Viticulture

Publié le 11/10/2018

Un état sanitaire impeccable a permis une récolte étalée qui ne pose guère de problèmes en cave. Les fermentations restent à suivre de près, notamment dans le Haut-Rhin, pour aboutir à des balances correctes entre sucre et alcool.

Frédéric Arbogast. Domaine Arbogast à Westhoffen. Environ 1 000 hl vinifiés en 2018. « Nous n’avons pas eu de tri à faire. Les pinots gris et les rieslings entre 12,5 et 14,5° étaient courants cette année. Les acidités sont très variables, de temps à autre basses, tombant parfois à 3,5-3 en tartrique pour l’un ou l’autre gewurztraminer. Il est probable que j’assemble ces cuves. J’ai réalisé des pressées de trois heures sauf en gewurztraminer pour lequel l’extraction a été plus difficile. J’ai sulfité à 3 g/hl des moûts ramenés à 10°. J’ai débourbé vingt-quatre à quarante-huit heures. Les fermentations se sont enclenchées avec les seules levures indigènes, sans coup de feu. J’ai effectué un léger bentonitage à 30-40 g/hl pour quelques sylvaners et gewurztraminers et d’une cuve de riesling. Un pinot gris sec à 14,4° est la première cuvée que j’ai stabilisée. Il est soyeux, frais, avec une acidité fine. Tout ne sera pas sec, mais fruité, gouleyant et charpenté. 2018 présente les mêmes profils analytiques que 2003. Certaines de ces cuvées se sont très bien tenues dans le temps, alors pourquoi pas 2018 ? » André Ruhlmann. Vignobles Ruhlmann-Schutz à Dambach-la-Ville. Environ 8 000 hl vinifiés en 2018. « 2018 est une année pléthorique et qualitative. Le rendement permettra de demander un volume complémentaire individuel. Tous les rieslings génériques étaient au-dessus de 12°, les gewurztraminers entre 14 et 15°. L’extraction a été impressionnante en pinot noir et très belle pour les autres pinots, un peu plus faible sur riesling et gewurztraminer. J’ai donné 3 g/hl de SO2 en sortie de pressoir. Grâce au groupe froid, j’ai descendu les moûts de 22 à 7-8° en une nuit et je les ai débourbés vingt-quatre heures. J’ai uniquement levuré les génériques. Je laisse fermenter à 18°. Une fois que le processus est lancé, le calme vient naturellement. Les réductions sont rares. Je n’ai noté aucun mauvais goût. 2018 permet une vinification légère. Il suffit d’organiser, de contrôler et de bien gérer sa cuverie en raison des volumes qui rentrent. Le millésime 2018 ne me laisse pas une impression d’alcool. Dans le secteur, les acidités sont bien présentes. Elles permettront de réussir les équilibres en laissant plus de fraîcheur que sur un 2003 par exemple ». Coup de pouce à l’acidité Pascal Joblot. Domaine Brobecker à Eguisheim. Certifié bio. 250 hl vinifiés en 2018. « Nous avons vendangé sur un bon mois à partir du 7 septembre. Les rendements montent entre 70 et 80 hl, soit 30 % de plus que d’habitude. Les raisins sont rentrés à maturité dans un état sanitaire excellent à des degrés élevés : 13,5° pour les rieslings, 15 à 15,5° pour les gewurztraminers. L’acidité est correcte pour les premiers, un peu basse pour les seconds. Les pinots noirs dépassent les 15°. J’ai effectué un simple débourbage de huit à dix heures et j’ai sulfité à 3 g/hl. Les moûts étaient chauds. Leur départ en fermentation s’est fait en vingt-quatre heures, maximum trente-six, sans levurage. Je n’ai pas remarqué de carence en azote. La surveillance est donc le principal travail en cave. Les pinots semblent avoir bien profité de l’année, comme le riesling. Le millésime donnera des vins très riches comme nous avons l’habitude d’en vinifier tous les ans. Les gewurztraminers sont très aromatiques. Je compte les arrêter vers 13,5°. 2018 me rappelle 2003 ou 2009 avec des vins bien charpentés, plutôt alcooleux et pouvant parfois manquer d’un peu de fraîcheur ». Guillaume Motzek, maître de chais à la cave du Vieil Armand à Wuenheim. De 10 000 à 11 000 hl vinifiés en 2018. « Les raisins rentrés sur cinq semaines se caractérisent par un potentiel alcool plus élevé d’au moins 1° par rapport aux valeurs habituelles. Les jus ont été extraits facilement en quatre heures et sulfité à 4 g/hl. J’ai limité le débourbage statique à douze heures pour récupérer 8 % de bourbes. Toutes les cuves ont été levurées à 20 g/hl sauf le crémant à 10 g. Certaines ont été traitées à la bentonite à hauteur de 80 g/hl. Les fermentations ont mis au maximum quarante-huit heures à s’enclencher avant de se poursuivre sur un rythme régulier. Le manque d’acidité a été la principale préoccupation. Entre 50 et 80 g/hl d’acide tartrique sur moût selon le vin ont redonné de la tenue à des pinots blancs et gris. Il est probable que la même décision soit prise pour des gewurztraminers. 2018 procurera des vins un peu plus forts en alcool, mais sans être lourds ».

