Betteraves
Après la tempête, le calme ?
Betteraves
Publié le 06/02/2019
La filière betteravière fait face à une situation inédite. Climat, maladies et prix bas ont assombri le moral des producteurs en 2018. Mais des éclaircies devraient se confirmer ces prochaines années, selon les intervenants aux réunions de bilan de campagne de la coopérative Cristal Union.
La sécheresse et la cercosporiose ont impacté les rendements 2018 avec de grandes disparités entre les régions. En Alsace, « on s’en sort avec un œil au beurre noir », constate Franck Sander, président du syndicat betteravier d’Alsace, lors d’une réunion bilan de campagne. En 2018, ses collègues ont récolté 83 t/ha contre 89,5 t/ha en moyenne ces cinq dernières années. Cela aurait pu être pire. En 2003, dernière année de grande sécheresse, le rendement à Erstein était tombé à 68 t/ha. « En 15 ans, on a progressé de 17 t/ha », s’est félicité René Schotter, président de la section d’Erstein de la coopérative Cristal Union. Que s’est-il passé entre-temps ? La génétique et les améliorations techniques ont permis de mieux se préparer aux coups durs climatiques. Ainsi, les rendements avoisinent les 100 t/ha dans les zones irriguées. Prix bas mais perspectives encourageantes Après le ciel, les producteurs observent avec inquiétude les turbulences du marché mondial. Les prix restent désespérément bas à l’international. Depuis la fin des quotas, à l’automne 2017, les prix ont baissé sur le marché mondial. Conséquence : la récolte est valorisée moins que les 25,40 € garantis sous le régime des quotas. Sur le banc des accusés : la surproduction mondiale qui tire les cours à la baisse. En 2017, 190 millions de tonnes (Mt) de sucres ont été mises sur le marché. C’est 10 Mt de plus que la consommation mondiale. Là encore, les producteurs peuvent espérer une embellie dans les prochaines années. Le stock global de sucre diminue lentement : 3 Mt en moins en Europe cette année, selon Franck Sander. En parallèle, les spécialistes estiment que la demande mondiale devrait augmenter de 40 Mt dans les dix prochaines années. L’équivalent de la consommation annuelle du Brésil ! D’ici là, les planteurs doivent tenir bon et laisser passer la tempête. Pour cela, « nous avons refusé certains contrats trop mal payés », explique René Schotter. Il faut maintenir les surfaces pour ne pas fragiliser l’usine d’Erstein, un outil par ailleurs performant. La sucrerie s’est en effet distinguée cette année par son haut niveau de productivité et de régularité. Elle a traité en moyenne 6 250 t de betteraves par jour et établit un nouveau record de cristallisation avec 1 050 t de sucre sur une journée. Des mesures pour aider les planteurs Les coopérateurs bas-rhinois ont cultivé 7 050 ha en 2018. « Mais on a atteint un seuil critique, prévient René Schotter. Il ne faut pas diminuer les surfaces. » Pour encourager les planteurs dans ce sens, le président de la sucrerie a annoncé une série de mesures de soutien à ses coopérateurs. D’abord, Cristal Union va gérer avec plus de flexibilité les contrats avec les producteurs dès la campagne 2018-2019. Les agriculteurs qui dépasseront les volumes contractualisés verront une partie de leurs excédents payés, dans la limite de 5 % des droits, selon les termes de leur accord avec la coopérative. En clair, si le contrat porte sur 1 000 t à 22 € la tonne et que le planteur en récolte 1 050, Cristal Union payera le même prix pour les 50 t supplémentaires. Par ailleurs, René Schotter annonce qu’est étudié par la gouvernance de la coopérative un projet de prime visant à récompenser les coopérateurs qui maintiennent leurs surfaces. « Une manière de saluer leur soutien à la filière quand elle connaît des turbulences. » Enfin, de nombreux contrats arrivent à terme l’année prochaine. Certains agriculteurs, inquiets de la conjoncture, hésitent à signer pour cinq ans de plus (la durée minimum d’un contrat), ce qui pèserait sur la pérennité de la sucrerie d’Erstein. Son président propose donc de « rendre possible des contrats plus courts » pour rassurer les plus jeunes coopérateurs plus prompts à « regarder les chiffres » que leurs aînés, selon un retraité présent à la réunion de fin de campagne. René Schotter comprend leur point de vue mais appelle les cadets à persévérer dans cette culture, ancrée dans le patrimoine régional depuis plusieurs générations. « La betterave participe à un assolement diversifié, qui permet de répartir les risques entre différentes cultures. Même sous l’ère des quotas, la betterave a été une culture plus ou moins rémunératrice selon les années, mais sur le long terme, personne ne remet en question sa contribution à la marge brute des exploitations ». Et le président de lancer aux jeunes : « Ne calculez pas à un ou deux ans, regardez à plus long terme ». Le temps de laisser passer l’orage.












