Le jour de l’inauguration du centre logistique de l’usine de Saverne, entré en fonctionnement depuis le début de l’année, Kuhn a présenté un projet d’extension des infrastructures industrielles à Monswiller. Et, déjà, le constructeur envisage d’autres agrandissements.
Demain, il faudra nourrir de plus en plus de monde avec de moins en moins d’agriculteurs. Les machines agricoles sont donc de plus en plus grandes et de plus en plus perfectionnées. Et, pour les assembler, il faut pousser les murs. C’est ce qui est en train de se passer à Saverne et Monswiller, le fief du constructeur alsacien de machines agricoles Kuhn.
Une logistique à flux tendu
Le 13 septembre dernier, Kuhn inaugurait son centre logistique (CLC), implanté au cœur de l’usine de Saverne : un outil de 10 000 m² représentant un investissement de 20 millions d’euros (M€). Son objectif : alimenter en pièces les lignes de montage de sous-ensemble en mode « juste à temps », c’est-à-dire que seules les pièces nécessaires au montage sont préparées. Une évolution rendue nécessaire par l’élargissement de la gamme d’outils à monter, et leurs équipements de plus en plus spécifiques. À la clé, des économies de temps pour changer de ligne (une demi-journée contre deux jours), et une économie de place au niveau des ateliers de montage qui devrait permettre d’installer de nouvelles lignes.
Le chantier du CLC a nécessité la destruction de trois bâtiments. Les travaux ont commencé en février 2016. Il a fallu terrasser 12 000 m3 de terre, poser 1 200 t de charpente métallique… Désormais, chaque jour, une trentaine de camions livrent les pièces détachées, qui passent par un contrôle qualité avant d’entrer au stock. À l’intérieur, le bâtiment prend la forme d’un « magasin grande hauteur automatisé » : une sorte de bibliothèque composée de six allées formées par des racks de 20 m de haut comportant 35 000 emplacements, entre lesquels s’agitent trois robots qui préparent les commandes en piochant parmi les multiples références. Les commandes sont élaborées au bon moment et à la bonne quantité par des opérateurs. Une fois la commande complétée par les robots, elle est expédiée à la chaîne de montage adéquate grâce à des trains logistiques, qui empruntent des boucles de livraison au fil desquelles les wagons se détachent.
Une extension de 23 M€ pour MGM
Il y a 10 ans, Kuhn investissait dans une infrastructure dédiée au montage des grandes machines (MGM) sur le site de Monswiller, pour 28 M€. Un investissement rendu nécessaire car « avec l’augmentation de la gamme et de la taille des machines, l’outil existant arrivait à saturation », rappelle Yves Guehl, directeur des opérations sur le site de Monswiller. Avant d’illustrer : en 10 ans, la taille des outils a augmenté de 30 %, ils sont désormais tous bardés d’électronique - ce qui contribue à augmenter le nombre de composants et le temps d’assemblage - et plus de 30 projets de machines XXL sont dans les cartons des ingénieurs.
Dès lors, le Groupe Kuhn va encore étendre ses infrastructures industrielles à Monswiller : des lignes de montage supplémentaires, l’extension des zones de stockage et un nouveau bâtiment d’expédition représentant 26 000 m2 pour un investissement total de 23 M€, seront réalisés dans le prolongement des bâtiments existants. 290 salariés sont actuellement employés par MGM, et le projet devrait créer jusqu’à 160 emplois, ce qui porterait cet effectif à 450 personnes. L’objectif annoncé par les dirigeants du groupe est de démarrer l’exploitation de cette extension fin 2019. Le processus est engagé puisque les permis de construire ont été accordés, précise Pierre Kaetzel, maire de Monswiller, dont 14 % du ban sera couvert par Kuhn à l’issue de l’opération. Conclusion de Thierry Krier, président de Kuhn Group et directeur général de Kuhn SA : « Ce projet marquera l’histoire du groupe ».
Préparer l’avenir
« Avec ce projet d’extension, nous arrivons aux limites du site de Monswiller dans sa configuration actuelle », annonce Dominique Schneider, directeur général délégué aux finances. Avec 100 000 m2 de bâtiments érigés sur ce site pour 100 M€ d’investissement en 20 ans, les parcelles sont quasiment intégralement utilisées. Or, déjà d’autres projets nécessitant du foncier se profilent. C’est pourquoi le groupe constitue une réserve de foncier en acquérant une parcelle de 34 hectares de forêt adjacente. « Nous devons disposer d’une réserve foncière à long terme, sinon nous ne pourrons pas mener de projets à court terme », justifie Dominique Schneider. Parmi eux, il cite : l’agrandissement de Kuhn Parts et d’un atelier de mécano-soudure, la construction d’un nouveau site de R & D, visant à regrouper ce pôle qui emploie 150 personnes… Or cette parcelle était classée en forêt de protection, où les travaux autorisés sont strictement limités par le code forestier. Il a donc fallu le soutien de l’État et des collectivités locales pour obtenir le déclassement de ce terrain. Mais le groupe Kuhn se défend de procéder à une artificialisation inconsidérée du territoire : avant le défrichement - qui devrait intervenir fin 2021 - une compensation aura été organisée avec l’Office national des forêts (ONF), et une étude environnementale aura été menée.
Pour Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, « cette première administrative est conforme à l’intérêt général ». Une vision que partage Jean-Luc Marx, préfet de la Région Grand Est, pour qui il faut savoir utiliser l’espace avec sagesse : « Le partage de l’espace évolue, on ne peut pas le figer ». Il rappelle qu’avec 39 % du territoire couvert par la forêt, l’Alsace est un des territoires les plus boisés de France, et que ce taux de boisement s’est accru. Et, s’il se dit « pénétré par la nécessité de préserver les espaces forestiers » parce que leur régénération est menacée par le changement climatique et la pression exercée par le gibier, il estime que « des surfaces peuvent être échangées ». Reste que dans un avenir assez proche, ces extensions vont impliquer d’autres travaux, notamment de voirie, pour les adapter aux dimensions des engins qui sortent des usines Kuhn.
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