Technique

Publié le 20/09/2018

Le jour de l’inauguration du centre logistique de l’usine de Saverne, entré en fonctionnement depuis le début de l’année, Kuhn a présenté un projet d’extension des infrastructures industrielles à Monswiller. Et, déjà, le constructeur envisage d’autres agrandissements.

Demain, il faudra nourrir de plus en plus de monde avec de moins en moins d’agriculteurs. Les machines agricoles sont donc de plus en plus grandes et de plus en plus perfectionnées. Et, pour les assembler, il faut pousser les murs. C’est ce qui est en train de se passer à Saverne et Monswiller, le fief du constructeur alsacien de machines agricoles Kuhn. Une logistique à flux tendu Le 13 septembre dernier, Kuhn inaugurait son centre logistique (CLC), implanté au cœur de l’usine de Saverne : un outil de 10 000 m² représentant un investissement de 20 millions d’euros (M€). Son objectif : alimenter en pièces les lignes de montage de sous-ensemble en mode « juste à temps », c’est-à-dire que seules les pièces nécessaires au montage sont préparées. Une évolution rendue nécessaire par l’élargissement de la gamme d’outils à monter, et leurs équipements de plus en plus spécifiques. À la clé, des économies de temps pour changer de ligne (une demi-journée contre deux jours), et une économie de place au niveau des ateliers de montage qui devrait permettre d’installer de nouvelles lignes. Le chantier du CLC a nécessité la destruction de trois bâtiments. Les travaux ont commencé en février 2016. Il a fallu terrasser 12 000 m3 de terre, poser 1 200 t de charpente métallique… Désormais, chaque jour, une trentaine de camions livrent les pièces détachées, qui passent par un contrôle qualité avant d’entrer au stock. À l’intérieur, le bâtiment prend la forme d’un « magasin grande hauteur automatisé » : une sorte de bibliothèque composée de six allées formées par des racks de 20 m de haut comportant 35 000 emplacements, entre lesquels s’agitent trois robots qui préparent les commandes en piochant parmi les multiples références. Les commandes sont élaborées au bon moment et à la bonne quantité par des opérateurs. Une fois la commande complétée par les robots, elle est expédiée à la chaîne de montage adéquate grâce à des trains logistiques, qui empruntent des boucles de livraison au fil desquelles les wagons se détachent. Une extension de 23 M€ pour MGM Il y a 10 ans, Kuhn investissait dans une infrastructure dédiée au montage des grandes machines (MGM) sur le site de Monswiller, pour 28 M€. Un investissement rendu nécessaire car « avec l’augmentation de la gamme et de la taille des machines, l’outil existant arrivait à saturation », rappelle Yves Guehl, directeur des opérations sur le site de Monswiller. Avant d’illustrer : en 10 ans, la taille des outils a augmenté de 30 %, ils sont désormais tous bardés d’électronique - ce qui contribue à augmenter le nombre de composants et le temps d’assemblage - et plus de 30 projets de machines XXL sont dans les cartons des ingénieurs. Dès lors, le Groupe Kuhn va encore étendre ses infrastructures industrielles à Monswiller : des lignes de montage supplémentaires, l’extension des zones de stockage et un nouveau bâtiment d’expédition représentant 26 000 m2 pour un investissement total de 23 M€, seront réalisés dans le prolongement des bâtiments existants. 290 salariés sont actuellement employés par MGM, et le projet devrait créer jusqu’à 160 emplois, ce qui porterait cet effectif à 450 personnes. L’objectif annoncé par les dirigeants du groupe est de démarrer l’exploitation de cette extension fin 2019. Le processus est engagé puisque les permis de construire ont été accordés, précise Pierre Kaetzel, maire de Monswiller, dont 14 % du ban sera couvert par Kuhn à l’issue de l’opération. Conclusion de Thierry Krier, président de Kuhn Group et directeur général de Kuhn SA : « Ce projet marquera l’histoire du groupe ». Préparer l’avenir « Avec ce projet d’extension, nous arrivons aux limites du site de Monswiller dans sa configuration actuelle », annonce Dominique Schneider, directeur général délégué aux finances. Avec 100 000 m2 de bâtiments érigés sur ce site pour 100 M€ d’investissement en 20 ans, les parcelles sont quasiment intégralement utilisées. Or, déjà d’autres projets nécessitant du foncier se profilent. C’est pourquoi le groupe constitue une réserve de foncier en acquérant une parcelle de 34 hectares de forêt adjacente. « Nous devons disposer d’une réserve foncière à long terme, sinon nous ne pourrons pas mener de projets à court terme », justifie Dominique Schneider. Parmi eux, il cite : l’agrandissement de Kuhn Parts et d’un atelier de mécano-soudure, la construction d’un nouveau site de R & D, visant à regrouper ce pôle qui emploie 150 personnes… Or cette parcelle était classée en forêt de protection, où les travaux autorisés sont strictement limités par le code forestier. Il a donc fallu le soutien de l’État et des collectivités locales pour obtenir le déclassement de ce terrain. Mais le groupe Kuhn se défend de procéder à une artificialisation inconsidérée du territoire : avant le défrichement - qui devrait intervenir fin 2021 - une compensation aura été organisée avec l’Office national des forêts (ONF), et une étude environnementale aura été menée. Pour Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, « cette première administrative est conforme à l’intérêt général ». Une vision que partage Jean-Luc Marx, préfet de la Région Grand Est, pour qui il faut savoir utiliser l’espace avec sagesse : « Le partage de l’espace évolue, on ne peut pas le figer ». Il rappelle qu’avec 39 % du territoire couvert par la forêt, l’Alsace est un des territoires les plus boisés de France, et que ce taux de boisement s’est accru. Et, s’il se dit « pénétré par la nécessité de préserver les espaces forestiers » parce que leur régénération est menacée par le changement climatique et la pression exercée par le gibier, il estime que « des surfaces peuvent être échangées ». Reste que dans un avenir assez proche, ces extensions vont impliquer d’autres travaux, notamment de voirie, pour les adapter aux dimensions des engins qui sortent des usines Kuhn. Retrouvez l'inauguration du CLC en images :  

