Cultures spéciales

Publié le 13/01/2022

La filière betteravière est toujours à la recherche de surfaces supplémentaires pour assurer la rentabilité de la sucrerie d’Erstein. Les résultats de la campagne qui s’achève et les perspectives à venir devraient permettre de convaincre des candidats. En effet, les cours du sucre et de l’éthanol augmentent, ce qui se traduit par une meilleure rémunération des betteraves. Les solutions pour lutter contre la jaunisse sans néonicotinoïdes arrivent. Et la betterave rapporte des points pour accéder aux écorégimes prévus par la Pac 2023.

Malgré une année 2021 encore assez mouvementée, notamment en raison du gel et de la jaunisse, l’embellie pour la filière betteravière se confirme. Lors des réunions de fin de campagne, Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, annonce une rémunération de la betterave pour 2022 avec un prix indicatif qui progresse à 28 €/t de betterave. « Au regard de l’augmentation des cours du sucre et de l’éthanol et de l’orientation de ces marchés, en annonçant ce prix-là, nous sommes très précautionneux. L’objectif global se situe à 30 €/t, voire plus ». Déjà cette année, la sucrerie s’était engagée sur un prix de 26 €/t, qui atteint au final 29 €/t. « Cela montre que nous tenons nos engagements », souligne Gérard Lorber, qui annonce la fin de la prime de compétitivité pour 2022, tandis que celle du maintien des surfaces est conservée. « Notre priorité est de ne pas décourager les nouveaux producteurs. Il s’agit au contraire de les encourager à nous rejoindre », justifie-t-il. Cristal Union augmente la rémunération des betteraves. Dans un courrier adressé à ses coopérateurs le 25 novembre 2021, le prix final moyen annoncé des betteraves contractées (BCR et BCC) sera « proche de 29 €/t » à 16°.https://t.co/ZQr0XfcNxm — Cristal Union (@Cristal_Union) November 30, 2021 Objectif 7 000 ha En effet, pour la sucrerie d’Erstein, le principal enjeu reste l’augmentation des surfaces. L’outil industriel est dimensionné pour traiter l’équivalent de 7 000 ha de betteraves, or, l’an passé la surface d’approvisionnement de l’usine s’était réduite à 5 300 ha. Il manque donc encore au moins 1 000 ha pour que l’outil industriel soit rentable. « Un important travail de démarchage a été fait », indique Gérard Lorber, qui rappelle qu’il y a deux ans, Cristal Union a fermé deux sucreries. « Si l’usine d’Erstein n’a pas subi ce sort c’est grâce à notre marché local porteur et à la régularité de notre production. Cristal Union croit en l’avenir du bassin de production alsacien, mais nous devons atteindre 7 000 ha de betteraves pour assurer la rentabilité de l’entreprise ». Si le niveau de rémunération reste le principal argument qui permettra de convaincre les agriculteurs qui hésitent encore, la filière betteravière alsacienne bénéficie de nombreux atouts. Elle est rodée et organisée de longue date. Elle ne requiert pas d’investissements dans du matériel spécifique. Les entreprises de travaux agricoles locales sont équipées. Elle permet de dégager une marge qui n’a rien à envier à celle du maïs (1 276 €/ha contre 1 268 €/ha pour un maïs non irrigué, d’après les calculs de la sucrerie). Elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle donne également accès aux coproduits comme la pulpe, dont les qualités sont très prisées des éleveurs. Au niveau agronomique, elle apporte de la diversité dans les assolements, ce qui permet notamment de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Elle requiert peu de fumure azotée. Elle est peu impactée par les corbeaux. Les planteurs sont accompagnés tout au long de l’itinéraire cultural par la sucrerie qui assure un suivi technique de proximité, sur le terrain. Enfin, la betterave offre de nombreux débouchés commerciaux et le groupe Cristal Union a mis en œuvre une stratégie industrielle performante qui lui permet d’adapter sa production d’alcool et de sucre en fonction des opportunités de marchés, ce qui permet de mieux rémunérer les betteraves. Jaunisse : l’après néonicotinoïdes se prépare Le principal sujet de préoccupation de la filière actuellement est à la fois agronomique et politique. Il s’agit de la jaunisse, qui cristallise le sujet polémique de l’interdiction des néonicotinoïdes (NNI). « La jaunisse a eu un impact fort en 2020, notamment dans le bassin parisien », rappelle Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de Betteraves (CGB). Les betteraviers ont obtenu une dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des NNI durant trois ans, le temps de trouver des méthodes de lutte alternatives. Cette dérogation s’accompagne néanmoins de mesures devant atténuer l’effet du recours aux NNI sur les insectes pollinisateurs. Ainsi, après avoir cultivé des betteraves protégées avec des NNI, les agriculteurs ne peuvent cultiver qu’une céréale à paille ou du soja. Un maigre choix qui peut ne pas convenir à toutes les situations : « N’hésitez pas à nous contacter pour trouver des solutions », encourage Franck Sander. Le maïs pourra revenir dans les assolements en N + 2, et les cultures mellifères en N + 3. Mais dans deux ans, de quelles solutions disposeront les planteurs pour lutter efficacement contre la maladie sans NNI ? 