Viticulture

Troisième contrôle de maturité

Les guêpes aux aguets

Publié le 10/09/2017

Les raisins résistent pour l’heure bien à la météo incertaine et aux précipitations. L’acidité totale reste très honorable, mais surtout les pH restent bas proches de 3. Toutefois, l’état sanitaire se dégrade sur les raisins à pellicule fine.

Les vendanges battent leur plein dans le vignoble alsacien. Et pour l’heure, les données de maturité, collectées par le Civa et mises en ligne, témoignent d’une très bonne acidité (qui a cependant fort baissé), tout en résistant remarquablement à l’évolution de la maturité. Les toutes dernières données datent de prélèvements effectués le vendredi 1er septembre. Entre Orschwihr et Ribeauvillé, les pinots blancs et les auxerrois affichent entre 10,5 et 11,5° d’alcool potentiel pour des pH oscillant entre 2,9 et 3,2, à la faveur de belles concentrations en acide tartrique. Au 30 août, les données de gewurztraminer indiquent quasiment toutes une maturité très avancée pour ce cépage, souvent supérieure à 13° et même proche de 14°. Après la quantité très faible, c’est l’état sanitaire des gewurztraminers qui préoccupe avec beaucoup de piqûres de guêpes et des baies tuilées et contenant des larves de drosophiles. Il en va de même pour nombre de parcelles de pinot noir et de pinot gris, qui ont eu à subir des attaques d’hyménoptères et de drosophiles, conduisant les viticulteurs à réviser leur organisation habituelle des vendanges, et devant récolter des pinots noirs de cuvaison avant les crémants. Les grappes extrêmement agglomérées et la finesse des pellicules accentuent ces nouveaux risques sanitaires de fin de cycle, conférés par les insectes. S’ajoutent à cela, des populations de pince-oreilles extrêmement élevées dans certaines parcelles. L’évolution des rieslings reste en revanche très modérée, comparée à celle des pinots, avec des titres alcoométriques potentiels se situant autour de 9,5°/10,5° du nord au sud du vignoble au 28 août, des pH à 2,8/2,9 et une acidité totale se situant le plus souvent entre 7 et 8 g/l en équivalent sulfurique, ce qui rappelle le millésime 2013 ou 2008.

Publié le 09/09/2017

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les viticulteurs alsaciens n’ont pas tardé pour débuter cette récolte 2017. Dès le jeudi 24 août dans les secteurs les plus précoces. Dès le 28 ou le 29 août pour les autres. Partout, les commentaires sont les mêmes. Les grappes sont belles, mais peu chargées. Et, les rendements sont variables selon les parcelles.

