Travaux de saison

Journée technique Vitisphère Alsace

Mildiou : ne pas se louper sur le premier traitement

Publié le 10/02/2017

Le 18 janvier, Vitisphère Alsace proposait sa journée technique, avec comme thématique « la physiologie et les mises en réserve de la vigne ». Avec en point d’introduction, le mildiou.

La question de la physiologie des mises en réserve de la vigne peut contribuer à expliquer pas mal de comportements vis-à-vis des maladies que sont le mildiou, l’oïdium et peut-être même les maladies du bois. Pour y voir plus clair, l’équipe Vitisphère Alsace proposait le 18 janvier une journée de réflexion sur ce sujet. Les attaques sur le feuillage, par exemple de mildiou, pénalisent la photosynthèse, et entravent ensuite la maturation, décrit Philippe Kuntzmann. Pour comprendre l’intensité des attaques de ce millésime, il faut bien comprendre le cycle de ce parasite phytophage « proche de l’algue », fortement dépendant de la température et de l’humidité. La contamination primaire, germination des oospores, se fait dès que la température atteint 11 °C et qu’il y a de l’eau. La durée d’incubation dans la vigne peut alors être de six jours au minimum. « Une bonne curativité de traitement systémique ne doit pas dépasser 30 % du temps d’incubation. » En d’autres termes, le vigneron a 48 heures pour intervenir après la première contamination si l’incubation est très rapide. « D’où l’intérêt de bien raisonner la lutte au démarrage. » Attention, le mildiou contamine et sporule par la face inférieure des feuilles uniquement. Donc le premier traitement de contact doit être bien positionné, tandis qu’un produit systémique « migre de la face supérieure vers la face inférieure et dans toute la plante ». Une fois la plante contaminée, les choses peuvent aller très vite ! La durée des germinations des conidies est de 16 h à 6 °C, mais elle est de 10 minutes à 20 °C. « Ce qui importe à ce stade, c’est la durée d’humectation. Une pluie qui sèche rapidement ne fait pas sporuler les taches. Mais une pluie de fin de journée et dont l’humidité est conservée la nuit provoque des sporulations. » Une année précoce en mildiou Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise dès le débourrement de la vigne. Il faut cependant la trilogie : 11 °C pendant 3 à 4 h, présence d’eau plutôt stagnante et un végétal réceptif, soit des feuilles avec des stomates, rappelle Philippe Kuntzmann. « Officiellement, la position alsacienne a toujours été d’attendre les premiers foyers primaires et de confirmer leur présence pour déclencher les traitements. En 2015 et 2016, nous avons conseillé d’intervenir au plus tard à la date de sortie des foyers primaires, aussi bien en bio qu’en conventionnel, explique le responsable technique Vitisphère Alsace. Et en bio, c’est encore plus important car on ne peut pas compter sur des produits de rattrapage. » Cette année, la maturité des œufs d’hiver était acquise au débourrement, il importait donc d’intervenir dès le stade de réceptivité de la vigne, soit les premières feuilles avec stomates. Au stade 3-4 feuilles ? « Tout va dépendre des conditions météorologiques à partir de ce débourrement. En 2013, il a fait ensuite très frais. Ce qu’il faut c’est intervenir au bon moment ! » L’année a cependant été délicate pour les interventions : « On supposait d’après les modèles qu’il y avait de grosses contaminations primaires. Mais les données météorologiques n’étaient pas très bonnes et il y a des risques de ne pas avoir de fenêtre pour traiter et ce d’autant que les conditions réglementaires de traitement deviennent restrictives. » Enfin, plusieurs précautions ont été rappelées : alterner les molécules curatives et systémiques en raison des résistances, adapter la dose au feuillage surtout en début de traitement. En cas de conditions fraîches et humides, on peut observer une plus grande sensibilité des inflorescences qui restent plus humides… « Un autre élément important, c’est la qualité de pulvérisation. Et la qualité de couverture en fin de saison, pour garantir la bonne photosynthèse pour une bonne mise en réserve. » Enfin, Philippe Kuntzmann rappelle la question de la « préventivité vieillissante » des traitements : « Au bout de 10 jours, l’efficacité est de 0 %, le cymoxanil est dégradé à 5 jours dans la plante, le fosétyl assure la protection à 14 jours. Il faut donc considérer le grammage de fosétyl par hectare. »