Millésime 2018

Vendanges hors d’aire

Publié le 06/10/2018

À Breuschwickersheim, ils sont une demi-douzaine à posséder quelques ares de vigne qui leur produisent le vin de l’année. Comme dans le vignoble, leur récolte 2018 a été excellente.

En sortant de Breuschwickersheim vers Osthoffen, une colline au sol argileux, aux pentes agréables et boisées, s’étire doucement d’ouest en est. C’est là, au bout de la ligne de crête, que Michel Hoffmann soigne ses cinq ares d’auxerrois et de muscat. Les deux cépages se répartissent les onze rangs sur la base d’un rapport 70/30 %. Michel taille le premier sur deux sarments, le second sur un seul, en visant les dix à douze yeux. Il a semé dans le mètre d’interrang du gazon qu’il tond quatre à cinq fois par an. Il désherbe le rang à la pioche. « Cela me prend trois heures deux fois par an. Je n’ai plus le droit d’acheter d’herbicides, ni de produits systémiques. Je me contente de cuivre et de soufre mélangé à un adjuvant. En cas de forte pression mildiou, je passe tous les neuf à dix jours avec un pulvérisateur à dos d’une capacité de 10 litres » détaille Michel. En saison, il n’hésite pas à se rendre aux rendez-vous en bouts de parcelle de l’ADAR du vignoble car il juge intéressant de faire régulièrement le point sur les maladies et les ravageurs. « Je ne me considère pas comme un viticulteur. Mais finalement, pour moi comme pour lui, c’est le même travail ». Quand il se promène dans le vignoble, Michel a toujours l’œil pour repérer la manière dont les professionnels taillent leurs pieds. Pour faire ses choix de conduite, il a pris conseil chez son beau-frère, apporteur de raisins aujourd’hui retraité. Il les a lui-même transmis à Étienne Brun, autre habitant de Breuschwickersheim. Étienne s’occupe depuis peu des quatre rangs de vigne de 200 mètres de long de son beau-père, désormais trop âgé. « Je m’y mets petit à petit » dit-il. En s’appliquant. « Je sors traiter le soir ou à six heures du matin voire avant. J’interviens dès le stade 2-3 feuilles ». L’année lui laisse un petit regret. « C’est une belle récolte. Comme je suis curieux, je contrôle mes oechslés. En 2018, j’en avais 74 en sortie de pressoir. J’aurais dû couper des raisins en vert ». Le vin de tous les jours Michel et Étienne vendangent alternativement l’un chez l’autre. Deux à trois heures suffisent à la famille pour couper le raisin. Cette année, c’était le 7 septembre chez l’un, le lendemain chez l’autre. « C’est une belle journée entre nous. La tradition dans le temps, c’était de déguster un jambon dans les vignes. Mais depuis quelques années nous rentrons manger à la maison » raconte Étienne. En sortie de pressoir il sulfite de suite à 4 g/hl. En fin de fermentation, il effectue un soutirage et stoppe la sortie du jus dès qu’il change de couleur. Il élimine les lies, remet le moût dans la cuve nettoyée, redonne 6 g/hl de SO2 et en rajoute 3 g/hl au vin tous les deux à deux mois et demi. « C’est le seul ajout. Mais sinon, il ne se conserverait pas » commente Michel chez qui l’itinéraire de vinification est le même. Il prend « ce qui vient » mais juge les deux derniers millésimes de cette forme d’edelzwicker « un peu trop sucrés » à son goût. Il conserve ses vins dans des cuves de plastique blanc. Il lui en reste 200 litres de 2017. Il en a rentré quelque 700 litres en 2018, contre 450 d’habitude. « C’est trop par rapport à la parcelle » estime-t-il. Étienne garde environ 200 l de marcs dans des bonbonnes de 10 à 15 l. Tous les deux à trois ans, il les distille. « Si j’arrive à mes 21-22 litres, je suis content » lâche-t-il. Dans l’absolu, Michel se serait bien vu embrasser une carrière de viticulteur. Sa parcelle n’est finalement qu’à quelque cinq cents mètres des premières vignes de l’aire d’appellation. Michel ne prétend pas pour autant produire du vin d’Alsace. Il se fait plaisir en tirant son « vin de tous les jours » directement de la cuve pour le servir à table ou à Martien, son voisin, qui l’apprécie en connaisseur. « On ne le trouve pas mauvais. Il accompagne bien les tartes flambées » glisse pour sa part Étienne. L’avenir de ces vignes se profile sous forme de pointillés. Au fil des ans, les surfaces ont baissé. Étienne comme Michel vous cite spontanément le nom du dernier en date qui a arraché sa parcelle. Étienne n’est du reste pas certain de persister. Il ne replante pas les plants qui dépérissent. Au contraire de Michel qui remplace chaque année la dizaine ou la douzaine de pieds qui trépassent. Lui, n’est pas prêt à abandonner sa passion. Mais après lui, plus rien n’est pour l’instant garanti…  

La nouvelle automotrice Pellenc Optimum du Domaine Robert Roth

Le Domaine Robert Roth a acquis cette année une nouvelle automotrice Optimum 550 de la marque Pellenc. Ce domaine familial de vignerons indépendants, certifié en agriculture biologique et situé à Soultz, cultive 18 hectares sur 3 lieux-dits principaux.

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