20 M€ ont été investis dans le Plan national de recherche et innovation (PNRI) par l’État et les différents acteurs de la filière pour élaborer des solutions alternatives. « Elles seront à la fois génétiques, fondées sur le biocontrôle, les répulsifs, et les cultures hôtes », préfigure Franck Sander. De manière générale, « l’avenir de la lutte contre les ravageurs au moyen de produits phytosanitaires va devenir plus compliqué », poursuit-il. Donc autant se préparer à faire autrement. Déjà en 2021, près de 60 % des betteraves semées n’étaient pas protégées avec des NNI. Certains secteurs ont été plus touchés que d’autres, notamment lorsque des traitements à large spectre ont été effectués sur d’autres cultures, entraînant une réduction de la faune auxiliaire. Pac : Et un bon point pour la betterave La réforme de la Pac va aussi impacter la filière betteravière. « Le pire a été évité, estime Franck Sander. Nous sommes partis d’une rotation obligatoire à la parcelle au respect de critères environnementaux pour accéder aux écorégimes. » Niveau de rotation, présence de prairies, de légumineuses, labellisation HVE, bio, enregistrement des pratiques, utilisation d’outils d’aide à la décision, sont autant de manières d’obtenir les points nécessaires pour accéder aux écorégimes. Et, bonne nouvelle pour la filière, la culture de la betterave fait partie des cultures qui font gagner des points. « Il faut l’avoir en tête pour préparer les assolements de 2023 », souligne Franck Sander. Une campagne arrosée Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein, est revenue sur la campagne 2021, qui a été marquée par des précipitations abondantes et un manque d’ensoleillement. Tout avait pourtant bien commencé, avec « des labours d’automne réalisés dans de bonnes conditions, une bonne reprise au printemps, des semis débutés dès le 25 mars, toujours dans de bonnes conditions ». Les premières levées ont été observées le 2 avril, suivies de près par un épisode de gel, qui a nécessité de resemer quelque 200 ha. Puis, en raison de conditions printanières fraîches, les betteraves ont végété. « Elles ont accumulé deux semaines de retard végétatif qui n’ont pas été rattrapées jusqu’à la fin de la campagne. » En Alsace près de 60 % des betteraves n’étaient pas protégées avec des NNI. L’émergence des pucerons a donc été surveillée de près, afin d’être « le plus réactif possible » dans le déclenchement des traitements. Les altises sont apparues en avril, mais avec une faible pression. « Ça a été un bon point, parce qu’il n’y a pas eu besoin de déclencher des traitements qui auraient pu impacter les populations d’auxiliaires », rapporte Marion Humbrecht. Les premiers pucerons verts ont été détectés le 5 mai, signant le début de la protection insecticide, « réalisée si possible en même temps que les herbicides ». Les populations d’auxiliaires se sont vite développées donc, globalement, les betteraves F8 (à 8 g de téfluthrine) en zone jaunisse ont reçu un à deux traitements insecticides contre les pucerons. « Le stade couverture des rangs a été enfin et difficilement atteint autour du 9 juin ». Après un été pluvieux, caractérisé aussi par un développement très tardif de la cercosporiose, mais qui a été maîtrisée grâce au plan d‘action mis en oeuvre, les arrachages ont débuté en octobre dans des conditions de récolte correctes, quoique parfois humides. « Le dernier camion a été chargé le 21 décembre », indique Marion Humbrecht. Belle richesse et rendement correct Au final, le rendement moyen atteint 89 t/ha de betterave à 16°S, indique Laurent Rudloff, responsable du service betteravier de la sucrerie d’Erstein. Un résultat qui aurait pu être encore meilleur, avec un peu plus de chaleur et de rayonnement. La richesse, avec une moyenne à 18°S, est très satisfaisante. « C’est la meilleure du groupe Cristal Union. » Cette moyenne masque néanmoins de fortes variations, notamment du nord au sud. Côté réception, Laurent Rudloff note une certaine tension entre le rythme d’arrivée des betteraves à l’usine et ses besoins. « C’est un point que nous devrons anticiper davantage à l’avenir pour le confort de tous. » Le niveau de tare a été plus élevé cette année, à mettre en relation avec les conditions d’arrachage humides. À l’avenir « nous allons peut-être commencer à bâcher les tas plus tôt car, en plus de protéger les betteraves contre le gel et d’améliorer leur conservation, cela améliore l’efficacité du déterrage ». En moyenne, l’usine a traité 5 990 t de betteraves par jour, ce qui s’est traduit par une production de sucre de 900 t/j en moyenne. « C’est une cadence très satisfaisante », commente Laurent Rudloff. Avec un rendement de 14 t sucre/ha, Erstein se classe parmi les meilleures élèves des usines du groupe Cristal Union. La transformation des betteraves a permis de produire 68 000 t de pulpe, qui plus est de « très bonne qualité grâce à la régularité de l’usine ». Un volume qui a permis de respecter les tonnages annoncés aux éleveurs. Le décalage des dates d’ensilage des maïs n’a pas été sans poser quelques problèmes logistiques à la sucrerie. La fin de la campagne d’arrachage a permis de tester l’ouverture de l’A355. Pour la filière, c’est plutôt un flop, avec « 12 km en plus, des frais de péage supplémentaires », et pas vraiment de gain de temps pour des camions dont la vitesse est de toute manière limitée. « Nous sommes en train d’étudier les alternatives et aménagements possibles, mais il n’y aura pas forcément d’issue favorable », prévient Gérard Lorber. Dans quelques jours, toutes les usines du groupe Cristal Union auront achevé leur campagne betteravière. « Le bilan de la campagne 2021 pour le groupe est estimé à 13,8 t de sucre/ha pour 13 Mt de betteraves travaillées en 105 jours de campagne », a conclu Gérard Lorber, avant de passer la parole aux techniciens de la sucrerie qui ont détaillé les perspectives agronomiques pour la campagne à venir. Perspectives que nous détaillerons dans une prochaine édition.