Publié le 10/02/2017

Les 30, 31 janvier et 1er février, une trentaine d’aspirants à leur initiation ou à leur perfectionnement à la production de houblon ont participé à la première formation houblon expert délivrée par le Comptoir agricole dans le cadre de son offre Comptoir Academy.

Du houblon en Bretagne. Une utopie, une hérésie ? Ou une réalité, dans un avenir plus ou moins proche ? Au regard de la composition de la première promotion issue de la formation houblon expert, la dernière proposition semble la bonne. Peu d’Alsaciens, puisqu’ils n’étaient que six sur tout le contingent, mais faisant preuve d’un bel optimisme et d’une certaine confiance en l’avenir. Le reste de la promotion était constitué de personnes aux origines très diverses. Des Mosellans, un Poitevin, des Bretons, un Nantais, un Alpin, un Francilien, deux Flamands, mais aussi des Belges… Et porteurs de projets aussi divers que des agriculteurs brasseurs, bien installés ou en cours d’installation, qui souhaitent asseoir leur production de houblon, voire la développer, des maraîchers qui envisagent de produire du houblon bio, pourquoi pas associé à des moutons, un futur conseiller agricole spécialisé en houblon, un porteur de projet d’une brasserie associative, un malteur de métier qui souhaite tester la culture du houblon sur l’exploitation familiale, un paysagiste qui envisage de produire du houblon bio pour les microbrasseurs de sa région, deux jeunes qui se sont déjà fixé un objectif bien précis : produire 10 hectares de houblon bio à l’horizon 2020… De cet inventaire il est possible d’extraire plusieurs tendances : l’engouement pour les microbrasseries ne se dément pas et continue à dynamiser la demande pour des houblons aromatiques, originaux et, de plus en plus, bios. Un intérêt des agriculteurs pour les cultures de diversification, qui peuvent leur permettre d’accroître leur résistance face aux aléas. Et il apparaît que les néoaspirants à la production de houblon sont plutôt jeunes, déjà bien informés sur le sujet, plein d’idées et qu’ils ont une vision moins traditionnelle de la culture du houblon que celle qui est bien ancrée dans les mœurs alsaciennes. Tout en restant néanmoins preneurs du savoir-faire ancestral des houblonniers alsaciens ! Une formation pour une nouvelle ère Pour transmettre ce savoir-faire, le Comptoir agricole a élaboré une formation dispensée sur deux jours, au fil d’un programme complet : organisation de la filière houblon et marché international, aspects agronomiques de la culture de houblon, économie et gestion des charges en production, process et qualité, gestion des ressources humaines. Pour faire ingurgiter ce programme en deux jours sans dégoûter à jamais les participants du houblon, des sorties sur le terrain étaient également au programme : découverte d’une houblonnière, en l’occurrence adossée à une microbrasserie, celle de Sébastien Holtzmann à Wingersheim, et visite du centre de réception des houblons du Comptoir agricole à Brumath. En guise d’entrée en matière, les attentes des participants à la formation ont été recueillies, et quelques-unes s’avèrent révélatrices d’un changement d’ère pour le houblon : Y a-t-il une altitude limite pour cultiver le houblon ? Quelles sont les techniques de conduite du houblon en bio ? La première transformation est-elle envisageable à petite échelle ? Des parts de marché à conserver et développer Antoine Wuchner, responsable commercial pour la filière houblon au Comptoir agricole, a accueilli les participants à cette formation : « La France produit actuellement 440 ha de houblon, dont 95 % en Alsace, et nous sommes persuadés qu’il y a encore de la place sur le marché mondial pour nos variétés alsaciennes ». Et ces dernières peuvent être produites en Alsace, certes, mais aussi dans le reste du monde. Le Comptoir agricole a en effet su adapter son offre de houblon à l’essor des microbrasseries en élaborant une gamme de variétés aromatiques. Et, alors que les prémices d’une réduction de ce marché se font sentir, la coopérative compte bien asseoir la réputation de qualité et de savoir-faire qu’elle a acquise auprès des brasseurs, en France et à l’étranger. « En Belgique, aux États-Unis, au Canada et au Japon, nous travaillons avec des distributeurs partenaires. Ailleurs nous passons par des négociants. Nos principaux pays cibles pour développer nos ventes