Travaux de saison

Publié le 19/09/2017

Ils sont pour l’instant sept agriculteurs du Centre Alsace et du sud du Bas-Rhin qui relancent la Cuma Terre et Prés, avec au programme des investissements en matériel agroenvironnemental pour les cultures spéciales pommes de terre, vignes, céréales.

Cuma Terre et Prés rassemble pour l’instant sept agriculteurs et viticulteurs des environs d’Obernai, dont la ferme du lycée agricole d’Obernai, et des cantons limitrophes du nord du Haut-Rhin. La dynamique de cette Cuma, qui avait été lancée par Raymond Durr à Boofzheim, retrouve un nouveau souffle grâce à l’impulsion des deux agriculteurs, Francis Humann et Maurice Meyer, qui peuvent compter sur un groupe d’agriculteurs tels Pierre Beinert et Freddy Merkling, bien décidés à co-investir dans du matériel agricole à vocation agroenvironnementale. Du matériel bien souvent très spécifique d’une culture, mais dont les vertus agronomiques sont éprouvées. Exemple. Récemment, chez Kévin Adam, de la ferme-restaurant la Coccinelle à Witternheim, les membres de la Cuma ont assisté à la démonstration de ce qui allait être leur premier investissement : une écimeuse Meneguzzo, dont le principe est d’écimer les adventices qui dépassent des cultures avant qu’elles montent à graine. Un outil en 12 mètres qui peut servir aussi bien pour les betteraves, pommes de terre, que contre les vulpins ou la folle avoine des céréales. Le groupe ambitionne d’acquérir en outre plusieurs outils tels qu’une défanneuse thermique pour pommes de terre, un retourneur d’andains pour compost. Il estime qu’il y aurait beaucoup de débouchés locaux s’il investissait dans une unité mobile de triage et de séchage des graines de semences ou destinées à alimentation. De même, un récupérateur de menue paille aurait la double vertu de constituer une litière nourrissante pour des élevages de volailles ou autres, pour ensuite être compostée ou méthanisée. Mais dans un premier temps, après l’écimeuse dont l’investissement est éligible au PVE (Plan végétal environnemental), le groupe réfléchit à la location d’un tracteur en commun, dont les besoins se font sentir en appoint dans les exploitations agricoles. À moyen terme, la Cuma jouerait un rôle de passerelle pour les échanges de matières organiques valorisées entre les exploitations qui en produisent et les exploitations qui l’utilisent, par exemple entre les élevages et la viticulture.

Chez Jean-Luc Galliath à Bergholtz

Encore hébergés chez le viticulteur

Publié le 16/09/2017

Rares sont encore les viticulteurs qui hébergent leurs vendangeurs en Alsace. Jean-Luc Galliath à Bergholtz est l’une de ces exceptions. Chaque année, il retrouve avec plaisir deux Vosgiens qui viennent renforcer son équipe. Rencontre…

