Viticulture

Association Vignes Vivantes

Faire beaucoup avec peu de moyens

Publié le 10/04/2017

L’association Vignes Vivantes rassemble 90 domaines viticoles alsaciens et couvre 1 300 hectares de vignoble. Avec seulement 80 000 euros d’actifs, elle a organisé, en 2016, une multitude de formations viticoles écologiques. Des vignerons du Grand Est demandent à adhérer à l'association désormais labellisée GIEE.

2016 a été une année test pour l’association Vignes Vivantes, puisqu’elle ne bénéficie plus d’aides régionales. Il lui faut désormais s’autofinancer totalement, et ce n’est pas le label GIEE (Groupement d’intérêt économique et environnemental) qui vient de lui être attribué par le ministère, qui va lui apporter des deniers supplémentaires. Le jeune géologue Sylvain Perrot-Minot, stagiaire à Vignes Vivantes qui bénéficie d’un congé individuel de formation, apporte son analyse pédo-géologique dans l’expérimentation sur les semences de couverts d’interrang. Cette expérimentation, attendue par les vignerons, est élaborée en amont par Isabelle Kuntzmann, animatrice de l’association, avec le soutien de la Chambre d’agriculture, de Matthieu Archambeaud et le réseau Base Alsace. Ses ressources, l’association les trouve dans les cotisations de ses membres (même si elles ne s’élèvent qu’à 150 € pour les jeunes vignerons adhérents et les petites structures). Ainsi que dans l’achat groupé d’amendements, de semences et dans les formations qu’elle organise, notamment celles qu’Isabelle Kuntzmann dispense aux viticulteurs, adhérents ou non à Vignes Vivantes, pour financer son mi-temps. « Expérimenter, observer et partager » Vignes Vivantes a proposé en 2016 un catalogue de formations extrêmement dense : avec les interventions de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), Manfred Wenz, Matthieu Archambeaud, Yves Hérody, François Dal, l’Atelier paysan et Emmanuel Franquet. Autant de formateurs qui ouvrent de nouvelles perspectives techniques. Sans compter les groupes de « compost » collectif et désormais le projet de GIEE qui implique onze domaines engagés dans le partage de leurs expérimentations de semis directs de couverts sur trois ans. Trois mélanges de semences seront testés pour des vignes vigoureuses à faibles, avec différents types de semoirs, de destruction et à différentes dates. « Expérimenter, observer et partager les résultats », résume Sylvain Perrot-Minot conformément au contrat GIEE. Lequel mettra également au service des vignerons ses compétences d’hydrogéologue, en apportant des conseils bienvenus sur la base de diagnostics hydrogéologiques. Fossés, drainages, amélioration de la porosité des sols, il aura fort à faire en viticulture… Il aura également en charge de relocaliser les fiches faciès d’Yves Hérody au référentiel cartographique sur lequel figurent 18 années de prélèvements de sols, mis en commun par l’ensemble des adhérents. À noter enfin en 2016, la grande journée de démonstration de sept semoirs de semis direct, qui avait attiré pas moins de 120 vignerons. Même sans subsides publics, Vignes Vivantes s’étoffe. Les groupes « compost » ont trouvé une solution de valorisation à l’exportation des bois de taille des parcelles, lesquels finiront en piquets, agrafes et autres tuteurs, après avoir été réduits en farines pour en faire un matériau composite à base de résine haute densité. C’est la société Vitis-Valorem qui est à l’origine de cette initiative. Il s’agit d’une solution plus que nécessaire à la problématique des « ni-ni » mise en exergue par Yves Hérody. Ces « ni-ni » sont les lignines des bois restitués, extrêmement peu dégradables sous certaines conditions agro-pédologiques, ou dont la biodégradation consomme beaucoup trop d’azote, jusqu’à provoquer des faims d’azote préjudiciables à la vigne. Problème bien identifié à Vignes Vivantes. Pour 2017, un partenariat pourrait être conduit avec le Parc naturel des Ballons des Vosges pour l’entretien des murets. Matthieu Boesch, président de l’association, se félicite de ce dynamisme, avec ce fonctionnement en groupes où chacun trouve des centres d’intérêt.

Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC)

Succès et fragilité

Publié le 29/03/2017

Rançon de la gloire, le succès des crémants de France et du Luxembourg aiguise les appétits des producteurs de vins d’IGP et de quelques prétendants européens. Sauf Frexit après les présidentielles, une refonte du texte communautaire devrait recentrer encore la protection sur le terroir, plutôt que sur la recette d’élaboration.

Suffit-il à n’importe quelle appellation d’Europe de se conformer au cahier des charges d’élaboration des crémants et de remplir les conditions de viticulture, pour apposer le terme crémant ? Le crémant est-il une simple recette d’élaboration de vin effervescent d’appellation ou bien est-il un vin d’appellation à part entière ? Réunis en congrès en Savoie, les producteurs des huit régions productrices de crémant de France et du Luxembourg ont fait le point sur une situation de protection du terme crémant, qui mérite quelques ajustements au niveau des textes européens. Car le succès des crémants aiguise bien des appétits. La fédération nationale (FNPEC) pense atteindre les 100 Mcols (millions de cols) dans les 5 prochaines années. En 2015, il s’est vendu 75 Mcols. Un succès envié Un succès envié par les producteurs d’effervescents d’entrée de gamme. Rappel des faits : en octobre 2011, l’Inao a homologué 36 cahiers des charges d’IGP (Indications géographiques protégées), lesquels autorisaient la production de vins mousseux en cuve close ou méthode traditionnelle. La FNPEC avait alors obtenu du Conseil d’État l’invalidation de 33 cahiers des charges. Seules les IGP Hautes Alpes, Maure et Var, ont obtenu ces possibilités d’élaboration. Bien décidée à produire des mousseux, l’IGP Méditerranée, couvrant la vallée du Rhône, la Provence et la Corse, a reformulé un cahier des charges, jugé recevable par le Conseil d’État le 14 décembre dernier. Déjà, le groupement de coopératives Marrenon, à La tour d’Aigues dans le Luberon, (1 200 vignerons et 7 600 ha) déclare à l’AFP passer de 30 000 cols à 200 000 cols de mousseux. Et les producteurs de crémant n’en ont pas terminé puisque, s’inspirant de l’IGP Méditerranée, l’IGP Pays d’OC a annoncé en janvier dernier qu’elle reformulerait dans la foulée un nouveau cahier des charges, en vue également de produire des mousseux. Le consommateur n’y verra que de la bulle… Une situation qui ne ravit pas les producteurs de crémant qui, par la voix de leur président Franck Vichet, dénoncent une forme de tromperie du consommateur, avec des vins d’IGP qui font cohabiter sous une même étiquette deux méthodes d’élaboration radicalement opposées, la méthode traditionnelle et la cuve close, technique plus industrielle. Le consommateur n’y verra que de la bulle… Et pour ajouter à la confusion, l’IGP Méditerranée s’autorise une centaine de cépages, dont les très rhénans sylvaner et gewurztraminer, ajoute Olivier Sohler, le directeur de la FNPEC. « Nous n’avons pas de stratégie protectionniste, mais nous souhaitons que ces apparitions se fassent dans le respect de l’existant, et ne jouent pas la confusion », souligne le directeur de la FNPEC. À cette menace s’ajoutent les velléités de quelques producteurs européens de revendiquer la mention crémant, bien décidés à exploiter les failles de sa protection. 500 000 cols mentionnés crémants ont été identifiés en Allemagne, 40 000 cols en Belgique, un peu en Tchéquie et même des crémants danois… Faute du soutien protecteur de l’Inao, que Jacques Cattin, l’ancien président, qualifie en la circonstance « d’auberge espagnole », la FNPEC voudrait renforcer les textes communautaires. Attention au Frexit Il ne faudrait pas qu’un Frexit (Brexit à la française) compromette ces efforts de protection européens. L’idée consiste à adosser obligatoirement le terme crémant à une région de production déterminée. Elle peut déjà s’appuyer sur les argumentaires de la jurisprudence européenne Codorniù du 18 mai 1994, où pour donner raison aux producteurs de crémant, l’avocat général M. Lenz a notamment considéré que « la mention crémant est progressivement devenue, dans l’esprit des consommateurs, une désignation qui renvoie à une provenance géographique déterminée ». D’ailleurs, le terme « crémant » ne figure pas dans la liste e-bacchus des mentions traditionnelles (règlement UE 1308/2013). « Sur la base d’un texte paru le 14 juillet 2009, nous avons obtenu que le terme crémant soit obligatoirement suivi du nom de la région dans laquelle il est produit », explique Olivier Sohler. L’antériorité litigieuse Pour faire reconnaître une appellation, il y a toujours la période litigieuse de l’antériorité. Les crémants de Savoie se situent actuellement dans cette période ; sur les étiquettes, on peut lire : « Crémant de Savoie, Appellation d’origine Savoie Protégée » au lieu de « Appellation crémant de Savoie contrôlée » tout simplement. Comme d’ailleurs pour les crémants de Luxembourg, mentionnant : « crémant du Luxembourg, appellation Moselle luxembourgeoise contrôlée ». Pour toutes les autres régions de crémant, il y a bien une appellation spécifique avec un cahier des charges spécifique : « Appellation Crémant du Jura contrôlée, Appellation Crémant d’Alsace contrôlée… » Il nous reste à trouver la formulation pour éviter ce genre de problème, conclut Olivier Sohler.