de houblon sont l’Allemagne, le Japon, des pays qui ont une tradition brassicole, où le houblon est apprécié et qui pratiquent la contractualisation. En effet, aujourd’hui notre production est commercialisée sous contrat à 85 % et nous avons pour objectif de maintenir, prolonger et développer ces contrats car ils procurent une meilleure visibilité sur les volumes et les prix, tant pour les producteurs que pour les brasseurs. » 55 400 ha dans le monde, 440 ha en France Actuellement située à 1,933 million d’hectolitres (Mhl), la production mondiale de bière est en baisse pour la troisième année consécutive. Les besoins en alpha suivent la même tendance. La production de houblon, elle, devrait enregistrer une forte hausse en 2016, passant de 51 512 ha en 2015 à quelque 55 400 ha en 2016. L’étude de l’évolution de sa progression depuis 2004 révèle que « le houblon est une culture cyclique, avec des niveaux de production à la hausse puis à la baisse… Et sur lesquels le ralentissement du marché des microbrasseries aura sans doute un impact. » Reste que ces dernières années, les États-Unis ont fortement augmenté leur production, qui atteint désormais 18 478 ha. Ce leader est suivi de près par l’Allemagne (18 478 ha), qui produit surtout des houblons amérisants. La France et ses 440 ha fait donc office de Lilliputien. Une production structurée Ce qui ne l’empêche pas d’être bien structurée, au niveau de deux organisations économiques (le Comptoir agricole en Alsace et la Coophounord dans les Flandres), d’une interprofession (l’association générale des producteurs de houblon de France - AGPH), d’instituts techniques et de partenaires techniques, notamment l’Association pour la coopération technique agricole (Acta), des pouvoirs publics et les partenaires institutionnels, notamment FranceAgriMer, et d’instances internationales. À l’heure actuelle, l’adhésion à l’AGPH se fait automatiquement en adhérant à l’une des deux coopératives. Mais l’interprofession pourrait à l’avenir faire évoluer ses statuts pour permettre l’adhésion en direct des producteurs. Au sein de l’Acta, afin de favoriser la mobilisation des ressources génétiques, une banque variétale regroupant différentes collections issues de la population strisselspalt, ainsi que d’autres variétés, étrangères ou anciennes, ont été créées en plusieurs endroits à titre d’observation, des travaux sont également menés sur la maîtrise des bioagresseurs, sachant qu’en tant que culture mineure, le houblon peine à attirer l’attention des firmes phytosanitaires et dispose donc de peu de solutions chimiques. Enfin des travaux sont menés sur la fertilisation azotée, l’amélioration des équipements de récolte et de séchage afin de limiter les charges et d’obtenir des houblons de qualité, de déterminer la date optimale de récolte… FranceAgriMer a pour mission la mise en œuvre de la certification de la production française de houblon. Une certification obligatoire en cas de vente de houblon, afin de garantir à l’acheteur que le houblon respecte un certain nombre de critères de qualité (pourcentage de déchet, humidité, pureté variétale, taux de graines). La DDT quant à elle s’occupe notamment du versement d’une aide Pac couplée à la surface de production de houblon. En 2015, l’enveloppe de 300 000 € était attribuée au prorata des hectares produits. L’aide devrait être reconduite jusqu’en 2020. Une plante volubile et dioïque Dans un autre module de la formation, consacré aux aspects agronomiques de la culture de houblon, Michèle Dauger et Bernadette Laugel, qui travaillent sur les aspects techniques et agronomiques de la culture du houblon au Comptoir agricole, ont commencé par présenter les caractéristiques de la plante, « volubile », c’est-à-dire qu’elle tourne autour d’un support grâce à ses lianes munies de crochet, et « dioïque », c’est-à-dire qu’elle présente des plantes mâles et des plantes femelles bien distinctes. Seules les fleurs femelles se transforment en cônes et les cônes grainés, donc fécondés par des plants mâles, ne sont pas marchands. Le houblon est principalement cultivé pour son cône, riche en lupuline, utilisée en brasserie et en herboristerie. Mais la plante a d’autres ressources : les jeunes pousses, ou jets de houblon, peuvent être consommées en légumes, les lianes peuvent servir en vannerie, le reste en fourrage, à condition d’en extraire au