Il s’agit de sa 41e vendange chez le viticulteur haut-rhinois. Il n’a jamais vendangé ailleurs. Et surtout pas chez lui où il n’y a pas de vignoble. Philippe Laurent habite à Grandvillers, une petite commune non loin d’Épinal dans les Vosges. À 57 ans, il est en fin de carrière et travaille dans le pompage de béton. Et c’est au tout début de sa carrière professionnelle qu’il rencontre Jean-Luc Galliath. « Je bossais pour mon entreprise dans un hôtel non loin de Bergholtz. J’ai croisé quelqu’un qui vendangeait chez lui et qui m’a demandé si cela pouvait m’intéresser. J’ai eu envie d’essayer. Cela s’est très bien passé. Depuis, je reviens chaque année », raconte Philippe Laurent. À l’époque, partout dans le vignoble, la plupart des vendangeurs étaient hébergés. Cela se déroulait dans la convivialité. Le travail était prenant en journée. Et le soir venu, c’était la fête. Petit à petit, les contraintes administratives, l’évolution sociétale, mais également les disponibilités des potentiels vendangeurs ont fait que ce qui était la règle est devenu une exception. Philippe Laurent est ravi de poursuivre l’aventure. « Avec mon employeur, c’est très clair. Il sait que pendant trois semaines, je suis ici. J’ai commencé comme simple coupeur avant de pouvoir assumer quelques responsabilités », se félicite le Vosgien. En réalité, Philippe Laurent est devenu son bras droit, son homme de confiance. « Il connaît toutes mes parcelles. Après toutes ces années, il a également bien compris ma philosophie de travail. Une relation amicale et professionnelle existe désormais entre nous. Du coup, je lui fais entièrement confiance. C’est lui qui s’occupe des vendangeurs en tant que « chef d’équipe ». Quand je ne suis pas là pour une raison ou une autre, je sais qu’il est là et que cela va bien se passer », précise Jean-Luc Galliath. Depuis neuf vendanges, Philippe Laurent est accompagné d’Alain Crépin. Domicilié à Épinal, ce jeune retraité de La Poste, âgé de 63 ans, n’a pas hésité à suivre son ami. « Quand j’étais en activité, c’était impossible de me libérer. Dès la retraite, j’ai suivi Philippe qui me parlait des vendanges depuis de nombreuses années. Cela me permet d’être actif. J’apprécie cette période. Ici, on bosse dans la convivialité. Cela change du « train-train » quotidien. Et, du coup, cela me permet de mieux comprendre comment on fait le vin. Pour ma part, je coupe, je vide les seaux. Et puis je prépare la caisse de boisson », ironise Alain Crépin. Les deux Vosgiens sont arrivés sur l’exploitation samedi 28 août. Ils sont hébergés au sein même du domaine, dans la maison de la maman de Jean-Luc. « Héberger davantage de monde, c’est trop difficile car je n’ai pas de locaux disponibles pour le faire. Il y a 40 ans, c’était plus facile. Les vendanges duraient une dizaine de jours. Aujourd’hui, entre le crémant, l’AOC Alsace, les vendanges tardives, les vendanges sont très étalées. Avec Philippe et Alain, c’est simple et clair », ajoute le viticulteur. Rester ensemble Pour l’équipe de vendangeurs, une dizaine de personnes au total, la journée démarre avec un petit-déjeuner en commun à 7 h du matin, puis direction les vignes dès 8 h et jusqu’à 17 h environ. Le repas de midi est pris dans les vignes. Les journées peuvent être raccourcies par la pluie ou les grosses chaleurs. Ou encore, comme cette année, si le millésime est pingre en quantité. « Nous respectons un strict planning des vendanges. Je suis coopérateur chez Wolfberger. Je procède par étapes bien définies. On a débuté par les crémants qui représentent 50 % de la surface totale chez moi. Ensuite, pour l’AOC, on a commencé à vendanger les parcelles de pinot blanc. Je pense terminer vers le 13 septembre, sans compter mon grand cru Spiegel. Pour les vendanges tardives, on verra. C’est un millésime très atypique », note Jean-Luc Galliath. Après chaque journée de vendange, l’équipe de vendangeurs prend l’apéro. « C’est très important de rester ensemble. Il y a un temps pour tout. Le travail évidemment, mais la convivialité également. Cela permet d’entretenir les relations, l’amitié ». Un apéro qui se prolonge en soirée pour Philippe et Laurent avec le dîner et d’autres moments festifs. Des moments qui permettent aux Vosgiens de l’affirmer sans détour. « Nous serons encore là l’an prochain ».

Maïs ensilage shredlage

Premiers ensilages en Alsace

Publié le 15/09/2017

La technique d’ensilage shredlage, en déchiquetant le maïs, doit permettre d’augmenter sa surface de contact, donc de favoriser sa fermentation au silo et sa digestion dans le rumen. Les premiers utilisateurs alsaciens en attendent des performances zootechniques accrues.