Concours régional de taille de vigne

Pierre Verchere remporte le sécateur d’or

Publié le 16/03/2017

18 finalistes se sont retrouvés mercredi 1er mars dans le vignoble d’Heiligenstein pour le 38e concours régional de taille de vigne. C’est Pierre Verchere qui a remporté l’épreuve.

C’est sous la pluie que s’est déroulé le concours régional de taille de vigne, mercredi 1er mars à Heiligenstein. Une partie des 18 finalistes s’était qualifiée le matin même, lors de l’épreuve ouvrant au diplôme de taille, qui réunissait 71 candidats. Des candidats ayant obtenu leur diplôme de taille les années précédentes s’étaient joints à eux. Les deux épreuves ont eu lieu sur des parcelles proches, dans la zone d’appellation du klevener de Heiligenstein. Placé sous l’égide du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), le concours était comme chaque année coorganisé par le lycée agricole et viticole de Rouffach et la Chambre d’agriculture Alsace, avec le soutien des jeunes adhérents du syndicat viticole local. Vers 14 h 30, Christine Klein, chronomètre suspendu autour du cou, donne le top départ aux 18 candidats. Non sans avoir rappelé les attentes du jury : « Une taille en guyot simple ou double, à adapter en fonction des ceps ». Elle formule quelques mises en garde : « On ne taille pas les jeunes pieds s’il n’y a pas d’arcure et on ne touche pas aux pieds morts ni aux pieds malades. » Les candidats ont 20 minutes pour faire la preuve de leur savoir-faire. À l’issue des 20 minutes, le travail est jugé successivement par trois jurys, pour un maximum d’objectivité. De la finesse dans le choix des bois La parcelle où se déroule le concours est « une parcelle un peu difficile, souligne Jérôme Attard, conseiller viticole à la Chambre d’agriculture Alsace. Elle n’est pas trop vigoureuse, elle demande donc de la finesse dans le choix des bois de manière à pérenniser la souche. » Les critères pris en compte par le jury sont le choix des bois, la maîtrise de la charge, la propreté et la vitesse de taille. À quelques minutes de la fin de l’épreuve, les membres du syndicat viticole préparent les boissons chaudes sous les tentes installées en bordure de parcelle. Concours ou pas, la convivialité reste de mise. « C’est une bonne expérience, juge Thierry, en terminale bac pro au lycée de Rouffach, qui participe au concours pour la première fois. On peut discuter entre collègues, on rencontre des professionnels… » Habitué à tailler les vignes - ses parents exploitent une dizaine d’hectares à Niedermorschwihr - Thierry n’a pas éprouvé de difficulté particulière. « C’était plus dur ce matin, pour le diplôme de taille, car il fallait aussi répondre aux questions du jury. » C’était aussi une première participation pour Céline et Claudine. Les deux sœurs ont suivi trois jours de formation à la taille et ont obtenu leur diplôme le matin même, comme 21 autres participants. Elles ne s’attendaient pas à être sélectionnées pour le concours régional. Salariée sur l’exploitation de son mari à Scharrachbergheim, Céline a « l’habitude de tirer les bois mais pas de tailler. » Quant à Claudine, elle est une pro du ciseau avant d’être une pro du sécateur, puisqu’en plus d’être viticultrice, elle est aussi… coiffeuse à mi-temps.

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