À Pfaffenheim, Jean-Claude Rieflé a débuté mardi 29 août. Une première dans sa carrière professionnelle. « En 2015 et en 2011, j’étais sorti dans les vignes le tout dernier jour du mois d’août. Là, il n’y avait pas le choix. Je dois reconnaître que ce n’est pas ce qui est le plus agréable. Il y a un temps pour tout. Nous n’avions même pas encore terminé les mises en bouteille du millésime précédent ! Cela étant, comme la récolte est petite, nous n’allons pas avoir de problème de place », explique Jean-Claude Rieflé. Le viticulteur est cependant contrarié dans son emploi du temps. « Début septembre, depuis longtemps, nos importateurs organisent des présentations de gamme. Nous nous déplaçons du coup beaucoup à l’étranger à cette époque de l’année. Malgré les vendanges, nous n’allons pas changer cette habitude professionnelle. Le week-end à venir, je suis au Danemark. Mon fils Paul, lui, va se rendre dans les tout prochains jours deux semaines aux États-Unis ». Le domaine familial est certifié en bio depuis le millésime 2014. Il consacre entre 25 et 30 % de sa production totale au crémant. Un pourcentage qui ne change pas depuis des années. La moitié de cette production est exportée. 7 à 8 jours de récolte En cette première matinée de travail, la récolte est intéressante. « La pluie il y a quelques semaines qui nous a apporté 25 mm a été une bénédiction. Du coup, les raisins sont beaux et de qualité. Bien évidemment, les grappes ne sont pas très chargées. Mais, nous le savions. Nous nous étions préparés depuis longtemps à cette petite récolte. Là, nous sommes tout de même satisfaits, avec un degré de 11,5. Cela passe bien ici. Nous insistons beaucoup au domaine sur la générosité de nos vins, leur puissance. Nous cherchons des vins murs avec cette acidité qui reste présente du fait de nos sols où il y a du calcaire », insiste Jean-Claude Rieflé. La première parcelle vendangée, grande de 70 ares, se situe au lieu-dit du Drotfeld où se trouve le pressoir de l’entreprise. Les Rieflé prévoient 7 à 8 jours de récolte pour le crémant. La baisse de température annoncée pour la fin de la semaine est considérée comme une bonne nouvelle si, par la suite, le temps ne devient pas « pourri ». La famille Rieflé fait appel à l’association Cap-Vers pour les vendanges, mais aussi d’autres travaux manuels tout au long de l’année. « Nous procédons ainsi depuis la vendange 2008. On est quasiment à deux postes équivalents temps complets réservés à l’association. Ses membres travaillent bien et nous avons la même philosophie. Nous sommes attachés à notre terroir », précise Jean-Claude Rieflé. Ce même mardi 29 août, le viticulteur venait de recevoir deux œnologues de l’entreprise « Duo Œnologie » dont le siège est à Châtenois. Jean-Claude Rieflé apprécie leur service. « Ils sont une approche intéressante sur le bio et la biodynamie. Comme eux, je n’aime pas trop les vins dessinés pour rentrer dans des cases. Ici, on aime bien laisser du temps, faire des efforts qualitatifs dans la vinification, mais également dans l’élevage avec des fermentations longues. Au domaine, les dernières fermentations ont été réalisées il y a deux semaines. Et le Steinert 2016 fermente encore. Cette notion d’élevage n’est pas suffisamment prise en compte dans le vignoble alsacien selon moi. L’inconvénient, c’est que je ne peux plus participer aux concours régionaux car mes vins ne sont pas terminés », conclut Jean-Claude Rieflé. Le viticulteur, en revanche, est bien présent avec ses vins dans les palmarès de concours internationaux.  

Association des viticulteurs d'Alsace

Millésime précoce, minimaliste mais d'anthologie

Publié le 08/09/2017

L’association des viticulteurs d’Alsace a tenu mercredi 23 juillet son assemblée générale. Une date « précoce » en raison de la proximité des vendanges, et dans la foulée de la manifestation dans les rues de Colmar pour protester contre les lenteurs judiciaires de l’affaire Albrecht. À l’unanimité, les professionnels ont voté en faveur d’une ouverture des vendanges dès le lendemain jeudi 24 août pour les crémants et le mercredi 30 août pour les vins tranquilles.

