Cultures spéciales

Roland Schweitz, délégué régional à l’UNPT

« La France, premier pays européen exportateur de pommes de terre »

Publié le 29/01/2019

Producteur de pommes de terre à Duttlenheim et délégué Alsace de l’UNPT depuis dix ans, Roland Schweitz présente les grands thèmes du congrès de l’organisation et les enjeux qui attendent la filière alsacienne de pommes de terre.

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) organise son congrès national tous les deux ans dans une région différente. Cette année, c’est au tour de l’Alsace d’accueillir cette rencontre, qui réunira tous les acteurs de la filière et leurs partenaires. Elle se déroulera mardi 5 février de 9 h à 16 h à la Maison de la région Grand Est à Strasbourg. « Avec 1 500 ha, nous ne sommes pas une grande région de production, souligne Roland Schweitz, délégué régional de l’UNPT, comparé au Nord-Pas de Calais ou à la Picardie, qui totalisent respectivement près de 53 000 ha et 35 000 ha de surface de production. Mais nous sommes proches de l’Europe, c’est pourquoi l’UNPT nous sollicitait depuis quelque temps pour accueillir le congrès national. » Les producteurs alsaciens ont une autre particularité : celle d’écouler leur production sur le marché régional, grâce au soutien de l’interprofession et à l’adhésion des consommateurs. En cela, ils peuvent se prévaloir d’une certaine exemplarité. Quels sont les grands thèmes qui seront abordés lors de ce congrès ? Roland Schweitz : Nous présenterons l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, et la dynamique qu’elle a réussi à mettre en place pour les pommes de terre et l’ensemble des fruits et légumes produits dans la région. Cette dynamique s’appuie sur des consommateurs qui sont très intéressés par le produit, qui ont de nouveau le réflexe d’acheter local, et sur des producteurs capables de fournir une pomme de terre déjà tracée, très propre, disponible rapidement et nécessitant peu de transport. Encore faut-il que les distributeurs jouent le jeu. En dehors de l’exemple alsacien, quels sujets sont à l’ordre du jour ? RS : Il sera aussi question de la façon de produire et des problèmes qui nous attendent dans un proche avenir. Cela fait des années qu’on met en œuvre des choses concrètes pour baisser le recours aux intrants chimiques, mais nous sommes rattrapés par de nouvelles interdictions. Pour la protection des cultures, nous avons par exemple baissé de 30 à 40 % les doses de produits homologués. Pour le défanage, nous utilisons de plus en plus des méthodes mécaniques à la place des produits chimiques. Mais pour le désherbage des cultures, la protection fongique ou contre les insectes, où toute une panoplie de produits sera bientôt interdite, nous ne savons pas comment faire si aucun produit de substitution n’est proposé. C’est le cas pour les doryphores, qui sont un fléau très difficile à combattre. L’Alsace et le Grand Est en général sont confrontés à des invasions de ces insectes qui peuvent anéantir les cultures en 24 heures. C’est la même chose pour la conservation : certains anti-germinatifs ne seront bientôt plus autorisés, ce qui va nous amener vers des solutions beaucoup plus onéreuses et contraignantes. L’Europe est au menu de ce congrès ? RS : Oui, nous aurons une table ronde intitulée « L’Europe, une chance pour la pomme de terre de France » avec différents intervenants : Anne Sander, députée européenne, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’agriculture, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, Dominique Dejonckheere, du Copa, Pascal Foy, un producteur du Grand Est, membre du bureau de l’UNPT et moi-même. N’oublions pas que la France est le premier pays européen exportateur de pommes de terre, notamment vers les pays du Sud, tels que l’Espagne et l’Italie. Lors de cette table ronde, nous évoquerons également le soutien accordé par la Région aux producteurs, en particulier dans le domaine de l’irrigation. Quels enjeux attendent la filière alsacienne des pommes de terre ? RS : Comme tous les producteurs français, nous sommes concernés par la réduction du nombre des produits de protection autorisés, par la nécessité d’irriguer pour optimiser les rendements et la qualité des pommes de terre. Nous avons aussi nos propres problématiques : il est dommage qu’un acteur de la filière pommes de terre - le Comptoir agricole - ait cessé son activité, ce qui affaiblit la filière. Malgré tout, une certaine surface sera maintenue dans la région. Comment s’est passée la dernière campagne de commercialisation ? RS : Nous avons connu les mêmes problèmes au niveau régional, national et européen, c’est-à-dire de fortes inondations au printemps et une sécheresse prolongée en été qui a impacté les rendements globaux. Il manque en moyenne 10 t/ha dans les quatre grandes régions de production françaises. Résultat : dans les régions qui produisent pour l’industrie, il manque des volumes, ce qui impacte les marchés et les cours nationaux. Donc au niveau des prix, c’est une année qui se place dans la moyenne haute et qui compense l’année précédente, très difficile, que nous avions vécue.

