Viticulture

Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace

Un record et des recours

Publié le 15/03/2017

2016 a été une année particulière pour le Crémant d’Alsace entre une production record, un 40e anniversaire réussi, et une bataille juridique de longue haleine contre les IGP souhaitant produire des vins effervescents.

Malgré deux avis favorables du Conseil d’État, les producteurs de crémant n’ont pas terminé leur combat qui les oppose aux IGP souhaitant produire des vins effervescents. Sur les huit recours engagés par la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémants (FNPEC), seul le cahier des charges de l’IGP Méditerranée a été autorisé (lire notre édition du 23 décembre 2016). Une décision « surprenante » pour le directeur du Syndicat des crémants d’Alsace, Olivier Sohler. « C’est quand même une IGP qui s’étend de Lyon à Ajaccio, avec une centaine de cépages. Et, bien sûr, l’ensemble des cépages alsaciens possible. Quid aussi des liens au terroir ? » Quid également des vins effervescents produits sous la bannière IGP (Coteaux de Tannay, Côtes de la Charité, Coteaux de l’Auxois, Vins des Allobroges, Comté Tolosan, Coteaux de l’Ain et Pays d’Oc) et dont les cahiers des charges ont finalement été annulés par le Conseil d’État ? La décision du 14 décembre 2016 étant rétroactive, aucune de ces étiquettes ne devrait être disponible sur le marché. « Ces vins ne peuvent plus être écoulés. C’est pour cela que la fédération nationale a fait appel à un avocat afin de faire retirer les bouteilles en circulation », poursuit Olivier Sohler. Du « gardien du temple » à « l’auberge espagnole » Si le « club » des crémants n’a pas hésité à monter au créneau pour défendre ses intérêts, il n’est pas non plus un cercle « fermé » tient à préciser le président du Syndicat des producteurs de crémants d’Alsace, Jacques Cattin, également vice-président de la FNPEC. « À la fédération, on n’a rien contre ces IGP. Mais si elles veulent avancer et se monter, elles doivent le faire avec une certaine éthique. On doit choisir sa méthode de prise de mousse au lieu de vouloir en faire cohabiter deux qui n’ont pas du tout le même coût de revient. Si une région travaille à 95 % en cuve close, et à 5 % en méthode traditionnelle, sur quoi va-t-elle communiquer au final ? On ne peut pas accepter ce genre de situation », commente-il. S’il regrette que le litige qui a opposé la FNPEC et plusieurs IGP ait dû se terminer devant les tribunaux, le président du Syndicat des crémants d’Alsace déplore encore plus la position de l’Inao dans ce dossier. « Je ne comprends plus leur philosophie. D’un côté, nous avons des viticulteurs qui acceptent des cahiers des charges, et se soumettent à de nombreux efforts. Et de l’autre, ces IGP effervescents sont soutenues par un organisme qui était autrefois le gardien du temple, le garant de nos appellations. Aujourd’hui, il ressemble davantage à l’auberge espagnole », ironise-t-il. Pour autant, ce dernier reconnaît que, dans l’intérêt de la balance commerciale française, il vaut mieux produire « local » que d’importer des vins effervescents provenant d’autres pays. « Oui pour une production nationale, mais cela doit d’abord se faire dans le respect des régions en place. » « Occupons-nous d’abord de notre maison » Des régions certes unies sous une même bannière, mais encore très inégales quant à leurs volumes de production respectifs. Une situation que plusieurs AOC - à l’image de la Loire et de la Bourgogne - souhaiteraient voir évoluer dans les prochaines années, moyennant la création d’un fonds national permettant d’augmenter les volumes produits. Une perspective d’ores et déjà rejetée par le Syndicat des crémants d’Alsace, en tout cas pas telle qu’elle est envisagée à l’heure actuelle, à savoir une contribution proportionnelle au volume produit au sein de chaque AOC. « Pour nous, les choses sont claires : avec 300 000 hl, on est au taquet. Au-delà, on mettrait en péril les alsaces tranquilles. Ensuite, nous n’avons pas à contribuer aux 260 000 premiers hectolitres. Je tiens à rappeler qu’on est arrivé là où on est sans aucune aide. De plus, on ne maîtrise ni le prix, ni la mise en marché. Alors je pense qu’on serait bêtes d’alimenter ce fonds. Cela reste nos concurrents, il ne faut pas l’oublier. Oui, c’est important de faire des choses en commun, mais occupons-nous d’abord de notre maison », tient à clarifier Jacques Cattin pour sa dernière intervention en tant que président du Syndicat des producteurs de crémants d’Alsace. Conformément aux statuts, ce dernier va prochainement laisser la place après deux mandats « riches » de quatre ans. « C’était une belle mission pendant huit ans. Au cours de cette période, notre syndicat a su conserver tout son rôle et toute sa pertinence. Notre appellation a progressé à tous les niveaux, et est aujourd’hui en pleine forme. On a même atteint un nouveau record de production en 2016 avec 295 233 hl. C’est de bon augure pour les prochaines années », conclut-il.

