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L’Univers qui éduque au goût
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Publié le 24/10/2016
Depuis quinze ans, l’association « L’Univers du goût » tisse patiemment et discrètement sa toile pour perpétuer chez les jeunes générations un sens qui leur permettra potentiellement d’apprécier le vin une fois adultes.
Comment défendre la place du vin dans la société sans pratiquement jamais en parler ? C’est la gageure que relève en permanence l’Univers du goût depuis sa création. L’association y travaille minutieusement en s’adressant en priorité aux enseignants et aux animateurs qui peuvent ensuite démultiplier le message diffusé dans leurs classes, en milieu périscolaire et socioculturel. Nadine Husser, animatrice de l’Univers du goût depuis 2007, est la cheville ouvrière des journées de formation programmées tout au long de l’année. « L’école est avec la famille le milieu au sein duquel les enfants sont éduqués au goût » rappelle-t-elle. « L’éducation au goût est universelle. Elle touche tout le monde. Elle peut servir de support aux apprentissages fondamentaux. Le goût, c’est de la géographie quand on découvre l’origine des produits, des mathématiques quand on les additionne, du vocabulaire quand on s’intéresse à leurs noms. Chaque enfant possède un odorat et des papilles gustatives. Les stimuler avec le goût permet à l’enfant de gagner en confiance » juge Annick Wehrlé, professeur d’œnologie au lycée de Rouffach, qui a pris la succession de Cécile Bernhard-Reibel à la présidence de l’association en 2014. En quinze ans d’activité, rien n’a pu se substituer à l’atelier sensoriel qui, par la dégustation d’un produit simple (un fruit, du chocolat, du miel,…) montre les différences de perception qu’il peut y avoir entre les individus. Mais l’Univers du goût a aussi peaufiné son arsenal pédagogique. Il comporte un support visuel qui traite des cinq sens. « Je parle notamment des arômes, comment les molécules odorantes circulent par le nez et la bouche jusqu’au cerveau » détaille Nadine Husser. Aux enseignants ensuite de l’adapter à l’âge de leur public. Pas question de leur remettre une fiche toute faite car le message doit « vivre » pour être retransmis avec un maximum d’efficacité. Une mallette réalisée de concert avec les inspecteurs et conseillers pédagogiques résume le b.a.-ba du goût aux enseignants. Dans un autre format, une valise recèle des classeurs de méthodologie par cycle de scolarité et des exemples de projet pouvant inspirer les enseignants, mais aussi des outils comme un kit olfactif aux arômes agréable (lavande), fort (citron) ou désagréable (moisi), une carte de France reprenant des produits comme les fromages ou des fruits, un sac tactile avec lequel l’enfant devine un objet en le touchant à travers le tissu… Induire des changements de comportement Depuis 2012, l’Association nationale d’éducation au goût des jeunes (ANEGJ) mesure l’impact de ces formations via des questionnaires déclinés en une version pour les enseignants et une autre destinée aux enfants. Le retour constate que « certains ne sortent jamais de leur quartier et ne savent tout simplement pas comment transformer un aliment. Par l’éducation au goût, l’enfant découvre des choses qu’il peut reproduire une fois dans sa famille, induisant ainsi des changements de comportement. Cela va de la lutte contre le gaspillage au développement de l’analyse critique. Cela dépasse le simple « j’aime » ou « je n’aime pas ». Il peut susciter un débat autour de la table familiale parce qu’il y a déposé une épice ramenée de l’école » notent Annick Wehrlé et Nadine Husser. Elles poursuivent : « on s’aperçoit également qu’une piqûre de rappel n’est pas inutile au collège. L’éducation au goût doit se rappeler au souvenir de ceux qui en ont déjà bénéficié afin qu’ils n’adoptent pas par mimétisme l’attitude pouvant être dictée par l’appartenance à un groupe. C’est pourquoi nous démarrons des ateliers cuisine avec le personnel des cantines scolaires pour que le moment du repas devienne aussi un instant de plaisir ». Et le vin dans tout cela ? Car rappelons que l’Univers du goût est une initiative de la production viticole alsacienne. Et dans la pratique, force est de constater que le vin est bien loin, à peine présent sous la forme du fruit qu’est le raisin que sous sa forme fermentée. Mais l’essentiel n’est pas là. « L’idée n’est pas de faire de la communication à la place du Civa. Mais de former les jeunes consommateurs au goût de manière à ce qu’il puisse s’intéresser plus tard au vin ou à autre chose. En cela, les membres fondateurs de l’Univers du goût sont des précurseurs. La production s’est rendue compte que si les générations futures doivent continuer à consommer de manière responsable, il va falloir passer par l’éducation au goût, apprendre à être critique face aux messages marketing, à l’offre alimentaire, solide et liquide. Dans l’Univers du goût, on ne juge pas le produit comme quand on le déguste. Il informe et laisse le libre arbitre à chacun pour faire ses propres choix sur ce qu’il va mettre dans son assiette et dans son verre ».












