Travaux de saison

Désherbage mécanique

Une technique qui s’anticipe

Publié le 19/06/2017

La volonté des pouvoirs publics de restreindre l’utilisation des produits phytosanitaires incite de plus en plus d’agriculteurs à franchir le pas des techniques alternatives. Parmi elles figure le désherbage mécanique. Qui peut donner de bons résultats à condition de respecter certaines règles.

Dans le cadre de la Semaine des alternatives aux pesticides, qui s’est déroulée du 17 au 26 mars en Alsace, la Chambre d’agriculture d’Alsace organisait à Mommenheim une démonstration de deux outils de désherbage mécanique, une houe et une herse étrille de marque Hatzenbichler. Le principal risque que fait courir le désherbage mécanique, c’est celui d’arracher la culture en même temps que les adventices. Mais, en prenant certaines précautions, cela ne devrait pas arriver : « Il faut soigner la préparation du sol, de façon à avoir un sol le plus nivelé possible, et augmenter un peu la densité de semis », indique David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les conditions d’intervention sont également importantes : « L’idéal, c’est d’intervenir sur un sol ressuyé et de préférence avant deux à trois jours de temps sec pour que les adventices arrachées s’assèchent en surface », détaille-t-il. D’autres facteurs conditionnent l’efficacité de l’intervention, notamment le type de rotation, la date de semis, la variété… « L’idéal est d’utiliser une variété qui démarre très vite en sortie d’hiver et au port étalé », note Benoît Gassmann, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Désherber mais pas que La houe est un outil polyvalent, utilisable sur de nombreuses cultures et adventices, avec un débit de chantier élevé. Au-delà du désherbage, elle est aussi efficace pour casser les croûtes, ou encore effectuer un faux semis. Efficace sur jeune plantule, la houe le sera moins sur des vivaces ou sur des plantes à système racinaire pivotant, et son efficacité s’estompe sur sols meubles. Autre inconvénient : « Les possibilités de réglage sont limitées. » La houe rotative Hatzenbichler comporte 36 bras équipés d’un système non-stop à doubles ressorts. Les étoiles en acier de 550 mm de diamètre sont suivies d’une rangée de dents étrilles de série, qu’il est possible de compléter avec une deuxième rangée en option. L’agressivité de leur travail peut être réglée grâce à trois positions. Et le sens de rotation des étoiles peut être inversé. Il est donc possible de travailler avec la pointe ou le dos de la cuillère selon le type de sol. L’ensemble de l’outil pèse 1,7 t, et requiert donc un tracteur d’une puissance de 100 ch minimum. Selon les modèles, l’investissement sera de 15 000 à 20 000 €, sachant que, dans les aires d’alimentation des captages d’eau potable, il est possible de bénéficier de subventions allant de 40 à 60 % de l’investissement. Des plantes boostées par le stress La herse étrille est également un outil relativement polyvalent, avec un débit de chantier élevé, mais qui peut s’avérer limite en conditions battantes. Autres limites : « un risque de bourrage sur colzas en sortie d’hiver, de peignage lorsqu’il y a beaucoup de résidus, et une pénétration réduite sur sols secs ou limoneux. » Outre l’action de désherbage, un passage de herse étrille permet d’aérer le sol, de le niveler, d’incorporer des engrais… Plus la herse est passée sur des cultures jeunes, plus il est conseillé de rouler lentement. Il est conseillé d’intervenir lorsque les adventices sont encore au stade de jeunes plantules, et d’éviter les stades sensibles des cultures, telle que l’émergence. Lors des premières utilisations, l’effet d’un passage de herse étrille sur les cultures peut faire peur. Mais David Kraemer l’assure, il ne faut pas se fier aux apparences : « Les plantes s’en remettent vite. Elles sont même parfois boostées par ce stress. » Un travail sur mesure Toutes les dents de la herse étrille Hatzenbichler sont équipées de trois spires de ressort. Elles sont fixées sur des paniers très flexibles, à raison de huit paniers pour une largeur de travail de 12 m. Elles ne sont pas trop longues, afin de bien rester dans leur ligne de travail. Et quatre roues de jauge permettent de bien maîtriser la profondeur de travail. Différents diamètres de dents sont proposés, ce qui permet d’adapter le travail aux cultures. « Les dents de 8 mm de diamètre sont plutôt destinées à l’entretien des prairies », illustre David Kraemer, qui constate : « Les réglages d’une herse étrille sont parfois délicats au début, mais deviennent plus faciles avec la pratique. » Compter 12 000 € pour un modèle à réglage manuel et 15 000 € pour un modèle à réglage hydraulique. Retrouvez cette démonstration en images :  

Publié le 15/06/2017

Mardi 30 mai, le réseau Dephy Légumes Alsace Lorraine, animé par Planète Légumes, organisait une demi-journée de démonstration de matériels de désherbage mécanique et thermique à destination des producteurs de légumes du Grand Est.

