Symposium du houblon
Une plante aux mille facettes
Symposium du houblon
Publié le 31/10/2022
Organisé par Interhoublon, l’interprofession du houblon, et le Laboratoire agronomie et environnement (LAE) de Nancy dans le cadre des Journées jeunes chercheurs, le premier symposium du houblon s’est déroulé à Nancy les 19 et 20 octobre. L’occasion de réunir la grande famille du houblon. Et de parler innovation, recherche, avenir.
La filière du houblon est petite, mais foisonnante. Il y a quelques années encore, elle portait bien son qualificatif de culture « mineure ». Mais aujourd’hui, elle est capable de rassembler 130 personnes pour deux journées d’interventions scientifiques, de brainstorming, de prises d’engagements et de position. En effet, la culture du houblon a bénéficié de l’essor des microbrasseries et des bières craft. Des néohoublonniers se sont mis à cultiver du houblon hors des régions historiques, drainant avec eux de nouveaux besoins, tant en termes de matériels que de connaissances. Dans le sillage de l’essor de la production houblonnière sont donc nées des entreprises, comme Hopen terre de houblon, des associations comme Houblons de France (lire en encadrés)… Quant à elle, l’interprofession, créée en 2020, a vocation à organiser la filière, à optimiser ce vent de renouveau en coordonnant les actions, en partageant les initiatives. C’était justement l’objet de ce symposium, ou réunion de spécialistes. En effet, outre un programme riche et dense, il a été l’occasion de réunir en un même espace-temps les divers membres de la grande famille du houblon. Une famille qui ressemble à tant d’autres, avec des aînés et des plus jeunes, des personnalités et des caractères différents, mais qui œuvrent tous à valoriser une culture et des savoir-faire. De la bière à la pharmacopée, humaine et végétale La première journée de ce symposium, dédiée à la recherche scientifique, a mis en lumière les multiples facettes du houblon. Josef Patzak, expert en houblon en provenance de République tchèque, a ouvert le bal avec une intervention sur les voies de biosynthèse de différents composés et leur régulation dans les glandes à lupuline. Ces polyphénols, terpènes et autres acides alpha, fabriqués à partir des sucres issus du processus de photosynthèse, sont notamment responsables de l’amertume que le houblon apporte à la bière. Retenons avec humilité que ces chemins sont compliqués et très interconnectés. « Ils font intervenir tout un tas d’enzymes dont l’expression est influencée par différents facteurs comme les stress biotiques », précise Josef Patzak. Tous ces métabolites sont encore méconnus. Et il y a fort à parier qu’ils peuvent trouver bien d’autres valorisations que la brasserie. C’est le thème de recherche de Céline Rivière, maître de conférences en pharmacognosie à la faculté de Lille. En médecine notamment, « les propriétés anti-stress et sédatives du houblon sont reconnues ». Mais des propriétés oestrogéniques, antioxydantes, anti-inflammatoires lui sont également attribuées. Il protégerait du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires… L’activité antimicrobienne du houblon a fait l’objet d’une thèse qui a permis de la démontrer. « Le xanthohumol, notamment, permet de réduire les doses d’antibiotiques de synthèse. » D’autres travaux ont permis de démontrer que l’application d’extraits de cônes de houblon permet de diminuer les doses de fongicides de synthèse dans le cadre de la lutte contre la septoriose du blé. D’autres encore consistent à caractériser les profils aromatiques des houblons sauvages, qui s’avèrent être des trésors de flaveurs. L’analyse de ces composés a permis d’en identifier 107, dont certains originaux. Les travaux se poursuivent avec l’exploration de l’effet du terroir sur les profils aromatiques des houblons, l’utilisation des métabolites du houblon pour contrôler ses propres ravageurs dans le cadre de stratégies de biocontrôle… Des lianes aux fibres Le houblon, ce ne sont pas que des cônes, ce sont aussi des lianes, particulièrement hautes et résistantes, qui ne sont pour l’instant valorisées que via leur valeur fertilisante, puisqu’elles sont broyées et restituées au sol après la récolte. Nicolas Brosse, chercheur à l’Université de Lorraine, s’intéresse à la valorisation de ces fibres, qui pourraient constituer une ressource pour l’industrie textile, la fabrication de composites… Une ressource d’autant plus vertueuse que les impacts des deux principales fibres utilisées actuellement (synthétiques et issues du coton) sont déplorables. La première étape de ce travail de recherche a été d’identifier la meilleure manière d’extraire les fibres longues, collées entre elles par une sorte de gomme, pour obtenir des fibres techniques. Différentes techniques ont été comparées : le rouissage (faisant intervenir de l’eau et des micro-organismes), un traitement chimique à la soude et à l’eau oxygénée, un traitement innovant, à base de décompression explosive à la vapeur d’eau dans un réacteur pressurisé qui engendre une fracturation de la matière. C’est d’ailleurs ce dernier traitement qui a donné les résultats les plus prometteurs. Les fibres de houblon obtenues présentent des caractéristiques techniques proches de celles du chanvre, bien qu’un peu plus courtes. Le bois du houblon, situé sous les fibres, a également fait l’objet de tests : il a été explosé à la vapeur afin d’y relocaliser de la lignine, ce qui a permis de rendre les fibres autocollantes et de fabriquer un panneau sans produits chimiques, ce qui assure une fin de vie et un recyclage plus simple que les panneaux de bois classiques, riches en colles de synthèse. Pour ne rien gâcher, ce composite présente « des propriétés mécaniques intéressantes », pointe Nicolas Brosse. Face au changement climatique Au cours de ce symposium, le changement climatique est revenu comme un leitmotiv. Il apparaît comme un facteur disruptif majeur pour les années à venir. Le houblon étant une culture pérenne, les houblonniers doivent adapter leurs pratiques dès à présent. C’est pourquoi le lycée agricole d’Obernai, pionnier de la production du houblon bio, met en place une houblonnière de rupture, destinée à tester des solutions innovantes. Se rapprocher de l’écosystème naturel du houblon, à savoir la ripisylve. Faire évoluer les structures des houblonnières qui représentent des investissements lourds. Étudier l’impact de l’implantation d’arbres dans les houblonnières, qui peuvent participer à la formation d’un microclimat favorable, aller capter de l’eau et des nutriments en profondeur via les mycorhizes. Faire pâturer l’inter-rang par des moutons, ce qui suggère aussi de trouver des alternatives au cuivre. Installer des filets paragrêles à 8 m de haut dans les houblonnières pour les protéger de la grêle et du rayonnement lumineux. Tester un système d’irrigation par goutte à goutte dans l’échafaudage, à 6 m du sol, pour irriguer et rafraîchir l’atmosphère. Soit, en tout, un laboratoire géant de 2,3 ha, qui va sortir de terre durant ce mois de novembre.