Opération Folle choucroute d’Alsace

Les chefs chouchoutent la choucroute

Publié le 26/01/2019

Pour sa sixième édition, la campagne Folle choucroute d’Alsace sera l’occasion pour les chefs restaurateurs de revisiter la choucroute avec des accords parfois audacieux et surprenants.

Jusqu'au 10 février, une trentaine de restaurants alsaciens s’implique dans la promotion de la choucroute, en partenariat avec l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace. Cette association qui est à l’origine de l’obtention du label IGP (indication géographique protégée), présidée par Sébastien Muller, choucroutier à Meistratzheim, organise cette campagne de promotion, avec le concours des producteurs de choux, présidés par Laurent Heitz. Sur les ondes de France Bleue, chaque jour, un chef proposera la recette d’une préparation culinaire à base de chou. Les organisateurs ne font pas mystère de vouloir relancer la consommation de cette spécialité bien alsacienne qui occupe d’ailleurs, avec ses 30 000 tonnes et ses 11 choucrouteries, 70 % de la production nationale pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. Deux axes de communication sont proposés. D’abord la mise en avant des bienfaits de la choucroute sur la santé, un produit « détox », concentré en fibres, minéraux, oligoéléments, vitamines, probiotiques, et qui a par ailleurs l’avantage de rendre les repas digestes. Le second axe consiste à revisiter les plats à la choucroute avec parfois des associations audacieuses. Le chef Roger Bouhassoun, du restaurant la Chenaudière à Colroy-la-Roche, a imaginé un plat sucré. Et devant la presse, mardi 15 janvier, trois chefs ont fait étalage de leur créativité : un soufflet à la choucroute et légumes pour Roger Bouhassoun, des ravioles anguilles rôties et choucroute d’Alsace, sauce riesling aux deux moutardes pour Alexis Albrecht du Couvent de Rhinau, une verrine choucroute d’Alsace cuite et froide, dés de saumon sous espuma au safran d’Alsace, pour Sasha Bender du Freiberg à Obernai.

Publié le 25/01/2019

Élaboré comme la choucroute, le navet salé est le premier produit « fraîcheur » de l’année. Il arrive à point nommé après les agapes de fin d’année. Bien que méconnue, cette racine râpée puis lacto-fermentée comme la choucroute présente des vertus nutritives exceptionnelles.

C’est une production confidentielle. Mais à chaque fois que des vendangeurs la découvrent lors des repas, ils en deviennent des inconditionnels, fait observer Jean-Michel Adès, choucroutier à Krautergersheim. Gorgé de fibres et de vitamines, le navet salé aurait des fonctions détoxifiantes. Si les quelques producteurs de navets adhérents à l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois élaborateurs de navets salés (Adès à Krautergersheim, Speisser à Geispolsheim et Claude à Chavannes-sur-l’Étang) se gardent de mettre en avant ces allégations santé, ils soulignent l’intérêt gustatif et gastronomique de cette spécialité locale. Elle est aussi appelée râpe salée en Franche-Comté, compote de rave en Suisse et navet confit aussi en Alsace. Une dizaine de producteurs alsaciens se partagent la production de navets sur une surface moyenne d’une quarantaine d’hectares. Trois choucrouteries transforment 900 tonnes de navets en 350 t de navet salé. La racine de navet subit le même processus de transformation lacto-fermentée que la choucroute : une fermentation réductrice vivifiante. Après avoir été râpée, salée à 2 %, elle est entreposée en cuve à l’abri de l’air pour engager ses fermentations, libérer des jus et donc concentrer la matière sèche d’un facteur trois. D’où le concentré de vitalité qui en résulte ! Une niche qui gagne à être connue et mieux valorisée Mercredi 9 janvier, c’était le lancement de la saison. Les représentants des trois choucrouteries étaient présents chez Jean-Michel Adès, qui accueillait aussi des représentants d’Auchan Illkirch, de la Sodexo, la Draaf, d’Alsace Qualité et de la Fédération des artisans bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. Cette dernière, qui distribue une part des navets salés alsaciens dans ses magasins, entend bien que sa consommation s’accompagne de viandes et donc ne pas se laisser damer le pion sur le plan communication par des mouvements végans, a fait observer son président Jean-Luc Hoffmann. Pour Jean-Michel Adès, le navet salé est une niche alsacienne qui gagne à être connue et mieux valorisée. D’où son appel aux acteurs de la distribution pour qu’ils pratiquent des prix « plus valorisants pour le métier ». Plus globalement, la filière fruits et légumes d’Alsace peut se targuer d’être la seule région française, dont les volumes et les surfaces ont augmenté en 2018 : un point d’honneur que le président de l’Ifla, Pierre Lammert, a souligné.

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