Dans le cadre de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, Planète Légumes anime un réseau Dephy Légumes Alsace Lorraine, qui a pour objectif de tester et valider des solutions alternatives aux traitements chimiques. Ce réseau comprend 10 producteurs en Lorraine et 11 en Alsace, dont Christian Ehrhart, de Niedernai, dont les terres accueillaient une démonstration de désherbage alternatif sur oignons et carottes. « Une démonstration du même type sur poireau et pomme de terre est prévue », annonce Chloé Schneller, animatrice du réseau Dephy Alsace Lorraine. En effet, ces démonstrations « émanent d’une volonté des producteurs qui sont confrontés à un cadre réglementaire de plus en plus contraint, avec de moins en moins de solutions chimiques à leur disposition ». Exemple : le Totril, un herbicide à spectre large est interdit depuis décembre 2015, et l’Afalon 50 L, un herbicide jusqu’ici homologué sur carotte, devrait perdre son AMM fin juillet. Aussi sont-ils soucieux de trouver des solutions alternatives qui soient acceptables, malgré les freins qui sont une organisation plus contraignante, la rareté des fenêtres d’intervention, et le montant des investissements. Des outils multifonctionnels Premier outil présenté, le combiné Speedridger de la société AVR, spécialisée dans la pomme de terre, se caractérise par un châssis équipé de vérins qui permettent d’appliquer une pression sur les buttes grâce à des billes d’azote. Ce châssis peut être équipé de différents éléments : des dents pour travailler un sol lourd, des disques pour butter, des socs pour désherber. Autre caractéristique : un système de rappui de la butte grâce à des capes qui peuvent être ouvertes ou fermées. Renseignements. La bineuse Duo-Parallelogramm de la société Kult est spécialement conçue pour les cultures légumières. Avant l’élaboration de l’outil final, le constructeur demande au producteur l’espacement entre les rangs afin de concevoir un outil qui se rapproche au plus près du rang. La bineuse à doigt est équipée d’étoiles qui scalpent les mauvaises herbes et ramènent de la terre sur le rang. Elles sont amovibles en fonction des cultures. Il est possible d’équiper l’outil du RTK, mais comme il faut alors le prévoir sur la bineuse et sur le tracteur cela représente un certain coût. Aussi le constructeur préconise-t-il plutôt un guidage manuel ou par caméra de la bineuse. Renseignements. Désherber couché Le chariot électrique ergonomique et automoteur de la société Coserwa, située à Hagenbach (68), est destiné aux travaux de soins et de récolte en position allongée ventrale. Il facilite considérablement le travail au niveau du sol puisque l’opérateur est couché et non pas accroupi et que le chariot avance tout seul. La vitesse est réglable, il est possible de faire marche arrière, et d’opter pour un chariot biposte ou monoposte. Ce type d’outil vient en complément des deux précédents, pour désherber sur le rang. Il est aussi utilisé pour effectuer des plantations en tunnel. À l’avant, le constructeur a prévu des emplacements pour des porte-cagettes. Il est aussi possible d’équiper le chariot de repose-tête pour soulager la nuque. Ou encore d’un poste coulissant pour travailler sur de plus grandes largeurs. Le constructeur avance une autonomie de travail d’une journée, la batterie se retirant très facilement pour être rechargée la nuit. Compter 3 800 à 4 500 € d’investissement en fonction des options. Renseignements. La société Terrateck, basée dans le Pas-de-Calais, conçoit du matériel pour des exploitations maraîchères allant de 1 à 20 ha, avec une large gamme de matériels manuels, mais professionnels, ainsi que des porte-outils maraîchers, dénommés Culti’track. Le plus petit développe une puissance de 23 ch. Il est conçu pour les travaux de semis, de binage, de hersage, d’étrillage… « Bref pour tout ce qui est gratouillage de précision », résume Romain Wittrisch, commercial de la société. « D’un poids de 900 kg, soit 2,5 fois moins qu’un tracteur, l’outil ne le remplace pas mais le complète. Il peut être conçu sur mesure en fonction des besoins des maraîchers. » Plusieurs options sont en effet envisageables : différents types de relevage, installation d’un petit pulvérisateur à l’arrière… Le Culti’track existe aussi en version 35 ch, pour porter une barre de 4,5 à 6 m, et être équipé de l’autoguidage. Renseignements. L’alternative du thermique Jean-Christophe Sussmann, de la société Sussmann FDC distribution, présentait un désherbeur thermique de la marque française 2Ebalm. Jusqu’à présent ce type de désherbeur fonctionnait en phase liquide, le gaz étant vaporisé au niveau du brûleur. L’outil présenté utilise un procédé en phase gazeuse, c’est-à-dire qu’il est équipé d’un détendeur qui lui permet d’atteindre des performances de chaleur supérieures. Les brûleurs de 38 kWatt chacun peuvent dégager une chaleur de 1 400 °C. Les tuyères se dévissent et les injecteurs peuvent être changés pour passer à 16 kWatt, produisant moins de chaleur mais de manière plus précise. Il faut compter 30 à 50 € de combustible par hectare à une vitesse d’avancement de 4-5 km/h qui est dictée par la taille des adventices. « Cet outil fonctionne sur à peu près toutes les cultures, mais pas à tous les stades », précise Jean-Christophe Sussmann. Sur maïs, poireau, pas de problème, car la nouvelle feuille est toujours protégée par les précédentes. Sur carotte, à l’inverse, la technique n’est envisageable qu’en prélevée. L’autre limite, c’est le volume de gaz qui peut être embarqué. Jean-Christophe Sussmann préconise d’utiliser une citerne de 560 kg, chaque brûleur consommant 2,5 à 3,2 kg de gaz par heure. Renseignements. La société Novaxi, importateur exclusif du matériel issu des ateliers anglais du fabricant Garford présentait notamment des bineuses guidées par caméra. Malheureusement, l’orage qui a éclaté à ce moment-là a coupé court à la démonstration ! Mais il est possible de visionner des vidéos des outils en action sur leur site. Retrouvez cette après-midi de démonstration en vidéo :  