Publié le 06/03/2017

Les trente acteurs du projet transfrontalier InvaProtect, créé en 2016 pour trouver des moyens de lutte contre les nouveaux bioagresseurs invasifs dans le Rhin supérieur, se sont réunis le 23 février pour leur dernière séance plénière. La fin de leurs travaux est prévue pour 2018.

Pas de frontières pour les bioagresseurs. Qu’ils se nomment Drosophila suzukii, flavescence dorée, punaise diabolique, cicadelle de la vigne ou sharka, ces organismes constituent un problème de plus en plus inquiétant pour les vergers et les vignes du Rhin supérieur. Qu’on soit en Alsace, en Allemagne ou en Suisse, le phénomène se mesure avec la même intensité jusqu’à provoquer des dégâts parfois considérables. Les pertes de récolte des fruits à noyau et de raisins liées à la Drosophila suzukii en 2014 sont encore dans toutes les mémoires. Afin de ne plus revivre des épisodes aussi douloureux, le projet transfrontalier InvaProtect a vu le jour en 2016, sous l’impulsion du LTZ-Augustenberg, afin d’étudier les moyens de lutte « durables » contre ces bioagresseurs invasifs, avec une attention toute particulière portée à la drosophile. Trente partenaires d’Alsace, de Suisse et d’Allemagne se sont réunis afin d’aboutir à un concept global de conseils de lutte à l’attention des acteurs concernés dans la région du Rhin Supérieur, sur la base de programmes de mesures de lutte intégrée spécifiques aux cultures. Leur dernière session plénière s’est déroulée le 23 février, dans les locaux de la Chambre d'agriculture d’Alsace à Sainte-Croix en Plaine. Une réunion entièrement bilingue qui a permis aux intervenants de partager leurs travaux, menés pendant un an. Ce projet transfrontalier a été amplement salué par Jacques Cattin, élu à la CAA, conseiller régional du Grand Est, mais « surtout viticulteur », comme il a tenu à le rappeler. « Les producteurs comme moi ne veulent plus revivre des moments aussi difficiles qu’en 2014. C’est pourquoi la profession agricole apprécie particulièrement que des experts de trois pays unissent leurs efforts pour établir une stratégie de lutte efficace. » Pour y parvenir, ces spécialistes disposent d’un budget de 4,2 millions d’euros, dont un soutien de 2 M€ du Fonds européen de développement régional (Feder) via le programme de coopération transfrontalière Interreg V Rhin supérieur. La fin des travaux est prévue pour 2018 avec - tout le monde l’espère - des solutions concrètes pour lutter contre ces bioagresseurs invasifs.

Domaine Zeyssolff à Gertwiller

Un bien joli péché !

Publié le 05/03/2017

Épicerie fine, planchettes salées ou chocolat chaud, Céline et Yvan Zeyssolff ont insufflé une nouvelle dynamique au caveau du domaine, en créant Au péché du vigneron, un espace vin ouvert à l’œnotourisme, une réponse aux évolutions des consommateurs français et étrangers.

