Organisée par la cave historique des Hospices civils de Strasbourg le 18 janvier, la dégustation du millésime 2016 a montré de belles surprises, saluées par deux grands noms de la sommellerie, Serge Dubs et Philippe Faure-Brac.
C’est dans la salle des fêtes des Hospices de Strasbourg que le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Christophe Gautier, a accueilli les participants à la première dégustation des vins du millésime 2016. Organisé par la cave historique des Hospices civils de Strasbourg, ce rendez-vous traditionnel réunit des vignerons, des professionnels du vin et des amateurs éclairés du monde de la santé pour sélectionner les vins proposés à l’agrément pour être élevés dans les chais de la cave.
Le directeur général a salué « le partenariat original » entre les HUS et les vignerons membres de la Sica (société d’intérêt collectif agricole), qui font vivre ce lieu et mettent en valeur « ce patrimoine exceptionnel ». Il a chaleureusement remercié de leur présence les deux invités prestigieux de cette dégustation, tous deux meilleurs sommeliers du monde, Serge Dubs en 1989 et Philippe Faure-Brac en 1992. « Honoré » de la présence de ces illustres sommeliers, Patrick Aledo, président de la Sica, a précisé que cette aventure initiée par Pierre Stock fête cette année ses 20 ans. Il a rappelé aux dégustateurs qu’ils sont « les garants de la qualité des vins de la cave ». Philippe Faure-Brac, président de la fédération française de sommellerie, les a invités à « être juste sincères en exprimant simplement leur ressenti sur les vins ». Au final, « c’est le consommateur qui jugera le vin », a-t-il déclaré en soulignant l’importance de la façon dont il est élaboré pour « apporter bonheur et plaisir ».
Vendanges sur deux mois, du jamais vu !
Serge Dubs, parrain de cette dégustation, a qualifié ce millésime de « miraculé ». Il était en effet mal parti, subissant des gelées hivernales qui ont impacté les rendements, suivies par des épisodes de grêle qui ont sur certains secteurs endommagé une bonne partie des récoltes. « Le printemps calamiteux », très pluvieux, n’a pas favorisé la floraison, moyenne, « l’anxiété a commencé à s’installer dans le vignoble ». De grosses attaques de mildiou ont entraîné pour certains la perte de leur récolte. « Merveilles des merveilles », en juin, le soleil a réchauffé les vignes. Avec l’excès de chaleur qui a suivi, « la maturité semblait alors bloquée, rendant les vignerons sceptiques ». L’arrière-saison, « magnifique, a sauvé ce millésime », en donnant des raisins très sains, mais « avec une acidité en baisse ».
Les vendanges démarrées le 12 septembre se sont étalées sur deux mois, « du jamais vu ». Elles se sont faites au coup par coup, selon la maturité des raisins. Une saison qui a vu « naître des grappes magnifiques » sur le muscat notamment. L’analyse des mous, « pas si mal, va au-delà de l’espoir attendu sur ce millésime ». Confiant sur ce que les participants vont découvrir, Serge Dubs a ensuite souligné le rôle du producteur. Le choix de la vinification, « c’est la signature du vigneron pour amener le vin là où il veut, dans la typicité des terroirs et du cépage ».
Différences de maturité, disparités sur les rieslings
98 échantillons de vins, dont 8 crémants, ont été proposés à la sélection cette année. À la table d’André Ruhlmann, vigneron à Dambach-la-Ville, les participants ont constaté « un retour en force du style riesling, sur la fraîcheur », de belles surprises, mais des disparités. Disparités qui se sont retrouvées sur d’autres séries, peu de longueur en bouche sur certains vins, quand d’autres étaient vraiment dans le droit fil d’un riesling alsacien, « dynamique en bouche ». L’unanimité s’est faite sur un riesling équilibré, fruité, « qui donne envie d’en reprendre », a souligné Anne-Sophie Klipfel.
« Fruités, avec des notes citronnées et de belles attaques », a indiqué Richard Juncker, directeur technique et maître de chai à la cave de Cleebourg, très satisfait de la série de pinots blancs. Moins de commentaires dithyrambiques sur ce cépage à la table de Xavier-Léon Muller, qui relève la présence « de sucre trop marquée » sur leur série, déçu également par les rieslings, « moyens, à l’acidité trop mordante ».
Le pinot gris a réservé « de belles et de moins bonnes surprises ». Certains ont été refusés, « leur finale en bouche n’étant pas assez structurée pour qu’ils soient élevés en foudre ». D’autres ont montré une belle attaque, mais « une finale fuyante, c’est l’effet millésime comme sur les rieslings », a analysé Richard Juncker. C’est aussi l’avis de Xavier-Léon Muller qui observe que ce millésime est impacté par « des vendanges faites, ou non, au bon moment. Ces différences de maturité donnent cette hétérogénéité sur les pinots gris », dont certains peuvent être subtils, élégants, d’une belle longueur en bouche, d’autres décevants.
Sylvaners exubérants, pinots noirs réussis
Philippe Faure-Brac a bien apprécié les sylvaners, « des vins de terroirs exubérants », avec une belle matière, « aptes à l’élevage ». Il a eu quelques coups de cœur dans cette « dégustation plutôt bien dans l’ensemble », très consensuelle, avec « des équilibres bien tranchés ». Christine Collins, de Strasbourg Événements, a été enthousiasmée par les pinots noirs notamment, à l’acidité bien présente, avec deux vins de concentration, « d’une belle prestance, et qui profiteront de leur phase d’élevage pour s’ouvrir ». Un avis partagé par le sommelier Antoine Woerlé, qui a noté « de jolis arômes de cerise noire, de fruits rouges, des vins bien structurés ». Ce cépage a également séduit Mathieu Freysz, de Groupama, sur une série très réussie, saluée par l’ensemble des dégustateurs, plus réservés sur les gewurztraminers. Ces derniers sont néanmoins intéressants, a précisé Déborah Ruffing, œnologue chez Wolfberger, citant deux vins, l’un aux arômes caractéristiques de fruits exotiques, l’autre révélant des notes « de miel de pétale de rose sur une belle matière ».
À l’issue de cette dégustation, 70 % des vins ont été acceptés. Un pourcentage très satisfaisant, a souligné Thibaut Baldinger, responsable de la cave. Ils pourront être représentés sous 15 jours à un comité si le vigneron le souhaite. Le miraculé a « du tempérament et du caractère », a déclaré Serge Dubs, « un millésime joyeux et de bon augure ».