préalable les éventuels débris métalliques. La lupuline se compose d’huiles essentielles et de résines dont les acides alpha, qui confèrent de l’amertume à la bière, des acides bêta, qui sont utilisés dans la lutte contre le varroa dans les ruches bios et du xanthohumol, aux propriétés anticancéreuses. Le houblon est une plante pérenne qui stocke des éléments nutritifs (mais parfois aussi des maladies) dans une souche souterraine permanente. C’est de cette souche que les bourgeons dormants, formés en fin d’été, se développeront en liane au printemps suivant. La multiplication du houblon se fait généralement par bouturage. Les boutures, les boutures racinées ou les plants horticoles doivent être implantés dans des parcelles où ils seront à l’abri à la fois des excès d’eau qui les font pourrir, des chaleurs excessives en été, qui font chuter la teneur en alpha, et du vent qui risque de décrocher les lianes. En Alsace la densité de plantation va de 2 500 à 3 500 pieds par hectare selon la vigueur des variétés. « La densité doit permettre à la lumière de pénétrer pour favoriser la floraison et la conaison », indique Michèle Dauger. En effet, le développement des inflorescences requiert 16 à 18 heures de lumière par jour, et a donc lieu courant juillet - août. Soigner l’installation L’installation des plants la première année sera le gage de réussite de la culture les années suivantes. Elle doit donc être soignée afin de garantir la régularité, la vigueur des plants, l’absence de manquants… « Il est particulièrement important d’avoir des lignes bien droites », prévient Michèle Dauger. Une fois que la houblonnière entre en production, plusieurs opérations culturales se succèdent. Le déchaussage consiste à enlever de la terre de part et d’autre de la ligne de plantation. Réalisé en automne et en hiver il permet notamment au gel d’agir sur l’oïdium. Au printemps, la taille consiste à enlever la base des lianes de l’année précédente. S’ensuivent la mise en place des fils tuteurs et l’ébroussage, qui permet d’enlever mécaniquement une grande partie des lianes superflues pour préparer la mise au fil car « sur quelque 100 lianes émises par souche, seules trois ou quatre seront mises au fil ». Une fois mises au fil, ces lianes doivent régulièrement être raccrochées jusqu’à ce qu’elles atteignent le haut de l’échafaudage. Le buttage, souvent réalisé en deux fois, consiste à apporter de la terre meuble sur les souches afin de favoriser le développement des racines estivales. Le défanage consiste à nettoyer la base des lianes afin de faciliter la récolte. Celle-ci a lieu avant la maturité du houblon, alors qu’il est encore vert, mais qu’il contient un maximum d’acide alpha et d’arôme. La plante entière est exportée du champ à l’aide d’une remorque arracheuse, puis les cônes sont séparés du reste de la plante, séchés et conditionnés. « Le séchage doit être rapide pour ne pas que le houblon parte en fermentation. Il se fait à 60 °C pendant 4 à 6 h, le temps que le houblon qui arrive à 80 % d’humidité atteigne 8 à 9 % d’humidité. Puis le houblon est laissé deux jours en tas, pour reprendre en humidité et garantir un séchage plus homogène, le rachis séchant plus lentement que les folioles. Le houblon doit atteindre 11 % d’humidité pour être commercialisé. C’est donc en général le débit au séchage qui régule le débit de la cueillette », indique Michèle Dauger.   Culture mineure Pour finir ce module, Bernadette Laugel a présenté les diverses maladies et ravageurs du houblon (mildiou, oïdium, charançon, acarien, puceron, altise, virus). Le houblon étant une culture mineure (moins de 20 000 ha et production annuelle inférieure à 400 000 t), la profession a la possibilité de demander des extensions pour usage mineur de produits phytopharmaceutiques. Reste que la gamme de solutions chimiques autorisées est réduite. Dès lors, la meilleure des protections reste le respect des mesures prophylactiques (nettoyage des houblonnières, fertilisation raisonnée, et en particulier pas avec des résidus de houblonnières) et la lutte raisonnée grâce à l’observation, la protection des auxiliaires… Preuve de l’avenir des variétés alsaciennes : certains participants ont profité de leur séjour dans le berceau du houblon pour acquérir auprès du Comptoir agricole quelques kg du précieux or vert, qu’ils s’empresseront d’ajouter à leurs brassins !