Publié le 05/01/2022

Pendant trente années, Rémy Losser a accompagné le déclin de la filière tabacole, avec pour objectif de limiter les dégâts, et de permettre aux planteurs de rebondir sur une base saine. Et c’est bien l’héritage qu’il laisse à son successeur, Julien Paulus. Le tabac est certes devenu une production de niche mais, désormais, les acheteurs s’arrachent le virginie français.

Dans six mois, Rémy Losser sera à la retraite, après avoir passé quelque trente années à défendre la filière tabacole. « Le moment est venu de passer le flambeau », constate le président de la Coopérative tabac feuilles de France (CT2F), qui préside aussi la Fédération nationale des planteurs de tabac (FNPT) pour quelques mois encore. Il commence par laisser la présidence de la CT2F à Julien Paulus, jeune tabaculteur de Hochfelden. « Je veux m’assurer que la transmission se fasse dans de bonnes conditions », pointe Rémy Losser, même s’il sait qu’il laisse la coopérative entre les mains d’une équipe et d’un nouveau président jeunes et motivés. En 2022, il veillera encore au grain, notamment en ce qui concerne les relations avec les acheteurs de tabac. « Durant ces trente années, j’ai géré une filière dans une phase de décroissance », résume Rémy Losser. Un comble pour cet homme qui se décrit volontiers comme « un battant », de nature « dynamique », et qui a la décroissance en horreur ! Pourtant, il ne tire aucune amertume de ce bilan : « Je me suis beaucoup dépensé, j’ai beaucoup donné, mais j’ai aussi beaucoup reçu ». Il se souvient, par exemple, avec plaisir de ses nombreux déplacements professionnels dans le Périgord, le Lot-et-Garonne, à Paris : « J’ai vu du pays, j’ai rencontré des gens ». Reste que Rémy Losser a assisté au déclin de la filière tabacole, qui plus est en tenant les manettes du navire en détresse pour empêcher son naufrage. « Il y a 30 ans, le tabac était une production noble, reconnue, valorisée, et soutenue par les pouvoirs publics. Il y avait des députés qui nous appuyaient dans nos négociations avec les industriels. L’Europe, aussi, soutenait le tabac, parce que c’était une production qui permettait à de petites exploitations de vivre. La filière tabacole avait du sens, tant socialement qu’économiquement », se souvient-il. Rester maîtres de la décroissance Les années 2000 marquent le premier choc pour la filière, cruellement marquée par la réforme de la Pac et le découplage des aides : « Nous avons dû affronter le prix du marché commercial tel qu’il était, alors qu’auparavant les aides européennes pouvaient représenter jusqu’à 80 % du chiffre d’affaires des exploitations tabacoles. Nous nous sommes retrouvés en concurrence directe avec les autres pays producteurs, comme le Brésil ou l’Afrique, avec des charges en main-d’œuvre qui pesaient autrement plus lourd sur nos résultats. Autant dire que nous avons changé de monde », se remémore Rémy Losser. En parallèle, le lien démontré entre tabagie et cancer jette l’opprobre sur la production. Dans ces conditions, sauver la filière apparaissait comme une mission impossible. En 2004, l’option la plus répandue dans les rangs des responsables de la filière était l’arrêt pur et simple de la production, « ce qui aurait occasionné d’importants dégâts sociaux », pointe Rémy Losser. Si la filière et les emplois qu’elle génère n’ont pas complètement disparu, c’est grâce au travail de Rémy Losser et de ses collaborateurs : « Nous sommes restés maîtres de cette décroissance, que nous avons accompagnée en restructurant les outils, afin de les adapter à la baisse du nombre de producteurs et du volume de tabac à traiter », rappelle Rémy Losser, qui a conduit trois plans sociaux dans sa carrière. Ainsi lorsque Imperial tobacco (devenu Imperial Brands) a quitté le Bergerac Seed & Breeding (BSB), le centre technique qui œuvre notamment à l’amélioration variétale du tabac, cette structure a été reprise par les autres acteurs de la filière, « avec des plans