Vendanges 2018
« Les moutons effeuillent mes vignes ! »
Vendanges 2018
Publié le 18/09/2018
Depuis deux ans, le domaine Charles Muller et fils à Traenheim délègue l’effeuillage et la tonte d’une partie de ses vignes à des équipes de cinquante moutons. Du travail remarquablement bien fait !
La remontée à pied d’un interrang fournit un premier indice. On y découvre de ça, de là, des crottes caractéristiques. En tournant au bout du rang, un filet mobile à mailles jaunes, faiblement électrifié, qui entoure plusieurs rangées de vignes, permet de localiser les producteurs. Les Mérinos croisés Ile-de-France sont là, par petits lots de trois, quatre ou six, à avancer quasi simultanément dans cette parcelle de 70 ares de pinot gris. Ils se déplacent groupés et lentement. Ils broutent ! « Ils vont un peu partout » précise Nathan Muller, vigneron indépendant en bio à Traenheim. Les animaux restent à distance. « Ils sont craintifs vis-à-vis d’à peu près tout le monde, sauf de leur berger » remarque le viticulteur. Les ovins s’intéressent à tout ce qui est bien vert, y compris les feuilles de vignes les plus basses jusqu’à environ un mètre de hauteur. Après leur passage, le résultat est bluffant. Les grappes sont bien dégagées. Dans chaque rang travaillé où la dernière intervention mécanique a été pratiquée fin avril, la première impression est qu’une tondeuse à gazon a été passée. Les ovins ont mangé l’herbe plus tendre ayant poussé là, parfois jusqu’à ras de terre. Ils ont moins touché les hautes herbes, trop sèches à leur goût, du rang enherbé. « Il faudra faucher avant les vendanges » conclut Nathan. Effeuiller ses vignes avec des moutons se pratique en Nouvelle-Zélande. Nathan y a découvert la technique en 2014 sur le domaine où il a participé aux vendanges. L’idée de se servir d’animaux à la place du tracteur lui plaît. Son collègue océanien lui fait parvenir des notes. Trouver les moutons n’est pas un souci. À Traenheim, un berger en élève 300. Nathan teste ce mode d’effeuillage en 2017 sur 2 ha. Cinquante moutons sont lâchés sur 50 ares. Il aide le berger à déplacer le parc dans la même parcelle tous les trois jours. L’opération leur prend trois quarts d’heure. En 2018, Nathan passe la surface à 5 ha en lâchant trois « équipes » de cinquante moutons. Les animaux ont d’abord pâturé plusieurs vergers des alentours avant de rejoindre les vignes du domaine Muller le 20 juin au stade début nouaison. « Les branches sont solides pour ne pas casser. Les lianes ont suffisamment poussé et les raisins sont encore assez durs pour ne pas être tentants » décrit Nathan. Le mouton démarre par les feuilles du bas qu’il préfère et finit par se dresser sur ses pattes pour monter au plus haut. « Je dois les sortir avant qu’ils n’en arrivent là. Je surveille quotidiennement les différentes équipes » précise Nathan. Un effeuillage sévère La vision de moutons dans les vignes interpelle non seulement le quidam, mais également les collègues. Beaucoup ont fait remarquer à Nathan que l’effeuillage ovin est sévère. Il reste serein. « Le soleil ne m’inquiète pas. Des grappes effeuillées tôt s’habituent à la chaleur. Les brûlures sur raisin vert sèchent. Ce n’est pas un handicap. Une comparaison entre une vigne non effeuillée et une modalité effeuillée haut et rognée bas donne l’avantage organoleptique à la seconde option ». Aux vendanges, Nathan a remarqué que le gain de temps est conséquent. « Les coupeurs vont jusqu’à deux fois plus vite que dans une parcelle ayant conservé ses feuilles ». Enfin, le cépage ne joue pas de rôle dans l’action des moutons. Toutefois, Nathan évite de les mettre dans du riesling, plus sensible au soleil. Cet été, les moutons ont été retirés des vignes le 26 juillet. Aux yeux du viticulteur, les bénéfices sont certains. « L’effeuillage diminue considérablement le risque maladies. Il n’y aura plus de mildiou, ni d’oïdium. Je gagne de un à deux traitements. J’ai des sols très argileux qui aiment se crevasser quand il fait sec. Il se forme des cheminées qui accélèrent l’évaporation. Le passage des moutons équivaut à des petits tassements qui évitent ce phénomène ». Les dégâts sont minimes. « Il peut y avoir quelques grappes à terre. Mais rien de sérieux. Il m’arrive aussi d’en arracher l’une ou l’autre avec l’effeuilleuse » constate Nathan. Le viticulteur a de son côté préparé le terrain à l’intervention de la troupe avec un purin d’ortie, une infusion de reine-des-prés et une décoction de prêle. Cette stratégie de prévention lui a permis de mieux doser cuivre et soufre. Il s’est contenté de trois traitements pour un total de 600 g/ha de cuivre sous forme d’hydroxyde. Il y a mélangé 15 kg/ha de soufre et a effectué un poudrage à raison de 25 kg/ha. En effet, le cuivre devient toxique pour un ovin à partir de 20 mg/kg par kilo de poids vif. « Dans une année à forte pression comme 2016 qui a nécessité 3 kg de cuivre à l’hectare, je m’abstiendrais de faire appel aux moutons » dit-il.