Pose de nichoirs et implantations de haies

Les services rendus par la biodiversité

Publié le 21/04/2017

À Dambach-la-Ville comme dans bien d’autres lieux viticoles, la conscience des services bienfaiteurs rendus par la biodiversité chemine timidement mais sûrement. Mardi 28 mars, une quinzaine de vignerons accompagnés des associations Haies vives d’Alsace et de la Ligue de protection des oiseaux ont replanté des haies et posé des nichoirs.

Au programme de cette matinée écologique, deux interventions, l’une de Camille Grosse et l’autre de Jacques Detemple, de l’association Haies vives d’Alsace, et les explications de Laurent Waeffler, de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Puis, passage aux travaux pratiques avec la pose de 120 nichoirs dans le vignoble et des plantations de haies. Car le gîte pour la macrofaune ne suffit pas, il lui faut aussi le couvert. Une mésange ne va pas se nourrir que de 1 200 drosophiles par jour ou de chenilles, de vers de la grappe ou de cicadelles, il lui faut aussi de quoi manger les autres saisons… D’ailleurs, plusieurs vignerons s’essaient aujourd’hui à combiner avantageusement les arbres et les vignes. Camille Grosse donne plusieurs exemples d’agroforesterie, rappelant que la vigne est une liane et qu’elle s’accommode parfaitement aux arbres. C’est le système ancestral, dit de joualle, rappelle-t-elle, mis en œuvre aux domaines de Restinclières dans l’Hérault, Olivier de Serres en Ardèche, Émile Grelier en Gironde et François de Soos dans l’Aude. La culture de la vigne est combinée à des arbres valorisés en bois d’œuvre, en fruitiers ou tout simplement à des fins agronomiques. Selon les promoteurs de l’agroforesterie, les bénéfices attendus sur cet aspect agronomique sont beaucoup plus importants que ne le laisserait paraître une vigne concurrencée sous le pied d’un arbre. Le problème n’est pas l’eau, mais l’azote, précise Jacques Detemple, et à un degré moindre la lumière, même s’il est possible d’aménager les parcelles de manière à limiter l’ombre portée des houppiers, ou même de tailler les arbres en têtard et de les placer sur le rang de vigne, pour ne gêner aucunement la viticulture mécanisée. Une aubaine pour le vigneron car un arbre en têtard recèle beaucoup plus de biodiversité qu’un arbre classique. Quant aux branchages de l’année, ils constituent un amendement organique extrêmement fertilisant, par ailleurs mis en valeur à travers le bois raméal fragmenté (BRF). Que planter ? Du cormier, de l’épine-vinette, du noisetier, des fruitiers, etc. Idéalement jusqu’au 25 décembre, ou au printemps (attention s’il fait sec), en prenant soin de praliner les racines : un quart de terre de forêt, un quart de bouse, un quart d’argile et un quart d’eau, et en paillant le pied, explique Camille Grosse. Jacques Detemple rappelle l’importance de laisser des arbres morts au tronc creux, véritable gîte pour la faune cavernicole, oiseaux, chauves-souris, qui sont de véritables régulateurs d’insectes phytophages.

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