Publié le 16/01/2017

Mildiou, alternaria, jambe noire, dartrose, doryphore, puceron, taupin… la pomme de terre ne manque pas d’amateurs. Pour qu’elle arrive sans trop d’encombres jusqu’aux consommateurs, il faut la surveiller comme le lait sur le feu.

La précédente campagne a accumulé les facteurs préjudiciables à la réussite de la culture de la pomme de terre. En conventionnel, les rendements sont inférieurs à ceux des dernières années, et ils sont souvent catastrophiques en bio. L’élément marquant de la campagne a été la pression très forte en mildiou (lire aussi l’article de Denis Jung paru dans notre n° 1 en page 11). Une épidémie d’autant plus difficile à gérer que les feuillages étaient souvent développés, avec une surface foliaire à traiter importante, et que les modèles avaient tendance à plafonner, étant donné l’intensité de la pression. « Outre par les conditions météorologiques propices, celle-ci peut s’expliquer par des recombinaisons de souches de mildiou, ce qui expliquerait les démarrages précoces, ou encore par une contamination des plants », indique Denis Jung, conseiller spécialisé en pomme de terre à Planète Légumes et à la Chambre d'agriculture du Grand Est, lors des réunions techniques des 20 et 21 décembre 2016. La campagne 2016 restera donc dans les annales comme une année à mildiou. Même si d’autres agents pathogènes se sont attaqués aux champs de pommes de terre : alternaria, jambe noire dans les parcelles inondées, dartrose, doryphore, puceron, taupin… Et puis l’alternance entre l’humidité printanière et la sécheresse estivale a pu entraîner des fissurations des tubercules, préjudiciables à leur commercialisation. Traitement des plants : Oscar WG évolue Dans le cadre de la lutte contre la gale argentée, la spécialité Oscar WG n’apporte pas vraiment de gain de rendement, mais améliore la conservation des tubercules. Oscar WG est aussi un peu plus efficace que les autres solutions sur le rhizoctone brun, dont l’inoculum primaire peut provenir des plants ou du sol. En outre, le produit va changer de packaging. Il sera désormais conditionné en bidon de 5 litres ou en sceau de 10 l, dans lesquels il suffira de rajouter de l’eau, d’attendre 15 minutes pour laisser gonfler les granulés, puis de mélanger pour obtenir leur dispersion. Cette nouvelle formulation permet en outre de limiter le volume de bouillie, donc de ne pas trop mouiller les pommes de terre. La machine Oscar System, renommée Robstar, utilisée pour traiter les plants avec ce produit, a été testée pour évaluer son efficacité. Elle s’avère la solution la plus efficace sur le plus large spectre de maladies. « En février une démonstration avec différentes firmes et produits de traitement des plants, ou des pommes de terre après récolte pour le traitement anti-germination, sera organisée », annonce Denis Jung. « L’acquisition de tels outils de traitement des plants représentant un certain coût, il peut s’avérer intéressant de se regrouper », poursuit-il. À noter aussi que la Caisse d’assurance accidents agricole (CAAA) accorde des aides à l’investissement dans ces outils qui limitent le contact avec les produits phytosanitaires. Taupins : miser aussi sur la prophylaxie Une nouvelle espèce de taupin, avec un cycle deux fois plus rapide que l’espèce endémique, et aussi plus vorace qu’elle, se développe, ce qui pourrait accroître les dégâts causés par ce ravageur sur la pomme de terre. Une dérogation pour l’utilisation du Mocap 