Un certain nombre d’entreprises de travaux agricoles ont investi cette année dans la technologie shredlage. Parmis elles figure l’ETA Friess, située à Rohr : « Le shredlage est une technique qui vient des États-Unis, et qui consiste à utiliser un éclateur spécial », explique Rémy Friess, gérant de l’ETA. Les rouleaux shredlage ont un profil en dents de scie et sont rainurés en croix. Les rouleaux avant et arrière tournent en sens contraire avec un différentiel de vitesse de rotation de 50 %. En passant à travers les rouleaux, la partie intérieure tendre des tiges est broyée dans le sens de la longueur, les rafles et les feuilles sont broyées, défibrées, et les grains de maïs éclatés. Mais pour que les tiges soient broyées dans le sens de la longueur, il faut partir de brins plus longs, donc d’un hachage plus grossier, ce qui suggère aussi d’équiper l’ensileuse d’un autre type de rotor, qui requiert plus de puissance. Le coût des chantiers s’en trouve augmenté, et leur débit diminué, « mais dans notre cas c’est compensé par l’augmentation de la puissance de l’ensileuse », indique Rémy Friess. L’entrepreneur a investi dans une ensileuse Claas Jaguar 960 équipée de la technologie shredlage parce qu’il a senti la demande se développer : « Les éleveurs sont à la recherche de solutions pour dégager de la marge. Or la technique du shredlage doit permettre d’accroître les performances alimentaires du maïs ensilage », indique Rémy Friess. Plus grossier, mais plus accessible Avec cette technique, le fourrage est fortement déchiqueté, la surface de contact du maïs est donc augmentée, et il est alors plus accessible aux micro-organismes du rumen, donc plus digestible. En outre, avec davantage de particules grossières, il fournit dans le même temps des fibres. Ce qui pourrait permettre d’améliorer le fonctionnement du rumen, tout en diminuant les apports de foin sec et/ou de paille. C’est après avoir lu plusieurs articles élogieux sur la technique du shredlage dans la presse spécialisée que les associés du Gaec de la Marjolaine, à Littenheim, ont décidé de la tester. Devant le silo qui se remplit avec les 21 ha de maïs ensilé en shredlage, contre 50 ha ensilés classiquement, Pierre Rheinhart, commente : « Il s’agit d’un maïs semé en dérobé après une céréale. Il est encore un peu vert pour être récolté, nous sommes à 29 - 30 % de matière sèche, mais nos autres parcelles ont été récoltées à l’optimum, soit 32 - 35 % de matière sèche, et on ne voulait pas multiplier les chantiers. Pour l’instant la qualité de la coupe a l’air bonne. On verra à l’ouverture du silo. » Combiner énergie et fibrosité Les éleveurs gèrent un troupeau de 150 vaches laitières de race prim holstein qu’ils nourrissent avec une ration composée de deux tiers d’ensilage de maïs, un tiers d’herbe, 1,5 à 2 kg de céréales, du tourteau de colza et de soja, des drêches de brasserie, du regain, et 200 à 300 g de paille. Pierre Rheinhart développe les raisons qui ont poussé les associés à tester la technique : « Notre principal objectif, c’est d’améliorer la santé des animaux. Notre production moyenne est d’environ 10 000 l de lait par vache, donc je ne pense pas qu’on en tirera beaucoup plus avec le shredlage. Par contre, à ce niveau de productivité, on risque vite l’acidose. On est toujours un peu sur le fil en début de lactation. Donc on cherche à diminuer le phénomène d’acidose, en faisant davantage ruminer les vaches. » Pour lui, l’avantage du maïs shredlage c’est de combiner énergie, puisque la cellulose est mieux attaquée dans la panse, et rumination, grâce aux fibres. « J’ai toujours trouvé ça un peu absurde de chercher d’une part à amener de l’énergie avec un type de fourrage, puis à la diluer avec un autre. Parce que si on a un maïs avec trop d’UF, on est souvent juste en fibrosité. Avec le maïs shredlage, on devrait combiner les effets positifs du maïs et de la paille. » Avec, peut-être, des économies de paille à la clé. Limiter les refus et l’acidose Les éleveurs espèrent aussi valoriser un maximum de fourrage : « Pour atténuer le risque d’acidose, on cherche à ne pas couper trop court. Mais en même temps les brins trop longs sont refusés par les vaches. Avec le shredlage, on a aussi des brins longs, mais comme ils sont lacérés, on espère avoir moins de refus, tout en limitant l’acidose. Si on y parvient et qu’on arrive à diminuer les frais vétérinaires, ce sera un plus ». Pour cette première tentative, la longueur de coupe a donc été réglée à 24 mm. Et, comme la nouvelle Claas Jaguar de l’ETA Friess est équipée d’un analyseur d’humidité, ce sera bien 24 mm quelles que soient les variations de la teneur en matière sèche au sein de la parcelle. En effet, situé sur la goulotte, l’analyseur mesure en temps réel l’humidité du maïs, ce qui permet d’ajuster la longueur de coupe. « Le silo contenant le maïs shredlage sera attaqué en janvier-février, puis nous reviendrons à un silo contenant du maïs ensilage classique, où nous avons mis du conservateur, en prévision de l’été. Notre salle de traite est équipée d’un compteur, donc nous verrons bien si nous constatons un changement à ce moment-là », conclu Pierre Rheinhart. Et, si la technique du shredlage tient ses promesses, les éleveurs n’hésiteront pas à convertir toute leur surface en ensilage à cette méthode. Retrouvez le chantier d’ensilage shredlage au Gaec de la Marjolaine en images :  

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