sociaux en conséquence ». Jusqu’il y a deux ans, le BSB appartenait à France Tabac. Puis il est passé dans le giron de la Caisse de réassurance mutuelle agricole des planteurs de tabac français (CRMAPT), qui porte financièrement cet outil. Son sauvetage est « une grande fierté » pour Rémy Losser. Malheureusement, il a aussi dû accompagner le déclin de l’usine de Sarlat, qui transformait le tabac brut produit en France, jusqu’à sa fermeture il y a trois ans. Mécaniser ou disparaître En parallèle, les coopératives tabacoles de France se sont, elles aussi, restructurées. Rémy Losser est « très fier » d’avoir accompagné la fusion des coopératives Alsatabac, Nord & Loire Tabac, et Poitou Tabac, qui a donné naissance à la CT2F, dont le siège se situe à Strasbourg. Grâce à cette restructuration, les producteurs ont gagné en influence : « Nous sommes assis à la table des négociations avec les acheteurs, nous sommes écoutés, et reconnus pour la qualité de notre tabac virginie », se félicite Rémy Losser. Si la qualité du tabac de la CT2F est reconnue et demandée, c’est encore, en partie, grâce à lui. Le futur ex-président de la CT2F s’est également « beaucoup bagarré » pour que la mécanisation de la culture du tabac entre dans les mœurs. « Il y a une quinzaine d’années, ce n’était pas très bien vu par les producteurs, qui avaient peur de perdre en qualité, en savoir-faire. Elle nécessitait aussi des investissements importants de la part des planteurs, qui devaient être prêts à changer leur manière de faire du tout au tout. Mais il n’y avait pas d’autre choix que de gagner en compétitivité. Nous devions évoluer avec notre temps, ou disparaître », se souvient Rémy Losser. Pendant quelques années, à partir de 2004, il a essuyé les plâtres de l’adaptation de la mécanisation, venue d’Italie, au contexte alsacien. Il se souvient d’avoir jeté des fours de tabac, récoltés trop humides. Parmi ses fiertés figure donc aussi l’élaboration d’un programme d’investissement soutenu par FranceAgriMer et la Région, qui a permis de généraliser la mécanisation. « Ce sont les volumes et le chiffre d’affaires que la mécanisation a permis de dégager qui ont permis de maintenir les structures tabacoles. Sans la mécanisation, elles auraient toutes disparu », confirme Olivier Riedinger, ancien directeur de CT2F et actuel directeur général de la CRMAPT et de la FNPT, qui a, durant de nombreuses années, accompagné Rémy Losser, dans ces combats et ces réformes.         Maintenir, valoriser, servir « Nous avons tout mis en œuvre pour que les coopératives puissent repartir sur des bases saines afin d’affronter l’avenir », résume Rémy Losser, qui se dit « fier » de s’être battu pour une filière qui « le méritait ». La filière tabac de 2022 n’a plus rien à voir avec celle des années 1990, mais le monde en général non plus ! Et il y a encore des planteurs de tabac, notamment des jeunes, qui investissent, et pour qui le tabac représente 30 à 50 % du chiffre d’affaires. C’est le cas du nouveau président de la CT2F, qui salue « le travail d’adaptation de la filière réalisé par Rémy Losser ». La mission de Julien Paulus et de son équipe consistera à « maintenir une filière cohérente avec les surfaces et le nombre de producteurs, à aller chercher de la valeur ajoutée, à rendre aux adhérents des services qui répondent à leurs besoins ». Les exploitations tabacoles qui ont survécu au marasme des années 2000 se sont spécialisées dans cette production et ont fait du tabac leur culture principale. Ces agriculteurs ont donc besoin de soutien technique, logistique, administratif et d’une représentation efficace auprès de leurs partenaires. La coopérative répond à ces besoins en déployant trois techniciens sur le terrain, en organisant les achats, ainsi qu’en « adaptant la filière aux configurations du moment, qui peuvent évoluer très rapidement », constate Julien Paulus, qui a donc encore du pain sur la planche pour faire vivre la filière tabacole.