Finale nationale de labour

Romain Friess, champion de France

Publié le 14/09/2018

L’Alsace est une terre fertile en laboureurs émérites. Et les candidats qui représentaient la région dimanche dernier à la finale nationale de labour, à Javené en Ille-et-Vilaine, l’ont une fois de plus prouvé.

Le Bas-Rhinois Romain Friess, qui représentait la région Grand Est, s’est brillamment imposé en labour à plat, avec 237,37 points, et 9 points d’avance sur le suivant, décrochant ainsi le titre de champion de France, lors de la finale nationale. En planche, c’est Jean-Marie Richard de la région Bretagne remporte l’épreuve. Loïc Fischer se classe à une très honorable 6e place dans cette catégorie. Dimanche à Javené, Romain Friess a remporté sa première victoire au niveau national pour sa deuxième participation à cette épreuve. Un beau parcours pour le jeune homme qui a commencé le labour de compétition il y a quatre ans seulement. Et qui avait déjà à son palmarès, deux titres de champion régional, en 2017 et 2018. « Sur le coup, à l’annonce du palmarès, on n’y croit pas, on se demande si c’est bien soi. Puis, c’est le soulagement. Et seulement après, on réalise qu’on a gagné. » La rectitude a fait la différence « C’est une des meilleures parcelles que j’ai pu faire », estime-t-il. « Les conditions de labour étaient idéales. Une terre ni trop humide, ni trop sèche. Une parcelle plate. Une belle météo, avec du soleil et des températures autour de 25 °C, donc pas trop chaudes », énumère le champion. Mais à ce niveau de compétition, « les concurrents qui roulent en tête ont tous le même niveau. Les charrues sont des outils de pointe, identiques. C’est le chauffeur qui fait la différence. » Le stress n’a pas quitté Romain Friess de toute l’épreuve. « On ne sait pas à qui on a affaire. On ne connaît pas le niveau des autres candidats. » Sur les cinq concurrents qui se démarquaient, Romain Friess était le seul à avoir déjà participé à une finale nationale. Ce qui lui a donné un avantage. « J’avais plus d’expérience, je savais à quoi m’attendre, je connaissais ces petits détails qui font la différence le jour J. Je m’étais préparé en conséquence et j'avais vraiment tout fait pour être au top. » Le sol breton, un peu plus limoneux que les terres alsaciennes, imposait une grande précision. « Dans les sols légers, il faut être très scrupuleux sur les détails, car le moindre défaut apparaît, travailler propre et bien droit », poursuit-il. La rectitude. Un point que Romain Friess a énormément travaillé et qui, dimanche dernier, lui a permis de marquer la différence avec les autres candidats. « J’ai gagné beaucoup de points sur ce critère. » Il a aussi réalisé la meilleure ouverture et la meilleure dérayure. Enfin, Romain Friess a pu compter sur son fan-club, sa famille, ses parents, ses grands-parents, son frère, sa marraine, son amie, des amis JA, qui avaient fait le déplacement pour le soutenir. « Voir qu’ils sont là, de l’autre côté du ruban, c’est un petit plus qui pousse à faire encore mieux. » Maintenant qu’il a décroché ce titre de champion de France, Romain Friess va faire une pause, de deux ou trois ans. « Mon frère va rouler avec ma charrue. Et je vais le coacher. » Le nouveau champion de France envisage ensuite de s’entraîner pour concourir dans l’autre catégorie, en planche.