Laurent Touvet, préfet du Haut-Rhin, est longuement intervenu sur les incidents climatiques du printemps. Les dégâts du gel d’avril ayant été particulièrement importants dans certains secteurs viticoles et arboricoles, les services de l’État en ont pris la mesure. Laurent Touvet a précisé les dispositifs pour surmonter les conséquences de ces difficultés climatiques. Il a rappelé l’intérêt de l’assurance récolte, « subventionnée par la politique agricole commune et qui se déclenche dès 20 % de perte de récolte ». Les pertes de récolte ne rentrent pas dans le dispositif des calamités agricoles, sauf pour les jeunes pieds. Les vignerons ont la possibilité d’acheter du raisin, du moût et du vin, à hauteur de 5 % de leur production, « sans perte de leur statut ». Une mesure mise en place suite à la récolte 2016. Un fond d’allégement des charges a été ouvert aux viticulteurs, « une année blanche bancaire » qui s’accompagne aussi d’une autre mesure immédiate de dégrèvement « jusqu’à 30 % de la taxe foncière non bâtie ». Une « procédure simplifiée » a déjà été lancée dans le Haut-Rhin. Laurent Touvet a ensuite répondu aux interrogations des viticulteurs et a rappelé que l’État était avant tout solidaire de la profession en lui souhaitant de belles vendanges. Une intervention appréciée par les professionnels qui, le matin même, avaient manifesté dans les rues de Colmar. Une mobilisation saluée par le président de l’association des viticulteurs d’Alsace, Jérôme Bauer. « Merci pour cette solidarité. Nous étions plus de 300. Cette mobilisation montre à quel point nous sommes exaspérés par les lenteurs de la justice dans cette affaire Albrecht. Nous espérons, maintenant, être rapidement entendus », a commenté Jérôme Bauer. 5 hl en plus Cette assemblée générale se tient « à l’aube des vendanges et à l’aube d’un millésime d’anthologie ». Le président de l’Ava s’est appuyé sur les commentaires des responsables des sous-régions viticoles et des relevés de maturité menés sous l’égide de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et du Civa. Ce que confirme le directeur de l’IFV, Eric Meistermann : « Il s’agit d’un millésime chaud sauf en avril, l’un des cinq millésimes les plus précoces depuis 40 ans, avec 2015, 2011, 2009. Cette année s’avère plus chaude en température que 2011. Et les prévisions météo annoncent encore une période chaude dans les jours qui viennent. Ce qui aura des conséquences sur les maturités. Le niveau des acidités apparaît pour l’heure très intéressant. C’est le point positif de ce millésime atypique. Entre les contrôles de maturité du 16 et du 21 août, nous avons gagné 1 degré d’alcool. En cinq jours, c’est incroyable. Et cela explique la faible charge des grappes ». Les présidents des sous-régions relèvent dans certaines parcelles une suractivité des abeilles qui « évident les baies », et surtout les conséquences négatives du gel d’avril. Les secteurs de Châtenois, Scherwiller, Kaysersberg et Wintzenheim sont particulièrement « sinistrés » : il n’y aura pas de récolte dans certaines parcelles d’auxerrois et de gewurztraminer. Des viticulteurs présents dans la salle se sont alors interrogés sur le niveau des rendements. Jérôme Bauer a rappelé que « le volume complémentaire individuel était un outil de régulation permettant de produire davantage en cas de souci ». Sachant que l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) est favorable pour la mise en œuvre d’un VCI de 5 hl pour les AOP Alsace. Le syndicat de défense attend encore la publication d’un décret ouvrant la porte à une « expérimentation » d’un VCI dédié à l’AOP crémant. Optimiser la valorisation des vins d’Alsace Une nécessité, avec une estimation de vendanges 2017 à 855 000 hl soit une faible récolte en quantité qui s’inscrit dans un contexte économique tendu comme l’a rappelé le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace Gilles Neusch. « En 2016, les vins d’Alsace ont été écoulés à raison de 959 901 hl, soit une baisse de 10 % sur trois années. Cela représente 244 441 hl à l’export et 715 460 hl en métropole. Le crémant représente 27 % des volumes des vins d’Alsace. Nous avons perdu des volumes importants sur des marchés extérieurs qui n’ont pas été compensés par les prix. C’est vrai pour les vins tranquilles comme pour le crémant. Les premiers mois de 2017 ont également été difficiles. Il y a une remontée progressive actuellement. Il va donc falloir stimuler la demande, et surtout travailler notre offre », prévient Gilles Neusch. Il y a quand même des bonnes nouvelles comme le révèle, notamment, l’analyse des parts de marché : les Alsaces blancs sont « leader » à 26 % devant leurs concurrents de la Loire et de la Bourgogne. Et en métropole, le crémant caracole en tête avec une part de marché de 34 %. Les disponibilités, elles, sont identiques à celles de 2011 et de 2013. De l’ordre de 2 637 630 hl. Il y a pourtant une tension sur les volumes disponibles. « D’où la nécessité de bien valoriser nos vins et de repérer les marchés et les circuits les plus rémunérateurs », insiste Gilles Neusch. Le Civa travaille également sur son projet de communication pour favoriser la valorisation, « une vraie stratégie de marque dynamique basée sur une réelle identité des vins d’Alsace. Il s’agit d’innover dans nos approches de l’offre et de la demande. Il faut donc s’adresser aux bons groupes de consommateurs, sur les bons circuits. Et avec les bons messages. Une étude est donc en cours pour mieux connaître notre potentiel de consommateurs ».  

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