15G sur pomme de terre a été demandée, ainsi que son homologation pour cet usage. « Un dossier à suivre de près. » Autres solutions : Karate 0,4 GR et Trika Expert, dont une nouvelle formulation est attendue pour 2017. « Un essai a mis évidence une meilleure efficacité de Mocap 15G par rapport aux deux autres solutions », indique Denis Jung. À noter aussi que des produits de biocontrôle sont en cours d’évaluation, comme le Met 52, qui contient un champignon entomopathogène qui infecte le taupin. « À la dose de 50 kg/ha son efficacité s’avère intéressante en conditions humides. » D’autres produits, comme Biofence et Tapis Vers, à base de glucosinolates, devraient être homologués. « Ils peuvent permettre de réduire les attaques de 50 %, mais pèchent par un comportement irrégulier. » Enfin, certaines mesures prophylactiques permettent d’endiguer le ravageur. Il est en particulier recommandé de privilégier les variétés les moins appétentes. Plus la peau est fine, plus les dégâts sont importants. Et les taupins seraient attirés par les émissions de CO2 en provenance des tubercules. Des émissions qui seraient plus ou moins importantes en fonction des variétés. En raison du manque de rémanence des produits, donc des attaques qui peuvent intervenir tardivement, il convient de ne pas procéder à des récoltes trop tardives. Le travail du sol à l’automne et au printemps permet de réduire le nombre de larves, donc d’avoir davantage de tubercules peu touchés. Les rotations longues (six-sept ans plutôt que quatre), avec une autre protection anti-taupin dans la rotation, par exemple sur maïs, sont également à privilégier. Désherbage : ne pas lésiner sur le mulch Planète Légumes a mené un essai pluriannuel visant à tester l’efficacité d’un mulch de luzerne pour couvrir le sol et ainsi éviter à la fois la levée des adventices et le réchauffement trop rapide du sol. L’essai comportait quatre modalités : témoin sans mulch, mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur, mulch épandu en plein sur 10 cm d’épaisseur, mulch épandu entre les buttes sur 20 cm d’épaisseur. Le mulch a été épandu le 10 juin sur la variété Agria. Résultats : un effet sur le rendement, sur le calibre - en augmentation - et sur la gestion des adventices avec 80 % des adventices recouvertes a pu être mis en évidence avec la modalité du mulch épandu en plein sur 20 cm d’épaisseur. Côté solutions chimiques, le Proman est une spécialité à base de metobromuron (500 g/l). Ses autres noms commerciaux sont Soleto et Inigo. Son spectre d’action est assez complet. Son efficacité est notamment intéressante sur morelle, qui pose problème en Alsace. Il l’est moins sur gaillet et mercuriale. Mais il est associable à un certain nombre d’autres produits. Il est généralement utilisé en désherbage de prélevée, « mais en 2016 il a été dans des situations limites positionné en post-levée, ce qui a permis de constater l’absence de phytotoxicité ». De l’azote contre alternaria Dans un autre essai, c’est l’effet de diverses modalités de fertilisation azotée, notamment sur le développement d’alternaria, qui était étudié. Premier enseignement, le témoin non fertilisé présente moitié moins de feuillage que les autres modalités. Et, plus la dose totale d’azote apporté est importante, plus le feuillage est développé. Autre enseignement : c’est avec la fertilisation fractionnée en trois apports (105 puis 40, puis encore une fois 40 unités) que la résistante à alternaria