Finale mondiale de labour

Bertrand Rott qualifié pour la prochaine

Publié le 14/09/2018

En même temps que la finale nationale de labour se déroulaient les sélections françaises pour la prochaine finale mondiale de labour. Bertrand Rott a décroché son ticket pour le Minnesota. Ce sera sa cinquième tentative de décrocher un titre mondial.

Le week-end dernier se sont déroulées les sélections françaises pour la prochaine finale mondiale de labour à Javené, en Ille-et-Vilaine, près de Fougères, sur le même site que la finale nationale de labour. Deux Alsaciens, Philippe Grathwohl et Bertrand Rott, y participaient. Ils avaient même fait camion commun pour réduire les frais d’expédition et de rapatriement de leur matériel. Vendredi 7 septembre, Bertrand Rott a remporté la finale de labour en planche sur chaume avec 209,5 points, soit 30 points de plus que le second, qui n’était autre que Philippe Grathwohl (176 points). Et samedi 8 septembre, il a également gagné la finale sur prairie avec 218 points, soit avec 30 points d’avance sur le suivant. Au final, Bertrand Rott se hisse à la première place de la catégorie labour en planche avec 427,5 points, suivi par Thierry Bosserelle, des Ardennes, avec 348 points, et Philippe Grathwohl, avec 323,5 points. « Je suis très content de ma performance », commente Bertrand Rott. Avec cette victoire, il s’est qualifié pour les prochains championnats du monde qui auront lieu au États-Unis, dans le Minnesota, le 30 août et le 1er septembre 2019. Bertrand Rott tient à remercier sa compagne, Agnès, pour son soutien, ses parents, ses amis qui se sont occupés de la ferme en son absence, ainsi que son fan-club, qui l’a rejoint en avion vendredi matin pour passer avec lui le week-end en terres bretonnes. La prochaine finale mondiale sera sa cinquième tentative pour décrocher une place sur l’une des marches du podium mondial (lire en encadré). Et peut-être sa dernière. Car le labour de compétition est un sport  exigeant en entraînement et dispendieux. Cette fois encore il va lui falloir traverser un océan, donc trouver des sponsors : « C’est de plus en plus difficile, même si jusqu’à présent j’ai toujours été très bien suivi et que je n’ai pas eu beaucoup à avancer de ma poche », constate le laboureur. « Je vais tout faire pour décrocher une médaille » L’an passé, c’était son compatriote Thomas Debes qui avait remporté la sélection française et qui a donc - brillamment - défendu les couleurs de la France puisqu’il a été sacré vice-champion du monde de labour le 2 septembre à Stuttgart (lire en page 3 de notre édition du 7 septembre 2018). Depuis, Bertrand Rott n’a pas chômé et a assidûment entretenu sa technique de labour à coups d’entraînements réguliers tout au long de l’année, dès que les conditions le permettaient. Et il va continuer de plus belle : « Je vais essayer de me faire prêter un tracteur d’occasion, pour pouvoir laisser ma charrue de compétition attelée au même tracteur, car si les entraînements mobilisent un tracteur qui doit travailler sur la ferme, c’est plus compliqué. » Bertrand Rott ne perd pas espoir : « Techniquement, je me classe au même niveau que Thomas Debes, donc je peux obtenir un classement similaire. Tout dépend du niveau des concurrents envoyés par les autres pays ! Jusqu’à présent, j’ai toujours été confronté à de très bons concurrents, c’est pourquoi j’oscille entre la 13e et la 7e place », analyse Bertrand Rott, qui assure : « Je vais tout faire pour décrocher une médaille ». À peine revenu en Alsace, il commence déjà à préparer cette prochaine échéance : ressortir le dossier de subvention, réserver les billets d’avion en avance, préparer le transfert du matériel par container… À vue de nez, il mise sur six semaines de voyage pour son matériel, qu’il devra donc expédier fin juin. « Je ne vais peut-être plus pouvoir m’entraîner sur chaume. Ça dépendra de la moisson des orges. Je vais donc mettre en place un couvert pour pouvoir m’entraîner cet hiver. »

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