Publié le 14/11/2016
À Dorlisheim, Valérie et Vincent Goesel ont profité d’une scission d’exploitation pour redéfinir leurs orientations techniques et se donner les moyens de remplir leurs objectifs commerciaux.
Le nouveau caveau du domaine Goesel réunit sur quelque 80 m² au sol, un espace de vente, une salle de dégustation capable d’accueillir l’effectif d’un gros bus, une cuisine pour réchauffer des plats et un stockage bouteilles. Inauguré il y a un an, son style est résolument moderne. Il s’ouvre largement sur l’extérieur grâce à une grande façade vitrée. « C’est le symbole de ma deuxième installation » dit Vincent Goesel. La première a eu lieu en 1998. À l’époque il rejoint son frère sur une exploitation qui mêle grande cultures et lait sur 100 ha et des vignes sur près de 20 ha. Au fil des ans, cinq personnes ne suffisent plus à assumer la somme de travail pour faire fonctionner un tel mastodonte. « Nous n’avions pas le temps de nous poser des questions. Il devenait impossible de développer la bouteille » résume Vincent. Les deux frères décident de scinder l’entité. En 2013 Vincent se retrouve à la tête de sa surface actuelle. Avec Valérie, son épouse, les décisions s’enchaînent. Ils réduisent leur volume de cuverie à 978 hl et aménagent à la place une cave de stockage pour leurs trois types de crémant, un 100 % auxerrois, un assemblage blanc/noir et un rosé. Ils investissent surtout 380 000 € (dont 110 000 € d’achat de foncier) dans leur caveau construit juste en face du domaine. « Nous disposons à présent d’un local de vente fonctionnel. Avant, nous recevions les clients dans un espace aménagé dans la cour, pas très visible de la rue et pas trop pratique. Il est aujourd’hui reconverti en salle d’étiquetage. Ce chantier se déroule sans problème depuis que les bouteilles ne subissent plus de choc thermique ». Vincent « qui ne revendique rien, mais explique beaucoup », fait souffler le vent du changement dans ses vignes enherbées tous les rangs. Après vendanges, il épand du lithothamne partout et ponctuellement des fientes de volaille à 3 % d’azote, là où il en constate la nécessité. Il revient au travail du sol un rang sur deux en commençant dans les parcelles où les ceps souffrent le plus du stress hydrique. « Je suis intervenu en 2015 avec un outil à dents sur un gewurztraminer de cinquante ans. Aujourd’hui, j’ai à nouveau du bois et plus de raisins. Comme la couche est rouverte, je peux travailler avec des pattes d’oie » signale-t-il. Depuis cinq ans il se contente de 1 l/ha de glyphosate pour désherber le cavaillon sur 40 cm de large. « J’attends trois semaines avant de constater une action et ce n’est pas aussi propre qu’auparavant, mais ça me convient » commente Vincent. Il protège ses vignes en encadrant la fleur avec un systémique et en se fiant au cuivre et au soufre pour le reste. Il ajoute à chaque bouillie 1 l/ha d’un produit à base d’algues. « Les feuilles restent bien vertes. Chaque traitement stresse la vigne. Je pense que ça l’aide à les supporter. Cette année, j’en ai fait sept. Le mildiou n’a pas fait de dégâts ». Une progression de 8 000 bouteilles en trois ans Vincent vendange 80 % de sa surface avec sa propre machine, une monorang traînée. En cave, il avoue encore « manquer de recul ». Il n’a pris la vinification en main qu’en 2013. Pour « assurer le résultat », il ne prend pas de risque. Il enzyme ses moûts et les débourbe vingt-quatre heures au froid. Il levure toute sa cave. Il sulfite le moins possible. Son objectif est de produire des vins secs, demi-secs ou moelleux qui « font plaisir à boire ». Plutôt que de vendre du raisin, il préfère tout vinifier afin de « tout maîtriser ». Vincent décide en décembre avec son œnologue quels lots il veut vendre. En mars, il a en général trouvé ses débouchés, souvent des sociétés montées par des vignerons indépendants. Il confie presque toujours ses lots au même courtier, en prenant soin de vérifier autant qu’il le peut la santé de ses acheteurs grâce à un logiciel spécialisé. Vincent et Valérie ne se souviennent que trop que l’exploitation a laissé 75 000 € d’impayés de vins du millésime 2012 dans la faillite du négoce Lucien Albrecht. Depuis leur nouveau départ, Vincent et Valérie ont modernisé leurs étiquettes. Ils privilégient la relation directe au client afin de développer la bouteille. Mais sans passer par les salons. Ils leur préfèrent des séances de dégustation organisées chez des particuliers qui y invitent leurs connaissances. Valérie a trouvé des adresses en démarchant des clients au téléphone. Le couple effectue ainsi sur des week-ends prolongés, au printemps et à l’automne, deux tournées en camping-car de cinq à huit rendez-vous chacune. « En trois ans, cela nous fait vendre 8 000 bouteilles de plus par an » se félicite le couple. Après une première journée « portes ouvertes » en septembre dernier, l’organisation de soirées mets/vins au caveau est en projet pour augmenter le potentiel de clientèle. « Ce caveau nous tenait à cœur. Il donne envie de venir. Depuis qu’il est ouvert, les anciens clients en amènent de nouveaux ». Le domaine pratique des tarifs extrêmement sages. Pour Valérie et Vincent, ils expliquent aussi la grande fidélité de leurs clients.