Publié le 13/09/2019

Alors que la filière française de houblon s’est réunie il y a peu pour ses premières assises nationales, l’heure est à la récolte dans toutes les houblonnières de France. Une production française qui progresse du fait de la hausse des surfaces avec l’arrivée de nouveaux houblonniers, mais qui s’annonce en retrait en volume pour 2019 du fait de la sécheresse estivale.

La campagne 2019 s’annonce moyenne par rapport aux cinq dernières années et en baisse par rapport à 2018. L’objectif de production national, à 900 tonnes, ne sera pas atteint cette année. On s’avoisine vers les 870 t en raison de la sécheresse qu’a connue la France cet été. Les conditions fraîches en fin de cycle jusqu’à la récolte devraient cependant permettre de diminuer légèrement l’impact des fortes chaleurs. La production française progresse en dehors des bassins historiques (Alsace et Nord), avec le développement du houblon hors de ces territoires, tiré par une demande pour des bières incorporant des houblons locaux. Avec des projets d’installation compris entre 0,5 et 8 ha, de nouveaux échafaudages houblonniers font leur apparition dans le paysage, signe du renouveau du houblon français. L’arrivée de nouveaux producteurs va permettre d’augmenter la production française, et de favoriser l’approvisionnement en houblon en circuits courts des brasseurs. En Alsace plus spécifiquement, la campagne houblonnière a été assez difficile. Le printemps a été marqué par des températures fraîches et de fortes attaques de mildiou primaire. Les houblonnières ont ensuite souffert des effets conjugués de la canicule et de la sécheresse. Les premières variétés les plus précoces ont commencé à être récoltées le 28 août. Le strisselspalt, variété emblématique de la région, a commencé à être décroché des houblonnières à partir du 7 septembre. Et la récolte a ensuite pris son rythme de croisière. Difficile pour l’heure de dire ce que réserve le millésime 2019, tant en termes de quantité que de qualité. « Une chose est sûre, avance Bernadette Laugel, c’est que les résultats seront très différents d’un terroir à un autre. C’est souvent le cas en année climatique hors normes. Donc d’autant plus après deux années atypiques. » Sécher à point nommé La qualité du séchage constitue un point crucial de la récolte du houblon. La liane, qui peut atteindre 8 m de long, doit être préalablement coupée, puis les cônes sont séparés de la liane et des feuilles, et séchés avec précaution. Le séchage est un point critique, car il conditionne en partie la qualité aromatique du houblon. Il s’agit donc pour les producteurs de savoir trouver un juste équilibre afin d’optimiser le séchage tout en protégeant l’intégrité physique du cône afin de préserver la lupuline, qui confère arômes et amertume à la bière. Le taux d’humidité maximum du produit fini est défini par FranceAgriMer, opérateur de l’État qui certifie tous les lots qui seront commercialisés en France ou à l’étranger. Une nouvelle architecture pour la filière Les premières assises de la filière houblonnière se sont tenues le 22 et 23 août 2019 à Obernai. Un acte fondateur qui a été l’occasion de présenter la nouvelle architecture de la filière : « Le renouveau du houblon sur tout le territoire français impose une nouvelle organisation de la filière pour répondre à ses enjeux à l’horizon 2022 », précise Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblons de France (AGPH). L’Institut technique du Houblon voit le jour, une interprofession InterHoublon est créée, et la marque France Houblon est lancée. Cette dernière devient le nom de la filière française de houblon. Son objectif est de repositionner le houblon comme ingrédient central et singulier dans la fabrication de la bière, de développer sa notoriété sur le marché intérieur et de sensibiliser le consommateur aux enjeux de la filière.

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