Il a fallu dix ans à Céline et Yvan Zeyssolff pour finaliser le chantier de leur nouvel espace vin à Gertwiller, Au péché du vigneron, ouvert en 2015. Au cœur de ce village, berceau de cette famille de viticulteurs depuis 1778, ils ont repris le domaine de 10 hectares en 2005. Seuls à sa tête, ils se sont alors demandé ce « qu’ils allaient faire du patrimoine historique des bâtiments », qui s’étend sur plusieurs hectares. Ne voulant pas le laisser péricliter, il fallait le rénover, et notamment les gîtes existants. Ils ont poursuivi cette démarche touristique en augmentant leur capacité et en créant deux autres gîtes, en 2009 et 2012, classés quatre étoiles. Valoriser le vin en ouvrant son univers Dans cette réflexion bâtiments, menée en amont, « nous avions dès le départ envie de faire une boutique dans le caveau, explique Céline, pour ouvrir ce traditionnel univers vin. » Compte tenu de « leur bon emplacement dans ce village » fief du pain d’épices, du grand parking attenant, « de la situation géographique centrale entre Colmar et Strasbourg sur la route des vins », ils ont eu l’intuition qu’ils avaient là des atouts « pour faire quelque chose dans le tourisme », et plus précisément dans l’œnotourisme. Il apporte « un regard extérieur à l’univers du vin, en ne le fermant pas », en l’associant avec d’autres produits. « Les amateurs de vins ont changé leur mode de consommation, souligne Yvan, il est loin le temps où ils venaient prendre un carton de douze au caveau et repartaient. L’achat d’une ou deux bouteilles était rare », ce qui n’est plus le cas actuellement. Céline et Yvan Zeyssolff ont élaboré petit à petit leur projet en visitant de nombreux sites, avec des coups de cœur, au Portugal notamment. La première partie du chantier a été consacrée à la création de leur boutique, ouverte en 2005, refaite en 2015. Elle accueille désormais une épicerie fine, des produits nobles, du terroir d’ici et d’ailleurs et leurs vins, joliment exposés. Dans cette partie, ils ont conservé trois fûts qui datent de 150 ans, « traces de l’histoire familiale ». « Fan de décoration et d’architecture », ils ont opté pour des matériaux bruts, bois, béton, fer forgé, avant-gardistes et plus encore avec le choix du noir au plafond. Il est né « de la contrainte des normes de sécurité » pour les établissements qui accueillent du public. « Elles nous ont empêchés de conserver les torchis d’origine », précise Céline. Avec un mobilier carré, en bois, « sans chichi, sans trop de scénographie », l’ensemble contribue à recréer « une ambiance cave », voulue. L’œnotourisme, une démarche engagée La seconde partie de ce chantier a permis une extension de la boutique, avec l’aménagement d’une ancienne cave voûtée. Un espace zen, très cosy pour prendre un thé, un chocolat chaud et des douceurs en lisant des BD. Il n’y avait pas de salon de thé dans le village, et pour le domaine, c’est aussi « l’ouverture à une clientèle féminine qui ne serait pas forcément venue au caveau », note Céline. Dans cette boutique, les viticulteurs proposent depuis un an un bar à manger, des planchettes charcuterie, fromages au choix, et à toute heure. Elles sont accompagnées des vins du domaine et d’ailleurs, des rouges, des rosés, également à la vente pour compléter leur propre gamme. Des soirées à thème y sont organisées ainsi que des expositions temporaires. En voulant « s’investir sérieusement » dans l’œnotourisme, Céline, qui est membre de l’association les DiVINes, a pris en charge la boutique, avec une salariée, qui « apporte un autre regard dans ce caveau », où les espaces, bien marqués, sont en enfilade, avec celui dédié à la dégustation. Depuis un an, le domaine y accueille des groupes de touristes, américains notamment. Une nouvelle activité qui a bien démarré. « Friands d’histoire », ils apprécient la visite de la cave et la découverte d’un de ses fûts, toujours en activité, présenté à l’exposition universelle de Paris en 1900. La production des vins, dont s’occupe Yvan, est traditionnelle, issue d’un vignoble morcelé, disséminé notamment sur Heiligenstein pour le klevener et sur Mittelbergheim pour le grand cru Zotzenberg. Ce vigneron a choisi de travailler « davantage sur le cépage que sur le terroir », pour obtenir entre autres des rieslings et des gewurztraminers « bien typés ». Dans la boutique, les amateurs peuvent trouver quelques originalités, dont un sylvaner vieilles vignes ou encore un pinot gris vinifié en rosé, avec des vins aux étiquettes reconnaissables, signés du Z. « Dans ce caveau, nous avons voulu mettre le vin en valeur, en l’accompagnant de produits nobles. C’est un lieu à notre image, convivial, original, où l’on se sent bien et où l’on peut se poser », souligne Céline. En se tournant vers l’œnotourisme, Céline et Yvan Zeyssolff ont changé « leur manière de travailler » et tracent désormais leur route dans cette diversification. Ils ont mis dix ans pour arriver à cet original Péché du vigneron, dont ils sont fiers, et amplement satisfaits. « Les retours sont tous positifs », déclare en souriant cette nouvelle génération du domaine Zeyssolff.

Pages

Les vidéos