a pas de recette miracle à espérer : « C’est une stratégie à construire en faisant des compromis entre des facteurs météorologiques, humains… Car dans chaque exploitation, le stock semencier d’adventices évolue différemment, selon que les déjections animales retournent au sol, l’assolement, la rotation, les modes de raisonnement des itinéraires techniques… » Parmi les solutions mécaniques, les faux-semis sont d’ores et déjà couramment pratiqués. Il s’agit d’effectuer un travail du sol superficiel (environs 5 cm) qui va stimuler la levée des adventices. Réalisé idéalement juste après la moisson, ce travail doit laisser un sol fin, humide et bien rappuyé à l’aide d’un rouleau efficace. Un sol qui soit favorable à la levée des adventices, qui seront ensuite détruites par un autre passage d’outil mécanique. Une autre solution consiste à mettre les adventives en compétition avec un couvert végétal, qui doit lever plus rapidement qu’elles et les étouffer. Faire lever les adventices, faire pousser un couvert, c’est bien beau. Encore faut-il pouvoir les détruire efficacement avant la culture suivante ! Pour y parvenir, Kuhn propose une gamme d’outils : « À dents ou à disques, il n’y a pas de solution idéale. Le gros avantage des outils à dents, c’est leur polyvalence, car en changeant le type de dent, on obtient des résultats très différents. Ils procurent aussi un meilleur nivellement du sol, une meilleure répartition de la paille, mais ils sont plus tirants et sortent davantage de cailloux que les outils à disques. Ces derniers vont plus vite, émiettent mieux le sol et coupent les débris végétaux. » Certains outils, comme le Performer, combinent des disques à l’avant, suivis de dents : « Le terrain est préparé en un seul passage, mais il faut de la puissance, minimum 250 à 300 ch », indique Mathieu Meyer. Prolander, un vibrodéchaumeur À cet instant, les portes du Kuhn Center for Progress s’ouvrent, les lumières s’éteignent, et un tracteur fait son entrée sous un ballet de faisceaux lumineux rouges et en musique. Il est attelé au Prolander, un outil que Pierre Reymann, responsable produit déchaumage qualifie de « vibrodéchaumeur ». Cet outil combine une barre niveleuse à l’avant, capable d’écrêter un labour, de niveler le sol. Suivent cinq rangées de dents vibrantes hautes, avec un grand dégagement et un pas assez serré de 15,5 cm, ce qui procure de la terre fine, ouvre le sol sur 3 à 15 cm de profondeur selon les réglages, achève de niveler le sol et répartit les résidus. À noter que la distance entre chaque rangée de dents augmente car le flux de terre augmente. « Cela contribue au dégagement élevé, gage d’un débit de chantier élevé. » Vient ensuite un rouleau, qui rappuie le sol et fait la jauge. « L’outil est simple et confortable d’utilisation, avec un réglage hydraulique de série depuis la cabine, que ce soit pour la barre niveleuse ou les dents. » Deux types de rouleaux sont proposés : le double rouleau barres-cranté sera idéal pour émietter le sol ; le double rouleau U assurera un bon contacte terre/graine, tout en limitant le lissage. Autant de caractéristiques qui font du Prolander une machine polyvalente. Mathieu Meyer revient en piste pour parler des couverts, dont les bénéfices agronomiques se doublent d’impératifs législatifs : « En interculture longue, la couverture des sols est obligatoire, que ce soit par des Cipan, ou à certaines conditions, des repousses de colza, de céréales ou un mulch », rappelle-t-il. Mais c’est aux Cipan que revient la palme des bénéfices agronomiques - amélioration de la structure des sols, recyclage des minéraux, limitation du lessivage, de l’érosion, amélioration de la teneur en azote organique, réduction du salissement par adventices, augmentation de l’activité biologique, éventuellement fixation de l’azote atmosphérique par les légumineuses… - Si bien que Mathieu Meyer estime qu’elles vont devenir un outil de plus en plus indispensable. Là aussi, pas de solution toute faite : « La réussite d’un couvert dépendra de la rotation, du mode d’implantation, de destruction, de la date de semis du suivant… » Pour maximiser les bénéfices agronomiques du couvert, de plus en plus d’agriculteurs choisissent des couverts multi-espèces. Une manière de bénéficier des atouts de chacune et d’assurer la levée d’au moins quelques-unes. Mais, au semis, le risque est d’assister à une calibration des graines en fonction de leur poids, de leur taille, de leur densité. Résultat : un mélange hétérogène des graines dans la trémie. Et un couvert irrégulier. Espro : un semoir, une foule de possibilités Heureusement, les constructeurs mettent des solutions sur le marché. C’est le cas du semoir traîné pour semis simplifié Espro, qui fait son entrée sur le catwalk, en version 6000 RC. Frédéric Gerber, responsable produits TCS, décrit un semoir assez long, d’où des sections qui travaillent indépendamment afin de réduire la taille des fourrières, et qui se règlent depuis un boîtier. À l’avant, il est possible d’installer une roue de rappui, ou une lame de nivellement, relevables hydrauliquement. Viennent ensuite deux rangées de disques de 460 mm de diamètre, à la vitesse de rotation importante, qui émiettent finement la terre afin d’optimiser la levée. Vient ensuite une rangée de roues de rappui, qui ont été particulièrement travaillées pour faire de l’Espro une machine la moins tirante possible. Résultats : des pneus de grand diamètre, étroits afin d’éviter la formation d’un bourrelet de terre à l’avant, et décalés afin d’optimiser le passage des débris végétaux. Cette rangée de roues est suivie de la barre de semis Crossflex, conçue pour assurer un placement de la semence à une profondeur précise, même à vitesse d’avancement élevée. Elle se compose notamment de doubles disques décalés pour pousser les résidus hors du sillon. Des roulettes de rappui et des dents de herse viennent finir le travail. Le semoir Espro 6000 RC est équipé d’une trémie compartimentée, avec deux doseurs, deux têtes de répartition et deux rampes de semis. Il est donc possible de simplement semer une culture, mais aussi de semer une culture principale combinée à de la fertilisation, de semer un mélange de semences… « Il est possible de mettre un type différent de graine dans chaque compartiment de la trémie, puis de les faire se mélanger dans la tête de répartition pour éviter leur calibration dans la trémie. Ou alors de mettre un type différent de graine dans chaque compartiment et d’utiliser les deux rampes de semis pour semer chaque type de graine à une profondeur spécifique… » Retrouvez la rencontre Experts Kuhn consacrée aux TCS en images : Ainsi qu'un vidéo de présentation du semoir Espro au Sima 2015 : Et du vibrodéchaumeur Prolander au Sima 2017 :  

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