est la meilleure. Denis Jung insiste sur l’importance de faire des mesures de reliquats azotés, pour apporter la bonne dose, afin d’optimiser à la fois le rendement et la résistance à alternaria. Et, dans les situations à risque alternaria avéré, le fractionnement en deux, voire trois, apports est donc conseillé. Enfin, la localisation de la fertilisation permet de réduire la dose, mais se traduit par un développement du feuillage plus limité. En matière de solutions chimiques contre alternaria, la spécialité Kix (difénoconazole à 250 g/l) n’apporte pas beaucoup d’efficacité supplémentaire par rapport aux références lorsqu’elle est utilisée seule. Le Revus Top (difénoconazole 250 g/l et mandipropamid 250 g/l) comporte une phrase de risque qui stipule qu’il ne faut pas cumuler plus de 450 g de diféconazole sur trois ans, ce qui peut s’avérer contraignant dans la rotation. Afin de positionner au mieux les traitements, Denis Jung préconise de faire un témoin non fertilisé et de commencer à traiter 15 jours après que les premières taches ont été repérées sur ce témoin, « car les pommes de terre y sont toujours un peu plus sensibles quand elles sont sous-fertilisées ». Mildiou : un arsenal à déployer Afin de lutter contre le mildiou, une nouvelle spécialité, Vendetta (fluazinam à 375 g/l et azoxystrobine à 150 g/l), a le mérite d’apporter de l’azoxystrobine. Mais il existe des souches résistantes à cette matière active. « Le produit risque donc de décrocher dans la lutte contre alternaria, et n’apporte pas grand-chose dans la lutte contre le mildiou en situation de risque élevé », constate Denis Jung. L’autorisation de mise sur le marché du mancozèbe doit être renouvelée avant le 30 janvier 2018 pour conserver un usage en vigne et pomme de terre. La spécialité va donc être réévaluée pour être réhomologuée en 2018 avec une nouvelle formulation, procurant des particules plus fines, donc une meilleure répartition et une amélioration du pouvoir couvrant. À venir aussi un nouveau cuivre trisulfate, des nouveautés en matière de biostimulants, « comme des mycorhizes, des produits à base d’algues, de phosphites, qui permettent de réduire les IFT ». 80 % des variétés de pomme de terre sont sensibles au mildiou, mais il en existe tout de même de plus résistantes, comme eden, tentation ou passion. Denis Jung conseille donc d’organiser la culture par parcelle et par variété, en gardant à l’esprit la progression géographique très rapide de la maladie. Autres stratégies à mettre en œuvre : alterner et associer les matières actives, garder de bons produits pour la fin de cycle, utiliser des modes d’action par diffusion, lorsque la pression devient forte, opter pour des produits haut de gamme. Globalement, Denis Jung conseille d’avoir en stock des produits pour la protection durant la croissance active et lorsque la végétation est stabilisée, de tenir une cadence de 14 jours entre deux traitements alternaria et de 7 jours entre deux traitements mildiou. Un essai mené par Arvalis-Institut du végétal sur les techniques de pulvérisation a permis de démontrer l’absence de risque à réduire les volumes de bouillie, à certaines conditions, notamment d’utiliser des buses adaptées, et une pression qui procure des tailles de gouttes et une couverture adaptée. Par rapport aux buses classiques, les buses à injection d’air permettent de mieux pénétrer le feuillage, « donc ont un effet positif, mais pas exceptionnel ».

Pages

Les vidéos